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27 Août 2021

Kaboul 2021 / Saigon 1975 : l’enjeu derrière les images d’évacuations d’enfants

Le retour en force des talibans depuis plusieurs mois et leur prise du pouvoir récente à Kaboul contraignent les puissances occidentales à évacuer d’Afghanistan leurs ressortissants, ainsi que les hommes et les femmes qui les ont accompagnés depuis 20 ans.

L’opération américaine en cours est marquée par un manque d’anticipation certain et rappelle l’évacuation en catastrophe de Saigon à la toute fin de la guerre du Vietnam en 1975. Des scènes issues des deux événements ont été mises en parallèle : hélicoptères s’extirpant du chaos, désordre généralisé, gens en panique. Des images d’enfants afghans confiés par des adultes à des militaires américains renvoient au Babylift qui, en avril 1975, évacua du Vietnam plus de 2 000 enfants.

Un regard rétrospectif sur cette opération et ses modalités peut contribuer à mieux cerner les enjeux de l’enfance dans ce type de crise et les risques qui pèsent sur les enfants de Kaboul aujourd’hui.

Comparaison n’est pas raison, mais quand même…

Les médias insistent sur l’inévitable comparaison entre ce qui se passe à Kaboul actuellement et le départ des derniers Américains du Vietnam en 1975. Certes, des images choisies se ressemblent ; certes ce sont de mauvaises passes pour les États-Unis qui, dans un cas comme dans l’autre, abandonnent une partie qu’ils ont été dans l’impossibilité de gagner militairement ou politiquement ; mais les contextes, les lieux, la géopolitique sont bien différents.

En outre, l’environnement médiatique n’est plus le même, et Joe Biden n’est pas Gerald Ford, président pendant deux ans et demi sans jamais avoir été élu à cette fonction, ni même à celle de vice-président. L’historien ne peut donc que se méfier des rapprochements hâtifs .  https://youtu.be/q6FZ6aFbNvY

Néanmoins, il est vrai que les deux épisodes interrogent des éléments essentiels de la relation des États-Unis au monde : leur (im)puissance relative, leur positionnement vis-à-vis de pays dans lesquels ils ont combattu pendant 20 ans, leur responsabilité envers les populations autochtones, leur (in)capacité à sortir la tête haute de ce qui est apparaît comme des échecs.

Dans les deux cas, la question de la mise à l’abri des personnes qui ont travaillé pour les Américains est lourde de conséquences pour l’image de ceux-ci et pour la vie de celles-là et de leurs familles. À chaque fin de conflit (mondial, bilatéral, civil, colonial…) l’enfance constitue un enjeu crucial, car c’est souvent en son nom que l’on s’est battu : pour assurer la paix aux générations futures, leur liberté, leur avenir. Agir pour l’enfance, sauver les enfants, hier des griffes du régime communiste vietnamien, aujourd’hui de l’Émirat islamique des talibans, apparaît comme la dernière action possible, dotée d’une forte dimension cathartique.

Opération Babylift : la dernière bataille de la guerre du Vietnam

Conscient de l’enjeu représenté par l’enfance, Gerald Ford prit la décision de lancer l’Opération Babylift (4-26 avril 1975) dont l’objectif était de faire sortir le plus grand nombre possible d’enfants du Vietnam.

Pour les Américains, dans le contexte de la guerre froide et avec un arrière-plan idéologique très prégnant, il ne pouvait être question de laisser aux mains des vainqueurs communistes les enfants métis nés de pères soldats américains et de mères vietnamiennes. Les enfants vietnamiens en cours d’adoption par des Occidentaux et plus globalement les orphelins de guerre étaient également concernés par cette évacuation, qui prit la forme d’une opération militaro-humanitaire, une des premières du genre. Cette évacuation a été marquée par le tragique accident du premier avion décollant de Saigon dans lequel périrent environ 150 enfants, mais se poursuivit malgré tout. Au total, plus de 2 000 enfants arrivèrent aux États-Unis et 200 en France via l’Amérique.

En pleine débandade américaine et malgré l’accident tragique, l’opération Babylift a permis de donner une image positive des militaires, des pilotes, de l’armée américaine en général.

Un militaire américain nourrit un bébé au biberon sur la base aérienne de Clark (Philippines) pendant l’opération Babylift, en avril 1975.

Cette photo a été très utilisée à l’époque, donnant une image d’humanité, de compassion, d’attention à l’autre bien éloignée des comportements dénoncés par la presse et les mouvements anti-Vietnam. Mais pouvait-elle faire oublier la photo de la petite Kim Phuc courant nue sur une route après le bombardement au napalm de son village en 1972 ?

Babylift a été menée dans une grande confusion, le traçage des enfants étant impossible dans la panique générale. Pour Le Monde (23/05/1975), « le sort de centaines d’enfants s’est trouvé fixé en quelques heures par des bonnes volontés parfois plus soucieuses des mauvaises consciences occidentales que du sort des enfants orphelins ».

