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06 Déc 2021

Algérie-Maroc : la rupture est consommée

Les tensions entre les deux grands États du Maghreb, qui se sont nettement envenimées ces dernières semaines, si bien que certains observateurs redoutent que le conflit actuel dégénère en guerre ouverte, ne datent pas d’hier.

En réalité, elles remontent à la fin de la guerre d’indépendance algérienne. La question des frontières dessinées par le colonisateur, qui avantagent l’Algérie au détriment des autres pays de la région, suscite un profond différend entre Rabat et Alger, qui connaîtra de multiples rebondissements, sous des formes diverses et avec un abcès de fixation récurrent au Sahara occidental. Un retour historique s’impose pour comprendre les données de la dégradation à laquelle on assiste en ce moment.

Un conflit ancien

Sahara occidental d’après la carte du World Factbook de la CIA. Wikipedia

Lorsque le Maroc devient protectorat français en 1912, l’administration française délimite les deux territoires algérien et marocain. Mais le tracé est très peu précis et varie d’une carte à l’autre.

Pour la France, il ne s’agit pas à proprement parler de frontières, la zone qui va de Colomb-Béchar à Tindouf et correspond à l’Ouest algérien étant inhabitée.

Le regard sur ce territoire allait fondamentalement changer à partir de 1952, date à laquelle la France y découvre un gisement de pétrole et des minerais (fer et manganèse). Ces terres sont alors intégrées à l’Algérie. Pour la France, il s’agit de les inclure dans son territoire sur le long terme, l’Algérie étant française alors que le Maroc n’est qu’un protectorat appelé à s’affranchir de la tutelle de Paris.

Mais dès son indépendance, en 1956, le Maroc revendique ce territoire, affirmant qu’il fait partie du Maroc historique.

La France répond à cette demande en proposant à Rabat un marché : cette bande Ouest de l’Algérie pourrait être restituée au Maroc en contrepartie de la mise en place d’une « Organisation commune des régions sahariennes » (OCRS), qui serait chargée d’exploiter les gisements miniers du Sahara algérien, au bénéfice commun du Maroc et de la France.

L’offre de Paris est assortie d’une demande : celle de ne pas abriter d’insurgés algériens. Rabat rejette cette proposition, préférant discuter directement avec les Algériens.

En juillet 1961, Hassan II, qui vient d’accéder au trône, reçoit à Rabat Farhat Abbès, le président du Gouvernement provisoire de la République algérienne. Une convention est signée au terme de la rencontre, et une commission algéro-marocaine est créée pour régler cette question du Sahara algérien « dans un esprit de fraternité et d’unité maghrébines ».

Selon l’accord, une fois l’indépendance de l’Algérie acquise, le statut de la zone serait renégocié. Mais à l’indépendance de l’Algérie, et avant même que l’accord de Rabat ait pu être ratifié, une coalition menée par Ahmed Ben Bella et soutenue par l’Armée de libération nationale (ALN) évince Farhat Abbas du gouvernement. La nouvelle équipe au pouvoir à Alger refuse de rétrocéder au Maroc un territoire « libéré avec le sang de tant de martyrs ».

Hassan II se sent trahi par la nouvelle classe politique algérienne, et l’Istiqlal, le parti marocain qui porte la question nationale et en devient le phare, se dit indigné par l’« ingratitude » des Algériens. Le Maroc historique auquel se réfèrent les acteurs politiques marocains allait être matérialisé par une carte du « Grand Maroc » que l’Istiqlal fait dessiner et publier dans son hebdomadaire Al-Alam en mars 1963.

Selon cette carte, les frontières du pays se définissent en fonction des allégeances qui ont été faites aux sultans du Maroc à travers les âges. Le Grand Maroc comprendrait un bon tiers du Sahara algérien, le Sahara occidental colonisé par l’Espagne (1884-1976), la Mauritanie et une partie du Mali.

Entre « territoire acquis par le sang des martyrs » et « droit historique », deux conceptions du droit et de l’histoire allaient donc s’affronter, donnant lieu, en septembre 1963, au déclenchement d’un conflit armé : la Guerre des sables.

Ayant pour théâtre la région de Tindouf, ce conflit oppose le Maroc à une Algérie fraîchement indépendante et aidée par l’Égypte et Cuba. Les combats, dont le bilan humain est encore controversé, cessent en février 1964, quand l’Organisation de l’unité africaine (OUA – l’ancêtre de l’Union africaine) obtient un cessez-le-feu qui laisse la frontière inchangée : la zone contestée demeure algérienne.

Mais le contentieux entre les deux États allait se prolonger, se nourrissant de l’irrédentisme marocain autour de la question du « Grand Maroc » et du refus de l’Algérie indépendante de reconsidérer les frontières héritées de l’ère coloniale. Un différend dont l’intensité ne peut se comprendre qu’à l’aune de la sourde rivalité pour le leadership régional qui oppose les deux pays.

Le conflit du Sahara occidental : abcès de fixation des tensions entre les deux pays

À partir de 1975, l’appui apporté par l’Algérie au Front Polisario, ce mouvement indépendantiste mis en place en 1973 et qui revendique le Sahara occidental au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, viendra nourrir la tension désormais permanente entre Alger et Rabat. En effet, le Maroc revendique cette ancienne colonie espagnole et s’engage donc dans une lutte durable contre le Front Polisario. Pour l’Algérie, qui s’abrite derrière le droit des peuples à l’autodétermination, un conflit de basse intensité a l’avantage d’affaiblir le Maroc. Les deux pays allaient donc s’affronter par Front Polisario interposé.

Deux conflits s’additionnent et se superposent : l’opposition territoriale entre l’Algérie et le Maroc, d’une part, et le conflit de décolonisation entre Sahraouis et Marocains, qui n’aurait pu se prolonger pendant près d’un demi-siècle si le contentieux algéro-marocain n’avait pas lourdement pesé sur son déroulement.

En accueillant les réfugiés sahraouis à Tindouf, symboliquement, après l’installation du Maroc sur ce territoire, en mettant sa diplomatie au profit du Front Polisario et en l’armant, l’Algérie donnait un autre aspect à ce dernier conflit de décolonisation d’Afrique.

L’imbrication des deux conflits, entre Algérie et Maroc d’abord, entre Sahraouis et Marocains ensuite, pèse lourdement sur l’attitude des acteurs. Chacun des deux camps souhaite une victoire totale sur l’adversaire, au point que toute négociation devient impossible. L’impuissance des Nations unies, en charge du règlement de ce conflit saharien depuis 1991 est sans doute à lire à travers ce prisme.

Série documentaire sur le conflit du Sahara occidental, 1ᵉʳ épisode.

L’implication de l’Algérie dans le dossier saharien provoque une rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc entre 1976 et 1988. Pour autant, la reprise des relations ne contribue pas à dissiper la conflictualité.

En 1994, Driss Basri, ministre marocain de l’Intérieur, a laissé entendre que les services secrets algériens pouvaient avoir commandité l’attentat terroriste qui s’est produit dans un hôtel de Marrakech, faisant deux victimes espagnoles. Il instaure des visas et organise une campagne d’expulsion d’Algériens résidant au Maroc sans carte de séjour. La riposte d’Alger est immédiate : la fermeture de la frontière terrestre.

Abdelaziz Bouteflika, président de l’Algérie à partir de 1999, a tenté de rompre cette spirale de tensions et de ruptures, sans succès. Il s’est heurté à la l’intransigeance de l’état-major de l’armée algérienne qui gère le dossier des frontières, la relation avec le Maroc et bien plus encore, tant l’armée est impliquée dans la vie politique algérienne.

La brouille aura des effets majeurs sur les échanges commerciaux et culturels entre les deux pays.

La coopération est quasi inexistante, exception faite du gazoduc qui relie l’Algérie à l’Europe en passant par le Maroc. Le différend bloque toute interaction au niveau horizontal et rend impossible l’intégration de la région, c’est-à-dire la mise en place de l’Union du Maghreb arabe (UMA), qui a pourtant été signée en 1989. Le conflit du Sahara occidental s’en est trouvé gelé, la coopération entre les pays quasi nulle et l’UMA une véritable coquille vide.

L’axe Washington/Tel-Aviv/Rabat rebat les cartes

L’accord du 22 décembre 2020 passé entre le Maroc et les États-Unis, qui stipule que Rabat normalise ses relations avec Israël en contrepartie de la reconnaissance par Washington de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental a créé un déséquilibre dans le rapport des forces entre l’Algérie et le Maroc.

Pour Alger, un Maroc appuyé par Israël ne pouvait être que plus puissant, d’autant que le pays a donné de lui-même l’image d’un partenaire incontournable pour les États occidentaux, notamment dans la lutte contre le djihadisme, ou en matière de contrôle de l’immigration venue des pays subsahariens.

Relations Maroc/Israël : les deux pays vont ouvrir réciproquement des ambassades, France 24, 13 août 2021.

Un an après la déclaration de Donald Trump, l’administration Biden a d’une certaine manière confirmé cette reconnaissance, même si le chef de la diplomatie américaine a exprimé son désir de respecter le droit international. Les Algériens, qui continuent d’appuyer inconditionnellement le Front Polisario, savent que c’est une question de temps et que, tôt ou tard, le Maroc verra sa souveraineté sur ce territoire être reconnue par l’ONU, au mépris d’un processus de résolution du conflit saharien confié à la même organisation depuis 1991. Le silence éloquent de l’Union européenne sur ce dossier les conforte dans leur conviction.

L’année 2021 a été émaillée de vexations et de provocations qui sont allées crescendo jusqu’à l’été passé. La tension devient très vive en juillet dernier, suite aux révélations selon lesquelles le Maroc aurait eu recours au logiciel israélien Pegasus, commercialisé par l’entreprise israélienne NSO, pour espionner « des responsables et des citoyens algériens ». L’enquête a révélé que des milliers de numéros de téléphone algériens ont été ciblés, dont certains appartenant à de hauts responsables politiques et à des militaires.

La tension monte d’un cran lorsque, au cours d’une réunion des Non Alignés à New York (13 et 14 juillet) Omar Hilale, l’ambassadeur du Maroc à l’ONU a distribué une note stipulant que « le vaillant peuple de Kabylie mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ».

Un mois plus tard, c’est Yaïr Lapid, le ministre israélien des Affaires étrangères, en visite à Rabat, qui déclarait, en présence de son homologue marocain Nasser Bourita, qu’il était « inquiet du rôle joué par l’Algérie dans la région, du rapprochement d’Alger avec l’Iran et de la campagne menée par Alger contre l’admission d’Israël en tant que membre observateur de l’UA ».

La riposte algérienne

Le 24 août, l’Algérie annonce la rupture de ses relations diplomatiques avec le Maroc. Le haut conseil de sécurité algérien, présidé par le chef de l’État Abdelmajid Tebboune, ferme l’espace aérien du pays à tout appareil civil ou militaire immatriculé au Maroc.

Évidemment, la frontière étant fermée depuis 1994, l’impact de cette rupture des relations est politique. Elle met néanmoins un terme au seul cas de coopération entre les deux pays : le fameux gazoduc Maghreb Europe (GME).

Le gaz est, ici comme ailleurs, utilisé comme un moyen de pression. Le contrat qui liait les deux pays pour alimenter le Maroc en gaz et pour le transit a été interrompu le 31 octobre.

Difficile de croire le Maroc qui affirme, par un communiqué de l’Office national de l’électricité et de l’eau (ONEE), que l’impact de cette décision sur le système électrique marocain est « insignifiant », le pays ayant pris ses dispositions.

Car, depuis 1996, le Maroc est un pays de transit pour le gaz algérien exporté en Espagne et au Portugal. 10 milliards de mètres cubes sont ainsi transportés chaque année et le Maroc perçoit des droits de péage en gaz et le reste de sa consommation est facturé à des tarifs très avantageux.

La réponse marocaine s’inscrit dans le prolongement du conflit, puisque l’ONEE affirme que même si les deux centrales électriques qui fonctionnent grâce au gaz algérien venaient à s’arrêter, le consommateur marocain ne s’en rendrait pas compte car, pour compenser la perte, le Maroc dispose de plusieurs options : les alimenter en charbon, en produits pétroliers ou bien importer plus d’électricité.

Le premier ministre Aziz Akhannouch est en négociation avec Madrid au sujet du renvoi du gaz algérien à partir de l’Espagne. Ce dernier pays serait quant à lui toujours alimenté par l’Algérie par voie sous-marine, à travers le gazoduc Medgaz.

Toutefois, ce pipeline est aujourd’hui au maximum de sa capacité, 8 milliards de mètres cubes y transitant chaque année. Pour compenser la différence, il faudrait élargir le pipeline, ou transporter le gaz liquéfié par méthaniers. Autant de moyens qui impliquent un coût qui ne peut que se répercuter sur le consommateur, qu’il soit espagnol ou marocain.

L’énergie est donc la dernière arme qu’a choisi d’utiliser l’Algérie dans sa guerre sans fin contre le Maroc. Mais les armes conventionnelles pourraient aussi parler, les deux pays étant les plus grands acheteurs d’armes en Afrique après l’Égypte…  Publié dansPar Dominique Manga(source The Conversation)

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  1. Khadidja Mohsen-Finan Politologue, enseignant-chercheur, spécialiste du Maghreb & du Monde Arabe, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

29 Nov 2021

Omicron : comment ce nouveau variant du SARS-CoV-2 a-t-il été identifié, et que sait-on de lui ?

