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29 Mar 2021

Violences en bandes : un « trou noir » dans les statistiques . Féminicides : les comportements abusifs envers les femmes commencent dès l’adolescence .

Hommage à un enfant tué à Bondy, en Seine-Saint-Denis le 27 février 2021, à la suite de violences entre jeunes. THOMAS COEX / AFP

Ces jeunes, selon nos définitions, se constituent d’adolescents et de jeunes adultes qui représentent environ 10 % de la jeunesse masculine (moins de 30 ans) de leur quartier.

Les violences verbales, comme les menaces et les chantages, les violences matérielles comme le vol ou le vandalisme, ou encore les violences physiques se réalisent le plus souvent dans un entre-soi où les témoins, les victimes et les coupables changent régulièrement de rôle et partagent une même défiance à l’égard des policiers et des juges.

Homicides et violences

Laurent Mucchielli observait au sujet des homicides, citant deux spécialistes de la « victimologie » :

« Il est classique en criminologie de s’interroger sur les relations entre agresseurs et agressés (Fattah, 1971). Le premier constat qui en est toujours ressorti est celui de l’importance des cas dans lesquels la victime connaissait son agresseur. La proportion varie des deux tiers aux quatre cinquièmes selon les pays et les époques. […] Les bagarres entre jeunes hommes dans les quartiers pauvres tiennent ici une place centrale en [dehors des homicides conjugaux ou familiaux]. Et c’est sans doute dans ce cadre que les travaux soulignant la part prise par le comportement de la victime dans l’homicide sont les plus décisifs. Von Hentig et Wolfgang (1958) avaient beaucoup insisté sur les provocations de la victime et avaient suggéré que, dans de nombreux cas de ce type, la répartition des rôles entre l’auteur et la victime aurait pu s’inverser si les circonstances (notamment le fait d’être armé ou de se servir de son arme le premier) avaient été légèrement différentes. »

Dans ce contexte, seuls les homicides sont enregistrés par les services de l’État, les violences sublétales (qui n’entraînent pas la mort) n’offrant dans la plupart des cas ni témoin ni victime aux services de police.

Rappelons par ailleurs que les différentes formes d’intimidation des témoins susceptibles de transmettre des informations à la police réduisent considérablement les probabilités de condamnation en cas de dépôt de plaintes.

Une population difficile d’accès

Par ailleurs les jeunes socialisés dans ces bandes des quartiers pauvres représentent certainement l’une des populations les plus difficiles d’accès pour les sociologues et criminologues menant des enquêtes quantitatives dites de victimation : leur seuil de tolérance à la violence transforme des violences agies ou subies en jeu ou en leçon ; leur culture de la clandestinité en lien avec leur carrière délinquante les a par ailleurs habitués à dissimuler leurs violences ; leur culture anti-institutionnelle et leur anti-intellectualisme, système de défense typique des jeunes hommes des classes populaires qui trouve son emphase avec les jeunes des bandes, tout comme leurs difficultés de lecture et d’écriture compliquent toutes formes d’enquête par questionnaire.

Autrement dit nous sommes ici devant « un véritable trou noir statistique » alors même que ces jeunes sont surreprésentés aussi bien chez les victimes que chez les auteurs de délits et de crimes.

Comment expliquer cette absence de dépôt de plainte en cas de vol ou d’agression ?

Identifier les motivations au silence

Les raisons s’avèrent beaucoup plus nombreuses que les quelques pistes qu’on imagine à première vue. Depuis près de vingt-cinq ans, je mène mes travaux de sociologue par l’ethnographie ou accompagnant des équipes de prévention spécialisée en « travail de rue ».

Des ouvriers nettoient et réparent l’école primaire Langevin après des violences à Gennevilliers entre jeunes et police, près de Paris en avril 2020. Christophe Archambault/AFP

Ce travail s’effectue avec des éducateurs de la prévention spécialisée et consiste en une déambulation dans l’espace public, à la recherche de jeunes « en rupture » (familiale et institutionnelle) afin de réaliser une prise de contact, de nouer un lien (en suggérant et organisant des loisirs par exemple), de proposer un parcours de réinsertion sociale et, avant cela, si besoin, d’entreprendre une action de prévention (prévention des conduites à risques comme la consommation de drogues).

Depuis le milieu des années 2000, j’accompagne ces professionnels dans des quartiers de la Politique de la ville, ce qui m’a permis d’identifier une douzaine de motivations nourrissant le silence qui entoure les violences et autorise, d’une certaine façon leur engrenage, leur continuité et leur escalade.

L’honneur et les valeurs « masculines »

Les logiques traditionnelles de l’honneur masculin imposées par la socialisation familiale ou amicale jouent un rôle clef comme le relève l’anthropologue Julian Pitt-Rivers dans le bassin méditerranéen :

« En confisquant l’usage de la force, l’étatisation tue une forme de civilisation de l’honneur : entre l’honneur et la légalité, l’antinomie est fondamentale et persiste jusqu’à nos jours. »

Ainsi un jeune homme rencontré raconte* :

« On m’a toujours dit de me battre comme un homme, même ma mère. Quand j’étais gamin, ma mère me disait : “Tu ne vas pas pleurnicher comme ta sœur !” Une fois, j’ai parlé à mon père, à propos d’un gars qui m’avait volé mon vélo. Il m’a dit : “Tu le retrouves, tu le tapes et tu reprends ton vélo.” Il voulait que je ramène le vélo le lendemain, sinon, ben, pour lui, c’était la honte pour toute la famille. C’est comme si je le déshonorais, comme si je n’étais plus son fils. » (23 ans)

À cette problématique de l’honneur vient s’ajouter la revendication des logiques traditionnelles de la domination masculine :

« Moi je suis un bonhomme, pas une meuf, pas un petit pédé. Je n’ai besoin de personne. Je règle mes comptes tout seul. » (16 ans)

L’adolescent pris dans le monde des adultes

L’entre-soi adolescent et ses secrets se confrontent aussi au monde des adultes :

« Quand j’étais jeune, tous les adultes, pour moi, ben c’étaient des poucaves [argot : une personne qui donne des informations à la police ou à toute autre forme institutionnelle de contrôle, ndlr] Il ne fallait jamais rien dire à un adulte. Les adultes ne comprenaient rien. Si j’étais en embrouille avec quelqu’un, y’avait que mes potes qui étaient au courant. Nos histoires à nous, ben ça restait entre nous. On n’était plus des gamins. » (25 ans)

Or ce monde adulte parait lointain, isolé et souvent impuissant :

« Et puis mon daron, il a déjà assez de problèmes comme ça. Il est fatigué. Il est seul dans sa tête avec ses problèmes. Il va faire quoi ? S’embrouiller avec des lascars ? Non, c’est à moi de gérer ça. C’est comme les profs : tu parles à un prof, il dispute le mec qui te casse les couilles mais lui, il s’en bat les couilles, lui, il t’attend à la sortie, et là, le prof ne sera pas là. Donc ça ne sert à rien. Tu comprends vite que ça sert à rien, ça ne fait qu’aggraver le problème, c’est tout ce que ça fait. » (19 ans)

« La rue, ça fait mal », Kery James.

Le sentiment d’abandon

La défiance envers les institutions républicaines voire envers « la France » justifie un rejet du système, même quand ce dernier pourrait apporter une aide ou un suivi.

« Le système n’est pas fait pour nous. Il protège les Blancs, les riches. Nous, notre parole ne vaut rien. On est coupable à la naissance. » (22 ans)

Un sentiment d’autant plus fort que les jeunes concernés ignorent les autres abandons de la nation : de la paysannerie aux petits commerçants en passant par la souveraineté monétaire, les grandes entreprises d’État et les fleurons industriels…

C’est cette même défiance qui nourrit les contentieux personnels avec des policiers et des juges :

« Tu me vois au commissariat pour déposer une plainte ? Les flics, ils rigolent, c’est sûr ! Ils me diront que je n’ai que ce que je mérite. Depuis le temps qu’ils me courent après, ils ont la haine contre moi. » (18 ans)

L’illégalité des activités

Les jeunes rencontrés sont souvent pris dans des activités illicites ou illégales, ou à la frontière. Vols, menus larcins, trafics rendent leur acquisition de biens personnels compliquée à défendre auprès des autorités compétentes :

« Pourquoi je n’ai pas déposé plainte après le vol du scooter ? Ben le scooter n’était pas à moi. Je l’avais emprunté à un gars qui, lui, l’avait troqué avec un gars qui… Comment dire ? Ben, il l’avait volé, voilà. C’était un scooter volé à l’origine, donc… » (19 ans)

Or, même avec un scooter en règle, la peur des représailles impose le silence :

« Dans le quartier, le mec qui poucave, ben la police n’a pas les moyens de le protéger. Y’a trop de failles. Le mec, il dépose plainte, mais il n’y aura pas de policiers pour le protéger quand il rentrera chez lui. Il faut qu’il déménage, lui et toute sa famille. Ici, c’est grave de porter plainte. » (18 ans)

Dans ce contexte où le système « officiel » est rejeté, craint ou fuit, ne reste que le recours à « la justice » de l’entre-soi.

Le tribunal de la table de ping-pong

On parlera cependant le plus souvent de « médiation » et on réservera le mot « justice » à certaines situations dans lesquelles on constate une autorité, plus ou moins légitime voire impartiale qui se réfère à des valeurs morales, juge des conflits et impose ses décisions par la contrainte ou la persuasion.

J’ai notamment décrit cette autorité « judicaire » dans « Le tribunal de la table de ping-pong » dans mon roman Pirate du Bitume inspiré de mes enquêtes sociologiques.

« Il avait encore tapé mon petit frère. Moi, je voulais le défoncer, mais comme le gars, c’est le petit frère d’une grosse famille du quartier, ben j’ai temporisé. J’ai appelé ses grands frères et j’ai expliqué la situation, comme quoi il s’en prenait à mon petit frère sans raison. Là, y’a eu des débats. D’autres “grands du quartier” sont arrivés. Ils étaient neutres, donc ils ont joué les arbitres. En fin de compte, ils m’ont tous donné raison. Après ça, ses grands frères ont juré qu’ils allaient s’occuper de son cas. Ils lui ont fait la misère. Du coup, le mec qui tapait mon petit frère, ben il s’est calmé grave. On règle nos affaires entre nous. C’est plus rapide et plus efficace qu’un dépôt de plainte. En une heure, le problème est réglé. » (19 ans)

Des habitants de la cité des Iris, dans les quartiers nord de Marseille, où un passage à tabac sur fond de trafic de cannabis a coûté la vie à un jeune Comorien en février 2008. Anne-Christine Poujoulat/AFP

Les « grands frères » ou plus simplement « les grand(s) », est un terme utilisé par les jeunes des bandes et les travailleurs sociaux. Cette dénomination passe-partout nomme des personnes qui ne sont pas toujours nommables – parce qu’ils sont souvent des « caïds » ayant un rôle dans l’organisation des trafics, des vols, de l’usage de la violence – mais qui le deviennent grâce à la positivité du mot (« grands ») ou de l’expression (« grands du quartier »).

Des « grands » valorisés

Grand : qui n’aimerait pas être ainsi désigné ? Dans la rue, un « grand » correspond à un jeune homme d’une vingtaine voire d’une trentaine d’années dont la socialisation juvénile n’en finit plus. Il occupe la plus haute place dans la hiérarchie des bandes : soit en tant que sportif accompli (l’entraîneur de la salle de boxe ou de musculation et ses amis…), soit en tant qu’acteur du milieu politico-associatif local (le président de l’association des « jeunes du quartier » et ses amis…), ou encore, le plus souvent, en tant que voyou aguerri (le grossiste de cannabis, ses principaux associés et leurs amis…).

Les « grands » en cours de clochardisation (autres jeunes adultes encore engagés dans les bandes du quartier) ne sont pas considérés comme des « vrais grands ». Ils sont purement et simplement ignorés, méprisés.

Les « vrais grands », on en compte généralement une dizaine ou une trentaine par quartier. On les trouve le plus souvent dans le café le plus proche, parfois devenu la propriété de l’un d’entre eux.

Les jeunes engagés dans les bandes évoluent dans un microcosme (le réseau des bandes du quartier) quasi exclusivement masculin. Les mères, les tantes, les sœurs et les cousines doivent être maintenues à distance et, autant que possible, ne rien savoir des fréquentations et des activités de leurs fils, frères, cousins ou neveux.

Pour les relations de flirt, les jeunes des bandes et plus largement les jeunes des quartiers étudiés dans leur ensemble, s’éloignent des réseaux d’interconnaissances locales. Seules quelques filles intègrent le milieu masculin des bandes du quartier. Elles imitent les codes et les comportements des garçons.

Bande annonce du film « Bande de filles » de Céline Sciamma (2014).

Distances et ruptures institutionnelles

Rares sont ainsi les dépôts de plainte, les entrevues avec des services sociaux ou administratifs. Les lenteurs et les complexités administratives du recours judiciaire rendent le processus quasi inexistant :

« Déposer plainte, t’es malade, c’est un truc de ouf ! Si tu portes plainte à chaque embrouille, tu passes ta vie au tribunal à remplir des paperasses. Je n’ai pas que ça à faire » (23 ans).

Seule exception, les cas donnant lieu à des dommages et intérêts dont les jeunes ne mesurent pas toujours l’ampleur :

« C’est vrai que, quand j’ai appris que l’autre avait touché 30 000 euros pour son œil crevé, ben je me suis dit : “Merde ! Moi aussi j’aurais pu prendre des sous si j’avais déposé plainte après mon traumatisme crânien”. » (17 ans, victime d’un guet-apens à la sortie du local des éducateurs)

Il existe par ailleurs des collaborations cachées avec les services de police : pour échapper à la prison ou éliminer la concurrence.

Un usage illégal de la violence comme routine

Les jeunes des bandes ne sont pas forcément concernés par l’ensemble des raisons évoquées. Certains n’ont, par exemple, pas connu les logiques traditionnelles de l’honneur masculin imposées par la socialisation familiale, d’autres n’ont jamais bénéficié de « la justice de l’entre-soi » du fait de leur position marginale dans la hiérarchie des bandes, voire de leur réputation de souffre-douleur.

Tous sont par contre soumis aux logiques traditionnelles de l’honneur masculin imposées par la socialisation amicale. Tous évoluent également dans un entre-soi où la protection étatique la plus élémentaire, à savoir la monopolisation wébérienne de la violence physique légitime par l’État, et plus globalement la protection des adultes, s’avèrent défaillantes ou complaisantes à l’égard de l’usage illégal de la violence.

Dans ce contexte le « capital guerrier » s’impose comme le capital le plus rentable à court et moyen terme, malgré des risques évidents de faillite (blessures, handicaps, folie…).

Pour lutter contre cette « loi du silence » que les bandes s’imposent et imposent aux habitants des quartiers pauvres, les institutions policière et judiciaire ont besoin d’informations donc d’informateurs.

La protection des témoins et victimes, avant et après le procès, représente une condition sine qua non pour gagner leur confiance. Lorsqu’on sait que l’identité et les coordonnées d’un témoin décisif figuraient dans le dossier d’instruction contre un terroriste du 13 novembre 2015, on mesure le chemin escarpé qui nous attend

                   Auteur

  1. Thomas Sauvadet Sociologue, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Féminicides : les comportements abusifs envers les femmes commencent dès l’adolescence

Le Québec est secoué par une vague de féminicides, dont le dernier est survenu cette semaine : une jeune femme de 29 ans a succombé à ses blessures après avoir été battue par son conjoint. Elle laisse derrière elle un jeune enfant.