Parmi les enfants, combien d’entre eux avaient encore leurs parents, de la famille ? Plusieurs mois après, certains enfants déclarent ne pas être orphelins et vouloir rentrer dans leurs familles. Une petite Vietnamienne de douze ans confie un an après son arrivée qu’elle n’est pas orpheline mais la fille d’un responsable de la police de Saigon qui l’a fait partir pour la sauver, en lui interdisant de révéler la vérité.

Risques et enjeux autour enfants afghans

La situation des enfants à Kaboul aujourd’hui fait écho à celle de 1975. Plusieurs images d’enfants extirpés de la foule par des militaires américains gardant l’aéroport de Kaboul ont circulé sur les réseaux sociaux, accompagnées de commentaires sur le « sauvetage » de ces enfants. Vecteur médiatique fort, l’enfant est un emblème, un symbole, une cause qui provoque émotion, compassion, réaction face à l’injustice de la situation. Mais il faut aussi analyser ces images avec circonspection pour éviter tout risque d’instrumentalisation et réfléchir en profondeur à la situation des enfants afghans.

Devant le mur d’enceinte de l’aéroport de Kaboul, le 19 août 2021. Vidéo Réalisée Par Omar Haidiri/AFP

Par exemple, la vidéo dont est extraite cette photo a donné lieu à toutes sortes d’interprétations : la détresse et le sacrifice des Afghans qui abandonnent leurs enfants aux Américains ; la pire manière que les Américains ont de quitter le pays en s’emparant d’enfants mais en refusant que les parents les suivent ; ou, au contraire, le geste d’humanité face à la nécessité de sauver les enfants à tout prix du sort qui les attend sous les talibans. Les réactions étaient déjà les mêmes face à l’opération Babylift : certains y voyaient une ultime manifestation de l’impérialisme américain au mépris des vies humaines concernées quand d’autres critiquaient au contraire l’insuffisance de l’opération.

Deux jours plus tard (le 21 août), l’armée américaine a précisé que les militaires n’avaient pas pris en charge ce bébé pour l’envoyer aux États-Unis, mais pour le soigner car il était malade, avant de le rendre à sa famille. Comme souvent, cette mise au point officielle n’a pas été reprise avec le même engouement sur les réseaux sociaux. Pour allumer un contre-feu médiatique, les autorités américaines ont publié d’autres photos – qui rappellent vraiment celle du Babylift présentée plus haut – de soldats s’occupant de bébés en attendant que leurs parents satisfassent aux formalités de départ sur l’aéroport.

De son côté, le Foreign Office a dû rappeler que les militaires britanniques ne peuvent pas prendre en charge des enfants non accompagnés. En effet, depuis 1975, l’intérêt et les droits des enfants ont été inscrits dans de grands textes internationaux, notamment la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989 et la Convention de La Haye sur l’adoption internationale en 1993. Il y est stipulé que la place des enfants est avec leurs parents, à défaut avec leur famille puis avec leur communauté, dans leur pays de naissance. Il n’en demeure pas moins que, selon l’UNICEF et l’Unesco, la situation des enfants en Afghanistan (victimes des combats, enfants-soldats, orphelins, malnutrition, régression de l’éducation des filles) nécessite des actions humanitaires d’ampleur. Ce qui laisse entières les questions si ardues et complexes du quoi faire et du comment

Publié dans par Dominique Manga

                Auteur

  1. Yves Denéchère   Professeur d’histoire contemporaine, Université d’Angers

20 Août 2021

Afghanistan : des décennies de guerre et d’erreurs de calcul

Alors que le monde entier a les yeux braqués sur l’Afghanistan et s’interroge sur les raisons de la rapide victoire des taleban, un retour sur l’histoire récente et plus ancienne du pays s’impose.

On ne saurait, en effet, bien comprendre les récents développements sans avoir une vue d’ensemble de l’évolution qu’a connue ce territoire au cours des dernières décennies. Une évolution qui l’a vu successivement se rapprocher de l’URSS, être envahi par celle-ci, sombrer dans la guerre civile, être dominé une première fois par les taleban, puis subir, vingt ans durant, l’intervention américaine qui vient de s’achever…

L’entrée dans le monde moderne

L’Afghanistan, pays enclavé, a bénéficié au XIXe siècle des subsides britanniques. Puis sont venues les attentions soviétiques et, ensuite, américaines. Durant la guerre froide, les massives aides étrangères ont abouti à l’apparition à Kaboul d’une caste de privilégiés coupés des réalités des provinces.

Dans les années 1960, Soviétiques et Américains ont rivalisé de financements pour attirer l’Afghanistan dans leur zone d’influence. À ce jeu, les Soviétiques ont gagné. Des milliers de bourses d’études en URSS ont été offertes aux jeunes Afghans. Ingénieurs et officiers prirent goût à la vodka et aux blondes russes, ce qui était pour eux le comble de la modernité. Beaucoup se sont mariés sur place, et sont restés après 1980. Surtout, les Soviétiques ont fourni en armes l’armée afghane et ont gagné les officiers à leur cause. Ce sont ces officiers convaincus qui ont organisé le coup d’État de 1978.