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, le Réseau de surveillance génomique en Afrique du Sud suit l’évolution du coronavirus SARS-CoV-2. Fin 2020, ce précieux outil, qui permet de comprendre le mode de propagation du virus, avait détecté une nouvelle lignée de SARS-CoV-2, 501Y.V2, qui a été par la suite baptisée variant Bêta.

Aujourd’hui, un nouveau variant a été identifié : B.1.1.529. L’Organisation mondiale de la santé l’a déclaré « variant préoccupant », et lui a attribué le nom d’Omicron.

Pour nous aider à mieux comprendre la situation, Ozayr Patel, de The Conversation Africa, a demandé à des scientifiques de partager ce qu’ils savent de ce variant.

Où en sont les recherches scientifiques

« Traquer les nouveaux variants » : si excitante que puisse paraître cette activité, elle repose principalement sur le séquençage du génome entier du coronavirus, à partir d’échantillons qui ont été testés positifs. Chasser les nouveaux variants nécessite un effort concerté. L’Afrique du Sud et le Royaume-Uni ont été les premiers pays à mettre en place une surveillance génomique du SARS-CoV-2 via des efforts à l’échelle nationale, dès avril 2020.

Le processus consiste à comparer chaque séquence obtenue avec celles des souches que nous savons être en circulation en Afrique du Sud et dans le monde. Lorsque de multiples différences sont constatées, la sonnette d’alarme est tirée, et les recherches sont approfondies afin de confirmer ce qui a été initialement détecté.

Heureusement, l’Afrique du Sud est bien équipée pour cette activité. Son National Health Laboratory Service (NGS-SA) centralise les résultats des laboratoires du secteur public, les liens avec les laboratoires privés sont bons, et elle dispose d’une expertise de pointe en matière de modélisation, ainsi que du Provincial Health Data Centre of the Western Cape Province, dont la mission principale est de mettre à disposition des cliniciens et des personnes chargées du suivi des patients les données les plus pertinentes.

En outre, l’Afrique du Sud dispose de plusieurs laboratoires capables de cultiver et d’étudier les virus, ce qui permet de déterminer dans quelle mesure les anticorps produits en réponse à la vaccination ou à une infection antérieure sont capables de neutraliser le nouveau coronavirus. L’ensemble de ces données nous permettront de mieux caractériser Omicron.

Représentations en 3D de coronavirus Alpha, Bêta, Gamma et Delta sur un fond blanc
Représentations en 3D des coronavirus Alpha, Bêta, Gamma et Delta. Shutterstock

À l’époque, le variant Bêta s’était propagé beaucoup plus efficacement que le SARS-CoV-2 de type « sauvage » ou « ancestral ». Il avait été à l’origine de la deuxième vague pandémique en Afrique du Sud et avait de ce fait été catégorisé en variant préoccupant, lui aussi. En 2021, un autre variant préoccupant s’est également répandu dans une grande partie du monde, y compris en Afrique du Sud, où il a provoqué une troisième vague pandémique : le variant Delta.

Très récemment, le séquençage de routine effectué par les laboratoires membres du Réseau de surveillance génomique a permis de détecter en Afrique du Sud une nouvelle lignée de coronavirus, baptisée B.1.1.529. Soixante-dix-sept échantillons collectés à la mi-novembre 2021 dans la province du Gauteng, la plus urbanisée d’Afrique du Sud, contenaient ce virus. Ce dernier avait également été signalé au Botswana voisin et à Hong Kong, dans un petit nombre d’échantillons. À Hong Kong, ce variant aurait été importé par un voyageur en provenance d’Afrique du Sud.

L’Organisation mondiale de la santé a donné au variant B.1.1.529 le nom d’Omicron, et l’a classé en variant préoccupant, comme Bêta et Delta avant lui.

Pourquoi des variants préoccupants émergent-ils en Afrique du Sud ?

Nous ne le savons pas avec une absolue certitude, mais cela n’est à coup sûr pas uniquement lié à l’important effort de surveillance du coronavirus mené dans le pays.

Une théorie postule que les personnes dont le système immunitaire est très affaibli et qui, parce qu’elles ne peuvent l’éliminer, subissent une infection prolongée par le coronavirus SARS-CoV-2, pourraient être à l’origine de l’émergence de nouveaux variants.

Selon cette hypothèse, le système immunitaire de ces personnes exercerait un certain degré de « pression immunitaire » qui créerait des conditions propices à l’émergence de variants. Autrement dit, leur réponse immunitaire ne serait pas assez forte pour éliminer le coronavirus, mais exercerait cependant sur lui un certain niveau de pression sélective qui le « forcerait » à évoluer.

Or justement, en Afrique du Sud, de nombreuses personnes sont infectées par le VIH et sont à un stade avancé de la maladie. En effet, malgré l’existence d’un programme visant à distribuer des traitements antirétroviraux, nombre de personnes séropositives ne disposent pas d’une prise en charge effective. Plusieurs cas cliniques ont été étudiés qui confirment cette hypothèse, mais il reste encore beaucoup à apprendre.

Pourquoi l’émergence de ce variant est-elle inquiétante ?

La réponse courte est que nous ne savons pas encore réellement s’il faut s’inquiéter de cette émergence. La réponse longue est que B.1.1.529 est effectivement porteur de certaines mutations qui sont inquiétantes. Sa seule protéine Spike en comporte plus de 30, et le fait est que les mutations concernées n’ont jamais été observées dans une telle combinaison jusqu’à présent. C’est ce qui cristallise les inquiétudes, car la protéine Spike entre dans la composition de la plupart des vaccins (les anticorps dont les vaccins actuels stimulent la production pourraient s’avérer moins efficace contre la protéine Spike de B.1.1.529 – Omicron, si elle est trop différente de celle des précédentes souches utilisées pour mettre au point lesdits vaccins, ndlr).

Nous pouvons également affirmer que le profil génétique de B.1.1.529 est très différent de ceux des autres variants circulants, qu’ils soient classés « d’intérêt » ou « préoccupants » par l’OMS. Il ne semble pas être « fille de Delta » ou « petit-fils de Bêta », mais plutôt appartenir à une nouvelle lignée de SARS-CoV-2.

Certaines de ses modifications génétiques ont été identifiées chez d’autres variants, et nous savons qu’elles peuvent affecter la transmissibilité ou permettre une évasion immunitaire, mais beaucoup sont nouvelles et n’ont pas encore été étudiées. Bien que nous puissions faire diverses prédictions, nous étudions encore dans quelle mesure ces mutations influenceront son comportement.

Les caractéristiques les plus essentielles à déterminer sont la transmissibilité de ce variant, sa propension à entraîner des formes sévères de la maladie, et sa capacité à « échapper » à la réponse immunitaire des personnes vaccinées ou guéries suite à une infection naturelle par d’autres variants. Nous étudions ces points de deux manières. Tout d’abord, des études épidémiologiques minutieuses sont menées, afin de savoir si la nouvelle lignée présente effectivement des différences par rapport aux précédentes en matière de transmissibilité, de capacité à infecter des personnes vaccinées ou précédemment infectées, etc.

Parallèlement à cette approche épidémiologique, des travaux menés en laboratoire visent à déterminer les propriétés de ce nouveau variant. Ses caractéristiques de croissance sont comparées à celles d’autres variants, et des tests sont effectués pour savoir dans quelle mesure le virus peut être neutralisé par les anticorps présents dans le sang des individus vaccinés ou guéris.

En fin de compte, l’importance réelle des modifications génétiques observées dans B.1.1.529 apparaîtra lorsque les résultats de toutes ces études seront pris en compte. Il s’agit d’une entreprise complexe, exigeante et coûteuse, qui se poursuivra pendant des mois, mais qui est indispensable pour mieux comprendre le variant Omicron et élaborer les stratégies les plus efficaces pour le combattre.

Ce variant entraîne-t-il des symptômes différents ou une maladie plus grave ?

Il n’y a pas encore de preuve d’une quelconque différence clinique dans la maladie provoquée par ce variant. Ce que l’on sait, c’est que les cas d’infection par le virus B.1.1.529 ont augmenté rapidement dans le Gauteng, où la quatrième vague pandémique du pays semble commencer. Cela suggère une transmissibilité facilitée, qui concerne toutefois un faible nombre de cas et survient dans un contexte d’interventions non pharmaceutiques (gestes barrières…) beaucoup plus souples qu’auparavant. Nous ne pouvons donc pas encore vraiment affirmer que le B.1.1.529 se transmet plus efficacement que le variant préoccupant Delta, qui prévalait auparavant.

Le Covid-19 est plus susceptible d’entraîner des formes graves, souvent mortelles, chez les personnes âgées et les malades chroniques. Mais dans une population, les groupes qui sont généralement initialement les plus exposés à un nouveau virus sont les personnes plus jeunes, qui sont plus mobiles et généralement en bonne santé. Si le B.1.1.529 se propage effectivement davantage, il faudra un certain temps avant de pouvoir évaluer ses effets, en matière de gravité de la maladie.

Heureusement, il semble que les tests de diagnostic qui se sont avérés efficaces jusqu’à présent sont aussi capables d’identifier ce nouveau variant viral. Mieux encore, il semble que certains tests commerciaux largement utilisés donnent en présence du B.1.1.529 un schéma spécifique : deux des trois séquences génomiques cibles sont positives, mais la troisième ne l’est pas. C’est comme si ce nouveau variant cochait systématiquement deux cases sur trois. Ce schéma peut servir de marqueur pour le B.1.1.529, ce qui signifie que nous pouvons rapidement estimer la proportion de cas positifs dus à l’infection par Omicron, au quotidien et dans chaque zone géographique. Cela est très utile pour suivre la propagation du virus quasiment en temps réel.

Les vaccins actuels sont-ils susceptibles de protéger contre le nouveau variant ?

Là encore, nous ne le savons pas. Des personnes qui avaient été vaccinées ont également fait partie des cas connus d’infection. Mais nous avons appris, depuis le déploiement de la vaccination, que la protection immunitaire qu’elle procure s’affaiblit avec le temps, et que les vaccins ne protègent pas tant contre l’infection que contre les formes sévères de la maladie et les décès subséquents. L’une des analyses épidémiologiques en cours ambitionne de déterminer combien de personnes vaccinées ont été infectées par le variant B.1.1.529.

La possibilité que le variant Omicron puisse échapper à la réponse immunitaire est inquiétante. Mais plusieurs études ont révélé que les taux de séroprévalence, qui indiquent combien de personnes ont déjà été infectées par le coronavirus SARS-CoV-2, sont élevés. On espère que cela leur procurera un certain degré d’« immunité naturelle » contre ce variant également, pendant un certain temps au moins.

En fin de compte, ce que l’on sait pour l’instant d’Omicron semble indiquer que notre meilleur atout pour lutter contre le Covid-19 et les formes sévères reste de vacciner le plus grand nombre de personnes possibles. En parallèle avec la mise en place d’interventions non pharmaceutiques, cette approche aidera les systèmes de santé à faire face à la vague qui s’annonce. Publié dans Par Dominique Manga (source The Conversation)

                  Auteurs

    1. Prof Wolfgang Preiser Head: Division of Medical Virology, Stellenbosch University

    1. Cathrine Scheepers Senior Medical Scientist, University of the Witwatersrand

    1. Jinal Bhiman Principal Medical Scientist at National Institute for Communicable Diseases (NICD), National Institute for Communicable Diseases

    1. Marietiie Venter Head: Zoonotic, Arbo and Respiratory Virus Programme, Professor, Department Medical Virology, University of Pretoria

  1. Tulio de Oliveira Director: KRISP – KwaZulu-Natal Research and Innovation Sequencing Platform, University of KwaZulu-Natal

24 Nov 2021

Que font les hackers de vos données volées ?

Le piratage des données est devenu une problématique majeure, dont les exemples sont quotidiens. Rien que sur l’année 2020, 3 950 fuites de données ont été détectées, selon une vaste enquête menée récemment par la société Verizon.

Le plus souvent, elles touchent de grandes plates-formes numériques (Facebook, LinkedIn, etc.) ou des acteurs socio-économiques importants – c’est le cas dans 72 % des cas recensés – et elles engendrent une fuite de données personnelles dans 58 % de l’ensemble des cas. Les données personnelles sont en effet une cible de choix et cette fuite affecte aussi bien l’opérateur de services que les utilisateurs eux-mêmes.

Une fuite de données peut donc concerner des données personnelles, qui sont en réalité des données de clients ou d’utilisateurs d’un service, mais également des données liées à l’organisation elle-même. Citons par exemple les informations de transactions d’une entreprise, les résultats de tests ou d’expérimentation de nouveaux produits ou services, etc.

La plate-forme Twitch a récemment été victime d’une telle attaque, au cours de laquelle le code source du réseau (qui explicite son mode de fonctionnement, ses règles internes, l’algorithme de valorisation des contenus publiés…), ainsi que des éléments liés à un projet interne concurrentiel, ont été piratés.

Qu’est-ce qu’une « fuite de données » ?

Les fuites de données d’entreprises ou d’organisations ont toujours existé. Le développement et l’usage démocratisé d’outils numériques les ont évidemment renforcées et facilitées. Globalement, la fuite de données correspond à tout incident au cours duquel des informations sensibles ou confidentielles liées ou appartenant à une organisation ont été consultées ou extraites sans autorisation.

