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13 Sep 2021

Pesticide pyriproxyfène–virus Zika : découverte d’une alliance tragique pour le développement cérébral

L’épidémie de Covid-19 a été, et est encore, dévastatrice. Tout le monde a été touché, et le bilan humain est énorme. Mais si, pour beaucoup, l’épidémie semble sans précédent, les maladies infectieuses propagées par les virus ont toujours représenté un danger pour la santé.

Au-delà de ce danger immémorial, une question fondamentale en science est de savoir comment les virus (et les maladies associées) sont affectés par les différentes inventions humaines.

Dans notre dernière étude, nous montrons comment un pesticide, le pyriproxyfène, peut aggraver les effets du virus Zika sur le développement cérébral d’un fœtus.

L’impact inattendu de l’alliance Zika-pyriproxyfène

Affiche présentant, en anglais, les conséquences possibles d’une infection par le virus Zika
Des campagnes d’information ont été lancées pour avertir des dangers du virus Zika sur le développement du cerveau. National Institute of Child Health and Human Development (NIH)CC BY-NC

Nous sommes remontés six ans en arrière au Brésil, en 2015, lorsque le nombre de bébés nés avec une petite tête et un petit cerveau a brutalement explosé. Ces graves déformations les ont laissés handicapés à vie, et ont suscité une inquiétude mondiale. Ces cas de « microcéphalie » ont rapidement été associé au fait que les mères enceintes avaient été infectées par le virus Zika. Ce virus pénètre et tue les cellules qui forment le cerveau, ce qui entrave son bon développement.

De façon surprenante, certaines régions au nord-est du Brésil ont connu bien plus de cas de microcéphalies que les autres. De quoi se demander si d’autres facteurs n’étaient pas à l’œuvre pour intensifier localement l’épidémie. Peu de temps après, l’attention s’est portée sur le pyriproxyfène, un insecticide approuvé dans le monde entier pour lutter contre les insectes domestiques dans l’agriculture. Il se trouvait que le pyriproxyfène était utilisé intensivement dans les régions où ont été enregistrés le plus grand nombre de cas.

Fin 2014, le pyriproxyfène a été introduit dans l’eau potable pour tenter de contrôler la population du moustique Aedes aegypti responsable de la propagation des virus de la Dengue et de la Zika. Malheureusement, l’insecticide s’est accumulé dans l’environnement pendant des années, jusqu’à se retrouver dans le corps humain.

Contre les effets secondaires potentiels, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recommandé de limiter l’absorption quotidienne de pyriproxyfène à 0,3 mg/l pour un adulte, et que les concentrations dans l’eau potable soient inférieures à 0,01 mg/l. Comme les bébés et les enfants à naître absorbent ou accumulent généralement davantage que les adultes, ils peuvent se trouver plus exposés.

Du fait du fort chevauchement géographique entre l’utilisation de l’insecticide et les cas de microcéphalie, même ces petites doses ont soulevé des questions sur son innocuité. Cependant, les études épidémiologiques et expérimentales menées suite à cela ont donné des résultats contradictoires quant à l’implication du produit dans les cas observés : il n’est toujours pas clairement établi si, et comment, il pourrait être impliqué…

Dans une étude récemment publiée, notre groupe de recherche de l’UMR PhyMA à Paris (département Adaptations du Vivant – Muséum national d’histoire naturelle/CNRS) a tenté de faire la lumière sur cette question. Nous avons ainsi découvert que le pyriproxyfène perturbe la signalisation des hormones thyroïdiennes, modifiant au passage des processus cruciaux pour le bon développement cérébral.

Son identification comme perturbateur endocrinien

L’hormone thyroïdienne est une molécule essentielle à la croissance et au développement du corps en général, et du cerveau chez les fœtus en particulier. Sans elle, le cerveau ne se développe pas normalement, laissant les enfants touchés avec un faible QI et d’importants handicaps mentaux. Ce terrible ensemble de troubles (identifié sous le terme de crétinisme) est presque éradiqué dans les pays occidentaux, mais reste courant dans les pays en développement. Mais comment établir un lien entre ces atteintes et le pyriproxyfène ?

Nos tétards génétiquement modifiés émettent une lumière verte en présence d’hormone thyroïdienne (T3 sur cette image). En présence de pyriproxifène (4’-OH-PPF), la fluorescence chute, prouvant que l’insecticide bloque l’action de l’hormone. Petra Spirhanzlova/.MNHN

Nous avons, dans notre laboratoire, des têtards génétiquement modifiés qui émettent une fluorescence verte lorsqu’ils sont exposés à l’hormone thyroïdienne. Plus la couleur verte est intense, plus l’hormone est présente et active… Or, lorsque nous avons exposé nos têtards au pyriproxyfène, le signal vert a chuté de façon spectaculaire. Ce qui prouve que le pesticide bloque l’action de l’hormone thyroïdienne. Avec pour conséquence chez ces animaux un développement cérébral et des comportements anormaux. À la base de ces changements, il semble y avoir un certain nombre de gènes qui n’étaient pas exprimés comme ils le sont habituellement.

Restait à élucider son effet néfaste lors du développement embryonnaire. Pour rappel, l’un des rôles les plus importants de l’hormone thyroïdienne est d’assurer alors la présence équilibrée de neurones et de la glie (leurs cellules de soutien). Comme le pesticide bloque l’action normale de l’hormone, nous avons pensé qu’il pourrait également affecter la production de ces cellules constitutives essentielles du cerveau.

Pour étayer notre hypothèse, nous avons cultivé des cellules souches (issues de cerveaux de souris) et les avons exposées à des doses croissantes de pyriproxyfène. Les résultats ont été clairs : plus la dose était élevée, moins étaient générées de cellules et plus ces dernières mouraient. Fait remarquable, on a assisté à une production déséquilibrée de cellules nerveuses et gliales.

Comment le pyriproxyfène pourrait exacerber le Zika

Pour aller plus loin dans l’explication, nous avons vérifié le niveau d’expression des gènes dans les cellules souches exposées à l’insecticide. Nous avons observé qu’un certain nombre de gènes n’étaient pas exprimés normalement.

Parmi les gènes affectés, nous avons notamment trouvé Msi1, qui code pour la protéine Musaschi-1 utilisée par le virus Zika pour se répliquer et infecter d’autres cellules. Nous savions, grâce à des études antérieures, qu’une augmentation de l’hormone thyroïdienne entraînait une diminution de Musaschi-1. Le pesticide bloquant l’action de l’hormone, la protéine Musaschi-1 est plus présente au sein des cellules qui y sont exposées… C’est pourquoi nous avons envisagé qu’en augmentant Musaschi-1, le pyriproxyfène pourrait permettre au virus de se répliquer plus rapidement.

Pour le vérifier, nous avons infecté avec le virus Zika nos cellules souches de culture exposées à l’insecticide : la transcription de gènes clés a bien été altérée. Même si nous n’avons pas observé de taux d’infection plus élevés, l’exposition aux pesticides pourrait altérer le développement cérébral. De quoi aggraver l’impact du virus Zika sur les capacités intellectuelles d’un enfant. Devant les enjeux, une étude plus approfondie était nécessaire.

Pourquoi nous avons besoin de plus de recherche sur les interactions pesticide-virus

Ce n’est pas la première fois qu’on montre qu’un pesticide peut influer sur l’évolution d’une maladie. Par exemple, les personnes ayant des taux élevés d’acide perfluorobutanoïque (perturbateur endocrinien très répandu) dans le sang risquent de développer une forme plus grave de la Covid-19. Mais pour de nombreux pesticides omniprésents dans notre quotidien, nous n’avons aucune idée de la manière dont ils nous affectent, ou interagissent avec les maladies virales.

Les pesticides doivent donc faire l’objet de protocoles de tests améliorés afin que l’on puisse obtenir des données plus solides, pour informer les politiques de santé et les décideurs. Concernant le pyriproxyfène, si l’Europe ne propose pas de l’utiliser aux concentrations conseillées par l’OMS, elle l’a récemment réautorisé.

Notre étude souligne, une fois de plus, combien nous en savons peu sur les effets néfastes des pesticides sur la santé – sur notre développement cérébral, sur notre environnement, etc. Face aux épidémies émergeant avec le changement climatique, ce type de données nous alerte sur l’importance de l’enjeu pour la protection des générations futures.  Publié dans par

Dominique Manga(source The Conversation)

           Auteur

Pieter Vancamp Post-doctorant, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

  1. Barbara Demeneix  Professor Physiology, Endocrinology, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

04 Sep 2021

Après l’« ivoirité », voici la « congolité » : illustration d’une faille des démocraties modernes

Le 8 juillet, un projet de loi sur la « congolité » a été déposé au bureau de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC) par le député Nsingi Pululu. Ce texte – toujours en examen à l’Assemblée nationale à l’heure où ces lignes sont écrites – vise à interdire à tout citoyen de la RDC ayant un parent étranger d’accéder à la magistrature suprême.

Si cette proposition de loi a provoqué l’inquiétude de la société civile, c’est surtout parce qu’elle a rappelé un autre concept voisin, l’« ivoirité », qui, au cours des dernières décennies, a provoqué des tensions ethno-identitaires et de graves crises politiques en Côte d’Ivoire. En RDC, certains ont vu dans cette manœuvre une tentative d’éliminer un candidat potentiel à l’élection présidentielle prévue en 2023, à savoir le leader du parti « Ensemble pour la République », Moïse Katumbi, de père juif grec et de mère congolaise.

Beaucoup d’observateurs craignent que la RDC, déjà fragilisée par des décennies de conflits armés, ne sombre encore une fois dans des conflits fratricides, ce qui s’était produit en Côte d’Ivoire, quand l’« ivoirité » avait été utilisée pour empêcher l’actuel président du pays, Alassane Dramane Ouattara, de se présenter aux présidentielles de 1995 et 2000.

Comment comprendre l’émergence de ces concepts ? Comment expliquer la concomitance entre leur genèse et la proximité des échéances électorales ? À qui profitent-ils ? Que nous disent-ils des rapports entre droit et politique dans la modernité ?

Des concepts performatifs

Les lois destinées à évincer des personnalités politiques sur la base de critères ethniques finissent toujours par produire la division de la population. Ces divisions, dans des pays qui ont connu des conflits armés et des processus de pacification encore très fragiles, sont d’autant plus dangereuses qu’elles entraînent généralement de fortes vagues migratoires vers les pays limitrophes.

Concernant la Côte d’Ivoire, c’est à l’aune des tensions entre autochtones et allochtones à la fin du « miracle ivoirien » dans les années 1980 qu’il faut analyser la genèse de ces concepts qui prônent une séparation entre « vrais citoyens » et « citoyens de seconde zone ». Ces discours ont surtout participé à désigner une partie de la population comme étant responsable des maux du pays. En effet, après le décès en 1993 de Félix Houphouët-Boigny – président depuis l’indépendance obtenue en 1960 –, la bataille de succession oppose le premier ministre Alassane Dramane Ouattara au président de l’Assemblée nationale Henri Konan Bédié. La rivalité entre les deux protagonistes va tourner à l’avantage de Bédié, la Constitution voulant qu’il devienne président intérimaire en cas de décès du président de la République, et qu’il conserve ce poste jusqu’à la présidentielle suivante, prévue en 1995.