Il s’agit du septième décès lié à la violence conjugale en sept semaines, alors que la moyenne des dernières années s’élève à 10 par année. En conférence de presse, hier, en compagnie de la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, « encourage les hommes à demander de l’aide ».

La ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, et la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, se rendent à une conférence de presse pour annoncer de nouvelles mesures pour contrer la violence conjugale, le 3 décembre 2020. La Presse Canadienne/Jacques Boissinot

Au Canada, environ une femme est tuée par son partenaire, chaque semaine. La majorité des homicides conjugaux sont commis par des hommes à l’endroit de femmes et de leurs enfants. La période de séparation est d’ailleurs une étape critique où le risque d’homicide conjugale est élevé. Les homicides conjugaux sont souvent précédés par d’autres événements de violence, d’où l’importance de prévenir cette violence, et ce, dès les premières relations intimes.

Ma co-auteure Jacinthe Dion et moi-même avons développé une expertise dans le domaine de la prévention et de la violence dans les relations intimes chez les adolescent·e·s et les jeunes femmes. Nous sommes également membres de l’Équipe violence sexuelle et santé (ÉVISSA), du partenariat de recherche sur les trajectoires de violence conjugale et de recherche d’aide (Trajetvi) et du Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles (CRIPCAS).

Une hausse des féminicides peut-être reliée à la pandémie

En temps de crise, la violence faite aux filles et aux femmes a tendance à augmenter. C’est d’ailleurs ce qui est observé depuis le début de la pandémie au Canada et ailleurs dans le monde. Les maisons d’hébergement et SOS violence conjugale ont rapporté une augmentation de la violence conjugale, des appels d’aide et des demandes d’hébergement. De leur côté, les services de police enregistrent une hausse de 12 % des signalements de violence conjugale et des statistiques préliminaires montrent une augmentation de 45 % des accusations pour violence conjugale dans la province.

Le stress, les tensions, les insécurités liés à la Covid-19 semblent exacerbés pendant le confinement, qui devient alors prétexte à la perpétration de violence.

Selon Statistique Canada, qui a sondé plus de 4 600 Canadiens entre mars et avril 2020, le tiers des répondants disent craindre les tensions familiales en raison du confinement. Plus précisément, 10 % des femmes et 6 % des hommes ont indiqué ressentir « beaucoup ou énormément d’inquiétude » quant à la possibilité de vivre de la violence dans leur foyer.

Le confinement a aussi considérablement diminué les contacts avec l’extérieur du foyer, contribuant ainsi à l’isolement des femmes et entravant leurs possibilités de solliciter de l’aide. Dans un contexte d’appauvrissement économique des femmes, leurs opportunités de quitter un partenaire violent devient encore plus difficile.

Les violences se manifestent dès les premières relations intimes

Les résultats de l’Enquête Parcours amoureux des Jeunes révèlent que 63 % des filles de 3e et 4e secondaire rapportent avoir vécu au moins un épisode de violence (physique, sexuelle ou psychologique) dans leurs relations amoureuses au cours des 12 mois précédents. Les dynamiques de violence tendent à se maintenir dans le temps et à perdurer jusqu’à l’âge adulte, alors que plus d’une adolescente sur trois est revictimisée dans le contexte d’une relation intime à l’âge adulte.

Seulement une femme sur cinq et une adolescente sur 10 font appel à des ressources d’aide formelle pour obtenir de l’aide en lien avec la violence vécue en contexte de relations intimes. Certains obstacles empêchent les filles et les femmes de rechercher de l’aide formelle et entravent également les démarches de celles qui le font.

Parmi ces obstacles, la méconnaissance des services d’aide et les enjeux d’accès, les craintes d’une escalade éventuelle de violence suivant le dévoilement, des ressources tangibles limitées en terme financier qui contraignent les femmes à demeurer dans une relation de violence, le manque de confiance dans un système qui aurait failli par le passé. Ces constats suggèrent qu’il reste encore tant à faire pour contrer la stigmatisation associée à la violence exercée par un partenaire intime et nous invitent à redoubler d’efforts pour sensibiliser aux violences.

Il faut donc intervenir en amont, dès l’adolescence, pour prévenir les violences dans les relations amoureuses et lutter contre les inégalités de genre. Ces actions de prévention doivent entre autres choses aborder les relations intimes positives, outiller les jeunes pour qu’ils développent de saines stratégies de gestion des conflits et d’auto-régulation de leurs émotions et leur capacité à obtenir de l’information lorsqu’ils vivent des difficultés dans leurs relations intimes.

Des difficultés à reconnaître la violence

Les violences en contexte de relations intimes peuvent se manifester de façon sournoise. Elles ne sont pas toujours reconnues par les victimes, par leurs proches et parfois même par les intervenants, parce qu’elles sont difficiles à dépister. D’ailleurs, le comité d’examen des décès liés à la violence conjugale (2020) confirmait que, dans la plupart des cas étudiés, il y avait eu des opportunités d’intervention qui n’ont malheureusement pas été saisies.

Québec vient de lancer une campagne publicitaire « La violence faite aux femmes, ça s’arrête là », afin de sensibiliser la population au caractère insidieux de cette violence.

Un vidéo de la campagne « La violence faite aux femmes, ça s’arrête là ».

Les signes précurseurs doivent être pris au sérieux. Les filles et les femmes peuvent avoir l’impression de marcher sur des œufs avec leur partenaire qui, à tout moment, est susceptible exploser. Elles sentent que peu importe ce qu’elles font, ce n’est jamais suffisant ou jamais correct. Elles ont constamment à se justifier et à rendre compte de leurs allées et venues et de leurs communications électroniques.

Ces indices, qui peuvent laisser poindre une situation de violence, sont souvent ignorés, pour différentes raisons : parce qu’on l’aime, parce qu’il a promis qu’il allait changer et qu’il nous aime, parce qu’il y a de bons côtés à notre relation intime et qu’on s’y accroche dans les moments creux, parce qu’on a nulle part où aller ou pas les moyens, parce que si l’on quitte, on a peur de ce qui pourrait nous arriver, à nos enfants, à nos proches.

Voilà pourquoi il est crucial de mettre en place des initiatives de sensibilisation et de formation à grande échelle pour informer la population des divers visages de ces violences (psychologique, physique, sexuelle et économique), afin de discerner les signes précurseurs des violences en contexte de relations intimes. Il faut aussi mieux faire connaître les outils disponibles.

Il est également important de miser sur la réduction des inégalités de genre en proposant des initiatives préventives qui visent à déboulonner les mythes entourant les rapports sociaux de genre et la sexualité. Il s’agit de proposer des modèles de masculinité et de féminité positifs et égalitaires et condamner les normes qui sanctionnent la perpétration des violences à l’égard des femmes. Bref, en misant sur les jeunes et en les impliquant dans les actions qui leur sont destinées, nous parviendrons ensemble à lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles et à faire la différence.   Publié dans par Dominique  Manga (source The Conversation)

24 Mar 2021

Vaccin d’AstraZeneca contre le Covid : trois nouveaux cas de thromboses, deux décès de plus . VACCIN ASTRAZENECA : SOUFFLER LE FROID, SOUFFLER LE CHAUD..

L'Agence du médicament a indiqué que trois nouveaux cas thromboses associés au vaccin contre le Covid-19 d'AstraZeneca sont survenus entre le 19 et le 25 mars en France, engendrant deux décès supplémentaires. Le précédent bilan de surveillance faisait état de neuf cas de thromboses dont deux décès.
 
 Thomas Samson/AFP L’Agence du médicament a indiqué que trois nouveaux cas thromboses associés au vaccin contre le Covid-19 d’AstraZeneca sont survenus entre le 19 et le 25 mars en France, engendrant deux décès supplémentaires. Le précédent bilan de surveillance faisait état de neuf cas de thromboses dont deux décès.

 

 

 

Trois nouveaux cas de thromboses (caillots) atypiques associés au vaccin contre le Covid-19 d’AstraZeneca, avec deux décès supplémentaires, sont survenus en France entre le 19 et le 25 mars, selon l’Agence du médicament (ANSM). Depuis le début de la vaccination, ce sont « douze cas, dont quatre décès au total » de ces thromboses rares qui sont survenus en France, indique vendredi l’ANSM. Il s’agit de « thromboses des grosses veines atypiques par leur localisation (cérébrale en majorité, mais également digestive), pouvant être associés à une thrombopénie (déficit en plaquettes sanguines, ndlr) ou à des troubles de coagulation ». avril

Des femmes principalement touchées

L’agence sanitaire, qui avait fait état de ce risque il y a une semaine, « confirme à nouveau la survenue, très rare, de ce risque thrombotique » chez des personnes vaccinées par le vaccin AstraZeneca. Mais elle rappelle également que l’Agence européenne du médicament (EMA) confirme la balance bénéfice/risque positive de la vaccination avec AstraZeneca dans la prévention du Covid-19. Ces cas sont survenus dans un délai médian de neuf jours après la vaccination, principalement chez des femmes, sans antécédents communs particuliers identifiés (neuf personnes de moins de 55 ans, trois patients de plus de 55 ans).

L’ANSM recommande aux personnes ayant reçu ce vaccin de consulter immédiatement un médecin, en cas de symptômes persistants au-delà de 3 jours, tels qu’un « essoufflement, une douleur thoracique, un gonflement des jambes, une douleur abdominale, des maux de têtes sévères, une vision floue, ou des ecchymoses à distance du site d’injection ». La famille d’une femme de 38 ans, décédée d’une thrombose après avoir reçu une première dose du vaccin, a déposé vendredi une plainte contre X auprès du parquet de Toulouse, dans le but « d’obtenir une enquête », a indiqué vendredi son avocat.

 
 
 
VACCIN ASTRAZENECA : SOUFFLER LE FROID, SOUFFLER LE CHAUD..
 
 
Semaine après semaine, le vaccin AstraZeneca contre la COVID-19 fait la une de l’actualité. En une dizaine de jours, son usage a été suspendu, rétabli et de nouvelles données encourageantes d’efficacité ont été publiées.

 

À la suite de signalements d’effets indésirables graves, de type coagulopathie, les experts du Comité d’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance de l’Agence européenne du médicament se sont réunis pour examiner les données. Cette analyse a confirmé l’existence de cas de formes rares de thrombose (concernant les sinus veineux cérébraux) et de coagulation intravasculaire disséminée, en particulier chez des patientes de moins de 50 ans.
Ces experts n’ont pas identifié de lien entre ces événements et l’administration du vaccin AstraZeneca et ont réaffirmé la supériorité des bénéfices de ce vaccin sur les éventuels risques associés. Suivant l’avis de l’Agence européenne, la Haute Autorité de santé a recommandé la reprise de la campagne de vaccination avec ce vaccin, en limitant son usage aux personnes âgées de plus de 55 ans.

Plus récemment, des données préliminaires issues de l’analyse intermédiaire d’un essai de phase 3, mené outre-Atlantique, ont été communiquées par le laboratoire AstraZeneca. Selon ces résultats, qui restent à préciser par une analyse indépendante, le taux de protection assuré par ce vaccin a été de 79 % dans la prévention de la COVID-19 toutes sévérités confondues et de 100 % dans la prévention des formes graves et des hospitalisations. Chez les 20 % de participants âgés de 65 ans et plus, l’efficacité du vaccin a été de 80 %. Aucun risque accru de thrombose ou d’événements caractérisés par une thrombose n’a été identifié parmi les 21 583 participants ayant reçu, dans cet essai, au moins une dose du vaccin.

Dès le lendemain de la publication de ces résultats préliminaires, leur validité était mise en cause par le comité indépendant de surveillance de l’essai qui a annoncé qu’il était « préoccupé » par les informations publiées par AstraZeneca et qu’il « s’inquiétait du fait qu’AstraZeneca ait pu inclure des informations périmées provenant de cet essai, ce qui a pu donner une vision incomplète des données d’efficacité ».

La campagne de vaccination avec le vaccin AstraZeneca a repris après une semaine agitée (illustration).

La campagne de vaccination avec le vaccin AstraZeneca a repris après une semaine agitée (illustration).

Chaque semaine semble faire souffler des vents contraires sur le vaccin AstraZeneca contre la COVID-19 : absence de données expérimentales sur les plus de 65 anssuivie de données observationnelles britanniques encourageantes chez ces patients, effets indésirables immédiats et méfiance chez des professionnels de santé, disponibilité chez les médecins généralistes, puis chez les pharmaciens, etc. Jusqu’au coup de tonnerre récent qui a amené plusieurs pays européens (Danemark, Norvège, Islande, Pays-Bas, Allemagne, Italie, Espagne, Portugal et France) à suspendre son usage à la suite de signalements de troubles graves de la coagulation chez des personnes vaccinées. L’actualité de ce vaccin semble inépuisable !
Au cours des derniers jours, le Comité d’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l’Agence européenne du médicament (EMA) s’est prononcé sur ces signalements et le laboratoire AstraZeneca a révélé des éléments concernant son essai de phase 3 mené aux États-Unis, celui dont les résultats sont attendus de pied ferme par la Food and Drug Administration américaine (FDA) et par de nombreuses autorités de santé dans le monde. De quoi justifier un article de plus sur ce vaccin !

 

Où nous en étions avant les signalements de troubles de la coagulation
Le vaccin AstraZeneca a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle en Europe, le 29 janvier 2021. Toutefois, les données alors disponibles chez les personnes âgées de plus de 65 ans étant limitées par une faible taille de l’échantillon, il n’avait pas été possible de conclure sur la sécurité et l’efficacité du vaccin dans cette population.
Dans l’attente de données complémentaires, mais à la différence de l’EMA, qui le recommandait au-delà de 65 ans en dépit de cette absence de données, la Haute Autorité de santé (HAS) a recommandé, le 2 février 2021, d’administrer le vaccin AstraZeneca préférentiellement aux personnes de moins de 65 ans, en commençant par les professionnels du secteur de la santé ou du médico-social et les personnes âgées de 50 à 64 ans ayant des comorbidités.
Au vu de données observationnelles britanniques, obtenues en vie réelle, suggérant une efficacité du vaccin AstraZeneca chez les plus de 65 ans (taux de protection des hospitalisations de 94 % (IC95% : 73 %-99 %) entre 28 et 34 jours après la première injection), la HAS a émis un nouvel avisle 1er mars 2021, en considérant que la place du vaccin AstraZeneca dans la stratégie vaccinale pouvait être élargie aux personnes âgées de plus de 65 ans, y compris après 75 ans.