Répressions contre les religieux et propriétaires terriens s’ensuivirent, conduisant à des révoltes populaires, vite contrôlées par des partis hostiles aux communistes dont les responsables s’étaient installés au Pakistan voisin.

Dans l’idée d’affaiblir l’URSS, les Américains ont fourni une assistance considérable à ces partis. Leurs commandants locaux, qui se déplaçaient à moto, ont vite pris l’habitude des 4×4 japonais offerts par Washington. Toute l’aide américaine transitait par les généraux pakistanais et leurs services secrets. Malgré les mises en garde des Occidentaux connaisseurs du terrain, ce sont les partis extrémistes et les plus anti-américains (à commencer par le Hezb·e islami, « parti de Dieu ») qui ont été les mieux financés. Après le départ des Soviétiques en 1989, dépités de s’être fait surprendre par Ahmed Chah Massoud pour la conquête de Kaboul en 1992, ils ont longuement bombardé la capitale et lui ont fait subir un blocus rigoureux.

En 2001, après les attentats du 11 septembre, organisés par Oussama Ben Laden depuis l’Afghanistan, où il avait été accueilli en 1979 en échange d’importants subsides, les États-Unis ne pouvaient pas ne pas réagir. La décision fut, dans un premier temps, de ne pas envoyer d’hommes sur le terrain. Ils se sont donc appuyés sur les commandants de la supposée « Alliance du Nord », aux intérêts déjà divergents. Des valises de dollars ont été distribuées pour inciter les chefs de guerre au combat.

Une reconstruction difficile sous l’égide américaine

Les taleban une fois tués ou repliés dans leurs bases du Pakistan, les États-Unis – et la communauté internationale, sous l’égide des Nations unies – se sont mis en tête de reconstruire l’État afghan, faisant du « Nation building » tout en s’en défendant.

Une Constitution à l’américaine, avec un président (et non pas à l’européenne avec un président et un premier ministre) fut adoptée en 2004, et violée en 2014 par les Américains eux-mêmes, avec la création, non prévue et imposée par eux, d’un poste de « chef de l’exécutif », pour contenter le candidat malheureux aux élections tenues cette année-là, Abdollah Abdollah ; ce chef tadjik, se présentant comme héritier du commandant Massoud, contrebalançait ainsi le président pachtoune Ashraf Ghani. Dans un pays ultra-conservateur, les Occidentaux ont voulu imposer leur propre vision du monde ; des ONG féministes scandinaves proposaient la parité hommes/femmes à tous les niveaux de conseils et de représentation, jusqu’aux villageois.

Le président afghan Ashraf Ghani (au centre) salue son ancien rival Abdollah Abdollah (à droite), devenu président du Haut Conseil pour la réconciliation nationale, avant une réunion au Parlement afghan à Kaboul, le 2 août 2021. Deux semaines plus tard, les taleban prendront la capitale et proclameront leur victoire. Wakil Kohsar/AFP

Les députés n’avaient aucun pouvoir… sauf celui d’accumuler de l’argent le plus vite possible. Une disposition de la Constitution demandait leur accord à la nomination des ministres. Ceux-ci devaient acheter le vote des députés, puis se dépêcher, par une intense corruption, de rentrer dans leurs frais. Des ministères importants restaient des mois sans titulaire, faute de compromis. Aucun des services de l’État ne fonctionnait. Les États-Unis payaient les fonctionnaires et les corrompus. De fausses embuscades étaient lancées sur les routes pour que soient payées des sociétés de sécurité possédées par des ministres ou chefs de guerre. Quelque 80 % du budget de l’État afghan venait de l’étranger.

Dans ce cadre de désillusion et de corruption généralisée, les taleban ont vite repris des forces dans les campagnes, instaurant une administration qui, quoique dure, était vue comme préférable au chaos.

Que veulent les taleban ?

Une fois le retrait américain annoncé, l’avancée des taleban a été fulgurante. Souvent, la paie des soldats du gouvernement de Kaboul était saisie par leurs officiers, l’équipement était déplorable, les soutiens logistiques inexistants. L’armée paraissait nombreuse, mais beaucoup de régiments n’existaient que sur le papier : les États-Unis payaient des troupes inexistantes.

Des notables du régime afghan ont acquis des résidences sur la nouvelle île artificielle créée à Dubaï, à partir d’un million de dollars, réglés cash, en liquide. Tout cela aux frais des contribuables américains. Pourquoi les soldats afghans, mal payés et abandonnés, se seraient-ils fait tuer pour permettre à leurs supérieurs de continuer à mener grande vie ?