Les méthodes utilisées pour y arriver sont variées et elles évoluent au fur et à mesure des avancées technologiques. Le site du ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance présente de manière très claire les méthodes les plus courantes.

Certaines sont aujourd’hui relativement bien connues du grand public, comme le « phishing », le rançongiciel, ou encore les logiciels malveillants. Elles ont été mises en lumière depuis plusieurs années par des événements marquants, comme en février 2021, l’attaque informatique qui a paralysé les hôpitaux des villes de Dax et Villefranche.

Néanmoins, d’autres méthodes moins connues exposent tout autant les utilisateurs non sensibilisés ou imprudents.

De nouvelles méthodes

On peut notamment citer le faux réseau wifi, ou encore le piratage au travers d’une connexion à un réseau ouvert et libre d’accès, comme le présente Kaspersky, l’une des sociétés de renom de protection informatique.

Ces méthodes de piratage utilisent les failles que peut présenter tout système informatique, failles parmi lesquelles l’utilisateur du système est lui-même inclus, que cela soit par négligence ou méconnaissance.

Pour autant, la fuite de données n’est pas systématiquement due à un acteur extérieur. Elle peut également être provoquée de manière volontaire par un employé pour son profit personnel ou par envie de nuire à l’image d’une entreprise.

À ce jour, la plus grosse fuite de données connue est l’exemple de Yahoo dont en 2013, il est estimé que 3 milliards de données ont été volées, contenant noms, adresses e-mail, dates de naissance, mots de passe, etc.

Les tiers, chevaux de Troie des hackeurs

Selon une enquête menée par l’entreprise anglaise Egress Software, représentativement parmi l’échantillon analysé, 30 % des incidents sont liés à un piratage externe, 24 % à une erreur interne, le même taux à une perte intentionnelle de données et 18 % liés à une faille de sécurité d’un fournisseur tiers.

En effet, la faille peut également provenir des solutions tierces que les entreprises et nous-mêmes individus utilisons tous les jours. L’une des plus récentes illustrations concerne la cyberattaque subie par la société américaine SolarWinds, qui fournit notamment un logiciel de gestion informatique auprès d’acteurs économiques et gouvernementaux. Cette attaque a permis aux hackeurs un accès dérobé aux données de dizaines de milliers de leurs clients.

D’où l’importance des enjeux liés à la cybersécurité aujourd’hui. Il apparaît d’ailleurs que le travail à distance a renforcé les risques d’exposition aux failles notamment à travers l’explosion de l’utilisation de solutions numériques, comme les messages instantanés, l’envoi de courriels, ou la copie physique de données.

Acteurs internes ou hackeurs externes

Les fuites de données sont donc d’origines variées. Cela ne signifie pas que les enjeux liés à ces fuites sont toujours à fort impact. Difficile d’ailleurs d’évaluer quelle est la répartition du nombre de fuites de données selon leurs niveaux d’impact, puisqu’une partie d’entre elles ne sont jamais détectées, et une autre partie jamais révélée.

Comme nous l’avons vu précédemment, les fuites de données peuvent être dues à des acteurs multiples internes comme externes à une organisation spécifique. Les acteurs internes concernent ceux qui ont ou peuvent avoir accès (parfois par contournement) aux données cibles.

Les acteurs externes constituent ce que l’on désigne plus communément aujourd’hui comme les « hackeurs ». Ce sont des profils à fortes compétences informatiques et en cybersécurité pour détourner les systèmes de sécurité informatique.

Ceux-ci travaillent aussi bien pour leur propre compte, que pour des structures diverses, incluant des entreprises, des organisations gouvernementales, etc., en fait, toute structure qui souhaiterait bénéficier de l’accès à des données ne lui appartenant pas.

Déstabilisation, concurrence, monnaie d’échange

La finalité de ces piratages ou fuites de données est également assez variée. Cela peut être pour déstabiliser (nuire à l’image, ou déstabiliser la position stratégique), pour espionner, ou encore saboter un projet, une organisation ou une personne spécifique.

En effet, la fuite établie et rendue publique de données peut ainsi faire peur aux utilisateurs de services et solutions en ligne (qu’ils soient des individus ou des organisations), ternir l’image d’un concurrent (potentiel ou existant), mais également rendre frileux de potentiels investisseurs financiers.

Les données sont donc ainsi soit réutilisées directement comme élément constituant un avantage concurrentiel, comme monnaie d’échange (sous la forme de chantage par exemple, c’est le cas du rançongiciel), ou revendues.

Dans ce dernier cas, un espace numérique sur le web désigné comme le dark web, permet d’échanger, vendre et acheter de multiples articles illégaux. Après utilisation initiale, certaines données se retrouvent même à circuler davantage et librement au travers des communautés de hackeurs, comme le décrit ici l’article de Siècle digital datant de 2019.

Comment s’en protéger

Les hackeurs individuels peuvent se regrouper en communautés et s’appliquer une éthique spécifique. Chacune des communautés défendant ainsi leur vision du monde. Très récemment (octobre 2021), 12 « hackeurs » ont été arrêtés par Europol pour leurs méfaits en ligne.

The Dangers of a Data Breach (Kaspersky Lab, 12 décembre 2017).

Certains chercheurs posent également des questions d’éthique liées aux méthodes de protection elles-mêmes, et proposent un cadre à suivre, comme récemment présenté ici par Formosa et al. en octobre dernier. Il s’agit notamment ici de discuter si la protection doit elle-même s’appuyer sur les mêmes outils et méthodes utilisées lors de piratages.

Le site de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information rappelle les bons gestes que ce soit en tant qu’individu ou organisation.

Des sites existent en outre pour tester si nos données personnelles individuelles ont été piratées (et si ces données se retrouvent donc disponibles à travers le web).Publié dans Par Dominique Manga

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  1. Benoit Loeillet  Associate professor, EM Lyon

Ces sites qui permettent de savoir si vous (votre adresse mail et votre numéro de téléphone) avez été piraté

Le 3 avril dernier, les numéros de téléphone de 533 millions d’utilisatrices et d’utilisateurs de Facebook ont été publiés librement et illégalement sur un forum spécialisé et relativement peu sécurisé. Classée par pays (106 en tout !), cette base de données provient d’une fuite qui a eu lieu en 2019. Sur les 40 millions de Français sur Facebook, la moitié des comptes a été piratée. Les informations que l’on peut y trouver sont celles qui ont été (ou non) remplies par les membres du réseau social de Mark Zuckerberg, soit le nom, le prénom, le numéro de téléphone, le genre, la ville, le statut (en couple, ​célibataire, etc.), le métier ou encore l’adresse mail.

Même si la fuite date d’il y a trois ans, ces données peuvent être utilisées de manière malveillante si elles tombent entre de mauvaises mains : de l’arnaque à l’usurpation d’identité, en passant par le phishing (littéralement « hameçonnage ») pour récupérer d’autres informations confidentielles, et conduire au chantage.

Mais, le web est une espace où le pire cohabite avec le meilleur. Il existe donc des outils en ligne pour vérifier si vous vous êtes fait hacker, vous et donc, dans le cas du « Facebook Leak », si certaines de vos informations personnelles ont été siphonnées. Les voici.

« Me suis-je fait hacker ? »

C’est une référence en la matière. Le site haveibeenpwned.com (littéralement « je me suis fait avoir ») est une plateforme sur laquelle vous entrez votre e-mail ou votre numéro de portable, et il vous dit si vos informations personnelles ont déjà été compromises, c’est-à-dire si on les retrouve dans des bases de données qui ont fuité par le passé. Il est possible que votre e-mail ait fuité, mais pas votre numéro de téléphone – et inversement. Si vous avez été hacké, l’interface passe en rouge et vous délivre le malheureux message : « Oh non ! ». Sinon, l’interface passe (surprise !) en vert et le message : « Bonne nouvelle ! » vous êtes soulagé instantanément.

A savoir : avant la fuite de Facebook, le site n’analysait que des e-mails. Son fondateur Troy Hunt a donc annoncé sur Twitter peu de temps après l’activation de la recherche via les numéros de téléphone. Comme pour l’e-mail, l’outil va chercher dans les bases de données véreuses si votre adresse ou votre numéro a été piraté. Sur les 533 millions de profils qui ont fuité, on trouve que 2,53 millions d’adresses mail dans la base de données, soit moins de 0,5 % adresses mail corrompues.

Alerte, brèche détectée

Un autre site vous permet de vérifier si votre e-mail (et donc mot de passe) a été forcé. Il s’agit de BreachAlarm (littéralement « alarme de faille ») permet de répondre à toutes ces questions. Son fonctionnement est relativement similaire au précédent : une fois que vous avez entré votre adresse mail dans le champ correspondant et résolu le captcha, l’outil de vérification scanne le web à la recherche de mots de passe volés, postés par les cybercriminels dans l’optique de les revendre sur le dark web.

Comme on peut lire sur leur interface, BreachAlarm parcourt « les profondeurs d’Internet pour trouver des listes de mots de passe volés qui ont été piratés, divulgués ou compromis, et [repère] les adresses e-mail des utilisateurs auxquels ces mots de passe appartiennent. [Le site conserve] une base de données de ces adresses e-mail afin que vous puissiez vérifier facilement si votre adresse e-mail et votre mot de passe ont été inclus dans l’une de ces violations. » Au total, BreachAlarm comptabilise 1.179.822.271 comptes piratés détectés et 468.891 mots de passe dérobés par jour.

L’analyse de votre adresse mail est en cours

Disponible en allemand et en anglais, cet Identity Leak Checker (littéralement « vérificateur d’identités dérobées »), développé par l’institut Hasso Plattner de Postdam, est conçu pour explorer le web à la recherche de données volées. Là encore, il vous suffit de rentrer votre courriel et de cliquer sur le bouton « Check e-mail address ! ». La réponse met quelques secondes pour être envoyée justement sur… votre boîte mail.

Cet outil de comparaison vérifie si le mot de passe associé à votre adresse mail a été volé, et si d’autres informations confidentielles ont été publiées ou utilisées à des fins malveillantes dans les limbes d’internet. Très détaillée, la vérification arrive sous forme de tableau, voir un exemple ci-dessous.

BreachAlarm vous envoie un rapport sur le degré de corruption de vos informations.

BreachAlarm vous envoie un rapport sur le degré de corruption de vos informations.DR

Et mon site alors ?

Plus commun, des sites proposent de vérifier si vos pages personnelles sont « clean ». C’est le cas par exemple de isithacked.com, unmask.sucuri.net ou encore Google Search Console, qui scannent et détectent des fichiers malveillants qui pourraient s’y loger. Le diagnostic, qui apparaît en gros, est simple à lire et à comprendre. En revanche, le rapport qui s’affiche en dessous est un peu plus complexe à décrypter – mais ne vous en faites pas, il n’est pas essentiel de le décrypter de bout à bout.

Que faire si j’ai été piraté ?

Si les sites présentés sont une bonne indication pour savoir si on a été victime ou non de pirates informatiques, il est impossible de garantir à 100 % des résultats. Tout de même, si ces outils n’ont rien trouvé, la probabilité que votre compte ait subi des attaques est mince.

Dans le cas où vous avez été piraté, il est toutefois recommandé de modifier immédiatement votre mot de passe, voire de supprimer votre compte si les attaques ont été multiples. De manière générale, il est conseillé de modifier régulièrement son mot de passe.

Mais, attention, il ne faut pas céder à la panique : il est possible que, malgré l’attaque, votre compte n’ait pas été utilisé à des fins illégales. Publié dans Par Dominique Manga

AUTEUR

Marion Simon-Rainaud

24 Nov 2021

La salinisation des sols, un défi majeur pour la sécurité alimentaire mondiale

Les récentes projections démographiques de l’Organisation des Nations unies (ONU) prévoient que la population mondiale actuelle de 7,3 milliards d’habitants devrait atteindre 8,5 milliards en 2030 et 9,7 milliards en 2050.

Par conséquent, pour fournir suffisamment de calories et de nutriments à une population plus nombreuse et de plus en plus urbaine, il faudra augmenter la production alimentaire mondiale de quelque 70 % entre 2005 et 2050, dont une grande partie devrait provenir de l’intensification de la culture de terres, de la conversion de forêts, de prairies et d’autres écosystèmes en terres arables, ce qui aura une incidence sur la biodiversité et les multiples services écosystémiques.

Les sols constituent l’un des écosystèmes les plus complexes et les plus variés au monde. En plus de fournir à l’humanité 98,8 % de sa nourriture, ils sont au cœur de nombreux enjeux sociétaux tels que l’accès à l’eau potable, le stockage du carbone, la régulation du climat, l’atténuation du changement climatique et la préservation de la biodiversité.

Cependant, l’intensification de la production agricole, les diverses pressions anthropiques et les changements climatiques modifient la capacité des sols à fournir ses nombreux services écosystémiques.

Les principales formes de cette dégradation sont l’érosion, la perte de carbone organique, la pollution, l’imperméabilisation, la compaction, la salinisation, l’engorgement, l’acidification, le déséquilibre des éléments nutritifs et la perte de la biodiversité.

Parmi ces menaces, la salinisation-sodication des sols devient un problème agricole majeur dans le monde entier, principalement dans les régions arides et semi-arides.