Cette situation engendre une dissension puisqu’une partie du PDCI – le Parti démocratique de la Côte d’Ivoire, qui avait été créé et dirigé jusqu’à sa mort par Félix Houphouët-Boigny, et présidé après son décès et jusqu’à aujourd’hui par Bédié – emmenée par Djeni Kobenan, qui est un proche de Ouattara, fait sécession pour créer en décembre 1994 le Rassemblement des Républicains (RDR). Le motif de la scission portait sur une nouvelle loi votée à l’Assemblée nationale qui exigeait que tout candidat à l’élection présidentielle soit un Ivoirien né sur le sol ivoirien et dont les deux parents sont aussi nés sur le sol ivoirien. Il fallait également ne s’être jamais prévalu d’une autre nationalité autre qu’ivoirienne. Cette loi visait implicitement l’ex-premier ministre Ouattara, accusé d’être d’ascendance burkinabè alors qu’en réalité, il était né à Dimbokoro et que son père était de Kong et sa mère d’Odienné, dans le nord de la Côte d’Ivoire.

Dans le cas de la RDC, la loi sur la « congolité » va directement toucher Moïse Katumbi, allié d’abord de l’ancien président Joseph Kabila jusqu’en 2016 puis de l’actuel président Felix Tshisekedi, jusqu’en 2021. Les proches de ce dernier affirment qu’il ne se trouve pas derrière le projet de loi sur la congolité ; ce qui est sûr, en tout cas, c’est que la promulgation de cette loi lui profiterait certainement car Katumbi est largement présenté comme son principal challenger aux élections de 2023.

Mais bien que le texte sur la « congolité » semble viser principalement un candidat métis, il concerne aussi beaucoup d’autres Congolais. La RDC étant entourée par neuf voisins avec lesquels elle entretient des relations transfrontalières, il est clair que l’entrée en vigueur de loi sur la congolité affecterait beaucoup de Congolais ayant de la famille dans ces pays voisins (s’il s’agit seulement de la présidentielle pour l’instant ; le risque que l’adoption de la loi entraîne l’ouverture d’une boîte de Pandore est bien réel) et, tout spécialement, ceux qui ont une parenté avec le Rwanda.

Les Congolais rwandophones, parlant le kinyarwanda, et donc d’origine rwandaise, c’est-à-dire dont les ancêtres seraient venus du Rwanda au cours des migrations survenues entre le XIXe siècle et l’indépendance de la RDC en 1960, ont longtemps été stigmatisés, accusés d’être à l’origine des rébellions que l’est de la RDC a connues.

Bien que le terme « congolité » n’ait pas été évoqué auparavant et que c’est la première fois que cette idée semble être utilisée pour éventuellement écarter un adversaire politique, l’évocation de son contenu pour d’autres raisons politiques diverses date de très longtemps. En effet, l’enjeu de la congolité ne portera pas sur la question de la nationalité tout court, mais sur la nationalité d’origine. Elle rappelle de ce fait les conflits qui ont été liés au refus de la nationalité congolaise d’origine à certains rwandophones durant le règne du président Mobutu. On sait très bien combien les lois de 1971 et de 1981 ont été citées par ces rwandophones parmi les mobiles à la base de leur engagement dans la première guerre du Congo qui visait à renverser le régime de Mobutu. On sait aussi combien la remise en question de ces lois lors des pourparlers de paix a permis d’établir les bases de la paix en RDC.

Une ressource politique

Trois leçons au moins peuvent être tirées de l’examen des expériences de l’ivoirité et de la congolité.

Premièrement, la concomitance de leur apparition à l’approche des échéances électorales est liée aux rapports de force politiques. Aussi, l’adhésion d’une partie de la population à ces discours est de nature à accentuer les clivages entre le nord et le sud pour la Côte d’Ivoire et entre l’ouest et l’est pour la RDC, les uns étant considérés comme les vrais nationaux et les autres des intrus. En Côte d’Ivoire, cette division est renforcée par le clivage entre un nord plutôt musulman et un sud chrétien (même si le métissage rend complexe cette dichotomie). En RDC, l’Ouest est souvent et abusivement considéré comme lingalaphone et l’Est comme essentiellement swahiliphone. Tous ces schémas simplificateurs sont largement employés pour légitimer les uns et délégitimer les autres.

Deuxièmement, ces concepts deviennent à un moment donné des ressources politiques qui ont pour rôle non seulement de distraire la population des bilans et programmes des candidats, mais aussi de permettre à certains politiciens d’accéder ou de conserver le pouvoir. Ces lois peuvent souvent être votées par la majorité des représentants de la population, c’est-à-dire de manière démocratique. Dans ce cas, ce n’est pas une quelconque rationalité dictatoriale ou immaturité politique qui est en jeu, comme on l’a souvent trop vite avancé lorsqu’il s’agit des pays africains.

C’est la question du rapport entre le droit et la démocratie qui est sérieusement posée ici. Car, en démocratie, même si c’est l’État de droit qui devrait régner, celui-ci est mis en place par des acteurs politiques mus par des intérêts spécifiques. De ce point de vue, les dimensions identitaires des notions de congolité et l’ivoirité, c’est-à-dire la désignation de ceux qui, selon leurs origines, peuvent ou ne peuvent pas se prévaloir de leur appartenance à la communauté politique, se posent aussi dans plusieurs démocraties occidentales, où les sentiments identitaires et nationalistes ont souvent le vent en poupe.

Troisièmement, le débat sur l’ivoirité et la congolité est porteur d’enseignements importants sur les effets pervers de la nécessité d’une communauté politique. Si celle-ci exige la mise en place des modalités du gouvernement des gens, elle implique aussi une définition claire des membres du groupe, et donc l’exclusion de ceux qui n’y appartiennent pas. Or, notre modernité nous propose l’idée de la majorité pour préserver ces dérives. Mais dans ce cas, la majorité devient aussi un danger pour les minorités, ce qui pose la question cruciale de l’éthique dans la gestion démocratique des peuples. Cette éthique exige de s’imaginer, en démocratie, une politique pour les minorités susceptibles d’être à tout moment exclues par la majorité, quand bien même cela se ferait dans le respect de la légalité. Car, en effet, si une loi discriminatoire parvient à être votée dans le respect des règles établies dans un système politique donné, alors il faut admettre qu’il y a une faille au sein même de ce système.

Publié dans par  Dominique Manga (source The Conversation )

                     Auteurs

    1. Aymar Nyenvezy Bisoka  Assistant professor, Université de Mons

  1. Lamine Savané PhD science politique, ATER, CEPEL (UMR 5112) CNRS, Montpellier, Post doctorant PAPA, Université de Ségou

03 Sep 2021

Covid-19: Après le défi de l’accès au vaccin en Afrique, l’hésitation vaccinale?

 L’hésitation vaccinale n’est pas le défi n°1 de l’Afrique. Le vrai problème est plutôt la “famine” de vaccin. De longues files d’attente d’Africains, comme celle sur cette vidéo, dans de nombreux pays de l’Union africaine, attendent d’être vaccinés. »

Dans ce tweet du 8 août 2021, le Dr Nkengasong, directeur de l’Africa CDC (Africa Centres for Disease Control and Prevention), rappelle les priorités : en premier lieu, c’est l’accès au vaccin qui est en Afrique l’enjeu clé du contrôle de la pandémie. Mais l’hésitation, si présente sur les autres continents, y est-elle absente ? Les opinions vis-à-vis du vaccin y auraient-elles radicalement changé ? Dans quel contexte général cette file d’attente doit être située ?

Dans les institutions de santé globale, l’accès au vaccin et l’hésitation vaccinale sont abordés indépendamment l’un de l’autre : l’accessibilité est essentiellement considérée comme étant d’ordre économique et politique, quand l’hésitation est perçue comme d’ordre culturel et communicationnel. Or, sur le terrain où nous développons « par le bas » les enquêtes ethnographiques du projet CORAF/ARIACOV, particulièrement au Sénégal, ces deux questions apparaissent étroitement liées – et dépendantes du contexte.

L’accessibilité du vaccin

Au Sénégal, un des premiers pays africains à avoir lancé la vaccination seul 3,3 % des adultes sont complètement vaccinés (et 3,4 % partiellement). Ce faible taux reflète d’abord les inégalités structurelles dont est victime le continent africain, dénoncées par le Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie qui a mené une évaluation globale pour l’OMS. Malgré l’objectif commun de « ne laisser personne au bord de la route » pour vaincre la pandémie, les pays les plus riches s’approvisionnent les premiers, et le nationalisme domine toujours les relations internationales pour l’accès aux vaccins.

De plus, l’Afrique subit les contraintes liées à la propriété intellectuelle et à la production, ainsi que les limites du dispositif d’approvisionnement équitable COVAXL’exportation vers l’Europe de vaccins conditionnés en Afrique du Sud, où moins de 10 % de la population est complètement vaccinée, illustre la géopolitique de l’industrie du vaccin. L’absence de production locale a rendu le continent dépendant des fournisseurs tels que le Serum Institute of India – qui a dû rediriger ses livraisons vers la population indienne entre mars et août 2021.

Les pays africains ont donc eu recours à diverses voies pour obtenir des vaccins, selon des calendriers et avec des volumes dont ils n’avaient pas la maîtrise, leurs choix étant limités par les contraintes de coût et de modalités de conservation des produits. Une fois approvisionnés, ils sont confrontés à des difficultés majeures du fait des limites de leurs systèmes de santé rendues critiques par les contraintes d’approvisionnement, à plusieurs niveaux : gestion des vaccins et des données et logistique.

Les vaccins ne pouvant être utilisés que pendant quelques mois pour des raisons d’abord administratives, les stratégies de dispensation doivent être adaptées. Ainsi, des pays ayant reçu des stocks importants ont dû ouvrir rapidement la vaccination au-delà des groupes prioritaires initialement considérés (professionnels de santé, personnes âgées ou atteintes de comorbidité) sans pouvoir la « refermer » sur ces groupes une fois le stock écoulé.

En Afrique francophone, plusieurs pays ont commencé à vacciner grâce à des dons et achats de vaccins de Chine et de Russie, puis les premiers approvisionnements par COVAX ont été suivis de dons bilatéraux de la part des pays riches (USA, France…), actuellement complétés par l’Initiative AVATT (African Union’s Covid-19 Vaccine Acquisition Task Team, associant Africa CDC, Banque Mondiale et AfreximBank).

Des caisses de vaccins d’AstraZeneca sont déchargées à Dakar
Le programme Covax permet l’envoi de doses de vaccins en Afrique (ici, AstraZeneca arrivant à Dakar en mars 2021) dans la stratégie globale de lutte contre la pandémie. John Wessels/AFP

La diversité des sources et des modes d’approvisionnement s’est doublée d’une diversification des vaccins aux caractéristiques, performances, indications et schémas de dispensation différents. Au Sénégal par exemple, un total de 1 467 200 doses des vaccins Sinopharm, AstraZeneca et Johnson & Johnson avait été fourni au 5 août 2021 lors de neuf livraisons de cinq fournisseurs non coordonnées, aux volumes compris entre 25 000 et 324 000 doses. Les périodes de rupture de stock induites par l’irrégularité des livraisons ont retardé sur des sites une partie des secondes injections (voir le graphe « Daily Covid-19 vaccine doses administered »). Inquiétées par la vague épidémique observée en juillet, des personnes ne pouvant accéder à la seconde dose de leur vaccin initial ont eu recours à des schémas non validés en combinant des vaccins différents.

Ainsi, le manque d’accès aux vaccins ne se traduit pas seulement par des files d’attente (qui révèlent qu’un service de santé dispose de vaccins) mais par des approvisionnements non planifiables et des protections immunitaires individuelles absentes, partielles ou incertaines.

L’acceptabilité des vaccins et de la vaccination

L’acceptabilité du vaccin est souvent abordée sous l’angle de l’hésitation vaccinale, une notion appliquée à des formes diverses de refus ou de report de la vaccination. L’OMS l’associe à l’infodémie et la mésinformation portée par les rumeurs et les fake news, souvent produites par des tendances anti-vaccins ou des groupes conspirationnistes.

