Photo : L’Ocean Viking a retrouvé jeudi 22 avril l’épave de l’embarcation composée d’environ 130 personnes. Crédit : SOS Méditerranée / Flavio Gasperin

Environ 130 migrants sont morts dans le naufrage de leur embarcation au large de la Libye, a indiqué jeudi l’ONG SOS Méditerranée. Son navire humanitaire l’Ocean Viking, qui a retrouvé plusieurs corps près de l’épave, déplore l’absence de coordination des États européens, qui ont laissé les ONG et les navires marchands rechercher seuls ce canot.

« Aujourd’hui, après des heures de recherche, notre pire crainte s’est réalisée ». Dans un communiqué publié jeudi 22 avril, l’ONG SOS Méditerranée confirme le naufrage d’une embarcation composée d’environ 130 personnes au large des côtes libyennes.

L’Ocean Viking a passé plusieurs heures à sillonner la zone de recherche et de sauvetage (SAR zone) après avoir été alerté mercredi matin par Alarm Phone, la plateforme d’aide aux migrants en mer, de trois canots en difficulté en Méditerranée. Tous « se trouvaient à au moins 10 heures de notre position au moment de la réception des alertes », précise SOS Méditerranée.

Une membre de SOS Méditerranée recherche l'embarcation en difficulté, le 22 avril 2021. Crédit : SOS Méditerranée / Flavio Gasperini
Une membre de SOS Méditerranée recherche l’embarcation en difficulté, le 22 avril 2021. Crédit : SOS Méditerranée / Flavio Gasperini

« Nous avons recherché deux des embarcations, l’une après l’autre, dans une course contre la montre et par une mer très agitée, avec des vagues atteignant 6 mètres », ajoute le communiqué.

« Inaction des acteurs européens et libyens »

Une de ces embarcations, avec 104 migrants à bord, a finalement été interceptée mercredi par les garde-côtes libyens et renvoyée au port de Tripoli. Une autre composée d’environ 42 personnes est toujours portée disparue. La dernière, avec quelque 130 migrants, a été retrouvée vide par l’équipage de l’Ocean Viking jeudi soir. Au moins 10 corps ont été aperçus à proximité de l’épave, aucun survivant n’a été retrouvé.

« Ces morts ne sont pas un accident mais le résultat d’actions et d’inactions des acteurs européens et libyens », affirme dans un communiqué Alarm Phone. Alertés à de nombreuses reprises par la plateforme, les garde-côtes libyens n’ont pas voulu prendre la mer à cause des mauvaises conditions météorologiques. « Nous avons demandé une intervention toute la journée et ils ont refusé », rapporte l’organisation.

Les autorités européennes ont elles aussi été averties en amont. « La seule action entreprise a été le lancement d’un avion de surveillance de Frontex, sept heures après la première alerte, qui a retrouvé le bateau et informé toutes les autorités et navires marchands de la zone de la situation de détresse critique », précise Alarm Phone. Mais malgré le danger, les autorités européennes « ont rejeté la responsabilité de coordonner cette opération de recherche et ont désigné les autorités libyennes comme ‘compétentes' ».

« Est-ce cela l’héritage de l’Europe ? »

SOS Méditerranée accuse elle aussi l’Europe et la Libye. « Les États abdiquent leur responsabilité de coordonner les opérations de recherche et de sauvetage, laissant les acteurs privés et la société civile combler le vide mortel qu’ils laissent derrière eux. Nous pouvons voir le résultat de cette inaction délibérée dans la mer autour de notre navire », insiste l’ONG.

Safa Msehli de l’Organisation internationale des migrations (OIM) s’interroge également sur le rôle de l’Union européenne. « Est-ce cela l’héritage de l’Europe ? », a-t-elle réagi sur sa page Twitter. « L’humanité s’est noyée », continue la porte-parole de l’agence onusienne.

Ce drame intervient le lendemain de la découverte de deux corps, celui d’une femme et d’un enfant, retrouvés à bord du canot intercepté par les garde-côtes libyens.

Depuis le début de l’année, 357 migrants ont perdu la vie en Méditerranée centrale en tentant de rejoindre les côtes européennes à bord d’embarcations de fortune, selon les chiffres de l’OIM .

Après la tragédie au large des Canaries, l’ONU alerte sur la hausse continue des décès de réfugiés et de migrants en mer

© HCR/Markel Redondo
Le HCR et l’OIM mettent en garde contre l’augmentation continue des décès de réfugiés et de migrants en mer.