Les signalements de troubles de la coagulation particuliers
C’est dans ce contexte que des troubles graves de la coagulation après vaccination ont commencé à être signalés à partir du 11 mars 2021 (d’abord en Autriche, puis en Norvège, amenant ces pays à suspendre l’utilisation du vaccin). Par un effet domino, une suspension a ensuite été décidée par d’autres pays de l’Union européenne.
Qu’en est-il de ces troubles ? Dans son avis du 18 mars 2021, après avoir examiné les données disponibles, le PRAC a confirmé que les pays de l’Union européenne et le Royaume-Uni avaient enregistré, sur environ 20 millions de personnes vaccinées :

  • 18 cas de thrombose des sinus veineux cérébraux (TVC),
  • 7 cas de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD),
ayant entraîné 9 décès. Ce type d’événements indésirables n’avait pas été identifié durant les essais cliniques.
La quasi-totalité de ces cas sont survenus chez des personnes de moins de 55 ans, dont une majorité de femmes. Selon l’avis de la HAS, en France, au 16 mars 2021, un cas de CIVD (une femme de 26 ans) et deux cas de TVC sans thrombopénie associée (un homme de 51 ans et une femme de 24 ans) ont été signalés pour 1,4 million de doses du vaccin AstraZeneca administrées. Au Royaume-Uni, au 18 mars 2021, sur plus de 11 millions de sujets ayant reçu le vaccin AstraZeneca, en majorité des personnes âgées de plus de 65 ans, 5 cas de TVC ont été rapportés.

 

En réaction à ces événements, plusieurs équipes cherchent à comprendre comment des CIVD ou des thromboses pourraient être en lien avec la vaccination. Par exemple, des chercheurs norvégiens et allemands ont évoqué une forte réponse immunitaire ayant pu provoquer la formation d’anticorps contre les plaquettes sanguines (similaire à ce qui se passe lors d’une thrombopénie induite par l’héparine [TIH] de type 2, où des anticorps se forment contre un complexe héparine-molécule de signalisation PF4). D’autres chercheurs s’interrogent sur la capacité de la protéine S à se lier au sulfate d’héparane, stimulant ainsi la voie alterne d’activation du complément. Ces hypothèses demandent à être confirmées expérimentalement.

Les conclusions du PRAC : des bénéfices toujours largement supérieurs aux risques
En prenant comme référence l’incidence observée de ces événements avant la pandémie de COVID-19, chez les personnes de moins de 50 ans, le PRAC a estimé que l’on aurait pu s’attendre, en moyenne, à moins d’un cas de CIVD et à 1,35 cas de TVC dans la population vaccinée, alors que, respectivement, 5 et 12 cas ont été signalés dans cette tranche d’âge. Ces chiffres correspondent à un risque 5 fois plus élevé de CIVD et 8 fois plus élevé de TVC. Le PRAC précise qu’un tel déséquilibre n’a pas été constaté dans la population âgée de plus de 50 ans ayant reçu le vaccin AstraZeneca (comparée à la population du même âge avant la COVID-19).
Dans ses conclusions, le PRAC confirme que les avantages du vaccin AstraZeneca dans la lutte contre la COVID-19 continuent de l’emporter sur le risque d’effets indésirables. Toutefois, le Comité estime également que la possibilité d’un lien entre le vaccin et des cas de CIVD et de TVC ne peut pas être écartée à ce jour. Des informations sur ces éventuels effets indésirables seront ajoutées au résumé des caractéristiques du produit (RCP).

Interrogés sur d’éventuels facteurs de risque associés à ces effets indésirables, les experts du PRAC ont répondu que, au regard de la forte représentation féminine observée, des évaluations supplémentaires seraient menées pour essayer de savoir si d’autres facteurs de coagulopathie, comme les contraceptifs hormonaux ou le tabagisme, étaient impliqués. Selon ces experts, cette surreprésentation féminine pourrait également refléter une plus grande exposition des femmes en raison du ciblage de populations particulières,lors des campagnes de vaccination dans différents États membres (en particulier les personnels de santé et médico-sociaux, majoritairement féminins, voir les données françaises à ce sujet).
Le PRAC a également précisé que les événements survenus ne sont pas liés à des lots spécifiques de vaccin, ni à des sites de fabrication particuliers.

Les conseils de l’EMA aux patients et aux médecins
L’EMA a également publié des conseils aux patients et aux médecins concernant le dépistage précoce d’éventuels troubles de la coagulation, à la suite d’une vaccination par le vaccin AstraZeneca.
Une consultation dans les plus brefs délais est recommandée lorsqu’une personne présente l’un des symptômes suivants après avoir été vaccinée, en particulier au-delà de 3 jours suivant l’injection :

  • essoufflement,
  • douleur dans la poitrine ou le ventre,
  • gonflement ou froideur d’un bras ou d’une jambe,
  • maux de tête sévères, persistants ou s’aggravant,
  • vision floue après la vaccination,
  • saignements persistants,
  • multiples petites ecchymoses, taches rougeâtres ou violacées, ou  cloques de sang sous la peau.
Ces conseils devraient systématiquement être donnés aux personnes qui reçoivent une injection de ce vaccin.

 

Les recommandations de la Haute Autorité de santé sur le vaccin AstraZeneca
Le 19 mars 2021, en réaction à l’avis du PRAC, la HAS a estimé que la vaccination avec le vaccin AstraZeneca pouvait reprendre sans délai. Elle précise : « compte tenu du déroulement de la campagne vaccinale, qui va concerner, au cours des deux prochains mois, les populations âgées, et de l’existence d’alternatives pour les plus jeunes, la HAS recommande à ce stade de n’utiliser le vaccin AstraZeneca que pour les sujets âgés de 55 ans et plus, qui constituent, actuellement, la très grande majorité des personnes prioritaires. Dans l’attente de données complémentaires, la HAS recommande donc d’utiliser les vaccins à ARNm chez les personnes éligibles à la vaccination âgées de moins de 55 ans » Aucune distinction n’a été faite par la HAS selon le sexe des patients.

Concernant les personnes de moins de 55 ans ayant déjà reçu une première dose du vaccin AstraZeneca, la HAS se positionnera très prochainement sur les modalités d’administration de la seconde dose.
La HAS précise également que son avis sera revu prochainement, en collaboration étroite avec l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), « en fonction des données de pharmacovigilance à venir, avec davantage de recul sur le vaccin AstraZeneca, en particulier chez les personnes de moins de 55 ans ».
Depuis les avis du PRAC et de la HAS, deux cas d’hémorragie cérébrale (dont un décès) ont été signalés au Danemark. Ce pays, ainsi que la Norvège et la Finlande, ont décidé de maintenir la suspension de l’usage du vaccin AstraZeneca,en dépit de l’avis des experts de l’EMA.

Les données préliminaires de l’étude de phase 3 américaine
Le 22 mars 2021, une note optimiste est apparue à la suite de la publication, par le laboratoire AstraZeneca, de données préliminaires concernant l’essai de phase 3 qui est en cours aux États-Unis (et dont les résultats sont attendus par la FDA pour envisager une AMM conditionnelle pour ce vaccin).
Pour rappel, cette étude (D8110C000011, menée en lien avec l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses américain  [NIAID]) est un essai multicentrique de phase 3, randomisé (rapport 2/1 en faveur du vaccin), en double aveugle, contrôlée contre placebo, ayant inclus 32 449 personnes, aux États-Unis, au Pérou et au Chili. Elle évalue les effets de 2 injections à 4 semaines d’intervalle et a enrôlé environ 20 % de personnes âgées de 65 ans et plus. En outre, environ 60 % des participants avaient des facteurs de risque de formes sévères (diabète, obésité morbide, maladies cardiaques, etc.).
Selon le communiqué de presse d’AstraZeneca, l’analyse intermédiaire de cette étude a démontré une efficacité vaccinale de 79 % dans la prévention de la COVID-19 symptomatique (aucun IC95% n’a été communiqué) et une efficacité de 100 % dans la prévention des formes graves et des hospitalisations (aucun cas dans le groupe vacciné, 5 cas dans le groupe témoin). Cette analyse intermédiaire a porté sur 32 449 participants, parmi lesquels 141 cas symptomatiques de COVID-19. Chez les 20 % de patients âgés de 65 ans et plus, l’efficacité du vaccin a été de 80 %.
Le communiqué de presse précise également que le vaccin a été bien toléré et le comité indépendant de surveillance de l’efficacité et de la sécurité des données n’a identifié aucun problème de sécurité lié au vaccin. Ce comité a réalisé un examen spécifique des événements thrombotiques, ainsi que de la thrombose du sinus veineux cérébral (TVC). Il n’a trouvé aucun risque accru de thrombose ou d’événements caractérisés par une thrombose, parmi les 21 583 participants ayant reçu au moins une dose de vaccin. La recherche spécifique de TVC n’a mis en évidence aucun événement de ce type dans l’essai.

Mais l’histoire n’en est pas restée là… Dans un communiqué très inhabituel, publié dans la nuit du 22 au 23 mars 2021, le NIAID a déclaré que le comité indépendant de surveillance des données avait informé les agences gouvernementales et AstraZeneca qu’il était « préoccupé » par les informations publiées par l’industriel le matin même. Le comité s’est inquiété du fait qu’AstraZeneca ait pu inclure des informations périmées provenant de cet essai, ce qui a pu donner une vision incomplète des données d’efficacité.
Dans son communiqué, le NIAID demande à AstraZeneca de travailler avec le comité de surveillance « pour revoir les données sur l’efficacité et s’assurer que les données les plus précises et les plus récentes sur l’efficacité soient rendues publiques le plus rapidement possible».

En conclusion, une certaine « cacophonie » semble persister en Europe du Nord quant à l’usage du vaccin AstraZeneca, malgré un consensus solide sur la très nette supériorité des bénéfices sur les risques.
La reprise des campagnes de vaccination dans les autres pays européens, associée à une pharmacovigilance particulièrement sensibilisée aux événements de type CIVD ou thrombose, devrait rapidement permettre d’avoir une idée plus précise de la prévalence de ces événements, mais aussi de l’existence d’éventuels facteurs de risque (sexe, âge, contraception, tabagisme, etc.). De plus, les efforts des équipes de recherche qui se penchent sur les possibles mécanismes sous-jacents pourraient contribuer à identifier d’autres facteurs de risque (par exemple, une prédisposition génétique).

En termes d’efficacité du vaccin AstraZeneca contre les formes sévères de COVID-19 et chez les personnes de 65 ans et plus, les données préliminaires de l’étude de phase 3 américaine semblent confirmer les données observationnelles obtenues en vie réelle au Royaume-Uni, avec une efficacité plus élevée sur les formes sévères et les hospitalisations que sur l’ensemble des formes symptomatiques. L’analyse détaillée et indépendante de ces résultats, prenant en compte les inquiétudes, exprimées par le comité de surveillance dans son communiqué, devrait permettre d’éclairer les zones d’ombre des précédentes études cliniques.
La suite au prochain épisode !      publié dans par Dominique Manga  (source Vidal )
 
                       Auteur
                Par Stéphane KORSIA-MEFFRE
24 Mar 2021

La place essentielle des réseaux socionumériques dans la contestation au Sénégal

Comme l’homme à gauche sur cette photo prise le 3 mars dernier à Dakar pendant une manifestation en soutien à l’opposant Ousmane Sonko, les contestataires sénégalais sont nombreux à relayer la contestation sur les réseaux sociaux. John Wessels/AFP

L’arrestation d’Ousmane Sonko a déclenché de violents heurts dans tout le pays, occasionnant le saccage de biens publics, des scènes de pillage, de multiples arrestations, des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants, et la mort d’« au moins 11 jeunes Sénégalais et plus de 590 blessés » selon Amnesty International.

En signe d’apaisement, les autorités ont accepté de libérer le parlementaire en le plaçant sous contrôle judiciaire le 8 mars après sa comparution devant un juge ; il n’en demeure pas moins que la crispation est toujours palpable et la frustration encore prégnante au sein de la population sénégalaise.

Au départ centrée sur la dénonciation de cette arrestation, la contestation s’est étendue à d’autres revendications – dans l’espace public et sur les réseaux socionumériques – portant sur la condamnation des entorses à la démocratie et aux libertés, l’injustice sociale, l’instrumentalisation de la justice, etc.

L’instrumentalisation politique de la justice

De nombreux experts et commentateurs l’ont amplement souligné : au Sénégal, du fait d’une collusion historique entre le politique et la judiciaire, les mesures judiciaires prises à l’encontre d’adversaires du pouvoir font souvent l’objet de soupçons. Des soupçons d’autant plus partagés par de nombreux Sénégalais que l’« affaire Sonko » contient bien des incohérences.

D’autres affaires judiciaires récentes aux relents politiques ont cristallisé les tensions avant celle-ci, notamment l’emprisonnement en 2017 de l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall pour détournement de fonds (il passera deux ans derrière les barreaux avant d’être gracié), celui de Karim Wade pour enrichissement illicite (condamné en 2015, il sera gracié l’année suivante), tous deux opposants au président actuel, celui de l’imam Alioune Badara Ndao en 2015 pour apologie du terrorisme, mais également de divers activistes de la société civile.

Cire Cledor Ly, avocat d’Ousmane Sonko, s’adresse aux médias devant le Palais de Justice à Dakar le 8 mars 2021. John Wessels/AFP

Pour la petite ou la grande histoire, Khalifa Sall et Karim Wade ont été libérés, mais privés de leurs droits politiques, et l’imam Ndao a été totalement blanchi après un embastillement de plus de deux années. Il faut rappeler que déjà en 2017, le juge sénégalais Ibrahima Hamidou Dème, dans sa lettre de démission de la magistrature, pointait du doigt une certaine politisation de la justice en ces termes : une « justice fragilisée, malmenée de l’intérieur comme de l’extérieur ». Un rapport publié en 2018 par Amnesty International, intitulé Senegal : All Talk No Action, avait également tiré la sonnette d’alarme.

Le rôle des réseaux socionumériques dans la visibilité du mouvement de contestation : l’exemple du hashtag #FreeSenegal

Au Sénégal, l’usage d’Internet a connu une croissance rapide au cours de ces dernières années. Selon le rapport « Digital 2021 Senegal » réalisé par les agences Hootsuite et We Are Social, le pays compte plus de 7,81 millions d’internautes et 3,90 millions d’utilisateurs des médias socionumériques.

Aujourd’hui, ces outils de communication sont incontournables pour des millions de Sénégalais. Ils ont joué un rôle fondamental de relais de la contestation populaire en permettant à beaucoup de Sénégalais d’exprimer leur colère, de s’informer et de communiquer vers l’extérieur. Twitter et Instagram ont été décisifs dans la visibilité et l’externalisation du mouvement de contestation, surtout dans une période où des chaînes de télévision ont été suspendues – accusées de faire la promotion d’« images de violence » –, et l’accès à Internet, aux réseaux socionumériques et aux applications de messagerie instantanée restreint, comme constaté par l’observatoire Netblocks.

C’est dans ce contexte qu’un jeune internaute sénégalais lance le 3 mars le hashtag #FreeSenegal pour dénoncer ces atteintes à la liberté d’expression et alerter la communauté internationale sur les répressions policières en cours. #FreeSenegal devint vite viral : plus de 2 millions de tweets et plus de 2 milliards d’impressions (vues) recensés en seulement quelques jours. Le hashtag est très largement repris et partagé à l’échelle mondiale. Des célébrités (acteurs, artistes, footballeurs…) et des personnalités politiques de nombreux pays en ont fait usage sur Twitter pour s’associer à la mobilisation et exprimer leur soutien au peuple sénégalais.

Dans leur foulée et en soutien à la mobilisation, des centaines de milliers d’internautes ont à leur tour utilisé #FreeSenegal. Un chapelet de mots-clés, concentrant la défiance, l’exaspération et la colère des internautes vis-à-vis du pouvoir, vient s’ajouter par la suite à #FreeSenegal tels que #Mackydegage, #Mackydestitution, #FreeOtagesPolitiques, #Dictature, #FreeGuy, #ArsunuDemocratie, etc.