Nos premières enquêtes sur le sujet, menées en octobre 2020, avaient montré des réticences vis-à-vis d’un futur vaccin et les logiques sous-jacentes. Lorsque les vaccins sont devenus disponibles mi-février 2021 au Sénégal, les attitudes ont basculé, comme l’ont montré les dashboards de suivi hebdomadaire de l’acceptation. Ces enquêtes sont menées auprès de groupes peu représentatifs de l’ensemble de la population, mais elles décrivent significativement des évolutions. L’augmentation du taux d’acceptabilité passée de 35 à 75 % traduit une adhésion pragmatique, influencée par la diffusion de messages officiels en faveur du vaccin et par la médiatisation de la vaccination de personnalités publiques.

Mais en mars, la médiatisation intensive des effets indésirables du vaccin AstraZeneca sur les chaînes internationales d’information continue fait chuter ce taux. L’adhésion va ensuite fluctuer pour des raisons diverses, sur fond d’informations qui dénigrent tous les vaccins anti-covid. Certaines personnes refusent l’AstraZeneca, perçu comme trop risqué, et attendent que le vaccin Sinopharm soit de nouveau disponible ; d’autres devant recevoir leur seconde dose sont confrontées à la rupture de stock en AstraZeneca ; d’autres enfin refusent une première dose de Sinopharm dans l’attente d’un troisième vaccin annoncé.

En juillet, une troisième vague épidémique installée en l’espace de deux semaines va provoquer une forte augmentation de la demande. Les centres de santé n’ont alors pas assez de doses et les files d’attente débutant tôt le matin s’allongent. Cette demande, en l’absence de campagne de vaccination organisée ou de communication intensive, parait motivée par la prise de conscience du risque infectieux et par l’expérience collective de la maladie : atteinte des proches, augmentation du nombre de décès de personnalités ou d’anonymes après de « courtes maladies », médias relatant les difficultés croissantes d’accès à l’oxygénothérapie pour les cas graves, plaintes récurrentes de professionnels de santé débordés par les patients Covid et crainte du variant Delta.

Les autorités sanitaires gèrent la situation par l’annonce d’arrivages prochains de vaccins, ce qui permet de tempérer une demande dépassant largement les capacités journalières de vaccination.

Le rapport entre accès et acceptation

L’évolution en quatre phases de l’acceptabilité de la vaccination observée au Sénégal apparaît très liée à l’accessibilité des vaccins.

Dans une première phase, les vaccins inaccessibles suscitent la méfiance et le doute en contexte d’infodémie, ainsi que des prises de position ambivalentes et changeantes, ce qui correspond à la définition initiale de « l’hésitation vaccinale ».

La seconde phase, lorsque le vaccin est mis à disposition, matérialisé et socialisé par la vaccination, provoque un engouement même parmi des personnes auparavant réticentes : les termes acceptation ou demande, moins négatifs qu’hésitation, semblent plus appropriés pour qualifier les attitudes.

La demande est inégale lors de la troisième phase, quand les vaccins initiaux ne sont plus disponibles partout et que d’autres vaccins arrivent : les perceptions et attitudes deviennent plus spécifiques de chaque vaccin, alors que des informations contradictoires circulent sur certains. Les représentations intègrent non seulement les qualités du produit, mais aussi les modalités d’approvisionnement. Nos entretiens rapportent que le vaccin AstraZeneca, par exemple, est perçu par des Sénégalais comme élaboré pour les Européens (du fait que ce dernier est recommandé aux plus de 55 ans en France, alors que la population africaine est plus jeune), et donné à l’Afrique parce que les Européens n’en veulent plus à cause de ses effets indésirables.

D’autre part, des personnes retardent leur venue dans un site de vaccination afin d’obtenir un vaccin spécifique qu’elles savent alors en rupture de stock. La demande apparaît comme un compromis entre opportunités (disponibilité, modalités d’accès) et perceptions des vaccins (choisis de manière à éviter des effets négatifs).

L’engouement de la quatrième phase déborde les capacités du programme de vaccination. La demande n’a pourtant pas été soutenue par une campagne de communication, une stratégie communautaire ou des mesures dans les entreprises, mais elle est devenue massive du fait de la prise de conscience du risque. La quête de vaccin s’est individualisée : chacun cherche à compléter son statut vaccinal en naviguant selon les opportunités d’accès, ce qui le conduit parfois loin des schémas recommandés par l’OMS.

Graffiti hommage aux victimes de la Covid-19 à Mbour (Sénégal)
La mesure des risques associés à la Covid, venue notamment des nombreuses victimes recensées, contribue à l’acceptation du vaccin (fresque réalisée en hommage aux défunts à Mbour, Sénégal). Ewien van Bergeijk/Kwant

De l’hésitation à la demande

Au final, les observations réalisées au Sénégal montrent que les opinions, attitudes et comportements face au vaccin et à la vaccination sont évolutifs, sensibles au contexte. Outre les problèmes théoriques que pose la notion d’hésitation vaccinale, amplifiés par les confusions entre définitions de sens commun et scientifique, cette notion semble trop réductrice, notamment du fait de sa connotation négative.

Des attitudes positives envers le vaccin peuvent émerger jusqu’à dépasser les capacités des systèmes de soin, comme cela a été le cas au Sénégal en juillet. Dans ce pays, l’hésitation a dominé lorsque le vaccin n’était encore qu’un objet idéel soumis à l’influence des médias, mais les expériences ont favorisé son acceptation, devenue demande dans le contexte alarmant de la nouvelle vague épidémique.

L’acceptabilité de la vaccination est devenue indissociable de celle du (des) vaccin(s) lorsque plusieurs d’entre eux ont été disponibles, selon des modalités inégales. Les populations qui « font la queue » pour se vacciner n’ont pas abandonné toute méfiance et pourraient de nouveau déserter les sites de vaccination, ou développer des stratégies individualisées, selon l’évolution du contexte épidémique, de l’approvisionnement, du dispositif et des stratégies de vaccination et de communication.

L’enjeu de l’accès au vaccin en Afrique n’efface pas celui de l’hésitation ou la demande. Un accès limité, contraint, partiel et imprévisible, fragilise aussi l’acceptation du vaccin et l’efficacité de la vaccination. Publié dans par  Dominique Manga .(source The Conversation)

                    Auteurs

    1. Alice Desclaux Anthropologue de la santé, TransVIHMI, Institut de recherche pour le développement (IRD)

  1. Khoudia Sow Chercheuse en anthropologie de la santé (CRCF)/TransVIHMI, Institut de recherche pour le développement (IRD)

27 Août 2021

Kaboul 2021 / Saigon 1975 : l’enjeu derrière les images d’évacuations d’enfants

Le retour en force des talibans depuis plusieurs mois et leur prise du pouvoir récente à Kaboul contraignent les puissances occidentales à évacuer d’Afghanistan leurs ressortissants, ainsi que les hommes et les femmes qui les ont accompagnés depuis 20 ans.

L’opération américaine en cours est marquée par un manque d’anticipation certain et rappelle l’évacuation en catastrophe de Saigon à la toute fin de la guerre du Vietnam en 1975. Des scènes issues des deux événements ont été mises en parallèle : hélicoptères s’extirpant du chaos, désordre généralisé, gens en panique. Des images d’enfants afghans confiés par des adultes à des militaires américains renvoient au Babylift qui, en avril 1975, évacua du Vietnam plus de 2 000 enfants.

Un regard rétrospectif sur cette opération et ses modalités peut contribuer à mieux cerner les enjeux de l’enfance dans ce type de crise et les risques qui pèsent sur les enfants de Kaboul aujourd’hui.

Comparaison n’est pas raison, mais quand même…

Les médias insistent sur l’inévitable comparaison entre ce qui se passe à Kaboul actuellement et le départ des derniers Américains du Vietnam en 1975. Certes, des images choisies se ressemblent ; certes ce sont de mauvaises passes pour les États-Unis qui, dans un cas comme dans l’autre, abandonnent une partie qu’ils ont été dans l’impossibilité de gagner militairement ou politiquement ; mais les contextes, les lieux, la géopolitique sont bien différents.

En outre, l’environnement médiatique n’est plus le même, et Joe Biden n’est pas Gerald Ford, président pendant deux ans et demi sans jamais avoir été élu à cette fonction, ni même à celle de vice-président. L’historien ne peut donc que se méfier des rapprochements hâtifs .  https://youtu.be/q6FZ6aFbNvY

Néanmoins, il est vrai que les deux épisodes interrogent des éléments essentiels de la relation des États-Unis au monde : leur (im)puissance relative, leur positionnement vis-à-vis de pays dans lesquels ils ont combattu pendant 20 ans, leur responsabilité envers les populations autochtones, leur (in)capacité à sortir la tête haute de ce qui est apparaît comme des échecs.

Dans les deux cas, la question de la mise à l’abri des personnes qui ont travaillé pour les Américains est lourde de conséquences pour l’image de ceux-ci et pour la vie de celles-là et de leurs familles. À chaque fin de conflit (mondial, bilatéral, civil, colonial…) l’enfance constitue un enjeu crucial, car c’est souvent en son nom que l’on s’est battu : pour assurer la paix aux générations futures, leur liberté, leur avenir. Agir pour l’enfance, sauver les enfants, hier des griffes du régime communiste vietnamien, aujourd’hui de l’Émirat islamique des talibans, apparaît comme la dernière action possible, dotée d’une forte dimension cathartique.

Opération Babylift : la dernière bataille de la guerre du Vietnam

Conscient de l’enjeu représenté par l’enfance, Gerald Ford prit la décision de lancer l’Opération Babylift (4-26 avril 1975) dont l’objectif était de faire sortir le plus grand nombre possible d’enfants du Vietnam.

Pour les Américains, dans le contexte de la guerre froide et avec un arrière-plan idéologique très prégnant, il ne pouvait être question de laisser aux mains des vainqueurs communistes les enfants métis nés de pères soldats américains et de mères vietnamiennes. Les enfants vietnamiens en cours d’adoption par des Occidentaux et plus globalement les orphelins de guerre étaient également concernés par cette évacuation, qui prit la forme d’une opération militaro-humanitaire, une des premières du genre. Cette évacuation a été marquée par le tragique accident du premier avion décollant de Saigon dans lequel périrent environ 150 enfants, mais se poursuivit malgré tout. Au total, plus de 2 000 enfants arrivèrent aux États-Unis et 200 en France via l’Amérique.

En pleine débandade américaine et malgré l’accident tragique, l’opération Babylift a permis de donner une image positive des militaires, des pilotes, de l’armée américaine en général.

Un militaire américain nourrit un bébé au biberon sur la base aérienne de Clark (Philippines) pendant l’opération Babylift, en avril 1975.

Cette photo a été très utilisée à l’époque, donnant une image d’humanité, de compassion, d’attention à l’autre bien éloignée des comportements dénoncés par la presse et les mouvements anti-Vietnam. Mais pouvait-elle faire oublier la photo de la petite Kim Phuc courant nue sur une route après le bombardement au napalm de son village en 1972 ?

Babylift a été menée dans une grande confusion, le traçage des enfants étant impossible dans la panique générale. Pour Le Monde (23/05/1975), « le sort de centaines d’enfants s’est trouvé fixé en quelques heures par des bonnes volontés parfois plus soucieuses des mauvaises consciences occidentales que du sort des enfants orphelins ».

Parmi les enfants, combien d’entre eux avaient encore leurs parents, de la famille ? Plusieurs mois après, certains enfants déclarent ne pas être orphelins et vouloir rentrer dans leurs familles. Une petite Vietnamienne de douze ans confie un an après son arrivée qu’elle n’est pas orpheline mais la fille d’un responsable de la police de Saigon qui l’a fait partir pour la sauver, en lui interdisant de révéler la vérité.