En 1996, les taleban d’alors avaient également vite conquis les provinces, sans rencontrer de résistance. La population s’était alors largement ralliée à eux, pour retrouver l’ordre et la sécurité. Ce qui a le plus surpris cette année, c’est leur progression très rapide, dès juin 2021, dans les provinces du nord du pays, peuplées surtout d’Ouzbeks. Les Ouzbeks, a priori opposés aux Pachtounes taleban d’aujourd’hui, ont également pensé retrouver la sécurité en s’alliant aux plus forts.

On s’étonne également du nombre des combattants taleban, qui se sont révélés capables de prendre simultanément les postes de douanes, synonymes de rentrées financières, et les principales capitales provinciales. Leurs armements semblent inépuisables ; ils sont de modèle soviétique, et non américain. Certes, il y a eu des prises de guerre dans les postes gouvernementaux abandonnés, mais aussi, forcément, des apports extérieurs : du Pakistan, de l’Iran ?

À présent, avec la fin probable des financements américains, toute une partie de la société de Kaboul, qui en profitait directement ou indirectement, se retrouvera sans emploi. Les femmes, qui avaient gagné des libertés dans cette atmosphère occidentale, se retrouveront contraintes, comme il y a cent ans. Beaucoup de femmes de Kaboul regrettent le temps du roi Zaher Châh (1963-1973) quand les citadines s’émancipaient, puis la brève période communiste (1978-1979), quand la libération des femmes était prônée et que les miliciennes se promenaient cheveux au vent à fouiller les paysannes voilées. Mais, finalement, « les femmes à la maison », ce n’est pas pour tant déplaire aux bons phallocrates villageois.

Un combattant taliban passe devant un salon de beauté dont la devanture a été vandalisée pour ne plus laisser apparaître les figures féminines qui y étaient représentées, à Kaboul, le 18 août 2021. Wakil Kohsar/AFP

Les taleban se disent nationalistes ; ils veulent reprendre le pouvoir dans leur propre pays, le diriger à leur guise. En cela, ils se différencient des extrémistes de Daech, qui se veulent internationalistes. Pour les taleban, il s’agit de diriger la nation afghane ; pour Daech, c’est d’exporter partout un régime qu’ils appellent « islamiste ». Les deux mouvements sont incompatibles ; d’ailleurs, ils se sont affrontés pour la conquête de territoires, et les taleban ont gardé la supériorité. Les taleban sont là pour longtemps. Aucune opposition n’est prête à les affronter, aucun pays étranger non plus. Il reste à espérer que leurs modes d’action s’adouciront avec le temps et l’exercice du pouvoir…  Publié dans par Dominique Manga

               Auteur

  1. Bernard Dupaigne directeur émérite au Musée de l’Homme, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

18 Août 2021

Points forts, limites, risques… Décryptage de la technologie des vaccins à ARN

ARNm : quatre lettres qui ont fait le tour de la planète et désignent ce qui s’avère déjà être une avancée majeure dans le domaine de la vaccination. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Les ARN (pour Acides RiboNucléique) sont des molécules dont la structure est proche de celle des molécules d’ADN (Acide DésoxyriboNucléique). Beaucoup moins stables que ces dernières, ce qui signifie qu’elles sont plus facilement détruites, les molécules d’ARN jouent toutefois de nombreux rôles dans les cellules. Ceux-ci varient selon la classe d’ARN considérée : ARN de transfert ou ARN ribosomique qui interviennent dans l’assemblage des protéines, ARN guides qui aident à positionner certaines enzymes au bon endroit… Aujourd’hui encore, de nouvelles classes d’ARN possédant diverses fonctions biologiques sont découvertes.

L’ARN utilisé pour la vaccination appartient à la classe des ARN messagers (ARNm). Ces petites molécules sont connues depuis les années 1960, époque à laquelle François Jacob et Jacques Monod, deux éminents scientifiques français, ont joué un rôle prépondérant dans leur découverte. Les ARN messagers sont présents de manière fugace dans nos cellules. Ils constituent en quelque sorte le « plan de montage » des protéines : dans le noyau de la cellule, l’information correspondant à une protéine donnée, portée par l’ADN, est « recopiée » sous forme d’une molécule d’ARNm. Celle-ci passe ensuite dans son cytoplasme (son « corps », soit l’espace compris entre son noyau et sa membrane plasmique). Elle y sera lue par les ribosomes, les unités chargées de la production des protéines, puis rapidement détruite.

C’est sur cette fonction que reposent les vaccins à ARNm. Le principe est en effet d’injecter dans des cellules du tissu musculaire l’information leur permettant de produire une protéine soigneusement sélectionnée et modifiée de l’agent infectieux contre lequel on souhaite obtenir une immunité –en l’occurrence la protéine Spike du SARS-CoV-2. Les cellules de l’individu vacciné fabriqueront elles-mêmes transitoirement le constituant viral en question, qui sera reconnu comme étranger à l’organisme et déclenchera une réponse immunitaire spécifique.

Il a longtemps été difficile de travailler avec les molécules d’ARN, en raison de leur fragilité. Mais grâce aux progrès scientifiques, les choses ont changé, et l’on peut aujourd’hui envisager d’utiliser les ARNm comme vaccin.