Le hashtag #FreeSenegal aura ainsi permis d’amplifier et de vulgariser la dénonciation des violences policières et de la censure, et d’informer l’opinion internationale sur les atteintes à la démocratie et aux droits de l’homme. Comme souligné par le politologue américain Martin Gurri, dans The Revolt of the Public and the Crisis of Authority in the New Millennium, publié en 2014 et réédité en 2018, Internet et les nouveaux dispositifs numériques contribuent à l’effritement de l’autorité des classes dirigeantes et facilitent l’agrégation de la colère populaire. Fort de son succès, #FreeSenegal est devenu très vite le lieu de multiples revendications sociales, mais également un espace d’expression pour une partie de la population, en particulier les jeunes. D’ailleurs, il est intéressant de noter qu’avec le retour au calme, des rumeurs faisant état d’une traque des manifestants, y compris de ceux qui se sont exprimés via les réseaux socionumériques, ont commencé à se répandre, entraînant chez certains utilisateurs vivant au Sénégal la suppression de posts et de comptes.

Un autre fait marquant qui témoigne du rôle joué par les réseaux socionumériques dans la mobilisation coïncide avec le moment du « recueillement connecté ». En effet, le vendredi 12 mars, les Sénégalais du monde entier ont été invités à observer 13 minutes de silence en adoptant le visuel suivant – de 20h à 20h13 GMT) – sur les plates-formes numériques en hommage aux victimes des manifestations, comme le montre ce message publié sur Twitter par le lanceur du hashtag :

Un appel largement suivi par les internautes que ce soit sur TwitterInstagram ou encore WhatsApp.

#FreeSenegal et maintenant…

Dans le sillage des mouvements sociaux qui ont éclaté ces dernières années en Asie, en Europe, en Amérique latine… les manifestations au Sénégal ont une nouvelle fois montré que les réseaux socionumériques étendent l’horizon de l’engagement citoyen et servent de caisse de résonance aux actions de contestation populaire.

Une chose est sûre, le hashtag #FreeSenegal aura inspiré tout un pan de la communauté sénégalaise. Des artistes sénégalais de renom, en particulier des rappeurs, tels que le mythique groupe Positive Black SoulHakil, Bril ou encore Dip Doundou Guiss l’ont bonifié en produisant des clips aux messages explicitement hostiles au pouvoir.

(Sous-titres disponibles en français en cliquant sur cc).

Par exemple, dans son dernier clip, #FreeSene-gal, réalisé en marge des manifestations, Dip Doundou Guiss, le rappeur le plus en vue auprès des jeunes Sénégalais, qui comptabilise plus de 1,2 million de followers sur Instagram, tire à boulets rouges sur le président de la République Macky Sall et son gouvernement. L’attitude des rappeurs contraste fortement avec celle d’autres stars sénégalaises, notamment les footballeurs et les chanteurs les plus populaires, qui ont observé un silence assourdissant dans cette controverse. Sur le plan international, le hashtag #FreeSenegal a même inspiré les internautes haïtiens, qui sont à la base du mouvement de contestation #FreeHai-ti. Ce même hashtag a donné naissance à l’initiative citoyenne #FreeSenegal, qui vise à préserver les acquis démocra-tiques du pays et à poursuivre la contestation sur Internet.  publié dans par Dominique Manga    ‘source The Conversation)

AUTEUR

 Mohamed Sakho Jimbira Docteur en Sciences de l’information et de la communication, Université de Lorraine

23 Mar 2021

Covid-19 : AstraZeneca : Les Etats-Unis doutent de son efficacité , soupçonné d’avoir utilisé des données « obsolètes » dans ses essais cliniques américains

Le régulateur américain s’est dit inquiet du fait que le laboratoire AstraZeneca ait pu utiliser des données obsolètes pour les essais cliniques réalisés aux Etats-Unis. LP/Arnaud Journois 

Vaccin AstraZeneca : après les critiques américaines, le laboratoire promet des données plus récentes

L’institut qui supervise les essais cliniques de vaccins aux Etats-Unis s’est dit «préoccupé» par l’utilisation, par le laboratoire suédo-britannique, de données remontant à avant le 17 février.

Le laboratoire AstraZeneca s’est engagé, ce mardi, à fournir sous 48 heures des données récentes au régulateur américain supervisant les essais cliniques de son vaccin contre le Covid-19. Dans un communiqué, le groupe a expliqué avoir utilisé des données remontant à avant le 17 février pour les résultats, publiés ce lundi, des essais cliniques aux Etats-Unis. Il a assuré vouloir entrer en contact « immédiatement » pour fournir au Data and Safety Monitoring Board (DSMB, comité de suivi de l’essai) « une analyse avec les données d’efficacité les plus à jour possible », avec l’intention de « fournir des résultats de l’analyse primaire dans les 48 heures ».

Utilisé dans de nombreux pays dont l’Union européenne, le vaccin développé par AstraZeneca et l’université d’Oxford n’est pas encore approuvé aux Etats-Unis, où les autorités avaient demandé plus de données sur des essais de phase III menés sur le territoire américain.

Rappelé à l’ordre par le régulateur

Après la publication du résultat de ces essais lundi, l’Institut national des maladies infectieuses et des allergies (NIAID), qui supervise des essais cliniques de vaccins aux Etats-Unis, avait exprimé sa « préoccupation » quant au fait que le laboratoire suédo-britannique ait pu « utiliser des informations obsolètes » dans le cadre de ses essais. Ce qui pourrait aboutir à « une estimation incomplète de l’efficacité » du vaccin. L’Institut avait donc exhorté le laboratoire à travailler avec le Data and Safety Monitoring Board « pour évaluer l’efficacité des données et s’assurer que les données les plus précises, les plus récentes et les plus efficaces possibles soient rendues publiques au plus vite ».

Selon les résultats, publiés lundi, de ces essais menés avec plus de 32 000 participants, le vaccin est efficace à 80 % contre le Covid-19 chez les personnes âgées et n’augmente pas le risque de caillots sanguins. Le vaccin est efficace à 79 % pour prévenir le Covid-19 symptomatique dans la population générale et à 100 % pour empêcher les formes sévères de la maladie et l’hospitalisation, avait ajouté le laboratoire.

Ce que l’on sait sur la mort d’un étudiant nantais vacciné avec AstraZeneca

Anthony, étudiant en médecine, est mort le 18 mars, dix jours après avoir reçu une injection. Ses proches pointent la responsabilité du vaccin de la firme anglo-suédoise.

Un flacon d’AstraZeneca le 9 mars 2021, à Milan. (MIGUEL MEDINA/AFP)
Un flacon d’AstraZeneca le 9 mars 2021, à Milan. (MIGUEL MEDINA/AFP)
  • L’enquête judiciaire n’a encore établi aucun lien. Pourtant, Kévin R. en est persuadé : la mort de son frère Anthony le jeudi 18 mars est liée à son injection de vaccin AstraZeneca survenue dix jours auparavant, raconte-t-il à « Presse Océan » ce mardi 23 mars.

Etudiant en médecine nantais de 24 ans, Anthony est l’une des treize personnes en France, sur plus d’un million de vaccinés avec Astrazeneca selon l’Agence nationale de la Santé et du Médicament (ANSM), ayant développé des effets secondaires graves de type thromboembolique. « Au regard des données disponibles, rien ne permet de conclure que ces effets thromboemboliques soient en lien avec le vaccin », précise l’ANSM.

Anthony s’était plaint de douleurs au niveau du ventre et avait prévu de se rendre chez son médecin le jour où son corps a été découvert. Alertés par sa famille qui s’inquiétait de son silence, les secours n’ont pu que constater le décès de la victime. Aucun signe de comorbidité n’est signalé par son entourage. Une source proche du dossier, citée par « Ouest France », précise que le rapport d’autopsie évoquerait « une hémorragie interne causée par une thrombose ».

« Je veux bien que l’on me dise tout ce que l’on veut, mais je vous mets au défi de trouver une personne qui a une thrombose à 24 ans », déclare son frère à « Presse Océan ». « Les médecins nous ont dit qu’Anthony avait 1,7 litre de sang dans le ventre. La seule consolation, c’est qu’il est décédé dans son sommeil. On se raccroche à ça : au moins, il n’a pas souffert. »

AstraZeneca déjà dans la tourmente

Selon l’ANSM, « à ce stade, aucun élément ne permet de conclure en faveur du rôle du vaccin. Ce cas de décès fait l’objet d’une investigation clinique approfondie par les Centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) ».

Ce drame n’aidera cependant pas à redorer l’image d’AstraZeneca. Le vaccin du groupe suédo-britannique est accusé d’être la cause de 25 cas de thromboses en Europe sur 20 millions de vaccinés, dont neuf décès, en majorité chez les femmes de moins de 55 ans. Le sérum avait, pour cette raison, été suspendu par précaution dans une dizaine de pays européens dont la France le 15 mars.

Il a été réautorisé le vendredi suivant, l’Agence européenne du Médicament affirmant que le vaccin est « sûr et efficace ». Pour elle, la corrélation entre le vaccin et les effets secondaires n’est pas avérée.

Le même jour, la Haute autorité de Santé a recommandé de vacciner uniquement les plus de 55 ans avec AstraZeneca, à contre-courant des débuts de la campagne en février. En effet, par manque de données, il n’était administré qu’aux moins de 65 ans, avant un élargissement aux plus de 65 ans début mars.

publié danspar Dominique Manga  (source AFP)
23 Mar 2021

Comment traitez-vous le coronavirus? Voici les meilleures stratégies des médecins

Une infirmière en portant un masque facial à l’hôpital méthodiste de Houston le 4 juillet 2020.

ERIN SCHAFF/LE NEW YORK TIMES/REDUX

Prêts ou pas, les patients venaient. À la même époque l’an dernier, les médecins du monde entier se sont préparés, la plupart pour la première fois de leur carrière, à traiter une nouvelle maladie, encore et encore et encore.

« Il y avait un terrible sentiment de pressentiment, comme dans un film où la musique clé mineure commence à jouer », explique Robert Arntfield, médecin en soins intensifs à l’Université Western à Londres, au Canada.

À Wuhan, en Chine, les médecins qui ont rencontré pour la première fois le coronavirus pandémique ont couru pour partager des symptômes surprenants et des traitements possibles avec des collègues éloignés.

À Tokyo, les clients malades des navires de croisière du Diamond Princess ont été intotérés à l’hôpital du National Center for Global Health and Medicine. Le médecin spécialiste des maladies infectieuses Norio Ohmagari a dépoussiéré le meilleur plan de traitement qu’il avait : un pour le coronavirus connexe qui cause le syndrome respiratoire du Moyen-Orient. « Honnêtement, dit-il, nous n’étions pas tout à fait sûrs de ce que nous pouvions faire. »

Dans la vallée de Cynon au Royaume-Uni, un homme est arrivé dans une clinique pour des analyses sanguines de routine, puis a annoncé qu’il avait une forte fièvre et la toux. Des cris sont sortis pour un docteur. Alors que le médecin de soins primaires Chris Butler se préparait à évaluer le patient, « je largais mes gants », dit-il. « J’étais assez nerveux. »

Au cours de l’année pénible qui a suivi, des preuves cliniques sur la façon de traiter le coronavirus pandémique se sont déversées — un torrent boueux de centaines de milliers de papiers, de préimpressions et de communiqués de presse. Beaucoup de médecins ont été déchirés entre l’attente des résultats de grands essais cliniques, l’étalon-or des preuves, et d’offrir quelque chose, n’importe quoi, aux patients gravement malades en face d’eux. « Ce sont des médecins intelligents qui regardent les gens tomber très malades, regarder les gens mourir, se sentir impuissants et vouloir faire tout ce qu’ils peuvent », explique Lisa Moores, médecin spécialiste des soins pulmonaires et critiques à l’Université des sciences de la santé en uniforme de Bethesda, dans le Maryland.

Les médicaments non prouvés sont devenus des traitements de première ligne. « Des dizaines ou des centaines de milliers de patients ont reçu des thérapies inefficaces ou nocives », explique Matthew Semler, médecin en soins intensifs à l’Université Vanderbilt, citant l’utilisation généralisée du médicament antipaludique hydroxychloroquine, maintenant connu pour ne prévenir ni la maladie ni la mort.

Un jour, les médecins ont mémorisé les lignes directrices en matière de traitement pour apprendre qu’ils avaient changé le lendemain. « Quand vous avez le monde entier de travailler sur quelque chose en même temps … les données probantes évoluent rapidement », explique Meghan Lane-Fall, médecin en soins intensifs qui étudie la prestation des soins de santé à l’Université de Pennsylvanie (UPenn). « Chaque fois que je prends soin d’un patient COVID … Je dois m’asseoir et dire : « Ok, qu’est-ce qu’on fait maintenant? » Même aujourd’hui, dit-elle, « il n’y a pas de norme unique de soins. »

À Milan, une équipe de médecins et d’infirmières de l’unité de soins intensifs recueille des informations pour coordonner les soins aux patients covid-19.

DANIELE FREDIANI/ARCHIVIO DANIELE FREDIANI/MONDADORI PORTFOLIO/GETTY IMAGES

Pourtant, 12 mois après que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré une pandémie, les médecins ont glané une compréhension approximative de la pathologie de COVID-19 et une stratégie ambitieuse pour la traiter: Au début de la maladie, l’objectif est d’éviter les maladies graves en empêchant le virus de se répliquer. Au fur et à mesure que l’infection progresse, l’ennemi principal devient une réponse immunitaire hyperactive qui fait des ravages sur les organes du corps.

Quelques thérapies, pour la plupart des médicaments réutilisés, se sont hissées au sommet. Dexaméthasone, un stéroïde bon marché et commun, a surpris les médecins en coupant la mortalité chez les patients les plus malades dans un essai randomisé; un autre anti-inflammatoire, le tocilizumab, a également aidé les patients à survivre. Le remdesivir médicament antiviral, qui semblait accélérer le rétablissement dans certaines études, mais pas dans d’autres, est largement utilisé chez les patients hospitalisés. Les anticorps monoclonaux, quant à eux, jouent le rattrapage : étant donné qu’ils sont précoces, ils peuvent aider à éviter les maladies graves, mais ils peuvent être difficiles à délivrer aux patients externes, et certains semblent moins puissants contre les nouvelles variantes virales. Au-delà des médicaments, les médecins ont perfectionné leurs pratiques d’unité de soins intensifs (USI) pour soutenir les organes défaillants des patients.

Covid-19 reste énigmatique et mortel, mais les changements dans les soins semblent avoir aidé. Une analyse publiée ce mois-ci de près de 200 000 patients dans 555 hôpitaux américains a révélé que les taux de mortalité sont tombés de 22,1 % en mars 2020 à 6,5 % en août, bien que des facteurs au-delà des nouveaux traitements, tels que la réduction de l’entassement dans les hôpitaux, aient également joué un rôle. Après une année traumatisante, les médecins décrivent les progrès scientifiques qu’ils n’auraient pas pu imaginer et une crise qui a mis en relief les défis de l’application de la recherche à l’art de la médecine.