Risques et enjeux autour enfants afghans

La situation des enfants à Kaboul aujourd’hui fait écho à celle de 1975. Plusieurs images d’enfants extirpés de la foule par des militaires américains gardant l’aéroport de Kaboul ont circulé sur les réseaux sociaux, accompagnées de commentaires sur le « sauvetage » de ces enfants. Vecteur médiatique fort, l’enfant est un emblème, un symbole, une cause qui provoque émotion, compassion, réaction face à l’injustice de la situation. Mais il faut aussi analyser ces images avec circonspection pour éviter tout risque d’instrumentalisation et réfléchir en profondeur à la situation des enfants afghans.

Devant le mur d’enceinte de l’aéroport de Kaboul, le 19 août 2021. Vidéo Réalisée Par Omar Haidiri/AFP

Par exemple, la vidéo dont est extraite cette photo a donné lieu à toutes sortes d’interprétations : la détresse et le sacrifice des Afghans qui abandonnent leurs enfants aux Américains ; la pire manière que les Américains ont de quitter le pays en s’emparant d’enfants mais en refusant que les parents les suivent ; ou, au contraire, le geste d’humanité face à la nécessité de sauver les enfants à tout prix du sort qui les attend sous les talibans. Les réactions étaient déjà les mêmes face à l’opération Babylift : certains y voyaient une ultime manifestation de l’impérialisme américain au mépris des vies humaines concernées quand d’autres critiquaient au contraire l’insuffisance de l’opération.

Deux jours plus tard (le 21 août), l’armée américaine a précisé que les militaires n’avaient pas pris en charge ce bébé pour l’envoyer aux États-Unis, mais pour le soigner car il était malade, avant de le rendre à sa famille. Comme souvent, cette mise au point officielle n’a pas été reprise avec le même engouement sur les réseaux sociaux. Pour allumer un contre-feu médiatique, les autorités américaines ont publié d’autres photos – qui rappellent vraiment celle du Babylift présentée plus haut – de soldats s’occupant de bébés en attendant que leurs parents satisfassent aux formalités de départ sur l’aéroport.

De son côté, le Foreign Office a dû rappeler que les militaires britanniques ne peuvent pas prendre en charge des enfants non accompagnés. En effet, depuis 1975, l’intérêt et les droits des enfants ont été inscrits dans de grands textes internationaux, notamment la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989 et la Convention de La Haye sur l’adoption internationale en 1993. Il y est stipulé que la place des enfants est avec leurs parents, à défaut avec leur famille puis avec leur communauté, dans leur pays de naissance. Il n’en demeure pas moins que, selon l’UNICEF et l’Unesco, la situation des enfants en Afghanistan (victimes des combats, enfants-soldats, orphelins, malnutrition, régression de l’éducation des filles) nécessite des actions humanitaires d’ampleur. Ce qui laisse entières les questions si ardues et complexes du quoi faire et du comment

Publié dans par Dominique Manga

                Auteur

  1. Yves Denéchère   Professeur d’histoire contemporaine, Université d’Angers

20 Août 2021

Afghanistan : des décennies de guerre et d’erreurs de calcul

Alors que le monde entier a les yeux braqués sur l’Afghanistan et s’interroge sur les raisons de la rapide victoire des taleban, un retour sur l’histoire récente et plus ancienne du pays s’impose.

On ne saurait, en effet, bien comprendre les récents développements sans avoir une vue d’ensemble de l’évolution qu’a connue ce territoire au cours des dernières décennies. Une évolution qui l’a vu successivement se rapprocher de l’URSS, être envahi par celle-ci, sombrer dans la guerre civile, être dominé une première fois par les taleban, puis subir, vingt ans durant, l’intervention américaine qui vient de s’achever…

L’entrée dans le monde moderne

L’Afghanistan, pays enclavé, a bénéficié au XIXe siècle des subsides britanniques. Puis sont venues les attentions soviétiques et, ensuite, américaines. Durant la guerre froide, les massives aides étrangères ont abouti à l’apparition à Kaboul d’une caste de privilégiés coupés des réalités des provinces.

Dans les années 1960, Soviétiques et Américains ont rivalisé de financements pour attirer l’Afghanistan dans leur zone d’influence. À ce jeu, les Soviétiques ont gagné. Des milliers de bourses d’études en URSS ont été offertes aux jeunes Afghans. Ingénieurs et officiers prirent goût à la vodka et aux blondes russes, ce qui était pour eux le comble de la modernité. Beaucoup se sont mariés sur place, et sont restés après 1980. Surtout, les Soviétiques ont fourni en armes l’armée afghane et ont gagné les officiers à leur cause. Ce sont ces officiers convaincus qui ont organisé le coup d’État de 1978.

Répressions contre les religieux et propriétaires terriens s’ensuivirent, conduisant à des révoltes populaires, vite contrôlées par des partis hostiles aux communistes dont les responsables s’étaient installés au Pakistan voisin.

Dans l’idée d’affaiblir l’URSS, les Américains ont fourni une assistance considérable à ces partis. Leurs commandants locaux, qui se déplaçaient à moto, ont vite pris l’habitude des 4×4 japonais offerts par Washington. Toute l’aide américaine transitait par les généraux pakistanais et leurs services secrets. Malgré les mises en garde des Occidentaux connaisseurs du terrain, ce sont les partis extrémistes et les plus anti-américains (à commencer par le Hezb·e islami, « parti de Dieu ») qui ont été les mieux financés. Après le départ des Soviétiques en 1989, dépités de s’être fait surprendre par Ahmed Chah Massoud pour la conquête de Kaboul en 1992, ils ont longuement bombardé la capitale et lui ont fait subir un blocus rigoureux.

En 2001, après les attentats du 11 septembre, organisés par Oussama Ben Laden depuis l’Afghanistan, où il avait été accueilli en 1979 en échange d’importants subsides, les États-Unis ne pouvaient pas ne pas réagir. La décision fut, dans un premier temps, de ne pas envoyer d’hommes sur le terrain. Ils se sont donc appuyés sur les commandants de la supposée « Alliance du Nord », aux intérêts déjà divergents. Des valises de dollars ont été distribuées pour inciter les chefs de guerre au combat.

Une reconstruction difficile sous l’égide américaine

Les taleban une fois tués ou repliés dans leurs bases du Pakistan, les États-Unis – et la communauté internationale, sous l’égide des Nations unies – se sont mis en tête de reconstruire l’État afghan, faisant du « Nation building » tout en s’en défendant.

Une Constitution à l’américaine, avec un président (et non pas à l’européenne avec un président et un premier ministre) fut adoptée en 2004, et violée en 2014 par les Américains eux-mêmes, avec la création, non prévue et imposée par eux, d’un poste de « chef de l’exécutif », pour contenter le candidat malheureux aux élections tenues cette année-là, Abdollah Abdollah ; ce chef tadjik, se présentant comme héritier du commandant Massoud, contrebalançait ainsi le président pachtoune Ashraf Ghani. Dans un pays ultra-conservateur, les Occidentaux ont voulu imposer leur propre vision du monde ; des ONG féministes scandinaves proposaient la parité hommes/femmes à tous les niveaux de conseils et de représentation, jusqu’aux villageois.

Le président afghan Ashraf Ghani (au centre) salue son ancien rival Abdollah Abdollah (à droite), devenu président du Haut Conseil pour la réconciliation nationale, avant une réunion au Parlement afghan à Kaboul, le 2 août 2021. Deux semaines plus tard, les taleban prendront la capitale et proclameront leur victoire. Wakil Kohsar/AFP

Les députés n’avaient aucun pouvoir… sauf celui d’accumuler de l’argent le plus vite possible. Une disposition de la Constitution demandait leur accord à la nomination des ministres. Ceux-ci devaient acheter le vote des députés, puis se dépêcher, par une intense corruption, de rentrer dans leurs frais. Des ministères importants restaient des mois sans titulaire, faute de compromis. Aucun des services de l’État ne fonctionnait. Les États-Unis payaient les fonctionnaires et les corrompus. De fausses embuscades étaient lancées sur les routes pour que soient payées des sociétés de sécurité possédées par des ministres ou chefs de guerre. Quelque 80 % du budget de l’État afghan venait de l’étranger.

Dans ce cadre de désillusion et de corruption généralisée, les taleban ont vite repris des forces dans les campagnes, instaurant une administration qui, quoique dure, était vue comme préférable au chaos.

Que veulent les taleban ?

Une fois le retrait américain annoncé, l’avancée des taleban a été fulgurante. Souvent, la paie des soldats du gouvernement de Kaboul était saisie par leurs officiers, l’équipement était déplorable, les soutiens logistiques inexistants. L’armée paraissait nombreuse, mais beaucoup de régiments n’existaient que sur le papier : les États-Unis payaient des troupes inexistantes.

Des notables du régime afghan ont acquis des résidences sur la nouvelle île artificielle créée à Dubaï, à partir d’un million de dollars, réglés cash, en liquide. Tout cela aux frais des contribuables américains. Pourquoi les soldats afghans, mal payés et abandonnés, se seraient-ils fait tuer pour permettre à leurs supérieurs de continuer à mener grande vie ?

En 1996, les taleban d’alors avaient également vite conquis les provinces, sans rencontrer de résistance. La population s’était alors largement ralliée à eux, pour retrouver l’ordre et la sécurité. Ce qui a le plus surpris cette année, c’est leur progression très rapide, dès juin 2021, dans les provinces du nord du pays, peuplées surtout d’Ouzbeks. Les Ouzbeks, a priori opposés aux Pachtounes taleban d’aujourd’hui, ont également pensé retrouver la sécurité en s’alliant aux plus forts.

On s’étonne également du nombre des combattants taleban, qui se sont révélés capables de prendre simultanément les postes de douanes, synonymes de rentrées financières, et les principales capitales provinciales. Leurs armements semblent inépuisables ; ils sont de modèle soviétique, et non américain. Certes, il y a eu des prises de guerre dans les postes gouvernementaux abandonnés, mais aussi, forcément, des apports extérieurs : du Pakistan, de l’Iran ?

À présent, avec la fin probable des financements américains, toute une partie de la société de Kaboul, qui en profitait directement ou indirectement, se retrouvera sans emploi. Les femmes, qui avaient gagné des libertés dans cette atmosphère occidentale, se retrouveront contraintes, comme il y a cent ans. Beaucoup de femmes de Kaboul regrettent le temps du roi Zaher Châh (1963-1973) quand les citadines s’émancipaient, puis la brève période communiste (1978-1979), quand la libération des femmes était prônée et que les miliciennes se promenaient cheveux au vent à fouiller les paysannes voilées. Mais, finalement, « les femmes à la maison », ce n’est pas pour tant déplaire aux bons phallocrates villageois.

Un combattant taliban passe devant un salon de beauté dont la devanture a été vandalisée pour ne plus laisser apparaître les figures féminines qui y étaient représentées, à Kaboul, le 18 août 2021. Wakil Kohsar/AFP

Les taleban se disent nationalistes ; ils veulent reprendre le pouvoir dans leur propre pays, le diriger à leur guise. En cela, ils se différencient des extrémistes de Daech, qui se veulent internationalistes. Pour les taleban, il s’agit de diriger la nation afghane ; pour Daech, c’est d’exporter partout un régime qu’ils appellent « islamiste ». Les deux mouvements sont incompatibles ; d’ailleurs, ils se sont affrontés pour la conquête de territoires, et les taleban ont gardé la supériorité. Les taleban sont là pour longtemps. Aucune opposition n’est prête à les affronter, aucun pays étranger non plus. Il reste à espérer que leurs modes d’action s’adouciront avec le temps et l’exercice du pouvoir…  Publié dans par Dominique Manga

               Auteur

  1. Bernard Dupaigne directeur émérite au Musée de l’Homme, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

18 Août 2021

Points forts, limites, risques… Décryptage de la technologie des vaccins à ARN

ARNm : quatre lettres qui ont fait le tour de la planète et désignent ce qui s’avère déjà être une avancée majeure dans le domaine de la vaccination. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Les ARN (pour Acides RiboNucléique) sont des molécules dont la structure est proche de celle des molécules d’ADN (Acide DésoxyriboNucléique). Beaucoup moins stables que ces dernières, ce qui signifie qu’elles sont plus facilement détruites, les molécules d’ARN jouent toutefois de nombreux rôles dans les cellules. Ceux-ci varient selon la classe d’ARN considérée : ARN de transfert ou ARN ribosomique qui interviennent dans l’assemblage des protéines, ARN guides qui aident à positionner certaines enzymes au bon endroit… Aujourd’hui encore, de nouvelles classes d’ARN possédant diverses fonctions biologiques sont découvertes.