7 % de la surface de la Terre

Les problèmes de salinisation dans les sols peuvent se référer à un excès de sels solubles (sols salins), à un excès de sodium échangeable dans la solution du sol (sols sodiques), ou à un mélange des deux cas (sols salins-sodiques). Le terme de sol affecté par les sels est plus couramment utilisé pour désigner les sols salins, les sols sodiques et les sols salins-sodiques.

La salinité-sodicité des sols est l’un des plus grands défis mondiaux dans les régions arides et semi-arides, qui affecte gravement la production agricole. 20 % du total des terres cultivées et 33 % des terres agricoles irriguées dans le monde en sont touchés. Environ 1 milliard d’hectares de la surface terrestre mondiale sont touchés par la salinisation, ce qui représente autour de 7 % de la surface terrestre de la planète. À l’échelle mondiale, les pertes économiques dues à ce phénomène sont estimées à 27,3 milliards de dollars US.

Un phénomène plus vieux que la Mésopotamie

Il convient de rappeler que ceci n’est pas un phénomène récent, un exemple historique bien connu est celui de la Mésopotamie (l’Irak actuel), où les premières civilisations ont d’abord prospéré, puis échoué en raison de la salinisation induite par l’humain.

Une publication intitulée « Salt and silt in ancient Mesopotamian agriculture » retrace l’histoire de la salinisation en Mésopotamie, où trois épisodes ont été identifiés (le plus ancien et le plus grave a touché le sud de l’Irak de 2 400 à 1 700 av. J.-C. au moins, un plus léger s’est produit dans le centre de l’Irak entre 1 200 et 900 av. J.-C., et l’est de Bagdad après 1 200 après J.-C.

Aux racines de la salinisation des sols

Il existe deux facteurs majeurs de salinisation des sols, à savoir la salinisation primaire due à des causes naturelles (l’altération des roches contenant des sels solubles, l’activité volcanique, le dépôt atmosphérique de sels marins par le vent, etc.) et la salinisation secondaire liée à des actions anthropiques, principalement en raison de méthodes d’irrigation inappropriées, souvent associées à de mauvaises conditions de drainage.

Avec un climat marqué par de faibles précipitations et des caractéristiques de sol qui limitent l’élimination subséquente des sels (lixiviation), les terres irriguées arides constituent des « points chauds » de la salinisation.

En outre, le changement climatique pourrait accélérer l’intrusion d’eau salée en raison de l’élévation du niveau de la mer, l’augmentation de la température, l’accroissement de l’évaporation et la surexploitation d’eau souterraine dans les régions sèches du monde. On estime qu’environ 600 millions de personnes vivant dans les zones côtières du monde pourraient être affectées par la salinisation.

À l’échelle mondiale, la superficie des terres agricoles mondiales détruites chaque année par l’accumulation de sels est évaluée à 10 millions d’hectares. Ce rythme peut être accéléré par les changements climatiques, la surexploitation des eaux souterraines et l’utilisation croissante d’eau de mauvaise qualité pour l’irrigation.

Impact de la salinité sur les plantes

L’augmentation du niveau de salinité et de sodicité entraîne des impacts négatifs sur les propriétés du sol et la physiologie des plantes.

En effet, de nombreux travaux scientifiques montrent que la salinité et la sodicité affectent presque tous les aspects du développement des plantes, notamment la germination, la croissance végétative et le développement reproductif. La salinité-sodicité du sol impose aux plantes une toxicité ionique, un stress osmotique et oxydatif, une carence en nutriments et limite ainsi l’absorption d’eau du sol.

La salinité-sodicité du sol entraîne une augmentation de la conductivité électrique, une dégradation de la structure du sol et un faible potentiel hydrique du sol. Le développement du stress salin chez les plantes peut être décrit de deux façons : phase osmotique et phase ionique.

Gestion des sols affectés par les sels

Face à ce stress salin, de nombreuses stratégies telles que la sélection végétale, le génie génétique des plantes et toute une série de techniques agricoles, y compris l’application de rhizobactéries, ont été élaborées afin d’améliorer le système de défense des plantes.

Parmi ces stratégies, les amendements organiques tels que le biochar, le compost et les amendements inorganiques riches en calcium par exemple, les cendres volantes, le gypse et le phosphogypse ont été utilisés pour remettre en état les sols sodiques.

D’autres techniques ont été utilisées pour réduire la salinité-sodicité du sol : l’agroforesterie, le biodrainage (l’utilisation de la végétation pour gérer les flux d’eau par évapotranspiration), les plantes halophytes (plantes adaptées aux milieux salés) et la gestion durable des sols.

Néanmoins, aucune de ces techniques ne saurait garantir une pérennité à long terme. Elles dépendent du type de sol, de la topographie, de la géohydrologie, du climat et d’autres facteurs locaux variant d’un milieu à un autre.

En outre, une sélection judicieuse des sites pour l’établissement des cultures peut diminuer le risque de salinisation et de sodication des sols.

Surveiller la salinité des sols

Des cartes actualisées sont nécessaires pour quantifier les taux de salinisation des sols et pour informer les politiques et les stratégies nationales et internationales visant à protéger les sols contre une salinisation accrue.

En effet, la surveillance de la salinité des sols dans les régions agricoles est nécessaire pour inventorier les ressources en sol, pour identifier les tendances et les facteurs de salinisation et pour juger de l’efficacité des programmes de restauration et de conservation.

De ce fait, les outils de télédétections et les méthodes avancées d’analyse des données telles que les techniques d’apprentissage automatique sont les meilleurs moyens pour y parvenir en temps voulu.

In fine, compte tenu de la complexité inhérente aux problèmes de salinité, il est indispensable d’adopter une approche holistique, multidisciplinaire, en garantissant la participation de plusieurs acteurs lors de la prise de décisions sur le développement et la mise en œuvre de technologies, accélérant ainsi le taux de remise en état des sols salins-sodiques   Publié dans  Par Dominique Manga  (source The Conversation)

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18 Nov 2021

Comprendre la violence du conflit éthiopien

L’Éthiopie est en guerre depuis maintenant un an. Le conflit a éclaté en novembre 2020, dans la province du Tigré (nord du pays). Bien que plusieurs acteurs soient impliqués, il oppose d’abord les forces du gouvernement d’Addis-Abeba au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF selon le sigle en anglais), l’organisation qui dominait la coalition de l’EPRDF qui a gouverné le pays de 1991 à 2019.

De la crise au conflit

Le premier ministre actuel, Abiy Ahmed, et les leaders du TPLF n’ont pas toujours été ennemis, puisque ce sont ces derniers qui l’ont initialement nommé à son poste, en 2018. Mais environ un an après sa nomination, Abiy Ahmed a choisi de dissoudre la coalition qui dirigeait le pays depuis 1991, pour la remplacer par une nouvelle organisation politique, le « Prosperity Party », dont les leaders du TPLF, attachés aux anciennes structures de l’EPRDF et écartés de certains postes, ont refusé de rejoindre les rangs.

Ils se sont alors retrouvés dans l’opposition pour la première fois depuis la fin du régime autoritaire du Derg, le mouvement du dictateur Mengistu qu’ils avaient chassé du pouvoir en 1991.

L’un des principaux déclencheurs de la crise fut la décision qu’a prise le gouvernement de reporter les élections législatives prévues pour 2020, prétextant les risques liés à la pandémie. Suite à ce report, le TPLF a défié l’injonction gouvernementale en organisant un scrutin régional au Tigré en septembre 2020.

Lorsque, peu après, le pouvoir éthiopien a lancé la première offensive contre le Tigré, suite à des attaques sur plusieurs bases militaires qui ont permis au TPLF d’acquérir de l’équipement militaire. Le premier ministre a présenté cette offensive comme une opération de sécurité intérieure visant à démanteler le TPLF et à reprendre le contrôle de la province, objectifs qu’il promettait d’atteindre sous quelques semaines.

Le renversement du rapport de force

Les événements ont d’abord semblé lui donner raison. En décembre 2020, les forces fédérales ont pris le contrôle de Mekele, la capitale du Tigré. Suite à cette victoire, Addis-Abeba a installé un gouvernement de transition dans la province.

Abiy Ahmed annonçant au Parlement éthiopien que les troupes gouvernementales ont pris Mekele, la capitale régionale du Tigré, le 30 novembre 2020. Amanuel Sileshi/AFP

Cependant, les combats ont continué dans le reste du Tigré durant tout le printemps 2021 entre les forces fédérales et le mouvement de résistance organisé par d’anciens cadres du TPLF : les Forces de défenses du Tigré (TDF).

En juin 2021, il est devenu clair que le rapport de force avait basculé en faveur des TDF. Ces dernières ont repris le contrôle de Mekele et ont commencé à s’avancer dans les territoires amharas et afars, les deux régions qui bordent le Tigré.

Les TDF se sont également alliées à une autre organisation rebelle étho-régionale, l’Armée de Libération Oromo (OLA), un faction armée issue de la scission en 2018 du Front de Libération Oromo, mais aujourd’hui perçue comme son bras armé, et se rapprochent maintenant d’Addis-Abeba.

En réponse à cette progression, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence dans tout le pays, une mesure qui l’autorise à enrôler « tout citoyen en âge de combattre et possédant une arme ». On peut donc s’attendre à un regain des combats, dans un conflit déjà particulièrement brutal.

https://youtu.be/vS-55QAnhr4

État d’urgence en Éthiopie : les rebelles tigréens à 400 km d’Addis Abeba (France 24, 3 novembre 2021).

Le recours à la violence de masse

Cette proclamation de l’état d’urgence coïncide avec la publication d’un rapport conjoint de l’ONU et de la Commission éthiopienne des droits de l’homme qui fait état de massacres, d’attaques aveugles, de violences sexuelles et de tortures commis de part et d’autre.

Ce rapport conclut à de possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés par tous les belligérants, suggérant, à tort, une équivalence entre les actes criminels des forces tigréennes au début du conflit et ceux, plus nombreux et létaux, commis par les forces fédérales au cours de ces derniers mois.

Plus généralement, il ne présente qu’une vision partielle des horreurs du conflit, du fait des obstacles qui ont entravé le travail des enquêteurs, mais surtout parce qu’il ne rend compte ni des frappes aériennes qui ont frappé le Tigré, ni de la famine résultant de la décision du gouvernement d’empêcher l’acheminement de l’aide humanitaire vers la région.

Cependant, ce rapport montre que les protagonistes du conflit ont eu recours à des formes extrêmes de violence de masse. Pour comprendre à la fois le renversement de la dynamique militaire qui s’est produit ces derniers mois et la brutalité de la guerre, il est utile de revenir sur le rôle que joue le TPLF dans la société tigréenne depuis près de quarante ans.

Les origines de l’ancrage social du TPLF

Du fait de son histoire, le TPLF fait partie intégrante du tissu social au Tigré (où vivent environ 7 millions de personnes, sur les quelque 115 millions d’habitants de l’Éthiopie). Aujourd’hui, l’organisation ne fait que renouer avec la rébellion : avant de prendre le pouvoir en 1991 – puis d’en être écartée en 2019 –, elle a mené une guérilla de quinze ans contre le régime militaire de l’époque.

Au cours de cette période, elle a établi un ensemble de pratiques politiques et d’institutions de gouvernance locale – dont les comités villageois – qui ont transformé et structurent aujourd’hui encore la société tigréenne.

On trouve des monuments commémorant les « martyrs » du TPLF dans tous les villages de la région et nombre de familles comptent parmi leurs membres des vétérans de la première rébellion.

Des combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) défilent à Mekele le 30 juin 2021. Derrière eux, le monument commémoratif des martyrs du Tigré. Yasuyoshi Chiba/AFP

Pour toutes ces raisons, « éliminer le TPLF comme force politique », puisque tel était l’objectif affiché du premier ministre, n’a jamais été une stratégie viable. Abiy Ahmed a pu tenir un discours de façade expliquant que son ennemi n’était pas le peuple tigréen mais les leaders de l’ancienne force politique dominante du pays. Pourtant, au même moment, les Tigréens étaient décrits comme un « cancer » et des « hyènes » par les médias étatiques et, depuis quelques jours, le gouvernement organise des rafles visant les individus originaires du Tigré vivant à Addis-Abeba.

L’utilisation de la famine comme arme de guerre

La violence contre la population civile dans le Tigré n’a pas été le seul fait des forces fédérales. Ces dernières ont reçu un appui important de l’armée érythréenne et de milices amharas qui, partageant la même animosité envers les communautés tigréennes et la même aspiration à briser leur capacité de résistance, ont commis certaines des pires atrocités.

Néanmoins, l’arme de guerre la plus dévastatrice déployée dans ce conflit reste le blocus de l’aide humanitaire imposé par le gouvernement, qui a déclenché une famine dans la quasi-totalité des territoires actuellement contrôlés par les TDF.

En affamant délibérément les populations de ces territoires, le gouvernement reproduit une stratégie déjà adoptée par le Derg au milieu des années 1980.

À l’époque, la famine avait fait près d’un million de victimes dans le Tigré et les provinces voisines. Une tragédie que certains médias étrangers avaient pu filmer.