« JE SUIS DÉSOLÉ DE DIRE QUE VOTRE test COVID est revenu positif. »

Plus de 120 millions de personnes ont entendu une version de ces mots, les mettant sur une voie incertaine. Environ 10 % à 15 % d’entre vous se transformeront en maladie grave, et d’autres feront face à des symptômes persistants, parfois invalidants. Le pompage gamely des freins sont des médecins de soins primaires, formés pour manipuler tout, des verrues aux punaises d’estomac. « Mes patients sont ma famille », dit Ada Stewart, médecin en Caroline du Sud et présidente de l’American Academy of Family Physicians (AAFP), hantée par la perte d’une bonne partie de ses patients à cause du virus.

La médecin de famille Ada Stewart observe ses patients externes COVID-19 à la recherche de signes d’aggravation de la maladie.

AAFP (EN)

Les patients nouvellement diagnostiqués « viennent à la clinique en demandant: « Que pouvez-vous me donner en ce moment qui peut m’empêcher d’aller dans cette voie … [de devenir] très, très malade? », dit Jacqueline Chu, un médecin en soins primaires et maladies infectieuses qui sert une population ouvrière à Chelsea, Massachusetts, qui a été durement frappé par COVID-19; sa clinique est affiliée à l’hôpital général du Massachusetts situé à proximité.

Les soins ambulatoires sont souvent de base, et Chu offre les mêmes conseils qu’elle donne pour sortir n’importe quel virus à la maison : liquides, repos et acétaminophène pour la douleur et la fièvre. Mais les médecins savent maintenant quels patients sont les plus susceptibles de développer une maladie grave; ils surveillent de plus près les personnes âgées et celles atteintes de maladies cardiaques, de diabète ou d’obésité. Lorsque les scientifiques de la Cleveland Clinic ont craqué des données sur tous ceux qui reçoivent un test COVID-19 positif par l’intermédiaire de leur système de santé, ils ont identifié un autre facteur de risque de maladie grave : vivre dans certains des codes postaux les plus pauvres. Ces patients reçoivent maintenant 2 semaines d’enregistrements quotidiens pour repérer les symptômes rapidement.

Les médecins savent aussi que même les jeunes robustes qui semblent se rétablir un jour peuvent se détériorer le lendemain. Pour repérer la baisse des niveaux d’oxygène dans le sang, les oxymètres d’impulsion sont devenus les nouveaux thermomètres, largement recommandés pour une utilisation à domicile.

Il s’est avéré difficile de tester des traitements expérimentaux pour les personnes nouvellement diagnostiquées. Certains essais cliniques ont du mal à trouver des participants parce que les cliniques communautaires sont déconnectées de l’infrastructure d’essai, explique Butler, qui dirige l’essai PRINCIPLE,l’une des plus grandes personnes à haut risque qui étudient avec covid-19 à la maison, du département des sciences de la santé des soins primaires de l’Université d’Oxford.

Les principaux succès de PRINCIPLE jusqu’à présent ont été d’identifier ce qui ne fonctionne pas: À la fin de Janvier, il a annoncé que les antibiotiques azithromycine et doxycycline– essayé parce qu’ils ont des propriétés anti-inflammatoires et antivirales et parce que les infections bactériennes  peuvent s’installer après que le virus s’installe – n’a pas réussi à accélérer le rétablissement chez les patients externes .

D’autres essais ont également accumulé les échecs. Après des mois d’exhorter les survivants du COVID-19 à donner du plasma riche en anticorps pour infusion chez les personnes infectées, les National Institutes of Health (NIH) des États-Unis ont interrompu ce mois-ci un essai de plasma convalescent chez les patients atteints d’une maladie bénigne et modérée, est-ce qu’il n’améliorait pas les résultats. La semaine dernière, une préimpression d’un grand essai au Royaume-Uni n’a signalé aucun avantage de survie chez les patients hospitalisés,  non plus. Les essais en consultation externe sont en cours.

De tels échecs peuvent guider les soins et aider les médecins à dissuader les patients d’adopter des traitements douteux. « J’ai eu des patients qui achetaient des « packs de traitement » COVID du Mexique » qui prétendaient inclure des antibiotiques, des stéroïdes et des vitamines, explique Andrew Carroll, médecin de famille à Chandler, en Arizona. « Rien de tout cela n’a de fondement dans la recherche. »

Sarah Coles, qui pratique la médecine familiale à Phoenix, à proximité, préside la commission de l’AAFP qui publie des lignes directrices sur le traitement à ses 136 000 membres. De nos jours, elle suit les données sur une thérapie prometteuse : les anticorps monoclonaux. Ces protéines de laboratoire imitent la réponse immunitaire de l’organisme et sont conçues pour empêcher le virus de s’attacher aux cellules. En novembre 2020, après que les données provisoires de l’essai ont suggéré qu’elles pourraient réduire le risque d’hospitalisation des deux tiers et prévenir les décès, la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a donné l’autorisation d’utilisation d’urgence aux anticorps monoclonaux fabriqués par les compagnies pharmaceutiques Regeneron et Eli Lilly and Co.

Pierres angulaires des soins

Les médecins ont peu de traitements pour les premiers stades de COVID-19, mais ont développé un petit arsenal de thérapies à employer que les symptômes deviennent plus graves. La recherche se poursuit sur la façon et le moment d’administrer des médicaments, de l’oxygène et d’autres traitements.

Mais les anticorps doivent être infusés dans un hôpital ou un site spécialisé dans les jours qui ont suivant les premiers symptômes, un défi logistique. « Nous n’avons pas créé les rampes d’accès » pour faciliter l’accès, explique David Wohl, médecin spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de Caroline du Nord (UNC), Chapel Hill, qui travaille à élargir les points d’entrée. Les 1800 doses administrées à l’UNC ne représentent qu’une fraction de ce dont les patients avaient besoin, soupçonne-t-il. Et en Caroline du Sud, Stewart a des patients ruraux sans transport pour qui la thérapie est littéralement hors de portée. Pendant ce temps, les approvisionnements des médicaments ont fluctué, et au moins certains monocolons semblent faiblir face à de nouvelles variantes virales.

De plus, les directives officielles sont équivoques sur les anticorps. Alors que les essais cliniques sont en cours, les lignes directrices sur le traitement des NIH affirment qu’il n’y a « actuellement pas suffisamment de données à recommander pour ou contre » la plupart des anticorps monoclonaux,  bien que le 2 mars l’agence ait suggéré qu’un cocktail Eli Lilly soit offert aux personnes à haut risque de maladie grave quelques jours après l’apparition des symptômes. Les lignes directrices frappent certains médecins comme trop conservateurs. Mais Coles veut voir les résultats d’un plus grand nombre de participants à l’essai avant d’adopter pleinement les monocones. « Nous avons déjà été brûlés », dit-elle.

Avec un maigre arsenal, des médecins comme Coles et Stewart écoutent attentivement, en autocar les patients sur les symptômes à surveiller, et faire des appels de jugement. Il n’y a pas si longtemps, un patient de Stewart 1 semaine après le diagnostic a décrit la fatigue intense et la douleur thoracique. Stewart sentit ses propres inquiétudes augmenter. « Va à l’hôpital », a-t-elle conseillé. Une fois sur les deux, la patiente s’est avéré avoir des caillots sanguins dans les deux poumons et a été rapidement admise, passant entre les mains d’une nouvelle équipe médicale essayant de la protéger du pire.

 Les PATIENTS de COVID-19 QUI ARRIVENT aux portes de l’hôpital ont atteint un point précaire. La plupart ont enduré au moins une semaine de fièvre, de toux et de fatigue à mesure que les particules virales se multipliaient dans tout leur corps. Maintenant, ils sont sur le point d’une étape plus périlleuse, dans laquelle un système immunitaire défiant mal peut faire des ravages sur leurs organes.

Des niveaux élevés de molécules de signalisation immunitaire dans le sang sont un marqueur de danger. Mais l’un des signes les plus évidents de troubles est un taux d’oxygène dans le sang inférieur à 94%, explique Varidhi Nauriyal, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de Pittsburgh. Ainsi, le premier traitement pour les personnes hospitalisées avec COVID-19 est l’oxygène, généralement livré par un masque ou des dents nasales.

La plupart des patients reçoivent également du remdesivir, le seul traitement COVID-19 qui a été officiellement approuvé par la FDA. L’antiviral a attiré l’attention des chercheurs au début de l’année dernière pour sa capacité d’inhiber le SRAS-CoV-2 dans un plat de laboratoire. En avril, un essai international parrainé par les NIH a révélé que le médicament raccourcissait les séjours à l’hôpital de plusieurs jours. Mais en octobre, l’essai beaucoup plus vaste de l’OMS, Solidarité, n’a constaté aucune amélioration du temps de récupération ou de la mortalité. Les lignes directrices sur le traitement des NIH recommandent le remdesivir, mais pas ceux de l’OMS.

Une infirmière prend des dispositions pour les patients atteints de COVID-19 dans la province ontarienne du Canada.

ROBERT ARNTFIELD ( ROBERT ARNTFIELD )

« Il ne semble pas être le médicament miracle que nous aimerions qu’il soit, dit Mangala Narasimhan, un médecin pulmonaire et de soins intensifs au système de santé Northwell de New York. Mais parce que le remdesivir a peu d’effets secondaires et s’est enraciné dans de nombreux plans de traitement au début de la pandémie, il reste une thérapie standard dans la plupart des services hospitaliers et certaines ICUs, dit Leora Horwitz, un hospitaliste et chercheur sur les systèmes de soins de santé à l’Université de New York Langone Health. « Je ne pense pas que cela va faire du mal aux gens, je ne pense pas que cela va leur faire beaucoup de bien, dit-elle.

Les patients sont également régulièrement traités pour une complication commune de COVID-19: caillots sanguins, qui se développent dans les veines d’environ 17% des patients hospitalisés et près de 30% des patients de l’USI. Ces caillots peuvent se déplacer vers les poumons, coupant le flux sanguin vers le cœur, ou vers le cerveau, où ils peuvent causer un accident vasculaire cérébral. De nombreuses lignes directrices appellent à donner à la plupart des gens une faible dose prophylactique d’anticoagulants à l’admission.

Mais comme les patients s’aggravent, les médecins luttent pour savoir s’il faut augmenter la dose d’anticoagulant, ce qui augmente le risque de saignement gastro-intestinal et intracrânien. Trois essais – le REMAP-CAP du Royaume-Uni, l’ACTIV-4 dirigé par les NIH et l’ATTACC du Canada – se précipitent pour clarifier les risques et les avantages.

En décembre 2020, les trois essais ont cessé d’inscrire des patients aux soins intensifs, invoquant des préoccupations au sujet des saignements; résultats préliminaires publiés dans une préimpression ce mois-ci n’a trouvé aucun avantage de survie dans l’USI. Mais en janvier, les résultats provisoires de plus de 1000 patients non atteints de soins intensifs semblaient prometteurs : par rapport à une dose prophylactique, les anticoagulants à dose complète réduisent le besoin de soutien des organes et peuvent également réduire la mortalité, ont annoncé les NIH.

Si ces données tiennent le coup, elles sont « assez profondes », explique Todd Hecht, hospitaliste et directeur du programme de gestion de l’anticoagulation à l’Hôpital de l’Université de Pennsylvanie (HUP). Peut-être que les patients des soins intensifs étaient tout simplement si malades que les anticoagulants à haute dose n’avaient aucun effet, dit-il.

Les essais randomisés de grande taille sont le meilleur moyen de démêler les réalités complexes des soins COVID-19. Mais les médecins cherchaient parfois des moyens plus rapides d’aider les patients en face d’eux. À l’hôpital Henry Ford de Detroit, le flot de patients qui se détérioraient en mars 2020 a incité les médecins à envisager une thérapie alors non prouvée : corticostéroïdes, médicaments utilisés depuis des décennies pour réduire l’inflammation dans des conditions de l’asthme aux allergies. Mayur Ramesh, spécialiste des maladies infectieuses, et son équipe ont passé en revue les nouvelles données probantes en provenance de Chine et ont décidé d’exécuter ce qu’ils ont appelé un « quasi-expérience ». À partir de la fin mars, ils ont donné à tous les patients covid-19 sous oxygène un cours de 3 jours du méthylprednisolone corticostéroïde et ont comparé leurs résultats avec ceux des patients admis plus tôt.

L’équipe a débattu de faire un essai clinique complet, dit Nauriyal, qui aidait alors à superviser les soins intensifs d’Henry Ford. Mais beaucoup avaient de grands espoirs pour la thérapie et ne voulaient pas la retenir d’un groupe témoin.

Au début du mois d’avril, ils ont vu un signal dans leurs données : sur 81 patients admis avant l’ajout de stéroïdes au traitement, 44 % sont passés aux soins intensifs et 26 % sont décédés; pour 132 patients admis plus tard, ces nombres étaient 27% et 14%. Convaincu que le traitement sauvait des vies, Ramesh a appelé des collègues de dizaines d’autres institutions pour passer le mot. Mais sans la rigueur d’un essai randomisé ou de données évaluées par des pairs, peu d’hôpitaux étaient prêts à changer leur pratique.

L’équipe Henry Ford a continué à doser les patients avec des stéroïdes, d’autres médicaments et de l’oxygène, et beaucoup se sont améliorés. Mais comme partout, certains patients se sont détériorés. Comme leurs poumons ou d’autres organes ont échoué, ils ont été transférés dans un nouvel espace plein d’équipement de sing et de bip: l’USI.

« ILS SONT TOUS LES MÊMES. » C’est l’impression que Lane-Fall a eue lorsque les sept premiers patients atteints de COVID-19 sont arrivés à son unité de soins intensifs à l’UPH en mars 2020. « Et ils sont tous super-malades. »

Les dossiers américains suggèrent que près de 30 % des patients atteints de COVID-19 admis à l’hôpital déménagent aux soins intensifs. Ces patients gravement malades font face à une attaque inflammatoire sur leurs poumons et d’autres organes. Beaucoup ont plusieurs caillots sanguins, et certains ont besoin de dialyse pour soutenir les reins chancelants.

Lorsque les patients atteints d’insuffisance pulmonaire ont commencé à remplir les ICUs il y a un an, de nombreux médecins se sont remis sur des années d’expérience avec le syndrome de détresse respiratoire aiguë (SCU), une accumulation de liquide potentiellement mortelle dans les poumons endommagés par un traumatisme ou une infection. « Si quelqu’un m’avait dit: « Vous allez entendre beaucoup de choses, mais c’est ARDS. Traiter l’ARDS, « cela aurait fait un énorme chemin » vers des médecins rassurants, explique George Anesi, médecin en soins intensifs à l’UPenn. Dans le traitement COVID-19, « certains des principes fondamentaux de la médecine des soins intensifs sont vraiment apparus comme étant vrais », dit-il. Il s’agit notamment de proning – périodiquement retourner les patients sur leur estomac pour faire pleinement usage de leurs poumons – et la gestion des ventilateurs mécaniques.

Une infirmière ajuste l’approvisionnement en oxygène — crucial pour les soins COVID-19 — d’un patient des soins intensifs à Nuremburg, en Allemagne.