L’ARN utilisé pour la vaccination appartient à la classe des ARN messagers (ARNm). Ces petites molécules sont connues depuis les années 1960, époque à laquelle François Jacob et Jacques Monod, deux éminents scientifiques français, ont joué un rôle prépondérant dans leur découverte. Les ARN messagers sont présents de manière fugace dans nos cellules. Ils constituent en quelque sorte le « plan de montage » des protéines : dans le noyau de la cellule, l’information correspondant à une protéine donnée, portée par l’ADN, est « recopiée » sous forme d’une molécule d’ARNm. Celle-ci passe ensuite dans son cytoplasme (son « corps », soit l’espace compris entre son noyau et sa membrane plasmique). Elle y sera lue par les ribosomes, les unités chargées de la production des protéines, puis rapidement détruite.

C’est sur cette fonction que reposent les vaccins à ARNm. Le principe est en effet d’injecter dans des cellules du tissu musculaire l’information leur permettant de produire une protéine soigneusement sélectionnée et modifiée de l’agent infectieux contre lequel on souhaite obtenir une immunité –en l’occurrence la protéine Spike du SARS-CoV-2. Les cellules de l’individu vacciné fabriqueront elles-mêmes transitoirement le constituant viral en question, qui sera reconnu comme étranger à l’organisme et déclenchera une réponse immunitaire spécifique.

Il a longtemps été difficile de travailler avec les molécules d’ARN, en raison de leur fragilité. Mais grâce aux progrès scientifiques, les choses ont changé, et l’on peut aujourd’hui envisager d’utiliser les ARNm comme vaccin.

Avantages et désavantages des vaccins à ARNm ?

Utiliser l’ARNm pour vacciner présente de nombreux avantages.

Tout d’abord, c’est une approche vaccinale encore plus sûre dans toutes ses étapes, de la conception à l’utilisation, car aucun être vivant n’est manipulé. La fabrication des vaccins à ARNm est aussi devenue plus « simple » que celles des autres types de vaccins, qu’il s’agisse de vaccins vivants atténués (basés sur l’emploi d’agents infectieux vivants modifiés afin qu’ils perdent leur pouvoir infectieux) ou de vaccins inactivés (qui contiennent des agents infectieux « tués » ou des fragments d’agents infectieux soigneusement purifiés et apprêtés).

La production de ces deux types de vaccins contre des virus nécessite en effet le plus souvent de recourir à des cultures de cellules ou à des œufs embryonnés, dans des conditions très contrôlées. Les vaccins à ARNm s’affranchissent de ces étapes lentes et coûteuses, car ils sont produits par synthèse chimique. En outre, contrairement aux vaccins vivants atténués, le risque de retour à la virulence est nul, puisqu’ils ne contiennent pas d’agent infectieux mais uniquement l’information nécessaire à la production d’une protéine virale.

Outre le fait que les vaccins à ARNm sont relativement faciles à produire et peu onéreux, leur adaptation à l’évolution des agents pathogènes peut se faire rapidement. Si de nouveaux variants viraux contre lequel le vaccin serait moins efficace émergent, il suffit (théoriquement !) de modifier la séquence de l’ARNm pour la faire correspondre à celles de ces nouveaux variants viraux afin de retrouver une efficacité optimale.

Enfin, une conséquence de leur présentation originale au système immunitaire est que les vaccins à ARNm génèrent des réponses immunes larges, incluant les composantes cellulaire (lymphocytes) et humorale (anticorps). Or, ces réponses larges sont plus efficaces pour lutter contre les virus.

Les désavantages de ces molécules d’ARNm sont essentiellement liés à leur stabilité plutôt faible. En effet, ce sont des molécules fragiles et leur conservation n’est pas toujours évidente même si des progrès ont été faits ces dernières années (lyophilisation). Que ce soit hors ou dans les cellules, les ARNm disparaissent vite, en raison de leur structure moléculaire…

Un autre désavantage est que lorsque les ARNm sont étrangers à nos cellules, ils peuvent aussi activer des réponses interférons de types 1 et 3 (les interférons sont des protéines produites notamment en réaction à des infections virales). Ces réponses mènent finalement à leur dégradation et peuvent réduire l’induction de la réponse immune souhaitée lors de la vaccination. Toutefois l’optimisation des séquences d’ARNm selon diverses approches permet de pallier cet inconvénient.

Peuvent-ils modifier nos génomes ?

Les ARNm des vaccins développés contre la COVID-19 ne sont aucunement des organismes génétiquement modifiés (OGM) et ne constituent pas une approche de thérapie génique. En effet, ce sont juste de petits morceaux d’acides nucléiques inspirés des génomes viraux, qui n’ont pas la capacité de modifier nos gènes.

Rappelons que les ARNm restent dans le cytoplasme des cellules et n’ont pas vocation à gagner le noyau. Pour pénétrer dans cette partie de la cellule, les molécules présentes dans le cytoplasme doivent être porteuses d’un « étiquettage » spécifique. En outre, des molécules de transport devraient intervenir pour les y emmener. Ce dont ne disposent pas les ARNm des vaccins.

Et quand bien même ces ARNm vaccinaux rentreraient dans le noyau, l’ARN ne peut pas s’intégrer dans notre génome sans être transformé en ADN (on parle de rétrotranscription), ce qui nécessite des enzymes très particulières, appelées transcriptases inverses. Celles-ci sont le plus souvent virales : on les trouve plus particulièrement dans les virus de la famille des Rétrovirus (comme le VIH, responsable du SIDA) et des Hépadnavirus (comme le virus de l’hépatite B). Des protéines un peu particulières avec une activité transcriptase inverse, comme l’ADN polymérase eta, ont également été identifiées dans nos cellules. Cependant ces protéines ne sont pas localisées dans le cytoplasme cellulaire et n’ont pas vocation à interagir avec des ARNm. Une modification de nos génomes par un ARNm relève donc plutôt de la (science)-fiction…

Par ailleurs, il ne suffit pas que la rétrotranscription ait lieu : l’intégration de l’ADN obtenu dans le génome demanderait la présence d’autres enzymes appelées intégrases. Et si nous poussons la fiction jusqu’à envisager malgré tout une intégration, celle-ci n’aboutirait pas pour autant à des effets délétères pour la cellule hôte. Il faudrait pour cela que ce fragment s’insère dans une région contenant un gène, or les gènes ne représentent pas la majeure partie de notre génome. De plus, une telle modification ne serait de toute façon pas transmise à la descendance.

Cellule vue par microscopie, avec corp cellulaire et noyau bien apparents.
Nos cellules sont des espaces très compartimentés. L’ARNm injecté par vaccin ne rentre que dans le corps cellulaire (bleu pâle), il n’a pas les moyens d’accéder au noyau (violet). Torsten Wittmann, University of California, San Francisco/NIHCC BY-NC

Enfin, il est bon de se rappeler que les ARNm vaccinaux menant à la production de la protéine Spike modifiée lors d’une vaccination sont infiniment moins nombreux que les ARNm produisant la même protéine Spike lors d’une infection naturelle. Dès lors le risque, si tant est qu’il soit avéré, se situe clairement du côté de l’infection naturelle et non pas de la vaccination.

Pour toutes ces raisons, les « risques » de modification de nos génomes par les ARNm vaccinaux sont pour ainsi dire statistiquement nuls. Nous courrons des risques nettement plus élevés dès lors que nous prenons une aspirine, notre voiture ou que nous montons dans un avion… ou que nous nous faisons infecter par le SARS-CoV-2.

Ont-ils été développés trop rapidement ?

Cette remarque revient fréquemment dans les débats récents. Là aussi, il convient de rappeler que la vaccination au moyen d’acides nucléiques, dont les ARNm, est une histoire déjà ancienne (les premières tentatives d’utiliser l’ARNm pour la vaccination remontent au début des années 1990).

De très nombreuses publications précliniques relatives à cette approche chez l’animal (rongeurs, porcs, bovins et macaques…) ont été publiées et n’ont pas montré d’effets secondaires majeurs à court, moyen et long terme. Par ailleurs, les essais cliniques chez l’être humain (de phases 1, 2 et 3) ont démontré une excellente efficacité vaccinale et pas plus d’effets secondaires qu’avec les vaccins conventionnels. Signalons au passage que même dans les groupes placebos (c’est-à-dire dans lesquels aucun principe actif n’a été injecté), des effets secondaires sont rapportés. Cela signifie que lesdits effets secondaires sont en partie liés à l’injection en elle-même.

Nous avons maintenant des centaines de millions de personnes de plus de 12 ans vaccinées sans effets secondaires majeures. Les vaccins à ARNm protègent contre les formes cliniques graves et réduisent de façon non négligeable la transmission virale en diminuant le nombre de jours d’excrétion du virus chez les quelques personnes néanmoins infectées.

Enfin, en médecine vétérinaire, des vaccins à ADN existent depuis quelques années (West-Nile Innovator® contre la maladie de West-Nile chez le cheval, Oncept Canine Melanoma® contre le mélanome buccal de chien et Clynav® contre la maladie pancréatique du saumon) et aucun effet indésirable majeur n’a été rapporté.

Quid des phénomènes allergiques observés chez certains patients ?

Des réactions allergiques ont été rapportées chez certains patients suite à la vaccination. Les réactions allergiques post-vaccinales, même si elles sont rares, sont bien connues. Elles sont liées à certains composants des vaccins pour lesquels les patients vaccinés auraient été sensibilisés précédemment (dans leur vie de tous les jours où lors de vaccinations antérieures incluant le même composé).

Face au risque allergique, nous ne sommes en effet pas tous égaux, et notre patrimoine génétique joue pour beaucoup. Toute réaction allergique (hypersensibilité de type 1) passe par une phase de sensibilisation à l’antigène (la substance reconnue comme étrangère par le système immunitaire, qui déclenche la réaction) – la première fois qu’il est rencontré – puis par une phase de latence. Plus tard, confronté à nouveau au même antigène, l’organisme développe la réaction allergique.

En ce qui concerne les allergies suite à la vaccination contre la Covid-19, celles-ci ont été rapprochées d’une substance, le polyéthylène glycol, présent à faible dose dans une formulation vaccinale. Cette substance, d’usage courant, a été identifiée comme allergène dans de rares cas et aurait posé problème chez des personnes à risque allergique avéré ou non identifié. Aux États-Unis et en Europe, où des millions de personnes ont déjà été vaccinées, des réactions allergiques ont effectivement été notées, mais elles restent rares.

Généralement les personnes à risque se connaissent et pour celle-ci il est convient d’être vigilant avec les vaccins à ARNm, tout comme les vaccins plus conventionnels, mais également avec de simples antibiotiques (pénicilline) ou même des aliments des plus classiques (arachides, fruits de mer…).