Aujourd’hui, les journalistes n’ont quasiment aucun accès aux zones de conflits et nous n’avons que très peu d’images de la catastrophe humanitaire qu’elles subissent

.Éthiopie : une situation humanitaire de plus en plus dégradée, France 24, 22 octobre 2021.

En ciblant ainsi une communauté entière et en utilisant la famine comme moyen de combat, le gouvernement commet ce que la Cour pénale internationale mais aussi le droit éthiopien considèrent comme un crime de guerre.

Cette stratégie se révèle tout aussi contre-productive qu’elle le fut par le passé, non seulement en Éthiopie, mais aussi dans nombre de guerres asymétriques opposant une armée conventionnelle à un mouvement insurgé qui se confond avec la population civile.

Elle ne fait que renforcer la détermination des Tigréens à se défendre contre l’occupation de leur territoire et à renverser le gouvernement d’Addis-Abeba.

Quelles perspectives pour la nouvelle alliance rebelle ?

La coalition que les TDF et l’OLA ont formée au début du mois avec sept autres groupes d’opposition semble pour l’instant être en mesure de conserver l’avantage militaire qu’elle a acquis. Mais l’issue du conflit est loin d’être jouée.

Il pourrait être tentant de dresser un parallèle entre la coalition que les mouvements rebelles viennent de former et celle à la tête de laquelle le TPLF avait pris le pouvoir en 1991. En traitant les membres du TPLF de terroristes et de « shifta » (bandits), le gouvernement actuel utilise une rhétorique similaire à celle que déployait alors le Derg pour attiser les peurs.

Cependant, les ressemblances entre les situations de ces deux coalitions demeurent superficielles, et l’histoire ne sera pas nécessairement amenée à se répéter.

Tout d’abord, alors que la coalition formée à la fin des années 1980 rassemblait des organisations que le TPLF avait créées dans les autres régions du pays, la nouvelle coalition repose, au moins pour partie, sur des alliances entre organisations indépendantes, qui ont chacune leur base de soutien propre, et qui, il y a quelques années encore, se considéraient comme des adversaires. Elle est donc plus fragile et plus susceptible de subir des défections.

Surtout, cette nouvelle coalition risque de faire face à une opposition nettement plus virulente et déterminée. Elle n’est probablement pas en mesure de se constituer dans le reste du pays une base de soutiens aussi robuste que celle dont dispose le TPLF dans le Tigré.

En 1991, la plupart des Éthiopiens ne savaient presque rien du TPLF, et la discipline de ses combattants après la prise d’Addis-Abeba a pu venir à bout des craintes suscitées par la propagande du gouvernement. Mais aujourd’hui, nombre d’Éthiopiens craignent le TPLF et ses alliés car ils savent ce dont l’organisation est capable lorsqu’elle est au pouvoir, et redoutent un retour aux stratégies autoritaires qu’elle a déployées pendant près de trois décennies.

Cela pourrait les pousser à répondre en masse à l’appel que le gouvernement a lancé en constatant que les forces fédérales ne suffisaient pas à résister aux rebelles.

On comprend ainsi tout l’enjeu des négociations que les médiateurs internationaux, dont l’Union africaine et les États-Unis, tentent d’amener les belligérants à entamer. Elles sont essentielles pour éviter le carnage qui pourrait résulter d’une bataille pour le contrôle d’Addis-Abeba, et pour lever le blocus de l’aide humanitaire responsable de la famine dans le nord du pays.  Publié dans Par Dominique Manga

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  1. Marine Gassier Chercheuse, spécialiste des conflits et de la Corne de l’Afrique, Sciences Po

16 Nov 2021

Climat : ce que révèle le sondeur atmosphérique IASI et ses 45 milliards d’observations

Le climat de notre planète est étroitement lié aux flux d’énergie qui entrent et sortent du système Terre-atmosphère : une partie du rayonnement solaire qui nous parvient est directement réfléchie vers l’espace.

La fraction restante du rayonnement solaire est absorbée et réémise, sous forme de rayonnement infrarouge et de chaleur, par la surface de la Terre et l’atmosphère vers l’espace. En traversant l’atmosphère, celle-ci est piégée en partie par les gaz à effet de serre qui maintiennent la surface terrestre à une température moyenne d’environ 15 °C. Sans ces gaz, cette température serait de -18 °C.

Mais depuis le début de l’ère industrielle, l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans notre atmosphère perturbe l’équilibre énergétique de notre planète en capturant une partie croissante du rayonnement émis par la Terre ; les conséquences en sont une augmentation des températures de surface et de la troposphère.

Les impacts de ce réchauffement global sont nombreux et bien documentés, grâce aux travaux du GIEC notamment : multiplication des sécheresses et des vagues de chaleur, perte de rendement des cultures, augmentation de la fréquence et de l’intensité des feux de végétation, des inondations et des cyclones…

À l’heure où la conférence sur le climat de Glasgow (COP26) s’achève, il apparaît toujours plus urgent d’affiner notre compréhension du système Terre-atmosphère afin d’améliorer les projections climatiques à moyen et à long terme pour agir efficacement contre le réchauffement.

Ceci ne peut être réalisé sans une évaluation précise de l’impact de l’augmentation des gaz à effet de serre et de ses effets rétroactifs sur le flux d’énergie terrestre sortant.

La mission IASI et ses dix années de mesures

Des mesures satellites à basse résolution spectrale – dits « à large bande » – sont utilisées depuis presque 40 ans dans l’étude du bilan énergétique du système Terre-atmosphère. Celles-ci montrent toutefois leurs limites lorsqu’il s’agit de quantifier l’impact individuel de chacun des gaz sur le rayonnement sortant.

Une meilleure évaluation peut toutefois être obtenue grâce à des mesures satellites à plus haute résolution spectrale. En absorbant le rayonnement terrestre, chacun des gaz dans l’atmosphère laisse en effet une empreinte unique dans le spectre ; celle-ci peut alors être exploitée pour surveiller notamment la mise en œuvre des mesures internationales visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Dans le cadre d’un projet européen impliquant des chercheurs de l’Université libre de Bruxelles et de Sorbonne Université, nous avons pu évaluer avec précision, en nous appuyant sur dix années de mesures journalières de l’instrument IASI, les changements dans le rayonnement terrestre qui s’échappe vers l’espace.

2020 vu du ciel par la mission IASI. (Cathy Clerbaux/Youtube, 2021).

Embarqué à bord des satellites Metop dont le premier exemplaire a été lancé il y a 15 ans, IASI (pour Interféromètre atmosphérique de sondage dans l’infrarouge) est un spectromètre à transformée de Fourier. Il enregistre le rayonnement infrarouge émis par la surface de la Terre après son passage au travers de l’atmosphère avec une haute résolution spectrale, permettant donc de distinguer les signatures spectrales des gaz présents qui absorbent dans l’infrarouge.

Chacun des spectres mesurés contient des informations sur les températures de la surface et de l’air et sur la composition de l’atmosphère. Entre 2008 et 2017, ce sondeur atmosphérique a enregistré plus de 45 milliards d’observations.

C’est l’analyse de ces nombreuses données qui a fait l’objet d’une publication en octobre 2021 dans la revue Nature climate and atmospheric science, permettant pour la première fois de visualiser les changements associés à chaque gaz et leur impact sur le flux radiatif qui s’échappe de l’atmosphère.

Figure du haut : exemple de spectre infrarouge terrestre. Les régions d’absorptions des principaux composés atmosphériques sont indiquées. Figure du bas : bilan radiatif simplifié du système Terre-atmosphère. Le rayonnement terrestre au sommet de l’atmosphère est déterminé par le rayonnement de la surface de la Terre ainsi que les absorptions et émissions des différents composés atmosphériques. Simon WhitburnCC BY-NC-ND

Suivre à la trace les phénomènes naturels et l’impact des activités humaines

Compte tenu de la période étudiée relativement courte, une grande partie des changements observés dans le rayonnement sont liés à des phénomènes climatiques naturels, en particulier ENSO (pour El Niño Southern Oscillation). C’est le cas notamment des changements liés aux variations des températures de surface et de vapeur d’eau, principal gaz à effet de serre en termes d’importance, pour lesquels des motifs typiques de ces phénomènes sont observés au-dessus de l’océan Pacifique.

Vidéo sur le phénomène El Niño. (Met Office Weather/Youtube, 2014).

Plus intéressant d’un point de vue du suivi de l’évolution du climat sur le plus long terme, l’effet de l’augmentation des concentrations de dioxyde de carbone (CO2) et de méthane (CH4) en lien avec les activités humaines apparaît également clairement.

Le CO2 d’origine anthropique est principalement émis lors de la combustion des énergies fossiles. Le CH4, quant à lui, provient en grande partie des activités agricoles et de l’élevage.

Ces deux composés, au centre des discussions climatiques, contribuent à eux seuls à plus de 80 % au réchauffement global.

À gauche : rayonnement moyen mesuré par IASI en 2016 et intégré sur l’ensemble de sa gamme spectrale. Milieu : carte des tendances linéaires pour un canal IASI à 1441.25 cm-1 sensible aux variations atmosphériques de vapeur d’eau. La forme en croissant dans l’ouest du Pacifique est typique d’un événement El Niño. À droite : carte des tendances linéaires pour un canal IASI à 740.75 cm-1 sensible aux variations atmosphériques de CO₂. Le rayonnement diminue, car il y a plus de gaz qui absorbe la radiation sortante. Simon WhitburnCC BY-NC-ND

Autre résultat notable de notre étude, le signal très clair reflétant la diminution des concentrations atmosphériques de deux chlorofluorocarbones (les CFC-11 et CFC-12).

Ces deux composés d’origine anthropique, largement utilisés notamment comme liquide réfrigérant dans les années 1980 et 1990, sont responsables d’un appauvrissement de la couche d’ozone. Leur production est interdite par le protocole de Montréal depuis 2010.

Ces résultats viennent confirmer l’efficacité des mesures internationales prises dans le but d’enrayer la destruction de la couche d’ozone.

Prochaine étape : un suivi sur des périodes plus longues

L’archive établie sur dix ans constitue la première base de données qui permet de suivre individuellement les augmentations/diminutions des concentrations de chaque gaz à effet de serre et en tout point du globe.

Elle peut être utilisée, notamment, pour valider les modèles climatiques et vérifier si la mise en œuvre des réglementations internationales pour tendre vers une décarbonatation de l’atmosphère fonctionne.

En raison de la période étudiée relativement courte, les effets rétroactifs des augmentations des concentrations atmosphériques des gaz à effet de serre – par exemple, une augmentation globale des températures de surface ou une tendance de fond dans l’évolution des concentrations de vapeur d’eau – ne peuvent encore être observés.

Ceux-ci devraient par contre devenir accessibles avec l’allongement progressif de la série temporelle, qui sera assurée par le lancement du sondeur IASI-NG (nouvelle génération) à bord des plates-formes Metop-SG prévu à partir de 2024 et qui offrira, à terme, une série continue de plus de 35 ans de mesures.   Publié dans par Dominique Manga

                  Auteurs

    1. Simon whitburn Chercheur en chimie et physique de l’atmosphère, Université Libre de Bruxelles (ULB)

    1. Cathy Clerbaux Directrice de recherche au CNRS, laboratoire LATMOS, Institut Pierre Simon Laplace (IPSL), professeure invitée Université libre de Bruxelles, Sorbonne Université

  1. Pierre Coheur Professeur, chimie de l’environnement, Université Libre de Bruxelles (ULB)


Lieven Clarisse (ULB) est co-auteur de cet article.

06 Nov 2021

« Certains prêtres ont mené de véritables carrières criminelles au sein de l’Eglise »

·« J’ai fini par dire oui car je n’en pouvais plus de ses demandes », leur a raconté un homme en juin 2019. « C’est très compliqué car ce prêtre était très charismatique, très bien considéré par tous ceux qui le côtoyaient, des anciens élèves ont même créé une association pour commémorer sa pédagogie », leur a confié un autre. « Le père X, jésuite aujourd’hui disparu, était un vieux monsieur adorable qui préparait les enfants à la confirmation. Un jour, il m’a invité à le suivre dans une pièce où il avait un train électrique », leur a encore livré une femme… Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’université Paris-13 et à l’Inserm, également chef de service à l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), Thierry Baubet a mené avec le magistrat Antoine Garapon de nombreuses auditions de victimes pour la Commission indépendante sur les Abus sexuels dans l’Eglise (Ciase). « L’Obs » l’a questionné.

Vous nous aviez confié en début d’année avoir été marqué par la proximité entre les actes de pédocriminalité commis dans l’Eglise et ceux commis au sein de la famille. Ce constat s’est-il confirmé ? Dans quelle mesure ?

Cela s’est effectivement confirmé dans un grand nombre de cas avec un premier point commun : le mécanisme de « silenciation ». Il est très difficile pour la victime de se rendre compte qu’elle a été victime d’une violence et, quand elle le réalise, il est très difficile d’en parler. Notamment parce que l’acte a été commis par une autorité supérieure qu’on respecte infiniment, et qu’en général ses propres parents respectent aussi infiniment. Parler, quand on y parvient, revient en outre à faire voler en éclats beaucoup de choses, dans la famille aussi, comme dans les cas d’inceste. C’est également encourir le risque fort de ne pas être cru ou, peut-être plus grave encore, d’être cru mais qu’on nous demande encore de nous taire. Les mécanismes de « silenciation » augmentent considérablement l’isolement, la détresse, le sentiment de culpabilité aussi, parce que l’enfant accordait sa confiance à cette personne. On appelle de plus les prêtres « mon père », ce qui est tout sauf anodin… L’autre aspect qui m’a beaucoup marqué est l’utilisation du spirituel et du pouvoir lié à cela pour commettre ces violences.