ALEXANDER ROSSBACH/VISUM/REDUX

Le choix des bons paramètres de ventilation présente des appels de jugement. Forcer trop d’air dans les poumons peut encore les endommager. Mais la prestation de respirations plus petites et rationnées peut affliger les patients; la sedation pour réduire cet inconfort apporte ses propres problèmes. Trouver le juste équilibre « n’est pas le développement de médicaments ou quoi que ce soit de fantaisie », dit Semler, « mais c’est ce que vous faites réellement toute la journée, tous les jours. »

Un dilemme encore plus grand était de savoir qui mettre sur les ventilateurs en premier lieu. Puisque les niveaux d’oxygène des patients de COVID-19 peuvent s’écraser brusquement, la sagesse tôt était d’insérer un tube de respiration au premier signe d’ennui. Comparé aux méthodes non invasives, la ventilation mécanique a également été suspectée pour mieux contenir des particules virales et porter moins de risque d’infection pour le personnel hospitalier. Mais les patients qui passent de longues périodes sur un ventilateur font généralement face à une longue récupération. Peu à peu, les médecins ont commencé à utiliser les ventilateurs avec plus d’parcimonie. Une préimpression publiée à la mi-avril suggérant une oxygénothérapie moins agressive n’a pas augmenté les particules virales en suspension dans l’air a rassuré certains médecins sur leur propre risque.

Au lieu de déplacer les patients en déclin vers un ventilateur, certains hôpitaux ont essayé une « période d’essai » de 6 à 24 heures avec un masque à oxygène à débit élevé et une surveillance attentive, explique massimiliano Greco, médecin en soins intensifs à l’hôpital de recherche Humanitas de Milan. « Ce que nous avons appris, c’est que certains de ces patients peuvent effectivement bien faire », dit-il. Bien qu’un essai clinique puisse déterminer le bon moment pour intuber, Lane-Fall affirme que les risques d’intubation trop tôt sont déjà suffisamment clairs pour qu’un essai randomisé ne soit pas éthique.

Mais les essais randomisés ont apporté une clarté bienvenue sur un médicament, la dexaméthasone corticostéroïde. Recovery, un effort mené par Oxford avec des dizaines de milliers de participants hospitalisés à travers le Royaume-Uni, comprenait la dexaméthasone dans les essais d’une gamme de thérapies potentielles.

Les résultats pour les patients les plus malades ont été spectaculaires: dans le sous-ensemble d’environ 1000 participants de rétablissement sur la ventilation mécanique envahissante, la mortalité 28 jours après admission était de 29%, contre 41% pour ceux obtenant des soins habituels. Compte tenu du nombre de médicaments qui échouent dans les essais pour les patients gravement malades, cette taille d’effet « était bien supérieure à tout ce que tout examinateur de subvention aurait dit est même plausible », explique Kenneth Baillie, médecin en soins intensifs à l’Université d’Édimbourg et l’un des chercheurs de l’essai. « Je vais consacrer toute ma carrière à la recherche médicale, et qu’un article sur les stéroïdes sera probablement [mon] plus important. »

Chez Henry Ford, l’équipe de Ramesh était extatique lorsque Recovery a annoncé ses résultats en juin, un mois après que Ramesh et ses collègues ont publié leurs résultats sur la méthylprednisolone. Les deux médicaments sont des stéroïdes avec des méthodes d’action similaires, ce qui suggère que le pari d’Henry Ford n’avait pas été loin de la base.

Une équipe médicale s’occupe d’un patient covid-19 dans la province ontarienne du Canada.

ROBERT ARNTFIELD ( ROBERT ARNTFIELD )

Pourtant, pour les patients sous oxygène, mais pas les ventilateurs, les résultats de la récupération ont été moins spectaculaires: 23% de mortalité, contre 26% chez les patients qui ont reçu des soins habituels. Les besoins en oxygène et la gravité de la maladie varient considérablement dans ce groupe, laissant une certaine incertitude quant aux patients qui en ont bénéficié, note nuala Meyer, médecin en soins intensifs à l’UPenn. C’est un coût de la conception simple de Recovery, dit-elle. L’essai « ne devait pas être lourd pour les fournisseurs, dit-elle, mais vous sacrifiez un certain niveau de détail . »

Chez les participants au rétablissement qui n’avaient pas besoin d’oxygène supplémentaire à l’inscription, la dexaméthasone était en fait liée à une mortalité accrue. C’est peut-être parce que tôt dans la maladie, les stéroïdes peuvent empêcher le système immunitaire d’éliminer le virus, Ramesh dit. Il craint que certains médecins des urgences et des soins d’urgence ne donnent de la dexaméthasone trop tôt. « Si vous ne comprenez pas le moment choisi, vous ne faites que jeter des choses sur les gens », dit-il. « Vous leur faites peut-être du mal. »

Le mois dernier, un autre bras de l’essai Recovery a trouvé des réductions de mortalité avec le tocilizumab, un nouveau médicament anti-inflammatoire plus coûteux approuvé pour traiter la polyarthrite rhumatoïde qui bloque la signalisation inflammatoire par la molécule interleukine-6. Ces résultats faisaient écho aux résultats positifs de l’essai REMAP-CAP du Royaume-Uni,publié pour la première fois dans une préimpression de janvier.

Les essais antérieurs n’avaient pas trouvé d’avantages. Mais la plupart des patients dans les essais Recovery et REMAP-CAP ont également reçu de la dexaméthasone, qui peut avoir apprivoisé l’inflammation assez pour tocilizumab d’avoir un effet, dit Roy Gulick, un médecin des maladies infectieuses à Weill Cornell Medicine qui co-préside le NIH COVID-19 panneau de lignes directrices de traitement.

Comme pour les anticorps monoclonaux, la conversion des études en recommandations de traitement n’est pas simple. Avec le tocilizumab, « La grande question des données que nous avons aujourd’hui est, quels sont les avantages du groupe? Gulick dit. Après des semaines de délibérations, le groupe d’experts des NIH a recommandé le 5 mars le tocilizumab aux côtés de la dexaméthasone pour les patients qui ressemblent à des participants à la récupération ou au REMAP-CAP dans les besoins en oxygène, les marqueurs inflammatoires et d’autres facteurs.

Les médecins peuvent manquer de clarté sur la meilleure façon d’utiliser la dexaméthasone et le tocilizumab, mais avoir deux médicaments éprouvés disponibles contre un virus flambant neuf est remarquable, dit le médecin de soins intensifs Antoine Vieillard-Baron du CHU D’Ambroise Paré, en dehors de Paris. « C’est une grande, grande nouvelle. »

Un an après le début de la pandémie, cependant, les médecins épuisés en ont besoin de beaucoup plus : des traitements qui peuvent empêcher les patients d’atteindre les soins intensifs, voire l’hôpital, en premier lieu. « Le nombre de décès que nous avons vus cette année est tout simplement terrible », dit Narasimhan. Les vaccins commencent à réduire les infections dans certaines parties du monde, mais de nombreuses personnes tomberont malades dans les prochains mois. Ils ont besoin d’un traitement pour arrêter la réplication virale avant le début de la cascade inflammatoire.

« La véritable approche thérapeutique serait un antiviral direct », a déclaré Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, à Science plus tôt cette année. Sont également nécessaires les médicaments qui peuvent réduire au silence les signaux cellulaires précis conduisant à l’inflammation, Baillie dit. « Comment pouvons-nous empêcher les gens de mourir de COVID ? », demande-t-il. « Je pense qu’à l’avenir, cela doit être réalisable. »

Publié dans: par Dominique  Manga(source The Science)

        Auteurs
Kelly Servick

Kelly Servick

Kelly est rédactrice chez Science

Jennifer Couzin-Frankel headshot

Jennifer Couzin-Frankel

Rédacteur du personnel

Catherine Matacic

Catherine Matacic

Catherine Matacic est rédactrice en ligne adjointe, spécialisée en linguistique et en sciences sociales.

19 Mar 2021

Sociologie de la délinquance des élites politiques : Comment ne jamais apparaître fautif en politique (même si on l’est)

« Je ne reconnais aucune de ces infamies pour lesquelles on me poursuit » : c’est en ces termes que s’est exprimé Nicolas Sarkozy, ancien Président de la République, lors du procès dit «des écoutes», démarré lundi 30 novembre.

Dans ce procès, comme le rapporte le journal Le Monde, «Nicolas Sarkozy est suspecté d’avoir tenté d’obtenir d’un magistrat à la Cour de cassation, Gilbert Azibert, des informations confidentielles le concernant, voire de peser sur une procédure engagée dans l’affaire Bettencourt».

Or, comme l’ont montré Carla Nagels et Pierre Lascoumes, cette affaire, comme d’autres avant elle, illustre bien la façon dont les élites économiques et politiques, lorsqu’elles enfreignent les règles, cherchent à tenir à distance le stigmate dégradant de « délinquant ».

Tenir à distance le stigmate de la délinquance

En effet, une constante de la déviance des élites est que, précisément, elles ne se perçoivent pas comme délinquantes, même quand elles font l’objet d’une répression pénale ou d’une peine de prison. Ainsi, Nicolas Sarkozy de se scandaliser, en sortant de garde à vue en 2014 :

« Vous rendez-vous compte ! ? J’ai été traité comme un délinquant ! »

Du fait de leur proximité avec les lieux de pouvoir et les ressources symboliques et culturelles dont elles disposent, les élites sont en mesure de développer un ensemble de « techniques de neutralisation » de la fraude, soit des mécanismes de rationalisation efficaces et complexes qui permettent de justifier la transgression, de la minimiser ou de l’excuser. L’objectif de ces mécanismes est de maintenir à distance « le stigmate de la délinquance ».

Une activité transgressive « habituelle »

D’après Michael Benson, professeur de droit à l’Université de Cincinnati, maîtriser la perception relative aux faits délictueux et tenir à distance la dégradation symbolique repose sur quatre mécanismes.

Dans un premier temps, la défense devra dépeindre l’activité transgressive comme normale, routinière, habituelle, de façon à lui ôter sa dimension blâmable et transgressive. Il faudrait par exemple laisser entendre que la pratique était habituelle « dans ce milieu ».

Ensuite les mis en cause seront présentés par leurs soutiens comme des personnes hautement respectables, et ce de façon indiscutable, sans ambiguïté.

Le procès de François Fillon et de son épouse, poursuivis en février 2020 pour « détournement de fonds publics » et « abus de bien sociaux », a illustré un phénomène similaire.

Le conseil de François Fillon pouvait ainsi mobiliser la « grandeur relative » de l’ancien premier ministre arguant que les faits dont il a pu se rendre coupable seraient relativement peu importants au regard du service rendu à la France dans le cadre de son exercice ministériel.

Une présomption de moralité pour les élites

Pour Pierre Lascoumès, les élites bénéficient en effet d’une « présomption de moralité », soit une « barrière mentale », une incapacité à « imaginer » que l’élite, élue ou nommée, puisse se commettre dans des actes délictueux, là où elle était précisément chargée de produire et faire respecter la norme.

Les élites seraient aussi nécessaires au bon fonctionnement de la société, qui ne pourrait s’organiser autrement que par cette hiérarchie sociale, qui permet encore l’idéal républicain de méritocratie sur lequel s’appuie largement Fillon et le courant de la droite dans lequel il s’inscrit. D’autre part, d’après Lascoumès, les élites se présentent comme « supérieures » aux autres, elles échappent aux finalités ordinaires, qu’elles surplombent.

François Fillon, alors premier ministre, se rend dans une maison de retraite où il affiche une certaine méconnaissance des réalités, mars 2017.

Plaider « l’erreur de jugement »

Lorsque les élites ne parviennent pas à nier leur implication dans une infraction, la situation est alors présentée comme une aberration ou un accident de parcours dépourvu de toute intentionnalité fautive : « C’est une erreur de jugement que je regrette profondément ».

D’après Lascoumes, les élites se caractérisent par leur rapport aux normes, qu’elles produisent et aménagent, ce qui permet de faire en sorte que les activités dans lesquelles elles s’insèrent ne soient pas vues ou lues par la loi comme des crimes mais comme des « erreurs ».

Ici sera alors plaidé un égarement passager, qui ne caractérise en rien l’individu mis en cause. Celui-ci ne peut être qualifié de « délinquant » alors qu’il a simplement commis une « erreur » singulière.

Fillon lui-même pourrait mobiliser cet argument en se positionnant en surplomb de la situation judiciaire, par la formule désormais convenue selon laquelle il « assume toute la responsabilité » des faits qui lui sont reprochés, se donnant là encore la possibilité de se tenir à distance de la situation dans laquelle il est placé en la qualifiant comme s’il en était détaché.

Un rapport particulier des élites à la norme

Une fois construit ce tableau, Fillon et ses conseils pourront alors reprendre la main sur le débat, invitant à interroger « qui » avait intérêt à ces révélations spectaculaires. Il a ainsi été dit que les révélations du Canard Enchainé ont coûté au favori des Républicains son siège lors de la campagne présidentielle de 2017.

Il est tout à fait intéressant de noter là encore le rapport particulier de l’élite à la norme : tantôt elle la fabrique, tantôt celle-ci serait instrumentalisée à son encontre. C’est là encore le cas de Carlos Ghosn, dont la « fuite » est présentée comme une « évasion » qui se justifie au regard de son statut social, au-dessus des lois.

Finalement, dans ce registre, la gravité des faits est transformée en gravité de l’accusation : l’accusation dont l’homme est victime serait la preuve même de sa grandeur, si bien qu’accuser l’ancien premier ministre des Français ce serait presque en vouloir à la démocratie même.

Comment ne jamais apparaître fautif en politique (même si on l’est)

Jérôme Cahuzac, ministre délégué au budget de François Hollande, condamné en 2018 pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale. Eric FEFERBERG / AFP

Exploits de communications, grosses bourdes, discours savants, usage du mensonge ou du silence, vagues médiatiques, mobilisation de l’opinion, émotions et réseaux sociaux : comment la politique joue – t-elle de nos affects ?

Comment réagissons-nous dans des situations professionnelles embarrassantes ? On pense à cette réunion zoom sciemment ratée, au dernier paquet de café fini en secret ou la boulette sur un gros dossier… Cela nous arrive à tous et, en général, on reconnaît vite sa faute, on s’excuse, on tente de faire amende honorable.

Les décideurs, eux, établissent des stratégies de communication bien spécifiques pour ne pas être montré du doigt comme fautifs lors de différentes affaires rendues publiques.

La chercheuse Mahaut Fanchini, maitresse de conférences en sciences de gestion à l’institut de recherche en gestion de l’Université Paris-Est Créteil, a particulièrement travaillé sur ce sujet.

En parallèle, le travail de la défense consistera à saper la crédibilité, voire la moralité de ceux qui les accusent, en montrant qu’ils sont partiaux ou règlent des comptes, qu’ils agissent par ressentiment ou égoïsme et non pour la défense de valeurs universelles.