Après la récente tragédie en mer au large des îles Canaries, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont appelé tous les Etats à renforcer les voies d’accès sûres et légales pour fournir des alternatives aux dangereuses traversées en mer.

Selon un dernier bilan, au moins 24 personnes sont décédées dans le nord de l’océan Atlantique lors d’une tentative de traversée maritime depuis les côtes africaines vers les îles Canaries, territoire espagnol et région ultrapériphérique de l’Union européenne.

Selon les informations préliminaires, les équipes espagnoles de recherche et sauvetage ont porté secours à une embarcation en détresse, qui avait été détectée durant l’après-midi du mardi 27 avril à environ 500 kilomètres au sud d’El Hierro, une île de l’archipel espagnol des Canaries. « Un hélicoptère de l’armée de l’air espagnole a retrouvé trois survivants seulement à bord du bateau, deux hommes et une femme, ainsi que 17 corps sans vie qui gisaient sur le pont », ont rapporté le HCR et l’OIM qui se sont dit attristés par ce drame dans un communiqué conjoint publié mercredi soi.

L’équipage de l’hélicoptère a hélitreuillé les trois survivants, qui souffraient de déshydratation sévère. Ils ont été par la suite transférés dans un hôpital sur l’île de Tenerife, vers laquelle la sinistre embarcation est également remorquée pour procéder à l’identification des personnes décédées.

Cette dernière tragédie au large des Canaries a été précédée d’une autre en mer Méditerranée centrale où au moins 130 personnes qui tentaient de se rendre en Europe par bateau sont mortes noyées la semaine dernière.

Selon les deux agences onusiennes, près de 200 personnes auraient déjà péri en mer cette année durant leur tentative de traversée vers les îles Canaries et sur l’itinéraire de la Méditerranée occidentale vers la partie continentale de l’Espagne. Parmi elles, près de 90 personnes, dont au moins huit enfants et six femmes, ont péri en mer durant leur tentative de traversée vers les îles Canaries.

Plus de 4.300 migrants et réfugiés sont arrivés aux îles Canaries par la mer depuis le début de l’année

Depuis le mois de janvier, plus de 4.300 migrants et réfugiés, y compris des enfants non accompagnés qui ont besoin de protection, sont arrivés aux îles Canaries par la mer. Les mauvaises conditions en mer à cette période de l’année et les longues distances à parcourir – allant de 400 kilomètres à plus de 1.500 kilomètres selon la localisation du point d’embarquement sur la côte de l’Afrique de l’Ouest – rendent cet itinéraire particulièrement dangereux.

« Des migrants et des réfugiés restent parfois bloqués en mer durant plusieurs jours à bord d’embarcations à la dérive sans nourriture ni eau potable », ont précisé le HCR et l’OIM.

Les deux agences onusiennes ont remercié les autorités espagnoles, l’établissement public chargé de la sûreté maritime dans les eaux espagnoles Salvamento Marítimo, et les forces espagnoles de sécurité pour leur travail de recherche et sauvetage en mer, qui sauve des vies. Entre le vendredi 23 et le dimanche 25 avril, les autorités espagnoles ont secouru plus de 200 personnes en mer au sud des îles Canaries.

Après cette dernière tragédie, le HCR et l’OIM ont appelé tous les Etats à renforcer les voies d’accès sûres et légales pour fournir des alternatives aux dangereuses traversées en mer. « Les Etats et tous les acteurs concernés aux niveaux international, régional et local devraient également intensifier leur coopération pour réprimer les réseaux de passeurs et de traite des êtres humains, qui exploitent sans relâche le désespoir et les vulnérabilités de migrants et de réfugiés », ont souligné les deux agences onusiennes.

108 migrants interceptés en mer en détention en Libye

Mercredi, 108 migrants interceptés en mer Méditerranée au large des côtes libyennes ont été ramenés en Libye par les garde-côtes du pays d’Afrique du Nord. « Ils ont tous été emmenés en détention, dont dix femmes et quatre enfants », a précisé la porte-parole de l’OIM à Genève, Sada Msehli.

« Nous soutenons que la détention arbitraire de migrants doit cesser », a rappelé sur Twitter le bureau de l’OIM en Libye.

 

 

Publié dans par Dominique Manga (source Info Migrants)