Le fait, par exemple, que de nombreux agresseurs aient utilisé le moment de la confession pour commettre des actes de pédocriminalité ?

En effet. L’utilisation du terme « abus » est très critiqué, mais il y a un intérêt à l’employer car il s’agit là, au-delà des violences sexuelles, d’un abus spirituel qui permet d’aller progressivement vers une mise sous emprise totale, prélude aux passages à l’acte. C’est assez singulier, et assez différent de ce que l’on peut constater dans le cadre d’une agression commise par un inconnu ou quelqu’un qui n’appartient pas au cercle intime. Ces agressions ont été commises par des personnes qui faisaient toutes partie du cercle intime. Certaines étaient régulièrement invitées à dîner à la table familiale. Certains prêtres ont mené de véritables carrières criminelles, sur plusieurs décennies, au sein de l’Eglise ; des carrières de grands prédateurs sexuels. Cela ne s’applique pas à tous mais il y en a eu, et cela pose réellement question : comment cela a-t-il été possible ? Quel système a permis cela pendant tant d’années ?

Vous avez mené de nombreuses auditions de victimes avec le magistrat Antoine Garapon. Comment se sont-elles déroulées ?

Nous avons beaucoup réfléchi en amont au cadre de ces entretiens qui n’étaient pas des entretiens de recherche et, bien que je sois psy et Antoine Garapon magistrat, pas non plus des séances de psychothérapie ni des témoignages face à un tribunal. C’était extrêmement intense, beaucoup de personnes qui parlaient pour la première fois se sont effondrées, mais je crois que, dans l’ensemble, notre dispositif a fonctionné. Avant l’audition, la personne pouvait nous envoyer un écrit – certaines personnes nous ont envoyé trois lignes, d’autres cent pages –, les entretiens duraient le temps nécessaire – plusieurs heures parfois – et, quand ils étaient terminés, nous prenions le temps d’échanger. L’audition était ensuite retranscrite puis envoyée à la personne qui pouvait l’amender. Il était important qu’elle garde jusqu’au bout le contrôle de son témoignage. Nous n’avons pas eu de réaction négative. La plupart nous ont même rappelés pour nous témoigner des effets positifs de cette audition.

Qu’ont-elles mis en avant ?

Le fait d’avoir pu parler et de se sentir réellement entendues, écoutées, comprises. Ces auditions leur ont permis, pour la plupart je crois, de passer du statut de victime à celui de témoin. Il est très important de se reconnaître comme victime et d’être reconnue comme telle, mais nous espérons toujours que ces personnes parviennent à dépasser ce statut, qui relève du registre de la passivité, pour redevenir actrices. Et pour cela, un des actes fondateurs est la capacité à témoigner, à pouvoir dire : « Voilà ce qu’on m’a fait, voilà ce qui, je pense, n’a pas fonctionné après, voilà telle personne qui n’a pas voulu me recevoir ni m’entendre. » Mais je crois pouvoir dire que, si ces auditions ont pu avoir un effet sur les victimes, elles nous ont également transformés dans une certaine mesure. Nous avons d’ailleurs ressenti le besoin de rendre quelque chose aux victimes. Une annexe du rapport, comme un petit livret, sera composée d’un recueil d’extraits de témoignages bruts, sans analyse : elle leur sera destinée.

Vous n’avez pas l’habitude de recevoir des personnes adultes…

C’est vrai. Je n’ai pas l’habitude de voir des personnes de 60 ans ou 70 ans ayant été victimes de traumatismes sexuels dans l’enfance et qui n’en ont jamais parlé, ni n’ont jamais consulté. Les effets sur différents domaines de leur vie sont très divers mais majoritairement très importants. Même si elles n’ont pas développé de maladies mentales, d’addictions ni de troubles du stress post-traumatique, l’impact est très fort sur leur vie affective, leur capacité à se lier aux autres et à éprouver de l’amour, sur leur sexualité… Une personne de 60 ans nous a dit : « Toute ma vie, chaque fois que j’ai fait l’amour avec mon partenaire, je voyais le visage du prêtre. »

Les traumatismes sexuels qui touchent les enfants ont la particularité de toucher des êtres en développement. Si les traumatismes ne sont ni reconnus, ni soignés, tout leur développement va être altéré : ils vont être en difficulté sur les plans intellectuel, relationnel, familial, social… Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les traumatismes sont d’autant plus graves qu’on les subit jeunes. Par ailleurs, nous n’avons pas rencontré beaucoup de personnes ayant souffert d’amnésie traumatique, dont on parle beaucoup. Certaines nous ont bien dit l’avoir occulté pendant plusieurs dizaines d’années, mais c’était rare. Elles nous ont beaucoup plus souvent dit y avoir pensé chaque jour de leur vie, l’avoir oublié un temps avant que cela ne revienne de manière violente, ou qu’elles s’interdisaient d’y penser.

Quel conseil pourriez-vous donner à des victimes de violences sexuelles dans l’enfance pour tenter de surmonter le traumatisme ?

Je dirais qu’il n’y a pas d’âge pour consulter. Si l’on souffre de symptômes ou d’un mal-être important, l’aide d’un psychothérapeute ou d’une écoute bienveillante peut être très utile, même longtemps après un traumatisme. Des dispositifs existent, des associations aussi, comme France Victimes, qui est dotée d’un réseau de professionnels dans toute la France. Il est aussi possible de se rapprocher d’associations de victimes qui, pour la plupart, ont envie d’aider leurs pairs. On ne peut pas changer le passé, mais on peut agir sur le futur. Publié dans par  Dominique Manga

AUTEUR

Par Céline Rastello

Condamné pour atteinte sexuelle sur mineur, un prêtre célèbre la messe sur France 2

Le père A. a été condamné en 2007 à dix mois de prison avec sursis. Concernant son passage à la télévision, l’évêque de Nanterre a évoqué « une erreur de discernement », quelques semaines à peine après la remise du rapport Sauvé sur la pédocriminalité dans l’Eglise.

Le 24 octobre, comme chaque dimanche, l’émission « le Jour du Seigneur » retransmettait en direct la messe. Ce jour-là, c’est l’église Notre-Dame du Perpétuel Secours à Asnières-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine, qui a été l’heureuse sélectionnée… mais le moment dérape en scandale. En effet, comme le révèlent nos confrères de « Libération »dans un article publié ce vendredi 5 novembre, parmi les téléspectateurs ce matin-là, des catholiques du diocèse de Nancy ont reconnu l’un des trois prêtres célébrant la messe : le père A., qui avait été condamné en 2007 à dix mois de prison avec sursis pour atteinte sexuelle sur mineur.

Quatorze ans plus tard, devant les caméras de France 2, ce prêtre lit un extrait du texte lors de la prière : « Ecoute les prières de ton peuple assemblé devant toi, en particulier pour les personnes abusées dans l’Eglise et ailleurs. »

Des images pédopornographiques chez le prêtre

Les faits surviennent en 2006. A la piscine, le prêtre, professeur au séminaire de Metz, suit un jeune garçon de 15 ans dans les vestiaires et commence à lui toucher le sexe. Le jeune s’enfuit. Le père A. est placé en garde à vue, son appartement est perquisitionné. A son domicile, les enquêteurs découvrent des images pédopornographiques prises sur internet et deux vidéos d’un jeune garçon sous la douche, prises à son insu au presbytère.

Il est condamné en février 2007 à dix mois de prison avec sursis, assortie d’une mise à l’épreuve, d’une injonction de soins pendant huit ans et d’une interdiction définitive de travailler avec des mineurs. Il quitte Paris pour le diocèse de Nanterre.

UNE « ERREUR DE DISCERNEMENT»

Quelques semaines à peine après la remise du rapport de la Commission indépendante sur les Abus sexuels dans l’Eglise (Ciase), pourquoi avoir permis au père A. de participer à une messe télévisée ? Surtout pour lui faire lire cette intention de prière pour les victimes de violences sexuelles dans l’Eglise ? « C’est une erreur de discernement » de la part du père A., a reconnu auprès de « Libération » l’évêque de Nanterre, Matthieu Rougé, qui a par la suite affirmé à l’AFP avoir « pris la décision de lui retirer tout ministère jusqu’à nouvel ordre ». « Il n’a plus le droit de célébrer la messe ni les autres sacrements, n’est plus prêtre dans mon diocèse » depuis mercredi, a-t-il insisté.

De plus en plus de catholiques demandent que les prêtres condamnés soient totalement retirés du ministère. Mais peu d’évêques suivent cette ligne. « L’affaire de cette messe télévisée est la démonstration appliquée que rien ne changera sans des réformes profondes », estime dans les colonnes de « Libération » François Devaux, l’un des fondateurs de l’association La Parole libérée.

La production de « Jour du Seigneur », qui reconnaît pour sa part que « c’était déplacé que ce prêtre soit là », affirme ne pas avoir été mise au courant de ses antécédents. Sur sa plateforme de replay, France Télévisions a ôté la messe télévisée du 24 octobre.

Selon le rapport Sauvé publié le 5 octobre, quelque 216 000 personnes majeures ont fait l’objet de violences ou d’agressions sexuelles quand elles étaient mineures, de la part de prêtres, diacres, religieux ou religieuses, depuis 1950.  Publié par  Dominique Manga (source Nouvel Obs)

06 Nov 2021

Un antiviral de Pfizer réduit les hospitalisations liées au COVID-19 Donnée au début de l’infection, la pilule expérimentale prévient une maladie grave, selon un essai

Ouvrant un nouveau chapitre dans le traitement du COVID-19 – emprunté à la lutte réussie contre le virus du sida – le géant  Pfizer a annoncé aujourd’hui des résultats encourageants pour un régime de pilules de 5 jours pour traiter les infections précoces par le SRAS-CoV-2. Dans un essai qu’un groupe de surveillance externe a interrompu tôt parce que le traitement semblait si prometteur, le composé expérimental de la société a réduit les hospitalisations de 89 % chez les personnes traitées dans les 3 jours suivant l’apparition des symptômes, et de presque autant chez les personnes qui ont commencé à prendre les pilules dans les 5 jours. jours. L’antiviral Pfizer est un inhibiteur de protéase, une classe de médicaments bien étudiée qui a révolutionné la lutte contre le VIH et qui a un dossier de sécurité connu.

« Tout ce que je dirais, c’est ‘Yahoo !’ », déclare Mark Denison, virologue à l’Université Vanderbilt qui a travaillé sur le développement de médicaments contre le SRAS-CoV-2. « C’est une merveilleuse nouvelle. »

L’annonce de Pfizer fait suite à d’autres nouvelles prometteuses sur le traitement du COVID-19 : une pilule antivirale de Merck & Co., qui fonctionne selon un mécanisme différent, a été approuvée au Royaume-Uni cette semaine. Denison et d’autres scientifiques disent que si le traitement de Pfizer rejoint l’arsenal pandémique, il pourrait rapidement devenir une arme puissante pour prévenir les symptômes graves de COVID-19 et aider les patients à éliminer le virus plus rapidement, ce qui réduirait également la transmission. Bien que l’essai rapporté aujourd’hui n’ait testé le médicament que sur environ 1 200 personnes non vaccinées, il peut également aider ceux qui sont vaccinés et qui souffrent d’une infection révolutionnaire.

L’annonce matinale de Pfizer a été une surprise. (Seulement quelques jours auparavant, mardi, la société a signalé aux investisseurs que l’essai était en cours.) Dans un communiqué de presse, Pfizer a signalé que seulement trois des 389 personnes atteintes de COVID-19 confirmées, soit 0,8%, ont pris son traitement antiviral. dans les 3 jours ont été hospitalisés, contre 27 sur 385, soit 7 %, dans le groupe placebo. Sept de ces patients qui ont reçu le placebo sont décédés par la suite; personne qui a pris la pilule Pfizer ne l’a fait.

Fournir des antiviraux aux personnes dans les 3 jours suivant un diagnostic peut être un défi, et les cohortes d’essai faisaient partie d’un groupe plus large qui a commencé le traitement dans les 5 jours suivant les symptômes. Là, six sur 607 sous antiviral, soit 1 %, ont été hospitalisés, contre 41 sur 612, soit 6,7 %, dans le groupe placebo. En plus d’être non vaccinés, tous les participants avaient au moins un problème de santé, comme le diabète ou une maladie pulmonaire, qui les exposait à un risque plus élevé de COVID-19 sévère.

Comme cela a été le cas pour les entreprises tout au long de la pandémie, Pfizer n’a pas fourni de données détaillées – uniquement les premiers résultats – et le travail n’a pas encore été évalué par des pairs ou publié. Il n’a reçu les résultats que mercredi, lorsque le conseil de surveillance a alerté les responsables de l’entreprise et prévoit de demander une autorisation d’utilisation d’urgence pour le traitement aux États-Unis et ailleurs dès que possible.