Le coupable-innocent : les rituels de restauration

Si les juges ne sont pas sensibles à ces arguments, il faudra alors que la défense articule une seconde phase, décrite par Lascoumes comme celle des « rituels de restauration » :

« Quand une personne « respectable » est mise en cause et menacée par des rituels de dégradation, plusieurs dynamiques visent à contrecarrer efficacement le processus d’étiquetage. Les dynamiques de disqualification et de restauration s’entremêlent. »

Ces rituels peuvent être techniques, pour traquer la faille de procédure. Les élites sont ainsi en mesure de maîtriser le calendrier, dont la longueur peut tourner à leur avantage dans le cadre du rituel de restauration : il s’agit de brouiller les pistes, de lancer des procédures-baillons contre la partie adverse ou d’évoquer des questions prioritaires de constitutionnalité qui repoussent les procès dans le temps. Les conseils peuvent ainsi « jouer la montre », puis dans le même temps décrier une justice « trop tardive », rendue « trop longtemps après les faits » ou encore tout à la fois un « acharnement judiciaire » à l’encontre de leur client. En parallèle, des voix opportunes peuvent s’élever pour décrire combien le mis en cause, lui-même, attend ce procès, qui « fera toute la lumière sur l’injuste situation dont il est victime ». Lascoumes souligne à cet égard l’importance du « réseau » pour les élites et le rôle de soutien de moralité que celui-ci peut jouer.

Ces rituels produisent finalement un « coupable-innocent » : « un déviant coupable, mais épargné par le stigmate ».

Dans le cas du procès Fillon, il pourrait être soulevé l’idée que celui-ci a « déjà payé » son dû, par la destitution symbolique qui a succédé à la révélation des faits.   publié danspar Dominique Manga  (source The Conversation)

15 Mar 2021

Chinafrique : le temps des problèmes

Photo : Le président chinois Xi Jinping s’exprime sous le regard de ses homologues sud-africain Cyril Ramaphosa (à gauche) et équato-guinéen Teodoro Obiang, lors du Forum sur la coopération sino-africaine tenu à Pékin le 4 septembre 2018

Popularisé par l’expression Chinafrique, le développement météorique de la présence chinoise en Afrique depuis vingt ans fait partie des nouvelles réalités géopolitiques.

La Chine est le premier partenaire commercial et le premier bâtisseur du continent, ainsi que le premier bailleur bilatéral de nombreux pays africains. Elle n’est en revanche qu’un modeste investisseur en Afrique et seulement son cinquième fournisseur d’armes… mais demain, peut-être, son premier fournisseur de vaccin anti-Covid.

Alors que quelques pays (Angola, Soudan, Zimbabwe, etc.) et quelques secteurs (hydrocarbures, minerais, etc.) lui ont servi de portes d’entrée économique au début du siècle, en 2021 les entreprises de la RPC sont présentes dans tous les domaines, de l’exploitation forestière à la banque en passant par l’énergie. Répandus du Sénégal au Lesotho, les intérêts chinois sont maintenant extrêmement diversifiés.

Cependant, au bout de vingt ans, la « success story » remarquable et remarquée de la Chine en Afrique a des conséquences qui posent problèmes.

Le risque de la dépendance

Le risque de dépendance économique à l’égard de la Chine est mis en évidence par la question de la dette, qui est sur l’agenda international depuis l’Initiative pour la suspension du service de la dette publique bilatérale.

Déclenchée par la pandémie de Covid-19, la récession mondiale accentue les difficultés financières de certains pays africains, rendus déjà vulnérables par un endettement élevé. En 2021, à l’exception de la Grenade, tous les pays en situation de surendettement sont africains. Or la résolution de ce problème passe désormais obligatoirement par Pékin. En effet, entre 2000 et 2018, 50 pays africains sur 54 ont emprunté à la Chine sous des formes diverses. En 2018, la RPC détenait près de 21 % des encours de la dette publique externe du continent, une grande partie de ces prêts concernant des infrastructures dont la pertinence et le coût interrogent parfois (chemin de fer, ports, routes, centrales énergétiques, etc.).

Néanmoins, l’endettement des pays africains envers la Chine est variable. Celle-ci est le premier bailleur bilatéral de certains d’entre eux tels que la Zambie (elle détient 29 % de sa dette extérieure), l’Éthiopie (32 %), l’Angola (39 %), le Congo-Brazzaville (43 %) et Djibouti (70 %). Pour ces pays, le salut dépend de Pékin. Dès 2020, ils se sont tournés vers le gouvernement chinois pour demander un moratoire, voire une annulation d’une part de leur dette. Ainsi l’Angola, dont la dette chinoise atteint environ 20 milliards, et le Kenya ont obtenu un moratoire – de trois ans pour le premier et de six mois pour le second.

Toutefois, ces moratoires ne sont qu’une solution temporaire et ces pays ont besoin de restructurer leur dette pour faire face à une crise économique durable.

Là encore, leur dépendance à l’égard de la politique chinoise est totale. Si la Chine a approuvé l’Initiative pour la suspension du service de la dette publique bilatérale, elle reste réticente à l’idée de rejoindre autrement qu’en observateur le Club de Paris, qui est le forum des créanciers souverains définissant les règles générales de gestion et de restructuration de la dette. Or y adhérer implique pour la Chine, d’une part, de soumettre la gestion de sa dette bilatérale à des règles multilatérales et, d’autre part, d’instiller de la transparence dans ses prêts, dont les conditions sont généralement opaques.

La querelle sur la définition du périmètre des banques chinoises publiques et privées est largement une diversion par rapport à cette question beaucoup plus stratégique. En effet, beaucoup suspectent des dettes cachées et des conditions financières défavorables. Si l’opacité des prêteurs chinois a généralement bénéficié aux gouvernements emprunteurs, elle risque maintenant de se retourner contre eux.

La double migration

L’un des paradoxes de la Chinafrique est la double migration. Pendant les vingt dernières années, non seulement des millions de Chinois ont découvert la route de l’Afrique mais les Africains ont aussi découvert la route de la Chine. Mais comme les autres relations sino-africaines, cette double migration est asymétrique : plusieurs millions de Chinois résideraient actuellement en Afrique (entre 300 et 500 000 rien qu’en Afrique du Sud) tandis que seulement entre 300 et 400 000 Africains vivraient en Chine. Si des immigrés chinois sont présents dans tous les pays africains, en revanche les Africains sont très majoritairement concentrés en Chine dans la ville de Guanghzou (Canton) et, plus particulièrement, dans le quartier de Xiaobei.

Migrants chinois et africains ont la même motivation : tirer profit de l’intense commerce qui s’est développé entre leurs deux mondes. S’il y a de plus en plus d’étudiants africains en Chine, la majorité de cette communauté est constituée de commerçants-migrants. Depuis vingt ans, se forment progressivement des communautés d’immigrés dans les deux sens qui font partie de ces nouvelles guildes de marchands créées par la mondialisation. Des « Chinatowns » se créent dans les capitales africaines tandis que Guanghzou a son « Little Africa ».

Ces communautés marchandes transcontinentales se structurent et s’organisent pour défendre leurs intérêts. Elles créent leurs associations, leurs chambres de commerce et nouent des relations avec les pouvoirs locaux. Elles s’efforcent, par exemple, de se policer elles-mêmes afin d’éviter l’intervention des autorités locales.

Cependant, le développement de ces nouvelles guildes qui sont les passerelles du capitalisme globalisé n’est pas exempt de problèmes : concurrence économique, immigration irrégulière, insécurité et racisme réciproque. L’équilibre entre concurrence et complémentarité économiques est délicat à trouver. Les commerçants africains qui s’approvisionnaient en Chine sont maintenant concurrencés sur leur marché par leurs homologues chinois installés en Afrique, qui ont un accès direct aux usines chinoises. Par ailleurs, cette concurrence ne se limite pas à l’économie formelle. En effet, à l’inverse d’autres diasporas d’affaires sur le continent (Libanais, Indiens, etc.), les migrants chinois investissent aussi la partie la plus pauvre et la plus pourvoyeuse d’emplois de l’économie africaine : le secteur informel. Par exemple, l’artisanat minier africain, qui est massivement informel, est de plus en plus concurrencé par de modestes entreprises minières chinoises qui pratiquent l’exploitation semi-mécanisée.

De ce fait, la concurrence commerciale donne parfois lieu à des violences, voire des émeutes localisées, et un sentiment antichinois se développe dans les milieux populaires. Des gouvernements ont même dû adopter des réglementations interdisant certains secteurs d’activités aux étrangers. Les réussites individuelles de Chinois en Afrique sont scrutées avec suspicion et il est mal venu de franchir certaines limites. Si le dynamisme des Chinois d’Afrique est toléré dans l’économie, il ne l’est pas en politique, comme l’a montré le tollé public causé par l’entrée d’une Sud-Africaine d’origine chinoise au Parlement en janvier dernier.

En écho, les Africains en Chine sont aussi parfois perçus avec suspicion. Après une période de politique d’immigration « business friendly », en 2013 le gouvernement chinois a durci sa législation sur les résidents étrangers. Par ailleurs, en avril 2020, la lutte contre la pandémie de Covid-19 et la forte anxiété sociale consécutive ont conduit à une vague brutale de discrimination contre les Africains à Guangzhou et révélé le racisme anti-africain latent mais constamment nié par les autorités chinoises. En effet, les incidents de Guangzhou, qui ont eu un large écho dans les opinions publiques africaines, s’inscrivent dans un climat de racisme ancien qui a trouvé son porte-voix avec les réseaux sociaux. En définitive, sur fond de stéréotypes racistes dans les perceptions sino-africaines, la question de la sécurité de ces communautés-passerelles entre les deux continents se pose de manière de plus en plus pressante.

Le développement d’une économie prédatrice transcontinentale

Le développement d’échanges illicites est la face cachée de l’essor du commerce sino-africain.

Les produits illicites (drogues, espèces protégées, contrefaçons, etc.) et les produits licites commercialisés de manière illicite (bois, minerais, etc.) circulent dans le sillage des échanges légaux entre la Chine et l’Afrique. Dans la première catégorie, ces dernières années les espèces protégées ont fait la une : la demande du marché chinois a conduit à une hausse des prix et donc du braconnage qui met en danger certaines espèces (le cours de l’ivoire brut en Chine avait atteint 1 900 euros le kilo à la mi-2014). La question du commerce de l’ivoire étant devenue une controverse internationale, les autorités chinoises ont fini par l’interdire en 2018. Mais au-delà des éléphants et des rhinocéros, il y a bien d’autres espèces moins emblématiques chassées en Afrique pour le marché chinois, comme les ânes ou les pangolins.

Si les espèces protégées sont exportées d’Afrique vers la Chine, les contrefaçons prennent la route inverse : l’Afrique constitue actuellement l’un des principaux marchés d’écoulement des contrefaçons chinoises, notamment de médicaments.

Les produits licites commercialisés de manière illicite proviennent des secteurs extractifs comme la pêche, l’exploitation pétrolière et minière et la foresterie. En effet, certains de ces secteurs font l’objet de standards internationaux tandis que d’autres peuvent avoir des impacts dangereux sur les populations et l’environnement. En l’absence de contrôles sérieux par les États africains, certaines entreprises chinoises développent des pratiques prédatrices. Ce faisant, elles incarnent le capitalisme sauvage globalisé.

Vers un rééquilibrage des relations sino-africaines ?

La prise de conscience du risque de dépendance économique à travers le problème de la dette, des défis de la double migration (le racisme, le rejet de l’autre) et du développement d’une économie prédatrice dans l’ombre des échanges légaux suscite des interrogations tant du côté chinois que du côté africain.

Après la lune de miel, les relations de la Chine avec des gouvernements africains tiédissent. Certains d’entre eux n’ont pas hésité à annuler de grands contrats (Tanzanie, Sierra Leone, Gabon, etc.) tandis que l’image de la Chine dans l’opinion publique africaine pâlit doucement. Selon l’Afrobarometer, en 2020 59 % des sondés estimaient que l’influence de la Chine dans leur pays était positive, contre 63 % en 2015.

Les problèmes spécifiques de la Chinafrique qui émergent traduisent un besoin de régulation des relations multiformes entre ces deux partenaires. Jusqu’à présent, la gestion de ces problèmes a le plus souvent été unilatérale. À l’avenir, la Chine et les pays africains vont devoir mettre en place des mécanismes de coopération pour gérer ces problèmes, faute de quoi leur relation risque de se dégrader lentement mais sûrement.  Publié dans par  Dominique Manga (The Conversation)

          Auteur

Thierry Vircoulon Coordinateur de l’Observatoire pour l’Afrique centrale et australe de l’Institut Français des Relations Internationales, membre du Groupe de Recherche sur l’Eugénisme et le Racisme, Université de Paris

13 Mar 2021

Bretagne, mobilisation inédite de marins pêcheurs pour un matelot sénégalais menacé d’expulsion :

Papa N’diaye est énervé. Ce marin pêcheur sénégalais de 41 ans, en France depuis 2014, en a assez de devoir se battre avec l’administration. « Je suis en CDI, j’ai un appartement, j’ai un patron qui envisage un futur avec moi et qui dépend beaucoup de moi. Mais je suis malgré tout menacé d’expulsion », lance-t-il, amer.

Jusqu’en mars 2021, la vie que Papa N’diaye s’était créé dans le Finistère, en Bretagne, semblait se dérouler à merveille. Arrivé légalement en France après avoir reçu une proposition de travail sur un chalutier, il avait d’abord vécu à Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, avant de s’implanter à Guilvinec, en Bretagne. Il travaille actuellement sur un bateau de pêche artisanal en tant que spécialiste du congre, long poisson qui ressemble à une murène.

Pêcheur depuis toujours, il vivait de son savoir-faire, partageant son temps entre les virées en mer et les courtes escales sur terre. En 2017, il s’était même marié avec une Française. Cette union avait modifié son statut, passant d’un permis de séjour pour raisons de travail à un titre relevant de la « vie privée et familiale ». L’année dernière, il avait entamé des démarches pour une carte de résident.

Mais en mars 2020, l’épouse de Papa N’diaye a déposé plainte contre lui. L’homme sera par la suite condamné à 300 euros d’amende pour violences conjugales : il a été reconnu coupable d’avoir insulté et bousculé sa femme. « Il ne lui a pas porté de coups mais il n’aurait de toute façon pas dû faire ce qu’il a fait », commente son avocat, Me Jean-Marc Le Crane. « Cette histoire a suffi à tout déclencher. Six jours après le dépôt de plainte contre lui, la préfecture prenait une première mesure d’expulsion. »

« Il a de l’avenir ici, avec moi, son patron »

Depuis, Papa N’diaye est sous le coup d’une OQTF, la seconde en date. Son titre de séjour pour vie privée et familiale est arrivé à expiration et sa nouvelle demande de visa de travail est au point mort. Tous les matins, il doit aller pointer à la gendarmerie de Guilvinec. « Pourquoi on ne m’envoie pas en centre de rétention administrative puisque j’ai une OQTF ? », peste l’intéressé d’un ton provocateur, pour relever l’absurdité, selon lui, de la situation.

Finies désormais les longues journées au large pour le travail. « Ses convocations à la gendarmerie modifient complètement notre manière de travailler », explique Kevin Le Fourn, son patron depuis près de deux ans, avec qui il forme un binôme en mer. « Il a une épée de Damoclès au-dessus de la tête, il ne sait pas où il va ni de quoi son avenir sera fait, ça le perturbe énormément. Je le vois bien qu’il a peur », poursuit-il.

Kevin Le Fourn, lui aussi, a peur. Dans un milieu professionnel en tension qui ne soulève plus l’enthousiasme, en raison des conditions de travail difficiles et des horaires peu compatibles avec une vie de famille, ce gérant d’entreprise avait fini par trouver chaussure à son pied avec Papa N’diaye, qualifié « d’excellent matelot ».