Avantages et désavantages des vaccins à ARNm ?

Utiliser l’ARNm pour vacciner présente de nombreux avantages.

Tout d’abord, c’est une approche vaccinale encore plus sûre dans toutes ses étapes, de la conception à l’utilisation, car aucun être vivant n’est manipulé. La fabrication des vaccins à ARNm est aussi devenue plus « simple » que celles des autres types de vaccins, qu’il s’agisse de vaccins vivants atténués (basés sur l’emploi d’agents infectieux vivants modifiés afin qu’ils perdent leur pouvoir infectieux) ou de vaccins inactivés (qui contiennent des agents infectieux « tués » ou des fragments d’agents infectieux soigneusement purifiés et apprêtés).

La production de ces deux types de vaccins contre des virus nécessite en effet le plus souvent de recourir à des cultures de cellules ou à des œufs embryonnés, dans des conditions très contrôlées. Les vaccins à ARNm s’affranchissent de ces étapes lentes et coûteuses, car ils sont produits par synthèse chimique. En outre, contrairement aux vaccins vivants atténués, le risque de retour à la virulence est nul, puisqu’ils ne contiennent pas d’agent infectieux mais uniquement l’information nécessaire à la production d’une protéine virale.

Outre le fait que les vaccins à ARNm sont relativement faciles à produire et peu onéreux, leur adaptation à l’évolution des agents pathogènes peut se faire rapidement. Si de nouveaux variants viraux contre lequel le vaccin serait moins efficace émergent, il suffit (théoriquement !) de modifier la séquence de l’ARNm pour la faire correspondre à celles de ces nouveaux variants viraux afin de retrouver une efficacité optimale.

Enfin, une conséquence de leur présentation originale au système immunitaire est que les vaccins à ARNm génèrent des réponses immunes larges, incluant les composantes cellulaire (lymphocytes) et humorale (anticorps). Or, ces réponses larges sont plus efficaces pour lutter contre les virus.

Les désavantages de ces molécules d’ARNm sont essentiellement liés à leur stabilité plutôt faible. En effet, ce sont des molécules fragiles et leur conservation n’est pas toujours évidente même si des progrès ont été faits ces dernières années (lyophilisation). Que ce soit hors ou dans les cellules, les ARNm disparaissent vite, en raison de leur structure moléculaire…

Un autre désavantage est que lorsque les ARNm sont étrangers à nos cellules, ils peuvent aussi activer des réponses interférons de types 1 et 3 (les interférons sont des protéines produites notamment en réaction à des infections virales). Ces réponses mènent finalement à leur dégradation et peuvent réduire l’induction de la réponse immune souhaitée lors de la vaccination. Toutefois l’optimisation des séquences d’ARNm selon diverses approches permet de pallier cet inconvénient.

Peuvent-ils modifier nos génomes ?

Les ARNm des vaccins développés contre la COVID-19 ne sont aucunement des organismes génétiquement modifiés (OGM) et ne constituent pas une approche de thérapie génique. En effet, ce sont juste de petits morceaux d’acides nucléiques inspirés des génomes viraux, qui n’ont pas la capacité de modifier nos gènes.

Rappelons que les ARNm restent dans le cytoplasme des cellules et n’ont pas vocation à gagner le noyau. Pour pénétrer dans cette partie de la cellule, les molécules présentes dans le cytoplasme doivent être porteuses d’un « étiquettage » spécifique. En outre, des molécules de transport devraient intervenir pour les y emmener. Ce dont ne disposent pas les ARNm des vaccins.

Et quand bien même ces ARNm vaccinaux rentreraient dans le noyau, l’ARN ne peut pas s’intégrer dans notre génome sans être transformé en ADN (on parle de rétrotranscription), ce qui nécessite des enzymes très particulières, appelées transcriptases inverses. Celles-ci sont le plus souvent virales : on les trouve plus particulièrement dans les virus de la famille des Rétrovirus (comme le VIH, responsable du SIDA) et des Hépadnavirus (comme le virus de l’hépatite B). Des protéines un peu particulières avec une activité transcriptase inverse, comme l’ADN polymérase eta, ont également été identifiées dans nos cellules. Cependant ces protéines ne sont pas localisées dans le cytoplasme cellulaire et n’ont pas vocation à interagir avec des ARNm. Une modification de nos génomes par un ARNm relève donc plutôt de la (science)-fiction…

Par ailleurs, il ne suffit pas que la rétrotranscription ait lieu : l’intégration de l’ADN obtenu dans le génome demanderait la présence d’autres enzymes appelées intégrases. Et si nous poussons la fiction jusqu’à envisager malgré tout une intégration, celle-ci n’aboutirait pas pour autant à des effets délétères pour la cellule hôte. Il faudrait pour cela que ce fragment s’insère dans une région contenant un gène, or les gènes ne représentent pas la majeure partie de notre génome. De plus, une telle modification ne serait de toute façon pas transmise à la descendance.