Rapport bénéfice/risque

Un traitement médical n’est jamais un acte anodin et la vaccination ne déroge pas à la règle. Elle doit faire l’objet d’une analyse bénéfice/risque rigoureuse, pour nous-mêmes et pour la collectivité, nationalement et internationalement. Dans le cas de la pandémie actuelle de Covid-19, il est clair que les effets secondaires associés à l’emploi des vaccins à ARNm sont dans la toute grande majorité des cas temporaires, limités et ne concernent pas tous les patients vaccinés alors que les risques sanitaires, économiques et sociaux de la crise Covid-19 sont de premier plan et pour l’ensemble de la population.

L’emploi de ces nouvelles armes – suivi de près par les acteurs en charge de la pharmacovigilance – s’avère de plus en plus constituer une avancée majeure dans la lutte contre les maladies infectieuses. Et la révolution pourrait ne pas s’arrêter là : en effet, les ARNm pourraient également être utilisés pour lutter contre de nombreux cancers, des maladies orphelines, et même les allergies !    Publié dans par Dominique Manga (source The Conversation)

                Auteur

  1. François Meurens Professeur Immuno-Virologie (DMV-PhD) – Oniris (École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation de Nantes-Atlantique), UMR 1300, Inrae

13 Août 2021

Attention : Les compléments alimentaires ne sont pas sans risque

Derrière la popularité des compléments alimentaires il y a, notamment, cette idée qu’ils ne peuvent nous faire que du bien… C’est oublier qu’il y a des dangers potentiels à multiplier les prises de vitamines et autres minéraux. Et les consommateurs n’en sont pas toujours bien avertis.

En effet, à la différence des médicaments, pour voir leur commercialisation autorisée les compléments alimentaires ne sont pas tenus de renseigner sur ce point de façon poussée l’organisme de régulation des médicaments d’Australie, le Therapeutic Goods Administration (TGA).
(ndlr : en France non plus, aucune autorisation de mise sur le marché spécifique n’est exigée, mais ils sont surveillés comme toute denrée alimentaire. Ils font l’objet d’une déclaration à la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Les substances chimiques utilisées dans leur fabrication doivent également être sans danger.)

J’ai identifié six façons dont la prise de ces compléments désormais si fréquents pourrait s’avérer nocive. Ces résultats ont été publiés dans la revue spécialisée Australian Prescriber .

Que sont les compléments alimentaires ?

Ces produits peuvent contenir des extraits de plantes, des vitamines, des minéraux, des acides aminés, des enzymes, des algues, etc. Ils sont destinés à compléter notre régime alimentaire, et non à procurer un quelconque effet thérapeutique.

En Australie, les compléments alimentaires dominent largement l’industrie des médecines dites complémentaires, dont ils font partie. Les ventes de compléments alimentaires ont atteint 4,9 milliards de dollars australiens en 2017, soit un doublement en une décennie. Une étude menée au niveau national en 2018 a montré que 63 % des gens y avait régulièrement recours.
(ndlr : même chose en France entre 2006 et 2015, comme l’ont montré les Études individuelles nationales des consommations alimentaires 2 et 3. 29 % des adultes et 19 % des enfants en consomment. Ce marché pèse 2 milliards d’Euros par an.)

Les compléments alimentaires les plus utilisés sont ceux contenant vitamines et minéraux : vitamine D, vitamine C, vitamine A et calcium ou magnésium. D’après une étude publiée dans le journal Nature, ils sont utilisés par 47 % des consommateurs.

Sur quoi faut-il être vigilant ?

Beaucoup disent qu’ils n’ont jamais entendu parler de risques concernant les compléments alimentaires. Ce qui n’est pas surprenant, la communication à leur propos met principalement en avant les bénéfices que l’on peut tirer de leur consommation ; les risques potentiels sont peu mentionnés.

La notice d’information est souvent limitée et ne mentionne que rarement les risques d’effets secondaires. (ndlr : en France, l’étiquetage est tenu d’apporter certaines informations. Il existe également un dispositif où peuvent être déclarés les effets indésirables observés, nutriviligance.)

Il existe pourtant des nuisances bien connues causées par les ingrédients entrant dans la composition des compléments alimentaires. C’est un fait bien établi en pharmacologie, surtout quand ces ingrédients sont consommés à haute dose.

Pour ces raisons, en Australie, la prise à haute dose de certaines vitamines et minéraux est régulée et ne peut être reçue que par un pharmacien ou sur prescription médicale. (_Ndlr : en France, des recommandations sanitaires sont également disponibles, et indiquent les doses journalières maximales recommandées.)

Si les effets secondaires sont les risques potentiels qui viennent en premier à l’esprit, les compléments alimentaires peuvent avoir d’autres conséquences. J’en ai identifié six, de différentes natures :

  • Les effets secondaires indésirables, qui peuvent découler d’un usage bref comme sur le long terme. Une dose trop importante est souvent en cause, mais pas toujours. Certains compléments sont déconseillés en cas d’allergie, de grossesse, lors de l’allaitement, etc.
  • Les interactions médicamenteuses : les mélanges avec certains traitements peuvent entraîner une toxicité ou diminuer l’efficacité de ces derniers.
  • Le coût : multiplier les compléments n’est pas anodin.
  • Le retard de prescription : les compléments ne sont pas des médicaments. Mais il arrive que leur prise soit considérée comme suffisante face à un problème de santé, retardant ainsi la consultation médicale et la mise en place d’un traitement effectif.
  • La fraude et de faux espoirs : certains compléments peuvent afficher des promesses frauduleuses.
  • Les mélanges inappropriés : à multiplier les médicaments et les compléments alimentaires, on multiplie les risques d’erreur : surdosage accidentel, effets secondaires inopinés, etc.

Toujours surveiller les doses journalières

Beaucoup de compléments sont pris de façon tout à fait sûre, à des fins médicales. Lors d’une grossesse, les femmes peuvent par exemple se voir prescrire de l’acide folique ou de l’iode. Ils contribuent à traiter des carences en vitamines et minéraux, fer, etc.

La clef d’un usage sûr est la dose. Les doses maximales pour obtenir une bonne efficacité sont connues, mais peuvent ne pas être suivies en cas d’automédication… surtout si les produits ont été achetés sur Internet. Les consommateurs peuvent alors ne pas s’arrêter aux doses considérées comme sûres, se trouver avec des indications peu fiables… ou faire comme bon leur semble.

C’est ainsi que beaucoup négligent le risque de surdosage pour un nutriment donné, principalement la vitamine B6 ou la vitamine A, qui peut se produire si on multiplie les compléments.

Quand on cherche à évaluer le bénéfice ou le risque potentiel d’un complément alimentaire, il est important de ne pas se limiter à son ingrédient le plus connu ou principal : il faut déterminer quels sont tous ses composés, à quelle dose ils sont présents afin d’éviter des surdoses si l’on prend d’autres compléments où ils seraient également présents, etc. Les professionnels de santé peuvent assister tout un chacun, expliquer pourquoi il importe de respecter tel ou tel dosage pour des raisons de risques et d’efficacité optimale.
(_Ndlr : En France, pharmaciens et médecins sont capables d’indiquer si la prise de compléments est déconseillée du fait de l’état de santé de la personne, par exemple en cas d’insuffisance rénale ou hépatique, de risque d’interaction médicamenteuse, etc.

Il convient parfois d’aller plus loin que les seules informations indiquées par les fabriquants, qui devraient rendre leurs informations plus accessibles. Si répandus qu’ils le soient désormais, les compléments alimentaires n’ont rien d’anodins.

Publié dans par  Dominique Manga

                       Auteur

  1. Geraldine Moses Adjunct Associate Professor, School of Pharmacy, The University of Queensland

12 Août 2021

En Tunisie, devoir de sépulture et droit à la sédition au cœur de la pandémie

Depuis Antigone, qui défia l’autorité de Créon afin d’offrir une sépulture à son frère, et jusqu’au récit coranique autour du fratricide originel commis par Caïn, le fils d’Adam et Ève, auquel Dieu envoya un corbeau qui s’employa à gratter le sol pour lui montrer comment ensevelir le corps de son défunt frère, le rituel funéraire s’annonce exigeant. La ritualité autour de la perte confirme que les hommes ne sont pas faits pour mourir seuls. Mais cette quête de la belle mort bute souvent sur l’incertitude et l’ambiguïté que suscitent certains contextes contemporains.

Plusieurs siècles ont passé et la pandémie de Covid-19 stimule à nouveau les débats autour du besoin de ritualisation devant la mort. La réalité se révèle à nous au travers de conduites individuelles bravant l’interdiction édictée par les États d’ensevelir le corps conformément aux traditions établies. Nous tenterons de déchiffrer ce qui apparaît, en tout lieu, comme un phénomène de « réparation » psychique assez singulier. Face au vide symbolique, certains privilégient la médiation, par la force.

Intercepter le corps pour inscrire la perte

Du fait des nouveaux protocoles préventifs, qui vont à l’encontre des cérémonies funéraires de vigueur, de nombreuses familles demeurent spectatrices de ce que le psychanalyste Jean Allouch appelle la mort sèche.

Des employés municipaux de Tunis enterrent le corps d’une victime du Covid-19 au cimetière de Jellaz, le 11 février 2021. Fethi Belaid/AFP

Certains proches arrachent le droit de faire le nécessaire pour préserver la dignité du défunt et mener à bien tout le processus d’inhumation. Arracher est bien le mot pour décrire l’acte entrepris par des familles endeuillées en Tunisie en offrant une sépulture à leur défunt par effraction de l’ordre établi et exigé par l’État et les services sanitaires. Des corps couverts et scellés sont dérobés à la morgue de l’hôpital et furtivement transférés jusqu’à la demeure familiale, où le rituel funéraire s’inscrira au cœur d’un dû filial.

En répondant ainsi à la violation par la transgression, les proches des morts de la Covid conjuguent leur culpabilité de n’avoir pas pu ou su rendre hommage au mort. Par un passage à l’acte grâce auquel il y a une réinscription de la mort dans l’ordre social, ils se replacent en protagonistes au cœur du décès et du travail de deuil. Dus au refus catégorique de laisser disparaître un proche sans lui témoigner un dernier signe d’attachement par un soin ultime, l’interception et le détournement du corps mort des mains des services publics témoignent de l’appel ardent au rite, qui selon Louis-Vincent Thomas, dans son livre consacré aux Rites de mort pour la paix des vivants, apparaît comme une assurance qu’on s’invente pour maîtriser l’épisodique et l’aléatoire (Lamoureux, 2002).

Ainsi, pour les proches d’une femme âgée décédée à l’hôpital des suites des complications liées au coronavirus, l’angoisse est à son acmé. Leur tentative de soustraire le corps de leur défunte, qui a provoqué le chaos au cœur de l’unité Covid-19, va de pair avec l’obligeance au cadavre qui appelle aux rites. De cette prééminence représentative de la corporalité et de sa sacralité émane l’exigence, religieuse à l’origine, de récupérer le mort afin de lui octroyer les soins qu’il mérite.

Tunisie – Covid-19 : les restrictions sanitaires empêchent les familles d’effectuer les cérémonies habituelles pour leurs défunts. TV5 Monde.

Les services publics : examen de la chair et confiscation du rituel autour du corps

L’aléatoire propre aux temps de pandémie est exaspéré en Tunisie par des pics de contagion et de décès qui mettent à mal la structure sanitaire du pays. Depuis quelques semaines, des chiffres sans précédent sont atteints, avec une contamination quotidienne de 7 900 nouveaux cas reportés et un total de 20 931 décès liés au coronavirus recensés depuis le début de l’épidémie.

Débordées, les morgues mêlent désormais l’horreur de la mort à celles des images des corps empilés et dont l’immense majorité sont glissés, fautes de place et de moyens, dans des sacs noirs qui ne laissent rien entrevoir hormis un nom et prénom écrit au stylo indélébile.