« J’ai testé une dizaine de gars avant lui mais aucun ne tenait. Je suis très content de Papa N’diaye. Il est très compétent, l’effort ne lui fait pas peur et on s’entend très bien », assure-t-il, aujourd’hui inquiet pour son propre futur professionnel. « J’ai des projets pour d’autres bateaux avec lui. Il a de l’avenir ici, avec moi, son patron. »

Cagnotte et pétition

Le cas de Papa N’diaye a trouvé un écho particulier parmi la communauté de marins pêcheurs du Finistère. Ces derniers ont lancé une cagnotte pour lui permettre de payer ses frais d’avocat, et une pétition circule.

« Des relations très fortes se sont développées entre ces personnes. Les marins sont limite en pleurs au téléphone », commente Thibault Josse, salarié de l’association Pleine Mer, qui a été sollicitée par des marins pêcheurs souhaitant relayer cette affaire. « C’est assez inédit d’avoir une telle mobilisation dans le milieu de la pêche », où les thèses d’extrême-droite trouvent un terreau fertile.

« Je ne suis pas raciste, tout le monde a droit à sa chance et tout le monde a le droit de travailler », estime de son côté Kevin Le Fourn.

Alors que la Bretagne est confrontée à une pénurie de main-d’œuvre dans le monde de la pêche depuis plusieurs années, un accord conclu en 2006 entre la France et le Sénégal, visant notamment à faciliter la délivrance de titres de séjour salarié aux travailleurs sénégalais dans certains secteurs, dont celui de la pêche, est entré en vigueur en 2009. publié dans par Dominique Manga   (source Info migrants par Charlotte Oberti)

 

 

12 Mar 2021

ASPIRINE : Un effet antiviral et protecteur contre COVID-19 ?

Un flacon d’aspirine. (Crédit : Godruma via iStock by Getty Images)

L’aspirine, l’un des médicaments les plus anciens et les plus utilisés, préviendrait l’infection au coronavirus, ont déclaré des scientifiques israéliens.

Dans la recherche, qui a été relue par des pairs, ils ont découvert que, chez un échantillon de personnes ayant fait un test PCR, les patients qui prenaient de petites doses d’aspirine avaient 29 % de moins de risque d’obtenir un résultat positif. Ils ont comparé 10 477 résultats en étudiant les médicaments préventifs que prenaient les personnes.

« Nous sommes très heureux de constater une forte réduction du nombre de personnes dépistées positives à la maladie et cela donne l’indication prometteuse que l’aspirine, un médicament qui est si connu et si peu cher, pourrait aider à combattre la pandémie », a confié Milana Frenkel-Morgenstern, de l’université Bar-Ilan, au Times of Israel.

En plus de conclure que les personnes qui prennent de l’aspirine – un médicament développé il y a plus de 120 ans – ont moins de chance d’attraper le coronavirus, Frenkel-Morgenstern a révélé une autre conclusion « importante » : Les personnes qui prennent de l’aspirine et qui sont testées positives à la COVID-19 ont généralement une maladie plus courte – d’environ deux jours – et ils sont moins touchés par d’éventuelles séquelles du coronavirus.

Personnel médical portant des équipements de sécurité, au service du coronavirus de l’hôpital Shaare Zedek à Jérusalem, le 3 février 2021. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

« Cette conclusion concernant le ‘COVID-long’, un phénomène qui suscite une réelle inquiétude, est très importante », a commenté Frenkel-Morgenstern, dont les recherches antérieures ont été à l’avant-garde. Une étude qu’elle avait réalisée au mois de juin, dans laquelle elle avait découvert la force de la vitamine D dans la lutte contre la COVID-19, avait été confirmée par de nombreux autres chercheurs.

L’étude sur l’aspirine s’est concentrée sur les personnes prenant des doses minimales d’aspirine – 75 milligrammes – pour prévenir les maladies cardiovasculaires sans qu’elles en soient pour le moment atteintes. Les résultats ont été adaptés selon l’âge et les comorbidités.

Milana Frenkel-Morgenstern, cheffe du laboratoire de bio-informatique des maladies complexes au sein de l’université Bar-Ilan (Autorisation : université de Bar-Ilan)

La recherche a été réalisée par Bar-Ilan, la caisse d’assurance Leumit et le centre médical Barzilai, et ses conclusions ont été publiées dans le journal peer-reviewed FEBS. Le professeur de Barzilai, Eli Magen, principal auteur, a noté que « cette observation de l’effet bénéfique des petites doses d’aspirine sur l’infection à COVID-19 est préliminaire, mais elle semble très prometteuse ».

Frenkel-Morgenstern a indiqué que le mécanisme par lequel l’aspirine réduisait apparemment le risque d’infection était encore inconnu, mais qu’elle pensait que la durée de la maladie se trouve raccourcie en raison de ses qualités anti-inflammatoires.

Le docteur Eugene Merzon, principal spécialiste de la Leumit qui a travaillé sur le sujet, a expliqué que malgré les limitations de l’étude d’observation, contrairement à une étude clinique pleine et entière, le taux d’infection pouvait être considéré comme fournissant une indication potentiellement importante dans la lutte contre la pandémie. Et il a indiqué que les calculs séparés sur la longueur de la maladie semblaient appuyer cette hypothèse.

« Le fait que nous avons constaté, c’est que l’avantage de l’aspirine ne se limite pas seulement à la probabilité de l’infection mais à la durée de la maladie également », a-t-il déclaré.

Frenkel-Morgenstern a expliqué qu’il s’agissait d’une recherche anticipée qui, espère-t-elle, débouchera sur une étude plus importante. Elle a malgré tout déconseillé toute pratique d’auto-médication par l’aspirine. Publié dans par Dominique Manga

12 Mar 2021

Pourquoi l’« esclavage par ascendance » subsiste encore au Mali

Photo : Des militants lors d’une manifestation contre la traite des esclaves et le trafic d’êtres humains.

Ces dernières années, les images de migrants africains enchaînés et vendus en Libye ont rappelé la triste contemporainité de pratiques esclavagistes semblant relever d’un autre âge. Mais en Afrique, et notamment en Afrique subsaharienne, la longue histoire, souvent méconnue, de l’esclavage a encore de lourdes conséquences dans de nombreux pays. Ainsi, au Mali, se perpétue une forme d’esclavage appelée « esclavage par ascendance ». Il s’agit de l’assignation du « statut d’esclave » à une classe de personnes sous le prétexte que l’un de leurs ancêtres aurait été réduit en esclavage par le passé par des familles de l’élite locale.

L’esclavage et les traites internes en Afrique de l’Ouest ont prédaté la traite transatlantique et se sont perpétuées au-delà des abolitions. Le commerce transatlantique a accéléré le recentrage des économies ouest-africaines sur la traite : pour répondre à la demande atlantique mais également trans-saharienne, des razzias et des guerres sont menées, les captifs sont gardés localement et/ou vendus comme esclaves pour financer les prochaines guerres.

L’esclavage en Afrique de l’Ouest connaît un regain au XIXe siècle. La multiplication de conflits locaux fait de nombreux captifs de guerre alors que l’abolition progressive de la traite transatlantique réduit la demande. L’« offre » devient alors pléthorique et les prix abordables pour toutes les couches de population. L’Afrique de l’Ouest entame à la même époque une reconversion dans l’économie de plantation, pour laquelle elle a besoin de main-d’œuvre. Les économies ouest-africaines sont dès lors basées essentiellement sur le travail des personnes esclavisées. Les enfants de ces personnes héritent du statut de leurs parents, créant une classe héréditaire reproductible et endogame, corvéable et exploitable à merci. Les rachats sont possibles mais rares.

Si le commerce des esclaves n’existe plus aujourd’hui, les pratiques d’exploitation sociale et économique héréditaire de type « esclavagage par ascendance » s’observent encore au sein des communautés nomades touarègues et peules résidant dans le centre et le nord du pays, mais elles sont en réalité présentes dans toutes les régions du Mali, ainsi que dans d’autres pays comme le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Nigéria, le Cameroun, le Tchad, le Soudan et le Sénégal.

En 2020, quatre militants maliens qui oeuvraient contre cette pratique ont été battus à mort à Djandjoumé, dans l’ouest du pays, sur l’ordre d’élites locales qui continuent de défendre les hiérarchies sociales héritées du passé esclavagiste. S’en sont suivies d’importantes manifestations contre l’esclavage à Kayes.

Une perpétuation silencieuse de l’esclavage

Après l’abolition de la traite interne des esclaves africains de 1905 par l’État colonial français, la libération totale des personnes esclavisées a été lente. Les autorités coloniales se préoccupaient davantage du contrôle des populations et du recrutement des populations anciennement esclavisées pour le travail forcé sur les chantiers coloniaux.

Les propriétaires d’esclaves se sont adaptés au nouvel environnement juridique en cachant la pratique sous le couvert de domesticité, de confiage et de mariage. L’esclavage par ascendance continue ainsi d’exister aujourd’hui.

Les Diambourou : esclavage et émancipation à Kayes au Mali.

Les victimes de l’esclavage par ascendance sont confrontées à des discriminations et des abus et peuvent se retrouver contraintes de travailler sans rémunération. Toute rébellion vis-à-vis de leurs supposés « maîtres » les expose à des sanctions dans les villages où elles résident : on les empêche d’accéder aux ressources essentielles comme l’eau, la terre ou les biens de consommation de base.

Un phénomène difficilement observable

Il n’y a pas de législation sur l’esclavage par ascendance. Il est donc difficile de connaître le nombre exact de personnes victimes de ce phénomène. En 2020, nous avons lancé un projet de recherche de trois ans pour analyser et cartographier les déplacements forcés de personnes cherchant à échapper aux conflits liés à l’esclavage par ascendance dans la région de Kayes au Mali.

L’esclavage a une place centrale dans l’histoire de Kayes ; au XIXe siècle, la région était une zone de transit importante pour les caravanes d’esclaves. Nos recherches démontrent la continuité historique et l’ampleur des déplacements successifs liés à l’esclavage au Mali depuis le début du XXe siècle. Depuis 2018, plus de 3 000 personnes victimes d’esclavage par ascendance ont dû quitter leurs villages dans la région de Kayes, notamment en raison de leur engagement contre cette pratique. Nombre d’entre elles ont subi des exactions.

L’esclavage par ascendance se perpétue au Mali
L’esclavage par ascendance se perpétue au Mali. Nicolas Jalibert/Flickr

Ces déplacements internes – principalement au sein de l’espace rural dans le Sahel occidental – sont largement ignorés. Il est important de les étudier pour permettre une meilleure compréhension du phénomène et épauler les responsables politiques concernés dans la prévention et l’accueil de ces flux migratoires. Il s’agit également de pouvoir anticiper ces flux et renforcer la résilience des communautés d’accueil face à l’arrivée soudaine de familles déplacées. Nos recherches visent à proposer des mesures concrètes pour remédier à cette situation et pour gérer et prévenir le déplacement prolongé des victimes qui tentent d’échapper à l’esclavage.

Il n’existe pas de loi spécifique criminalisant l’esclavage par ascendance au Mali, contrairement aux pays voisins, le Niger et la Mauritanie. En raison de cette absence de cadre juridique protecteur, les victimes de l’esclavage par ascendance n’ont souvent d’autre choix que de fuir vers des régions plus « hospitalières ». Ces déplacements sont souvent causés par des conflits résultant de formes extrêmes d’exclusion ou de discrimination. Une large partie de ces déplacements est totalement invisible/invisibilisée.

Il s’agit d’une tendance historique. Depuis que les Français ont aboli l’esclavage dans la majeure partie de l’Afrique occidentale française en 1905, les résistances contre l’esclavage ont généré des vagues successives de déplacements. Parmi ceux et celles qui ont échappé à l’esclavage, certains ont tenté de retourner dans leur village d’origine, mais beaucoup ont décidé de ne pas le faire et se sont ré-installés ailleurs.

Une diaspora militante

La résistance à l’esclavage pour échapper aux violences systématiques a conduit à la fondation de communautés indépendantes mais également à la migration vers les villes et les pays voisins comme le Sénégal. Ces migrations ont été largement ignorées et passées sous silence.

Ligne Directe : Résister à l’esclavage au Mali.

Aujourd’hui, les personnes auxquelles sont encore assignés le « statut d’esclave » et leurs alliés continuent de protester contre leur traitement et leur exclusion de la société. Ils ont créé des réseaux internationaux, tels que Ganbanaxuun Fedde Armepes, qui est activement soutenu par la diaspora. Ils utilisent largement les réseaux sociaux. Le sujet a également été repris par la communauté des blogueurs maliens, qui a lancé la campagne « Mali sans esclaves » #MaliSansEsclaves.

Les partisans locaux des hiérarchies sociales historiques, avec la complicité d’une partie de l’élite dirigeante demeurée largement silencieuse sur ces questions, ont pour la plupart réagi violemment à cet activisme anti-esclavagiste. Les gens qui contestent l’ordre social basé sur l’esclavage par ascendance sont attaqués, et dans certains cas, assassinés. Ce qui provoque le déplacement forcé de centaines de familles.

Ces groupes déplacés de force, principalement des femmes et des enfants, font partie des populations les plus pauvres et les plus vulnérables du Sahel.

Une crise non reconnue

Les autorités maliennes continuent de refuser de reconnaître qu’il y a encore des victimes de l’esclavage par ascendance au Mali et prétendent plutôt que les victimes ne sont pas des esclaves mais des participants à des pratiques culturelles dites « traditionnelles », lesquelles devraient donc être respectées par souci de cohésion sociale.

Pourtant, le Mali est signataire de diverses conventions internationales contre l’esclavage et la traite et qui prévoient, entre autres, le droit à la vie et à la liberté.

Depuis 2012, une coalition d’organisations maliennes de défense des droits de l’homme plaide pour l’adoption d’une loi criminalisant l’esclavage par ascendance. Mais ce projet de loi a finalement été relégué dans un tiroir par le gouvernement sous prétexte d’autres priorités de crise.

Le gouvernement semble incapable ou peu désireux de s’attaquer à l’esclavage par ascendance et reste silencieux sur le sujet. L’esclavage est considéré comme un héritage tabou qu’il est honteux d’aborder ouvertement car il risque de délégitimer certaines élites dirigeantes actuelles qui ont fermé les yeux sur les tentatives de dissimulation de ces pratiques.

Tant que l’esclavage par ascendance ne sera pas criminalisé au Mali, il sera très difficile de poursuivre le combat contre les abus que subissent les personnes à qui est assigné le « statut d’esclave ». D’autant plus que le système judiciaire malien reste très dysfonctionnel et enclin à la corruption.

Nous proposons des mesures concrètes pour remédier à cette crise durable en formant des professionnels de la justice et en plaidant pour l’adoption d’une loi qui criminalise l’esclavage par ascendance. Nous préconisons la formation des gouvernements locaux et nationaux sur la manière de gérer efficacement les déplacements prolongés des victimes de cette pratique . (The Conversation)

publié dans par  Dominique Manga

           Auteurs

Marie Rodet Reader in the History of Africa, SOAS, University of London

    1.  Bakary Camara Professeur Titulaire Agrégé des facultés de droit et Doyen de la Faculté de Droit Public, Université des sciences juridiques et politiques de Bamako

  1. Lotte Pelckmans  Associate Professor, Centre for Advanced Migration Studies, University of Co