Il y a un large accord parmi les médecins et les scientifiques que les médicaments qui paralysent le SRAS-CoV-2 directement et au début d’une infection sont cruciaux pour aider à mettre fin à la pandémie de COVID-19. ligne de défense.) Pendant des mois, le traitement des premiers stades de la maladie a consisté en des soins à domicile de base , tels que beaucoup de liquides, du repos et des analgésiques en vente libre pour soulager les symptômes. « La véritable approche thérapeutique serait un antiviral direct », a déclaré à Science plus tôt cette année Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses .

Les anticorps monoclonaux bloquant les protéines de surface du coronavirus peuvent ralentir l’infection de nouvelles cellules par le SRAS-CoV-2, mais leur application a été entravée par le coût, la disponibilité et la nécessité de les infuser ou de les injecter. En revanche, le candidat ingérable de Pfizer opère à l’intérieur d’une cellule infectée ; il bloque les enzymes, appelées protéases, qui agissent normalement au début du cycle de vie d’un virus pour l’aider à se répliquer (voir graphique ci-dessous). De nombreux inhibiteurs de protéase sont approuvés pour le traitement du VIH, et le composé de Pfizer a une histoire de près de 20 ans. Les scientifiques de Pfizer ont conçu une version du composé en 2003 pour bloquer une protéase dans le coronavirus qui provoque le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), un cousin du SRAS-CoV-2.

Deux médicaments, deux cibles

Alors que le SRAS-CoV-2 infecte les cellules, se reproduit et se propage, le coronavirus s’appuie sur des dizaines de protéines virales et hôtes pour terminer son cycle de vie. La nouvelle pilule orale de Pfizer inhibe la principale protéase virale utilisée pour créer d’autres protéines pour le virus. Et le médicament de Merck insère un bloc de construction d’ARN défectueux lorsque le virus utilise une enzyme connue sous le nom de polymérase pour copier son génome.

Viral RNARibosomesPolyprotein chainsTranslation of viral proteins2ProteolysisViral proteinsMain protease3Transcription and translation of structural and accessory proteins5Assembly, packaging, and release6Attachment and entry1Molnupiravir (Merck)RNA replicationRdRpNSP9Replication transcription complex4Circulating RNAPF-07321332 (Pfizer)
V. ALTOUNIAN/ SCIENCE

Puis le SRAS s’est calmé et Pfizer a mis le produit en veilleuse. L’année dernière, la société l’a dépoussiéré, a découvert qu’il pouvait empêcher le SRAS-CoV-2 de se répliquer dans les cellules humaines et a commencé à le développer pour COVID-19. Une première version, testée il y a environ un an, a été administrée par voie intraveineuse, et la société a ensuite conçu une tablette plus facile à livrer .

Le traitement Pfizer consiste en fait en deux médicaments distincts : l’inhibiteur de la protéase SARS-CoV-2 conçu par Pfizer, connu sous le nom de PF-07321332, et un médicament générique anti-VIH vieux de plusieurs décennies appelé ritonavir qui augmente l’efficacité des inhibiteurs de la protéase. La société a ajouté le ritonavir au régime lorsqu’elle est passée d’un traitement intraveineux à une pilule. En effet, sous forme de comprimés, l’inhibiteur de protéase était métabolisé trop rapidement, décomposé par le corps avant de pouvoir désactiver efficacement le virus, explique un porte-parole de Pfizer.

Pris ensemble, le ritonavir aide à éviter les enzymes qui décomposent l’antiviral Pfizer, le gardant intact dans le corps afin qu’il ait le temps de faire son travail. Dans l’essai actuel, les patients ont pris six comprimés par jour, deux antiviraux de Pfizer et un de ritonavir le matin, et le même régime le soir.

Le régime est également testé dans deux essais supplémentaires. L’un consiste à inscrire des personnes qui présentent un risque standard de développer un COVID-19 sévère, y compris celles qui sont vaccinées ; l’autre propose les pilules à titre préventif aux personnes dont un membre de leur foyer a été testé positif au virus. Ces essais se poursuivent et Pfizer n’a pas encore communiqué leurs résultats.

L’actualité d’aujourd’hui marque la deuxième fois en un mois environ qu’un antiviral COVID-19 semble être efficace. Le 1er octobre, Merck et Ridgeback Biotherapeutics ont annoncé que leur antiviral, appelé molnupiravir, réduisait de moitié les hospitalisations chez les volontaires d’essai . (Cet essai a également été interrompu prématurément en raison de l’efficacité du médicament.) Hier, les régulateurs britanniques ont approuvé le molnupiravir pour les personnes atteintes de COVID-19 léger ou modéré et au moins un facteur de risque, tel que l’obésité. Un comité consultatif de la Food and Drug Administration des États-Unis examinera la thérapie plus tard ce mois-ci.

Le molnupiravir fonctionne très différemment d’un inhibiteur de protéase : il incite le SARS-CoV-2 à incorporer le composé dans son information génétique, codée par l’ARN, et, ce faisant, fait muter le virus à un point où il peut plus longtemps se répliquer. Mais certains experts craignent qu’à long terme, l’utilisation généralisée du médicament puisse stimuler l’évolution de variantes virales nocives supplémentaires . Il reste également des inquiétudes théoriques quant à savoir si le médicament pourrait provoquer des mutations chez les personnes. Donc, avoir une autre option de médicament COVID-19 comme l’inhibiteur de protéase de Pfizer est la bienvenue.

« Les inhibiteurs de protéase sont des antiviraux vraiment puissants, et cela a été démontré avec le VIH et l’hépatite C », explique Celia Schiffer, biologiste moléculaire à la faculté de médecine Chan de l’Université du Massachusetts. D’autres inhibiteurs de la protéase du SRAS-CoV-2 effectuent leurs propres essais cliniques . Dans son communiqué de presse, Pfizer a déclaré qu’il n’y avait aucun effet secondaire notable associé à son candidat médicament.

En fin de compte, disent les scientifiques, les combinaisons de médicaments peuvent être essentielles pour traiter le COVID-19 précoce; que le molnupiravir et les inhibiteurs de protéase agissent sur le virus de différentes manières pourraient faire de leur empilement une stratégie puissante si la résistance à l’un d’eux se généralise. Les traitements contre le VIH et l’hépatite C utilisent tous deux de telles combinaisons maintenant, dit Schiffer. C’est «incroyablement excitant», dit-elle, d’avoir les nouvelles d’aujourd’hui de Pfizer en main et de considérer comment la combinaison des antiviraux oraux qui frappent actuellement les lieux pourrait changer la trajectoire de la pandémie.

Publié dans   Par   Dominique Manga

AUTEUR

Jennifer Couzin Frankel  Rédacteur (THE Science)

03 Nov 2021

LES CAUSES ET LES COMPLICATIONS DE L’EXCÈS DE CHOLESTÉROL

QUELLES SONT LES CAUSES DE L’EXCÈS DE CHOLESTÉROL ?

    • Un grand nombre de facteurs peuvent contribuer à augmenter la concentration de

cholestérol

     LDL dans le sang :

  • l’hérédité ;
  • une alimentation trop riche en graisses d’origine animale et en cholestérol ;
  • le surpoids et l’obésité ;
  • une activité physique insuffisante ;
  • le sexe (les hommes ont un taux de cholestérol LDL plus élevé).

D’autres troubles, par exemple le diabète, l’hypothyroïdie, les maladies du foie et du rein, peuvent augmenter les taux sanguins de cholestérol LDL.

QUELLES SONT LES COMPLICATIONS DE L’EXCÈS DE CHOLESTÉROL ?

Les signes de l’athérosclérose sont différents selon les organes atteints. Ils se manifestent lorsque le débit sanguin est tellement diminué par les dépôts de cholestérol qu’il empêche le bon fonctionnement des organes. Si les artères du cœur sont touchées, le patient peut développer des crises d’angine de poitrine (une contraction des artères qui irriguent le muscle cardiaque), voire un infarctus du myocarde (la mort d’une partie du muscle cardiaque par manque d’oxygénation). Des plaques dans les artères situées dans l’abdomen peuvent entraîner des troubles de l’érection. Si les artères du cerveau sont bouchées par les plaques d’athérome, des paralysies, des vertiges, des troubles du langage, etc. sont possibles. Parfois, des morceaux de plaques se détachent, migrent et vont obstruer un petit vaisseau en aval. C’est l’une des causes d’accident vasculaire cérébral (les « attaques cérébrales »).

Enfin, si les artères des jambes sont rétrécies, on observe des crampes intermittentes du mollet pendant la marche : c’est l’artérite des jambes.Cette maladie est d’autant plus importante que les crampes et les douleurs surviennent après une très courte distance parcourue ou qu’elles apparaissent au repos. Une artérite sévère des jambes peut être à l’origine d’une gangrène (la mort des zones qui ne sont plus irriguées) nécessitant une amputation. L’échographie permet d’apprécier la diminution du débit sanguin dans l’artère et de diagnostiquer l’artérite.

Le cholestérol est un corps gras fabriqué par notre organisme et qui se trouve également dans l’alimentation. C’est un élément indispensable à la synthèse de nombreuses hormones, mais aussi à la structure de la membrane qui entoure les cellules. L’excès de cholestérol n’est pas une maladie en soi mais un facteur de risque pour d’autres maladies du cœur et des vaisseaux. Après plusieurs années de taux trop élevé, le cholestérol provoque peu à peu une perte d’élasticité des artères et réduit leur diamètre. On parle alors d’athérosclérose (ou artériosclérose), une maladie qui peut avoir de graves conséquences. Le traitement de l’excès de cholestérol repose sur des mesures diététiques et sur des médicaments spécifiques.

QU’EST-CE QUE L’EXCÈS DE CHOLESTÉROL ?

homme avec du cholestérol

L’excès de cholestérol n’est pas une maladie en soi mais un facteur de risque pour d’autres maladies du cœur et des vaisseaux. En fait, il s’agit d’un excès de cholestérol LDL, appelé aussi mauvais cholestérol, qui favorise la formation de dépôts sur la paroi des artères. Ces dépôts provoquent peu à peu une perte d’élasticité des artères et réduisent leur diamètre, ce qui augmente le risque de souffrir d’infarctus, d’AVC ou d’artérite. On estime que 12 millions de Français souffrent d’un excès de cholestérol LDL.

L’autre fraction du cholestérol, le cholestérol HDL ou « bon cholestérol », piège le cholestérol qui se trouve en trop grande quantité dans le sang et stimule son élimination par le foie. Il a donc plutôt pour effet de réduire le taux de maladies cardiovasculaires.

Le taux de cholestérol dans le sang tend à augmenter avec l’âge. Après plusieurs années de taux trop élevé, le cholesterol forme des dépôts sur les parois des artères, appelés plaques d’athérome, qui peuvent contenir d’autres substances, comme le calcium. On parle alors d’athérosclérose (ou artériosclérose). Cette maladie ne provoque aucun symptôme pendant des années. Pourtant, l’apport en oxygène et en nutriments des organes touchés diminue parfois considérablement, provoquant à la longue des symptômes graves et parfois soudains.

QUELS SONT LES SYMPTÔMES D’UN EXCÈS DE CHOLESTÉROL ?

L’excès de cholestérol LDL ne provoque pas de symptômes, mais son dépôt dans les artères peut provoquer des maladies. Par exemple, l’angine de poitrine, une contraction des artères du cœur, voire un infarctus du myocarde. Si les artères du cerveau sont atteintes, des paralysies, des vertiges ou des troubles du langage sont possibles, voire un AVC. Enfin, si les artères des jambes sont rétrécies, l’artérite provoque des crampes intermittentes du mollet pendant la marche. Des troubles de l’érection sont aussi observés.

ET LES TRIGLYCÉRIDES ?

Les triglycérides constituent la majeure partie des graisses que nous mangeons et qui circulent dans notre sang. Ils sont une source d’énergie essentielle pour notre corps. Il semblerait qu’un taux trop élevé de triglycérides dans le sang favorise le développement des maladies cardiovasculaires, mais les avis divergent sur ce sujet. Le taux de triglycérides dans le sang est habituellement inférieur à 1,5 g/l. Un taux anormalement élevé est souvent lié à un excès d’alcool, à un diabète non contrôlé, à un surpoids, à une surcharge du foie en graisses ou à la prise de certains médicaments.

QUELLES RÈGLES D’HYGIÈNE DE VIE ET DE DIÉTÉTIQUE ?

Prévenir l’athérosclérose revient à modifier son hygiène de vie pour diminuer son taux de cholestérol LDL. Les mesures diététiques sont essentielles mais elles ne doivent pas être excessivement contraignantes pour être suivies dans la durée : le bon régime anti cholestérol, c’est celui que vous pourrez adopter de manière durable. En pratique, les mesures alimentaires conseillées aux personnes victimes d’un excès de cholestérol LDL varient selon que le patient présente un excès de poids ou non.

CHEZ LES PERSONNES SANS EXCÈS DE POIDS

Dans ce cas, les mesures recommandées consistent essentiellement à limiter la consommation d’aliments riches en graisses saturées et en cholestérol – les deux sont souvent associés dans les aliments – et à augmenter celle de graisses insaturées (en particulier d’acides gras oméga-3) et de fibres. L’arrêt du tabac est également vivement recommandé.