Cellule vue par microscopie, avec corp cellulaire et noyau bien apparents.
Nos cellules sont des espaces très compartimentés. L’ARNm injecté par vaccin ne rentre que dans le corps cellulaire (bleu pâle), il n’a pas les moyens d’accéder au noyau (violet). Torsten Wittmann, University of California, San Francisco/NIHCC BY-NC

Enfin, il est bon de se rappeler que les ARNm vaccinaux menant à la production de la protéine Spike modifiée lors d’une vaccination sont infiniment moins nombreux que les ARNm produisant la même protéine Spike lors d’une infection naturelle. Dès lors le risque, si tant est qu’il soit avéré, se situe clairement du côté de l’infection naturelle et non pas de la vaccination.

Pour toutes ces raisons, les « risques » de modification de nos génomes par les ARNm vaccinaux sont pour ainsi dire statistiquement nuls. Nous courrons des risques nettement plus élevés dès lors que nous prenons une aspirine, notre voiture ou que nous montons dans un avion… ou que nous nous faisons infecter par le SARS-CoV-2.

Ont-ils été développés trop rapidement ?

Cette remarque revient fréquemment dans les débats récents. Là aussi, il convient de rappeler que la vaccination au moyen d’acides nucléiques, dont les ARNm, est une histoire déjà ancienne (les premières tentatives d’utiliser l’ARNm pour la vaccination remontent au début des années 1990).

De très nombreuses publications précliniques relatives à cette approche chez l’animal (rongeurs, porcs, bovins et macaques…) ont été publiées et n’ont pas montré d’effets secondaires majeurs à court, moyen et long terme. Par ailleurs, les essais cliniques chez l’être humain (de phases 1, 2 et 3) ont démontré une excellente efficacité vaccinale et pas plus d’effets secondaires qu’avec les vaccins conventionnels. Signalons au passage que même dans les groupes placebos (c’est-à-dire dans lesquels aucun principe actif n’a été injecté), des effets secondaires sont rapportés. Cela signifie que lesdits effets secondaires sont en partie liés à l’injection en elle-même.

Nous avons maintenant des centaines de millions de personnes de plus de 12 ans vaccinées sans effets secondaires majeures. Les vaccins à ARNm protègent contre les formes cliniques graves et réduisent de façon non négligeable la transmission virale en diminuant le nombre de jours d’excrétion du virus chez les quelques personnes néanmoins infectées.

Enfin, en médecine vétérinaire, des vaccins à ADN existent depuis quelques années (West-Nile Innovator® contre la maladie de West-Nile chez le cheval, Oncept Canine Melanoma® contre le mélanome buccal de chien et Clynav® contre la maladie pancréatique du saumon) et aucun effet indésirable majeur n’a été rapporté.

Quid des phénomènes allergiques observés chez certains patients ?

Des réactions allergiques ont été rapportées chez certains patients suite à la vaccination. Les réactions allergiques post-vaccinales, même si elles sont rares, sont bien connues. Elles sont liées à certains composants des vaccins pour lesquels les patients vaccinés auraient été sensibilisés précédemment (dans leur vie de tous les jours où lors de vaccinations antérieures incluant le même composé).

Face au risque allergique, nous ne sommes en effet pas tous égaux, et notre patrimoine génétique joue pour beaucoup. Toute réaction allergique (hypersensibilité de type 1) passe par une phase de sensibilisation à l’antigène (la substance reconnue comme étrangère par le système immunitaire, qui déclenche la réaction) – la première fois qu’il est rencontré – puis par une phase de latence. Plus tard, confronté à nouveau au même antigène, l’organisme développe la réaction allergique.

En ce qui concerne les allergies suite à la vaccination contre la Covid-19, celles-ci ont été rapprochées d’une substance, le polyéthylène glycol, présent à faible dose dans une formulation vaccinale. Cette substance, d’usage courant, a été identifiée comme allergène dans de rares cas et aurait posé problème chez des personnes à risque allergique avéré ou non identifié. Aux États-Unis et en Europe, où des millions de personnes ont déjà été vaccinées, des réactions allergiques ont effectivement été notées, mais elles restent rares.

Généralement les personnes à risque se connaissent et pour celle-ci il est convient d’être vigilant avec les vaccins à ARNm, tout comme les vaccins plus conventionnels, mais également avec de simples antibiotiques (pénicilline) ou même des aliments des plus classiques (arachides, fruits de mer…).

Rapport bénéfice/risque

Un traitement médical n’est jamais un acte anodin et la vaccination ne déroge pas à la règle. Elle doit faire l’objet d’une analyse bénéfice/risque rigoureuse, pour nous-mêmes et pour la collectivité, nationalement et internationalement. Dans le cas de la pandémie actuelle de Covid-19, il est clair que les effets secondaires associés à l’emploi des vaccins à ARNm sont dans la toute grande majorité des cas temporaires, limités et ne concernent pas tous les patients vaccinés alors que les risques sanitaires, économiques et sociaux de la crise Covid-19 sont de premier plan et pour l’ensemble de la population.