Indélébiles demeureront ainsi ces images d’effroi où les corps sont exposés à l’oubli, souvent laissés dans les couloirs au milieu des malades et ne faisant l’objet d’aucun traitement (absence de toilette funéraire, de veillée à la demeure familiale et de prière d’avant inhumation). Plus tard, les enterrements se feront dans le silence, la solitude, souvent la nuit afin de restreindre les regroupements autour du mort. Ils se feront malencontreusement dans une optique d’élimination et non d’inscription. La déposition traitera ainsi d’un reste à évacuer, d’un objet-chair (Laufer, 2009), sur lequel le voile est jeté et dont le regard est exclu. Du fait de cette « exubérance » des corps, les limites spatiales se confondent et les envahissements mettent à rude épreuve le personnel de soins et les services municipaux chargés d’inhumation.

Un infirmier passe devant des chariots portant les corps de patients décédés du Covid-19 à l’hôpital Farhat Hached dans la ville côtière de Sousse, à environ 140 kilomètres au sud de la capitale, le 21 juillet 2021. Bechir Taieb/AFP

Antigone et Caïn : la sépulture entre droit et devoir

La présente tragédie convoque la légende d’Antigone et de sa bravade contre l’autorité de Créon pour offrir une sépulture à son frère Polynice. Certes, le contexte est tout autre. Toutefois, nous voilà remis au cœur de la discorde autour de l’exigence du droit rituel, du devoir de sépulture qu’Antigone cherchait à accomplir par l’ensevelissement de son frère, et de l’obligation du devoir citoyen auquel Ismène, sœur d’Antigone et de Polynice, accepta de se plier par obéissance aux ordres du roi : « que souffre la mort quiconque voudrait l’enterrer. » Cette singularité grecque s’explique, comme nous le rappelle Reine-Marie Bérard dans La politique du cadavre, par des impératifs religieux qui interdisent la privation de sépulture – sacrilège tant à l’égard des morts qu’à la face des dieux – des impératifs correspondant à l’imaginaire méditerranéen, a fortiori tunisien, baigné dans le récit coranique autour du fratricide des deux fils d’Adam.

Les personnes endeuillées demeurent étroitement liées à cette invocation en continu : « Honorez le mort, enterrez-le ! » Par ailleurs, si le récit de la Genèse coïncide dans le Coran avec celui de l’irruption du Mal et de son effective concrétisation au sein de la Création, comme nous le rappelle Ida Zilio-Grandi dans La figure de Caïn, l’accent mis sur le rite d’inhumation hausse l’opposition entre le caractère privé de la mort et la dimension collective de sa gestion. Cette dernière n’est alors plus seulement une obéissance à la loi de la cité mais un impératif divin : le rite devance la loi.

Antigone donnant la sépulture à Polynice. Norblin de la Gourdaine (1796-1884)

Entre la gestion de la mortalité militaire en Grèce antique et le traitement funéraire des morts à la guerre qui s’avère lié à l’émergence et à la constitution des poleis grecques, et le ton martial de la politique de gestion de la pandémie qui s’estompe face à l’impératif privé de la déposition, l’épreuve de la réalité freudienne quant à la gestion du deuil prend ici étrangement la forme d’une résistance à la loi. Autrement dit, à l’examen de cette exigence de la déposition – et c’est peut-être tout le sens coranique d’un seul corbeau, fossoyeur – le rite ne vient pas accomplir une reconnaissance de la mort, ou offrir une forme distincte au deuil, mais il va plus loin, en haussant la question d’honorer la mort vers un seul lieu de déposition de la mémoire collective.

Entre le devoir d’Antigone et le droit de Polynice, la vie psychique d’un citoyen du XXIe siècle dure sans forme. Il y aurait donc urgence à regarder de plus près la concordance des sens qui se dégage à la fois de ce rituel du patrios nomos, en temps de guerre antique, et cette forme de désobéissance civile pour offrir une sépulture à un mort du Covid, car la mort ne s’accomplit que par un corps et un rite, et comme nous le rappelle Laurie Laufer : face à l’épreuve de la réalité, le disparu se distille dans un espace qui ne résiste à aucun « examen de réalité ».

Dans un prochain article, nous évoquerons quelques pistes que l’État et, aussi, les organisations de la société civile pourraient suivre à l’avenir pour tenter de remédier à ces situations tragiques. Publié dans par Dominique Manga(source The Conversation)

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  1. Frida Benattia Doctorante en études psychanalytiques, Chercheuse en psychanalyse et Psychopathologie, Université de Paris

06 Août 2021

Les vraies vertus de l’huile d’olive

Vantée depuis l’Antiquité pour ses vertus médicinales, ingrédient star du régime méditerranéen, l’huile d’olive s’invite régulièrement dans la rubrique santé des médias grand public.

Cependant, si un certain consensus semble régner quant à ses bienfaits, l’huile d’olive est loin d’avoir révélé tous ses secrets. Ce qui explique qu’elle a aussi élu domicile dans les colonnes des journaux scientifiques les plus pointus. En effet, aujourd’hui encore, les chercheurs bataillent pour décortiquer, à l’échelle moléculaire, les mécanismes d’action qui permettraient de valider ses vertus.

En ce début d’été, faisons le point sur ce que sait la science des qualités de l’huile d’olive vierge extra.

Une masse grasse importante

Contrairement aux huiles raffinées, dont l’extraction fait appel à des solvants, l’huile d’olive vierge extra est obtenue à partir d’olives fraîches, en ayant uniquement recours à des procédés mécaniques : pressage, décantation, filtration… En ce sens, c’est un pur jus de fruits. Que contient-elle exactement ?

En tout premier lieu, on y trouve des triglycérides. Constitués d’une molécule de glycérol associée à trois molécules d’acides gras, ces constituants sont une composante majeure de toutes les matières grasses alimentaires, huiles comme graisses. Il s’agit d’une réserve d’énergie très importante pour l’organisme. Dans l’huile d’olive, les triglycérides sont accompagnés de quelques diglycérides, monoglycérides, acides gras libres et phospholipides (constituants importants des parois des cellules animales et végétales).

L’huile d’olive vierge extra est extraite uniquement par des moyens mécaniques (ici à Mola di Bari, dans les Pouilles, en Italie). Shutterstock

L’huile d’olive vierge extra est notamment riche en acides gras monoinsaturés (l’acide oléique en tête, représentant entre 55 et 80 % des acides gras totaux) et, dans une moindre mesure, en acides gras polyinsaturés (acide linoléique principalement) et acides gras saturés (acide palmitique, acide stéarique…).

Cette masse grasse est très largement majoritaire dans l’huile d’olive. Celle-ci contient cependant également d’autres molécules qui, bien que présentes en proportion réduite, n’en ont pas moins un effet majeur sur ses propriétés.

Goût, couleur, stabilité, vertus : de nombreux responsables

Parmi les composés minoritaires mais essentiels aux qualités de l’huile d’olive vierge extra figurent notamment des phénols simples et leurs dérivés polyphénoliques (des assemblages de phénols) aux noms et aux structures chimiques compliqués, comme l’oleuropéine, le ligstroside, ou le 3,4-DHPEA-EA, ainsi que de nombreux autres composés aux désignations tout aussi exotiques) : pinorésinol, acide férulique, acide syringique, lutéoline… L’huile d’olive contient également des stérols, des triterpènes, des pigments tels que carotènes et chlorophylles, des tocophérols (vitamine E), et divers composés aromatiques dont les propriétés restent à décrypter.

Plusieurs facteurs influent sur la teneur de ces molécules dans l’huile d’olive vierge extra : variété des oliviers, nature du sol, type de climat, année de production, mode de culture, maturité à la récolte, conditions de stockage, etc.

Pris ensemble, ces composés ne représentent qu’1 à 2 % de la masse totale de l’huile d’olive, mais celle-ci leur doit beaucoup. D’eux dépendent en effet son goût (amertume), son arôme (fruité vert, mûr, noir), les sensations trigéminales (véhiculées par le nerf trijumeau) qu’elle provoque (astringence, ardence), sa couleur, et sa stabilité face à l’oxydation… En outre, ces molécules sont aussi responsables de ses vertus en termes de santé !

De nombreux facteurs influent sur les teneurs des différentes molécules présentes dans les olives. Pxhere

On comprend pourquoi les constituants de l’huile d’olive suscitent un grand intérêt, et font l’objet de diverses études ambitionnant de décrypter les mécanismes à l’origine de leur potentiel préventif vis-à-vis de diverses maladies chroniques. Ce dernier ne fait en effet plus de doute : il a été mis en évidence par de multiples travaux.

Des effets bénéfiques sur la santé validés scientifiquement

De nombreuses études épidémiologiques concordent quant aux effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire d’une consommation régulière d’huile d’olive vierge extra, avec une réduction mesurable du risque de mortalité. Cet effet est d’autant plus marqué que l’huile est de bonne qualité.

Des conséquences bénéfiques en termes de cholestérol sont également souvent rapportés, ainsi que des effets anti-inflammatoires. Ce n’est pas surprenant, puis que stérols et triterpènes sont connus pour être impliqués dans la bonne gestion du cholestérol sanguin, tandis que carotènes et tocophérols sont des antioxydants réputés.

Les polyphénols présents dans l’huile d’olive vierge extra protègent aussi les lipides sanguins contre le stress oxydatif. Celui-ci résulte d’une agression des composants cellulaires de l’organisme par des « espèces réactives de l’oxygène », les fameux « radicaux libres ». De nombreux tests in vitro, ainsi que des essais cliniques, ont montré que l’huile d’olive piège les radicaux libres. Cette propriété a amené l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) à reconnaître la validité de l’allégation santé « les polyphénols de l’huile d’olive contribuent à la protection des lipides sanguins du stress oxydatif ».

Néanmoins, contrairement aux déclarations un peu trop enthousiastes des adeptes de superlatifs, l’huile d’olive vierge extra n’est pas un élixir de jouvence ou un remède miracle contre le cancer. Ses effets protecteurs contre le vieillissement ou le cancer doivent encore être clairement établis. En attendant, on aura néanmoins tout intérêt à intégrer cette huile dans une alimentation variée.

Mais pour bénéficier au mieux des bienfaits de l’huile d’olive vierge extra, encore faut-il savoir comment bien la choisir, la conserver et l’utiliser !

Comment bien choisir, conserver et utiliser l’huile d’olive vierge ?

Une fois que vous aurez trouvé l’huile d’olive vierge extra qui correspond à votre nez et à votre palais, assurez-vous de bénéficier de la dernière récolte. Et surtout, conservez soigneusement votre huile au frais et à l’abri de la lumière. De cette façon, elle n’en sera que plus riche en composés bénéfiques. La placer sur le plan de travail, à côté des plaques de cuisson, comme on le voit trop souvent est la pire des idées !

Oui à la cuisson à l’huile d’olive, non à son stockage à proximité du piano de cuisine… Shutterstock

Vous voici armé pour agrémenter vos plats de cet or liquide ; et ce ne sont pas les opportunités qui manquent ! On pense bien sûr immédiatement à l’assaisonnement des crudités ou des cuidités, cependant l’huile d’olive vierge se prête aussi très bien à de nombreux modes de cuisson, grâce à son point de fumée élevé (température à partir de laquelle on détecte de la fumée lorsque l’on chauffe une matière grasse, soit 210 °C pour l’huile d’olive).

Il a ainsi été démontré que lors de la cuisson de tomates dans l’huile d’olive vierge extra, cette dernière se chargeait en caroténoïdes contenus dans le légume-fruit. Encore mieux : in fine la biodisponibilité des caroténoïdes, c’est-à-dire leur capacité à être utilisée par l’organisme, est augmentée, ce qui améliore le pouvoir antioxydant de la préparation.

