Photo ONU/Martine Perret
Un employé de l’OMS vérifie la température d’une voyageuse à l’aéroport de Lugin, à Freetown, en Sierra Leone, en septembre 2014. Photo OMS Sierra Leone
18 mars 2020

« Il ne faut pas attendre que l’épidémie arrive pour se préparer. C’est en temps de paix qu’on prépare la guerre », a mis en garde mercredi un haut responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à l’intention des pays africains, face à la menace du nouveau coronavirus.

« Quand un pays est à risque ou quand deux pays sont à risque, le monde entier est à risque aujourd’hui, en raison notamment de l’interconnectivité, des mouvements de population, de la mondialisation », a déclaré Dr Ibrahima Socé Fall, Directeur général adjoint de l’OMS en charge de la réponse aux urgences.

Dans un entretien accordé à ONU Info, le médecin sénégalais bat en brèche certaines idées reçues sur le Covid-19, comme celle faisant croire que ce virus ne peut se transmettre sous les climats chauds et humides.

Pour l’agence onusienne, le virus de Covid-19 peut se transmettre dans toutes les régions, y compris les zones chaudes et humides comme le continent africain. Donc, indépendamment du climat, la seule parade est d’adopter des mesures de protection dès lors que l’on vit ou se rend dans une zone où il y a des cas du nouveau coronavirus.

Plus de 440 cas confirmés répartis dans 30 des 54 pays d’Afrique

Face à toutes ces fausses informations (infox) relayées sur les médias sociaux, Dr Socé Fall pense qu’il faut être très prudent sur la façon de communiquer.

Le virus de Covid-19 peut se transmettre dans toutes les régions, y compris les zones chaudes et humides comme le continent africain

« Les informations qui ne sont pas scientifiquement prouvées ne doivent pas être divulguées », a-t-il fait valoir. Pour le Directeur général adjoint de l’OMS en charge de la réponse aux urgences, il n’y a donc « aucune raison de croire que ce virus va épargner l’Afrique ».

Le coronavirus a tué au moins 7.529 personnes dans le monde depuis décembre, selon le tableau de bord de l’OMS consulté mercredi matin par ONU Info.  Le nombre de cas de Covid-19 recensés dans le monde s’établit à plus de 184.975 cas dans 159 pays et territoires.

L’Afrique est encore peu touchée par l’épidémie de Covid-19, avec 446 cas confirmés mardi 17 mars, répartis dans 30 des 54 pays que compte le continent. Une dizaine de décès sont recensés dont 4 en Egypte et en Algérie alors que le Maroc fait état de deux morts.

Si les premières contaminations ont été le fait de résidents européens, certains pays dénombrent déjà des cas domestiques par dizaines.

« Les pays africains doivent se préparer et pour se préparer, il faut renforcer les systèmes de santé et les capacités requises dans le Règlement sanitaire international », fait remarquer Dr Socé Fall, insistant sur la prévention de la maladie, la détection, mais aussi sur l’importance de se doter « d’un système de santé capable de répondre en situation d’épidémie ».

Une patiente dans un centre de santé à Butembo, dans l’est de la RDC, se fait prendre la température dans le cadre des efforts pour éviter la propagation d’Ebola.

Potentiel de dissémination du virus face à des systèmes de santé précaires

D’ailleurs, certains experts s’inquiètent de la faiblesse des systèmes de santé du continent en cas de contamination massive.

« Tant que c’est une épidémie débutante, l’Afrique a la capacité pour la maîtriser. Mais en cas de transmission communautaire soutenue, comme en Italie et dans d’autres pays, les systèmes de santé en Afrique n’ont pas la capacité pour tenir le coup », relève le Directeur général adjoint de l’OMS, soulignant au passage le fait que « même dans les pays développés, certains systèmes de santé ont été débordés ». « Donc il ne faut pas qu’on arrive à ce stade en Afrique », a déclaré Dr Socé Fall.

Si le coronavirus devait se répandre davantage sur le continent africain, la capacité à établir un diagnostic rapidement sera ainsi limitée.

Or selon l’OMS, de plus en plus de pays risquent d’être affectés, « compte tenu du potentiel de transmission du virus ».

Mais à ce stade de l’épidémie, l’agence onusienne estime qu’il y a encore la possibilité de tester tous les cas suspects, la possibilité d’isoler les cas confirmés et mettre en quarantaine les contacts des malades.

« Il faut renforcer ces aspects et cela ne peut se faire que quand la population est totalement mobilisée parce que c’est la population qui doit gagner le combat », a ajouté Dr Socé Fall dans cet entretien accordé à ONU Info.

L’OMS fournit des kits de dépistage au continent

Si l’Afrique reste encore relativement épargnée par l’épidémie de coronavirus, les nouveaux cas détectés ces derniers jours renforcent l’inquiétude.

« Pour le moment, l’Afrique ne voit que des cas importés, notamment d’Europe. Certains ‘clusters’ (grappes) se constituent dans certains pays, mais en phase initiale », a fait remarquer ce haut responsable de l’OMS. Et c’est donc « une fenêtre d’opportunité pour venir à bout de l’épidémie en Afrique », en respectant les mesures d’hygiène et de sensibilisation.

Alors, pour prévenir une éventuelle progression du virus, l’OMS demande au continent d’élargir la riposte. Il s’agit alors de détecter tous les cas et identifier toutes les chaînes de transmission afin de mieux « protéger les populations vulnérables ».

« Toutes les mesures de prévention doivent être prises dans les maisons, dans les quartiers, dans les villages et centres urbains », souligne Dr Socé Fall, appuyant tout effort visant à « éviter les grands rassemblements ».

Reste que le défi pour les pays africains est aussi de développer les capacités à procéder à des tests de dépistage. En près de deux mois, le nombre de pays africains capables d’effectuer des tests pour détecter le coronavirus est passé de deux à une cinquantaine.

« Au départ, il y avait que deux pays qui pouvaient détecter la maladie : l’Afrique du Sud et le Sénégal avec l’Institut Pasteur de Dakar. Aujourd’hui pratiquement tous les pays sont en mesure de tester et ça c’est important », a précisé Dr Socé Fall.

Selon l’OMS, des partenaires sont mobilisés pour financer les plans de réponse à travers une plate-forme unifiée. Des experts sont envoyés dans les pays où il y a un besoin de renforcement des capacités pour gagner cette « guerre » contre le Covid-19