L’emploi de ces nouvelles armes – suivi de près par les acteurs en charge de la pharmacovigilance – s’avère de plus en plus constituer une avancée majeure dans la lutte contre les maladies infectieuses. Et la révolution pourrait ne pas s’arrêter là : en effet, les ARNm pourraient également être utilisés pour lutter contre de nombreux cancers, des maladies orphelines, et même les allergies !    Publié dans par Dominique Manga (source The Conversation)

                Auteur

  1. François Meurens Professeur Immuno-Virologie (DMV-PhD) – Oniris (École nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation de Nantes-Atlantique), UMR 1300, Inrae

13 Août 2021

Attention : Les compléments alimentaires ne sont pas sans risque

Derrière la popularité des compléments alimentaires il y a, notamment, cette idée qu’ils ne peuvent nous faire que du bien… C’est oublier qu’il y a des dangers potentiels à multiplier les prises de vitamines et autres minéraux. Et les consommateurs n’en sont pas toujours bien avertis.

En effet, à la différence des médicaments, pour voir leur commercialisation autorisée les compléments alimentaires ne sont pas tenus de renseigner sur ce point de façon poussée l’organisme de régulation des médicaments d’Australie, le Therapeutic Goods Administration (TGA).
(ndlr : en France non plus, aucune autorisation de mise sur le marché spécifique n’est exigée, mais ils sont surveillés comme toute denrée alimentaire. Ils font l’objet d’une déclaration à la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Les substances chimiques utilisées dans leur fabrication doivent également être sans danger.)

J’ai identifié six façons dont la prise de ces compléments désormais si fréquents pourrait s’avérer nocive. Ces résultats ont été publiés dans la revue spécialisée Australian Prescriber .

Que sont les compléments alimentaires ?

Ces produits peuvent contenir des extraits de plantes, des vitamines, des minéraux, des acides aminés, des enzymes, des algues, etc. Ils sont destinés à compléter notre régime alimentaire, et non à procurer un quelconque effet thérapeutique.

En Australie, les compléments alimentaires dominent largement l’industrie des médecines dites complémentaires, dont ils font partie. Les ventes de compléments alimentaires ont atteint 4,9 milliards de dollars australiens en 2017, soit un doublement en une décennie. Une étude menée au niveau national en 2018 a montré que 63 % des gens y avait régulièrement recours.
(ndlr : même chose en France entre 2006 et 2015, comme l’ont montré les Études individuelles nationales des consommations alimentaires 2 et 3. 29 % des adultes et 19 % des enfants en consomment. Ce marché pèse 2 milliards d’Euros par an.)

Les compléments alimentaires les plus utilisés sont ceux contenant vitamines et minéraux : vitamine D, vitamine C, vitamine A et calcium ou magnésium. D’après une étude publiée dans le journal Nature, ils sont utilisés par 47 % des consommateurs.

Sur quoi faut-il être vigilant ?

Beaucoup disent qu’ils n’ont jamais entendu parler de risques concernant les compléments alimentaires. Ce qui n’est pas surprenant, la communication à leur propos met principalement en avant les bénéfices que l’on peut tirer de leur consommation ; les risques potentiels sont peu mentionnés.

La notice d’information est souvent limitée et ne mentionne que rarement les risques d’effets secondaires. (ndlr : en France, l’étiquetage est tenu d’apporter certaines informations. Il existe également un dispositif où peuvent être déclarés les effets indésirables observés, nutriviligance.)

Il existe pourtant des nuisances bien connues causées par les ingrédients entrant dans la composition des compléments alimentaires. C’est un fait bien établi en pharmacologie, surtout quand ces ingrédients sont consommés à haute dose.

Pour ces raisons, en Australie, la prise à haute dose de certaines vitamines et minéraux est régulée et ne peut être reçue que par un pharmacien ou sur prescription médicale. (_Ndlr : en France, des recommandations sanitaires sont également disponibles, et indiquent les doses journalières maximales recommandées.)

Si les effets secondaires sont les risques potentiels qui viennent en premier à l’esprit, les compléments alimentaires peuvent avoir d’autres conséquences. J’en ai identifié six, de différentes natures :

  • Les effets secondaires indésirables, qui peuvent découler d’un usage bref comme sur le long terme. Une dose trop importante est souvent en cause, mais pas toujours. Certains compléments sont déconseillés en cas d’allergie, de grossesse, lors de l’allaitement, etc.
  • Les interactions médicamenteuses : les mélanges avec certains traitements peuvent entraîner une toxicité ou diminuer l’efficacité de ces derniers.
  • Le coût : multiplier les compléments n’est pas anodin.
  • Le retard de prescription : les compléments ne sont pas des médicaments. Mais il arrive que leur prise soit considérée comme suffisante face à un problème de santé, retardant ainsi la consultation médicale et la mise en place d’un traitement effectif.
  • La fraude et de faux espoirs : certains compléments peuvent afficher des promesses frauduleuses.
  • Les mélanges inappropriés : à multiplier les médicaments et les compléments alimentaires, on multiplie les risques d’erreur : surdosage accidentel, effets secondaires inopinés, etc.