DES MESURES SIMPLES POUR LIMITER L’APPORT EN GRAISSES SATURÉES ET EN CHOLESTÉROL

    • S’il n’y avait que trois mesures simples à retenir pour réduire l’apport quotidien en graisses saturées et en

cholestérol

    , ce seraient les suivantes :

  • Evitez d’utiliser le beurre pour cuisiner, réservez-en une noix pour les tartines du matin.
  • Réduisez fortement votre consommation de charcuterie grasse telle que rillettes, saucissons, saucisses et lardons.
  • Evitez de manger du fromage à tous les repas.

D’AUTRES MESURES

  • Remplacez le beurre par de la margarine aux phytostérols. On trouve dans les supermarchés des margarines végétales enrichies avec ces substances naturelles qui contribuent à faire baisser le taux de cholestérol LDL. La dose quotidienne recommandée de phytostérols (un à deux grammes par jour) correspond à une consommation quotidienne de 30 à 40 g de ces margarines, matières grasses enrichies, soit l’équivalent de la quantité tartinée sur quatre ou cinq biscottes. Attention, il est préférable de demander l’avis de son médecin lorsque l’on utilise ces produits durant de longues périodes. On peut également utiliser des margarines végétales à cuire pour la préparation des pâtes brisées ou feuilletées.
  • Dans les cakes, les gâteaux et les crêpes, remplacez le beurre par de l’huile ou de la margarine, riches en graisses insaturées ; 150 ml d’huile remplacent 200 g de beurre.
  • Divisez par deux le nombre de jaunes d’œuf indiqué dans les recettes.
  • Dégraissez les bouillons de viande en les plaçant au réfrigérateur. La graisse fige en surface et peut facilement être retirée.
  • Dégraissez les viandes au couteau avant de les cuisiner.
  • Privilégiez les viandes maigres de poulet, dinde, steak de bœuf ou lapin, ainsi que le poisson, même gras.
  • Préférez le lait et les produits laitiers écrémés ou demi-écrémés.
  • Limitez votre consommation de produits à base de noix de coco.
  • Evitez d’acheter des produits contenant des graisses hydrogénées (acides gras trans) et des huiles de palme, de coprah ou de palmiste, riches en acides gras saturés.
  • Privilégiez les matières grasses insaturées (voir ci-dessous).
  • Mangez plus de fibres. Les fibres réduiraient l’absorption du cholestérol alimentaire par l’intestin. On les trouve dans les fruits, les légumes, les légumes secs et les céréales complètes.
Peut-on manger des œufs ?
La consommation de jaune d’œuf riche en cholestérol a moins d’impact sur le taux sanguin de cholestérol qu’on ne l’a dit. Son effet semble variable selon des facteurs génétiques propres à chacun. Des études ont montré que la consommation d’un œuf par jour n’augmentait pas la mortalité liée aux maladies cardiovasculaires. Elle n’est donc pas interdite, mais doit être réduite lorsque le taux de cholestérol sanguin ne diminue pas malgré une prise en charge adaptée.

PRIVILÉGIER LES GRAISSES INSATURÉES

Les graisses insaturées se trouvent dans les poissons gras comme le saumon, la sardine, le maquereau et le hareng ainsi que dans les huiles végétales d’olive, de tournesol, de maïs, de colza, de noix, de pépins de raisin ou de soja, par exemple. Les acides gras oméga-6, comme ceux présents dans les huiles de maïs et de tournesol, semblent contribuer à une baisse du taux sanguin de cholestérol LDL. Ceux de la famille des oméga-3, présents dans les poissons gras et les huiles de colza ou de noix, jouent visiblement un rôle positif dans la prévention des maladies cardiovasculaires.

  • Utilisez de l’huile de colza dans vos salades, en faisant par exemple un mélange à parts égales d’huile de colza et d’huile d’olive ou de noix.
  • Mangez du poisson gras une à deux fois par semaine.
  • Mangez régulièrement des noix, en quantité raisonnable.

DIMINUER LA CONSOMMATION D’ALCOOL

Lorsqu’elles sont consommées en excès, les boissons alcoolisées augmentent le taux de triglycérides et le risque de complications comme un accident cardiovasculaire ou une inflammation du pancréas. Consommez moins de trois verres par jour si vous êtes un homme, et moins de deux verres par jour si vous êtes une femme, ce qui correspond aux conseils habituels pour une bonne santé.

CHEZ LES PERSONNES EN SURPOIDS

LES MESURES À PRENDRE

Chez les personnes en surpoids, limiter l’apport global en matières grasses est un objectif prioritaire par rapport à la réduction des apports de cholestérol alimentaire. Perdre du poids contribue à réduire le taux de cholestérol LDL et le risque de maladies cardiovasculaires. Pratiquer une activité physique de manière régulière, diminuer sa consommation de boissons alcoolisées et cesser de fumer sont également des mesures importantes pour réduire les risques de complications.

Chez les personnes en surpoids, les conseils diététiques pour les personnes sans excès de poids (détaillés ci-dessus) sont également bénéfiques.

PRATIQUER UNE ACTIVITÉ PHYSIQUE

D’une manière générale, pratiquer chaque jour une activité physique modérée est bénéfique pour la santé. Une activité physique soutenue permet de perdre du poids, contribue à réduire le taux sanguin de cholestérol LDL et augmente celui de cholestérol HDL. L’entraînement optimal pour garder la forme consiste à pratiquer trois fois par semaine une activité d’endurance telle que marche rapide, vélo ou natation, pendant environ 45 minutes. L’intensité de l’exercice doit légèrement vous essouffler, mais vous permettre néanmoins de parler pendant l’effort (mais pas de chanter, accélérez si vous y parvenez). Un essoufflement exagéré, des palpitations du cœur ou une douleur inhabituelle, en particulier dans la poitrine, doivent impérativement entraîner l’arrêt de l’exercice et justifient une consultation médicale.

Les personnes qui présentent un taux sanguin de triglycérides trop élevé doivent suivre les mêmes règles d’hygiène de vie. De plus, un régime pauvre en calories et en sucres rapides leur est prescrit. Il leur est également recommandé de cesser toute consommation d’alcool. Publié dans  par Dominique Manga  (source Vidal)

25 Oct 2021

Sahel : au-delà des conflits, un développement économique et social bien réel

Si le Sahel reste en proie à des conflits récurrents, les pays de la région n’en connaissent pas moins des dynamiques positives en matière de développement économique et social.

Apprécier ces évolutions favorables, comme les vulnérabilités persistantes, est primordial pour mieux comprendre la trajectoire de développement de la région et identifier les défis à relever.

Les pays du Sahel affichent des progrès évidents sur le front du développement humain

PNUD/AFD

Mesurés par les Nations unies à travers leur Indice de Développement Humain (IDH), les efforts des États sahéliens en faveur du développement sont notables. L’IDH a fortement progressé au Sahel depuis les années 1990 : +1,9 % par an en moyenne, soit trois fois plus qu’à l’échelle mondiale.

Parmi les dimensions du développement capturées par cet indice, la santé des populations s’est sensiblement améliorée : l’espérance de vie à la naissance est ainsi passée de 49 ans en moyenne en 1990 à 61 ans en 2018.

FMI/AFD

Autre composante de l’IDH, le revenu par tête a lui aussi nettement augmenté (d’environ 67 % par rapport à 1990) et, en parallèle, le taux d’extrême pauvreté a reculé (de 75 % dans les années 1990 à 41 % en 2018). L’accroissement des richesses a donc pu bénéficier aux plus pauvres également.

Malgré cela, les pays de la région restent encore mal positionnés dans le dernier classement IDH (dans les trente dernières places pour la plupart). L’effort n’est donc pas achevé pour renforcer les systèmes de santé encore très fragiles de la région, en particulier l’accès aux soins de santé maternelle, et pour lutter contre les phénomènes récurrents de sous-alimentation (qui touche une personne sur cinq au Sahel) et de malnutrition (qui concerne un tiers des enfants de moins de cinq ans).

En matière de richesses également, la région continue de concentrer des pays à faible revenu principalement, où les progrès sur le front de la pauvreté ont été mis à mal par les effets de la crise de Covid-19.

Les enjeux restent importants en matière d’éducation et d’autonomisation des femmes

Mais c’est surtout sur le front de l’éducation que d’importants efforts doivent encore être fournis. Les indicateurs d’éducation sont considérablement en retrait dans la région : seul un jeune sur deux est alphabétisé (contre plus de 3 sur 4 en moyenne en Afrique) et seul un étudiant sur trois achève le secondaire.

L’enjeu de l’accès à l’éducation – et plus largement aux services de base – est majeur dans la région, dans un contexte de croissance démographique forte (+3 % par an). D’autant plus que la hausse des taux de scolarisation s’est accompagnée d’une baisse de la qualité de l’éducation.

La place des femmes dans l’économie gagnerait également à être renforcée. Si, les femmes sont bien une force vive au Sahel – jouant un rôle central dans la sécurité alimentaire et la résilience des sociétés –, les inégalités de genre restent très marquées et freinent leur autonomisation.

Les inégalités de genre restent encore trop importantes au Sahel et gênent le développement de la zone. Pierre Verdy/AFP

Ainsi, la région se caractérise par le taux de fécondité moyen le plus élevé au monde (5,5 enfants par femme et 6,7 au Niger). Dès lors, le Sahel pourrait connaitre un doublement de sa population d’ici vingt-cinq ans. Cela signifie que les autorités devront fournir un effort plus important pour accompagner les besoins grandissants des populations.

Le Sahel est une des régions les plus dynamiques d’Afrique mais la transformation structurelle des économies est lente

FMI/AFD

Le PIB sahélien a quadruplé entre 1990 et 2020 et, sur la période récente également, la région affiche un taux de croissance économique parmi les plus élevés d’Afrique (autour de +4,8 % par an en moyenne depuis 2010).

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette dynamique : la bonne tenue de certaines filières clés et une pluviométrie favorable, des investissements élevés et des effets de rattrapage dans certains secteurs, la montée des cours de matières premières extractives qui comptent pour la région (comme l’or), l’existence de zones moins exposées aux enjeux sécuritaires et un endettement modéré (56 % du PIB en 2020 contre 66 % à l’échelle de l’Afrique).

Malgré cela, la structure des économies sahéliennes a peu évolué depuis les années 1990. Le secteur des services continue de représenter près de la moitié de la valeur ajoutée et l’industrie moins d’un quart.

Le secteur agricole reste quant à lui incontournable, représentant autour de 30 % de la valeur ajoutée depuis les années 1990 et employant plus d’un Sahélien sur deux en moyenne.

Au cœur de la vie de la région, l’agriculture est un élément clé pour la transformation de la zone. Michèle Cattani/AFP

Le développement de l’agriculture est donc crucial, pour répondre aux grands défis de la région : défi économique de la diversification et de la transformation économique, défi alimentaire dans un contexte de forte croissance démographique, défi social dans des territoires où la fragilité sociale et la pauvreté nécessitent la création d’emploi et de valeur ajoutée, et défi environnemental.

Dans ce contexte, les pays sahéliens restent très dépendants de l’extérieur. La base exportatrice de ces pays étant peu développée et les besoins d’importation importants, les pays de la région présentent en moyenne des déficits courants non négligeables (autour de 8 % du PIB en 2017-2019).

Pour couvrir ces déficits, la mobilisation d’appuis extérieurs est cruciale. Ainsi, le Sahel est la région d’Afrique recevant le plus d’aide publique au développement relativement au PIB (7 % en moyenne) et les transferts de la diaspora sont également soutenus (6 % du PIB). La faiblesse des investissements directs étrangers, en revanche (moins de 4 % du PIB), reflète sans surprise un environnement peu propice aux affaires.

Face aux conflits, le grand défi de la gouvernance

Le Sahel est en proie à des conflits récurrents depuis 2012, aux effets dévastateurs à la fois sur les plans humain, politique, économique et social.

Les conflits pèsent également sur les finances publiques, en raison de la réduction de l’assiette fiscale et de la hausse des dépenses militaires (près de 9 % des dépenses totales, soit le niveau le plus élevé d’Afrique). Surtout, la hausse des dépenses militaires se fait au détriment des dépenses sociales et de développement, ce qui accentue encore la fragilisation des économies due aux conflits.

Outre les difficultés économiques et sociales auxquelles les populations sahéliennes sont confrontées, ces conflits résultent en grande partie de l’insuffisante présence de l’État dans des pans entiers du territoire. La capacité des États sahéliens à assurer les services publics de base et encadrer leurs territoires est en effet globalement très limitée.

Rapporté à la population, le nombre d’agents de l’État se situe entre 3 et 10 pour 1000 au Tchad, au Burkina Faso, au Sénégal, au Mali et au Niger contre 160 en Norvège par exemple. C’est pourquoi les mesures visant à renforcer la gouvernance sont fondamentales.

Les dynamiques à l’œuvre dans le Sahel et les progrès accomplis en matière de développement montrent que la région ne peut être réduite à une seule zone en crise.

Mais pour permettre aux pays de la région d’accéder à une paix et à un développement durables, au moins cinq leviers d’action semblent prioritaires : la prévention et l’endiguement des conflits violents ; l’amélioration de la gouvernance ; l’autonomisation des femmes et des filles ; le soutien à la jeunesse ; et l’appui à la structuration de filières agricoles et au développement du secteur privé et de l’entrepreneuriat. Publié  dans par Dominique Manga  (source The Conversation)

                Auteur

  1. Yasmine Osman économiste, département Afrique de l’AFD, Agence française de développement (AFD)