Par ailleurs, l’huile d’olive vierge extra fournit des antioxydants non seulement lors de sa consommation directe, mais aussi lorsqu’elle est utilisée en cuisson. Lors d’une friture, une partie de ses antioxydants « migrent » en effet dans les aliments ! On aurait donc tort de se priver de l’utiliser (même s’il est préférable de ne pas dépasser 190 °C pour les huiles vierges extra).

Une question pourrait laisser perplexe le marmiton en herbe : quelle huile d’olive vierge extra choisir, pour quel plat ? La réponse est simple : celle que votre palais vous commandera ! En effet, s’il existe des applications pour assister les choix, celles-ci relèvent plus du marketing que de la science exacte. Comme toujours en matière de cuisine, c’est votre palais qui restera le plus sûr des juges !

Passons en cuisine

Pour conclure ce bref voyage au pays de l’huile d’olive, voici quelques conseils de préparation originaux extraits de l’ouvrage Extra vierge. L’Huile d’olive, Histoire d’Hommes & Recettes de Grands Chefs, publié aux éditions Dunod.

Extra vierge. L’Huile d’olive, Histoire d’Hommes & Recettes de Grands Chefs. Author provided

« […] Bien que l’huile d’olive soit le plus souvent pensée comme assaisonnement ou auxiliaire de cuisson, il peut être intéressant de chercher à la valoriser dans des préparations un peu plus élaborées, dans lesquelles elle pourra éventuellement constituer l’élément mis en avant, passant ainsi d’une cuisine “ à ” l’huile d’olive à une cuisine “ de ” l’huile d’olive. Les sources d’inspiration ne manquent pas, qu’elles viennent de recettes dans lesquelles on substitue simplement le corps gras traditionnellement employé par de l’huile d’olive, ou que l’on aille chercher du côté de la cuisine moléculaire et de sa quête de nouvelles textures en cuisine.

Concernant le type d’huile, on préférera généralement les huiles de début de saison, plus vertes, pour les assaisonnements, et celles de fin de saison, plus douces et sans amertume, pour les cuissons. Ces usages restant cependant subjectifs, nous nous garderons bien ici de toute directive systématique et donnons seulement quelques pistes “ générales ” d’utilisation de l’huile d’olive en cuisine ; laissons à la charge du cuisinier le choix, selon le cas, de l’huile qui lui convient, et, surtout, l’expérimentation au gré de sa fantaisie !

L’huile en poudre, c’est possible : pour un sable craquant et glacé, verser l’huile dans de l’azote liquide, attendre quelques secondes puis passer le tout à travers un chinois et servir sans attendre. Pour un sable plus fondant et tempéré, fouetter l’huile avec un peu de maltodextrine, tamiser et servir.

Pour de l’huile crémeuse, monter tout simplement, à la façon d’une mayonnaise, une émulsion avec un jaune ou un blanc d’œuf. Pour une crème légèrement gélifiée, on pourra aussi monter l’émulsion avec de la gélatine dissoute dans un peu d’eau.

Capuccino de potimarron, mousse d’huile d’olive froide. Lorenzo Taidelli pour Olio Nuovo DaysAuthor provided (no reuse)

Et pour une huile mousseuse ? Ce ne sont pas les solutions qui manquent. Pour une écume, faire chauffer un mélange d’huile et de liquide aqueux (bouillon, jus de fruit ou légume), ajouter de la lécithine de soja (environ 1 %), faire mousser à l’aide d’un mixeur plongeant, récupérer l’écume en surface et servir sans attendre. Pour une mousse plus dense, procéder comme pour une chantilly : fouetter à froid (ou siphonner) de la crème liquide entière additionnée d’huile. Pour une mousse dense et chaude, mélanger 2/5 de blanc d’œuf à 2/5 de crème et 1/5 d’huile d’olive, verser dans un siphon, charger une cartouche, secouer, placer au bain-marie à 65-70 °C pendant au moins 30 minutes et servir.

Enfin, en dessert, outre la fameuse pompe à huile provençale, le pâtissier ne manquera pas de tester ses recettes favorites (gâteaux, glaces, soufflés, nougats, etc.) avec de l’huile d’olive comme matière grasse principale. »  Publié dans par   Dominique Manga

                Auteur

  1. Christophe Lavelle Chercheur en biophysique moléculaire, épigénétique et alimentation, CNRS UMR 7196, Inserm U1154, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

03 Août 2021

Vacciné contre la Covid-19, faudra-t-il se faire re-vacciner?

La prévalence croissante des nouveaux variants du coronavirus soulève de plus en plus de questions sur le niveau de protection même après vaccination : ces évolutions du virus SARS-CoV-2 ne vont-elles pas échapper à l’immunité obtenue ? Le microbiologiste et spécialiste des maladies infectieuses William Petri, de l’université de Virginie, répond en 6 points aux interrogations les plus fréquentes sur les vaccins et leur rappel.


1. Qu’est-ce qu’un rappel de vaccin ?

Le rappel d’un vaccin est l’injection d’une dose supplémentaire, destinée à maintenir la protection immunitaire face à un pathogène donné. Le procédé est courant, car notre immunité peut s’affaiblir dans le temps de façon tout à fait naturelle. Par exemple, le vaccin contre la grippe doit être refait tous les ans, ceux contre la diphtérie et le tétanos tous les dix ans.

Particules virales de la grippe
Certains virus (ici la grippe) évoluant très vite exigent des vaccins remis à jour tous les ans. Centers for Disease Control/CDC Influenza LaboratoryCC BY

Le vaccin injecté lors du rappel est souvent identique au premier. Mais pas obligatoirement : lorsque le virus ciblé est connu pour évoluer rapidement, son vaccin doit être modifié régulièrement afin s’y adapter : c’est par exemple le cas pour la grippe saisonnière, dont le vaccin doit être réajusté tous les ans sous peine d’obsolescence.

2. A-t-on déjà besoin d’un rappel pour la Covid ?

Début juillet aux États-Unis, après une intense campagne de vaccination de plusieurs mois, aucune autorité sanitaire (Centers for Disease Control and Prevention, the Food and Drug Administration and the Advisory Committee on Immunization Practices) n’en voit encore l’intérêt. (Ndlr : en Israël, les autorités incitent les plus de 60 ans à prendre une troisième dose. En France, la réflexion est en cours en ce qui concerne les publics les plus vulnérables et qui ont été vacciné les premiers.)

3. Pourquoi les rappels ne sont-ils pas encore recommandés ?

Même si le bénéfice d’un vaccin n’est pas éternel, le moment où il va s’estomper dans le cas de la Covid-19 n’est pas encore établi.

Ceci notamment parce que tous les vaccins actuellement autorisés contre la Covid-19 induisent une bonne immunité. Ils permettent bien aux lymphocytes B à « mémoire » de notre système immunitaire d’enregistrer les propriétés des pathogènes auxquels nous sommes confrontés, et donc de lancer la production des anticorps adéquats en cas de nouvelle exposition. De haut niveau de lymphocytes B à mémoire ont en effet été détecté chez des personnes vaccinées (Pfizer) au moins 12 semaines après injection.

D’autres études suggèrent également que ces vaccins, même s’ils n’empêchent forcément pas la contamination, offrent une certaine protection y compris contre les souches émergentes de coronavirus. Pour Johnson & Johnson, 73 % et 82 % d’efficacité contre les formes graves du variant Beta ont été constatée respectivement 14 et 28 jours après injection. Pour Pfizer, des résultats préliminaires laissent présager une efficacité de 88 % contre le variant Delta.

L’immunité sur le long terme est également assurée par les plasmoblastes. Ces cellules, autres intervenants dans la production d’anticorps, n’ont pas besoin de rappel et ont été détectées onze mois après injection chez des personnes vaccinées : ce qui laisse bien supposer la mise en place d’une mémoire immunitaire efficace.

Un lymphocyteB, acteur majeur de la production d’anticorps
Plusieurs cellules de notre système immunitaire participe à la production des anticorps (ici, lymphocyte B) et à leur mémorisation en cas de nouvelle rencontre. NIAID

4. Comment savoir si un rappel va devenir nécessaire ?

Un signe du besoin d’un rappel serait la montée en puissance de l’épidémie chez les personnes vaccinées. Pour l’heure, les vaccins restent largement efficaces… Mais le niveau exact d’immunité individuelle qu’ils procurent est toujours en cours d’évaluation.

Pour évaluer cette immunité, les chercheurs se penchent notamment sur certains anticorps induits par les vaccins : ceux qui reconnaissent la protéine Spike, permettant au coronavirus d’entrer dans les cellules, et qui auraient une importance majeure.

À l’appui de cette idée, une étude montrant que les vaccins à ARNm (Pfizer et Moderna), qui semblent les plus efficaces, génèrent un plus haut niveau d’anticorps dans le sang que les vaccins à adenovirus (Johnson & Johnson et AstraZeneca). Une étude préliminaire suggère également que le niveau d’anticorps anti-Spike serait plus bas chez les anciens malades de la Covid-19 y compris après injection du vaccin d’AstraZeneca.

Bien sûr, le personnel médical aimerait pouvoir déjà proposer à leurs patients des tests sanguins capables de mesurer, de façon fiable, leur niveau de protection contre la Covid-19… Ce qui indiquerait, clairement, si quelqu’un a besoin d’un rappel.

Mais jusqu’à ce que les chercheurs sachent, de façon certaine, comment mesurer l’immunité induite par la vaccination, le signe à suivre quant à la nécessité d’un rappel sera, comme noté précédemment, l’évolution du nombre de contamination chez les personnes vaccinées… notamment passé un certain âge : en effet, après 80 ans la vaccination entraîne une production moindre d’anticorps et donc une immunité qui pourrait possiblement décliner plus rapidement qu’au sein de la population globale. Les personnes âgées pourraient également être plus sensibles aux nouveaux variants.

5. Être immunodéprimé augmente-t-il le besoin d’un rappel ?

L’immunodépression pourrait effectivement rendre nécessaire un rappel. Une étude a montré que, chez 39 greffés du rein sur 40 et un tiers des patients sous dialyse considérés, la vaccination n’avait pas entraîné une production d’anticorps décelable. Même constat dans une autre étude, menée cette fois chez 20 patients atteints de maladies musculo-squelettiques et sous traitement immunosuppresseur. Dans les deux cas, tous les patients étaient pourtant complètement vaccinés.

Ce qui ne veut pas dire que la vaccination est sans intérêt pour les personnes immunodéprimées. Au moins une étude montre qu’un rappel peut avoir un effet positif : chez un tiers de patients transplantés vaccinés avec Pfizer ou Moderna, si les deux premières doses n’avaient pas permis de déceler d’anticorps, une réponse immunitaire est apparue avec la troisième. (Ndlr : En France, La Direction générale de la Santé recommande déjà cette troisième dose dans certains cas.)

Fiole de vaccin à ARNm
Chez les personnes immunodéprimées, une troisième dose des vaccins ARNm (Pfizer et Moderna) a permis de générer une protection suffisante contre la Covid. CROCOTHERY/Shutterstock

Comment savoir, alors, si l’on est immunodéprimé et vacciné, si notre système immunitaire a besoin de cette stimulation complémentaire ? Des résultats préliminaires laissent penser qu’un test ciblant spécifiquement les anticorps anti-Spike induits par un vaccin pourrait aider à s’assurer si ce dernier a marché. Mais pour l’heure, aux États-Unis, ce genre de protocole n’est pas encore recommandé par la FDA.

6. Faut-il le même vaccin lors du rappel que lors des premières injections ?

C’est très peu probable. Il a été démontré que les vaccins à ARNm (comme ceux de Pfizer et Moderna) pouvaient même être couplé avec les vaccins à adénovirus (comme AstraZeneca) sans perte d’efficacité. Publié dans  par Dominique Manga(source The Conversation)

Déclaration d’intérêts

William Petri a reçu des financements de la NIH, de la Bill & Melinda Gates Foundation et de Regeneron, Inc.