Toujours surveiller les doses journalières

Beaucoup de compléments sont pris de façon tout à fait sûre, à des fins médicales. Lors d’une grossesse, les femmes peuvent par exemple se voir prescrire de l’acide folique ou de l’iode. Ils contribuent à traiter des carences en vitamines et minéraux, fer, etc.

La clef d’un usage sûr est la dose. Les doses maximales pour obtenir une bonne efficacité sont connues, mais peuvent ne pas être suivies en cas d’automédication… surtout si les produits ont été achetés sur Internet. Les consommateurs peuvent alors ne pas s’arrêter aux doses considérées comme sûres, se trouver avec des indications peu fiables… ou faire comme bon leur semble.

C’est ainsi que beaucoup négligent le risque de surdosage pour un nutriment donné, principalement la vitamine B6 ou la vitamine A, qui peut se produire si on multiplie les compléments.

Quand on cherche à évaluer le bénéfice ou le risque potentiel d’un complément alimentaire, il est important de ne pas se limiter à son ingrédient le plus connu ou principal : il faut déterminer quels sont tous ses composés, à quelle dose ils sont présents afin d’éviter des surdoses si l’on prend d’autres compléments où ils seraient également présents, etc. Les professionnels de santé peuvent assister tout un chacun, expliquer pourquoi il importe de respecter tel ou tel dosage pour des raisons de risques et d’efficacité optimale.
(_Ndlr : En France, pharmaciens et médecins sont capables d’indiquer si la prise de compléments est déconseillée du fait de l’état de santé de la personne, par exemple en cas d’insuffisance rénale ou hépatique, de risque d’interaction médicamenteuse, etc.

Il convient parfois d’aller plus loin que les seules informations indiquées par les fabriquants, qui devraient rendre leurs informations plus accessibles. Si répandus qu’ils le soient désormais, les compléments alimentaires n’ont rien d’anodins.

Publié dans par  Dominique Manga

                       Auteur

  1. Geraldine Moses Adjunct Associate Professor, School of Pharmacy, The University of Queensland

12 Août 2021

En Tunisie, devoir de sépulture et droit à la sédition au cœur de la pandémie

Depuis Antigone, qui défia l’autorité de Créon afin d’offrir une sépulture à son frère, et jusqu’au récit coranique autour du fratricide originel commis par Caïn, le fils d’Adam et Ève, auquel Dieu envoya un corbeau qui s’employa à gratter le sol pour lui montrer comment ensevelir le corps de son défunt frère, le rituel funéraire s’annonce exigeant. La ritualité autour de la perte confirme que les hommes ne sont pas faits pour mourir seuls. Mais cette quête de la belle mort bute souvent sur l’incertitude et l’ambiguïté que suscitent certains contextes contemporains.

Plusieurs siècles ont passé et la pandémie de Covid-19 stimule à nouveau les débats autour du besoin de ritualisation devant la mort. La réalité se révèle à nous au travers de conduites individuelles bravant l’interdiction édictée par les États d’ensevelir le corps conformément aux traditions établies. Nous tenterons de déchiffrer ce qui apparaît, en tout lieu, comme un phénomène de « réparation » psychique assez singulier. Face au vide symbolique, certains privilégient la médiation, par la force.

Intercepter le corps pour inscrire la perte

Du fait des nouveaux protocoles préventifs, qui vont à l’encontre des cérémonies funéraires de vigueur, de nombreuses familles demeurent spectatrices de ce que le psychanalyste Jean Allouch appelle la mort sèche.

Des employés municipaux de Tunis enterrent le corps d’une victime du Covid-19 au cimetière de Jellaz, le 11 février 2021. Fethi Belaid/AFP

Certains proches arrachent le droit de faire le nécessaire pour préserver la dignité du défunt et mener à bien tout le processus d’inhumation. Arracher est bien le mot pour décrire l’acte entrepris par des familles endeuillées en Tunisie en offrant une sépulture à leur défunt par effraction de l’ordre établi et exigé par l’État et les services sanitaires. Des corps couverts et scellés sont dérobés à la morgue de l’hôpital et furtivement transférés jusqu’à la demeure familiale, où le rituel funéraire s’inscrira au cœur d’un dû filial.

En répondant ainsi à la violation par la transgression, les proches des morts de la Covid conjuguent leur culpabilité de n’avoir pas pu ou su rendre hommage au mort. Par un passage à l’acte grâce auquel il y a une réinscription de la mort dans l’ordre social, ils se replacent en protagonistes au cœur du décès et du travail de deuil. Dus au refus catégorique de laisser disparaître un proche sans lui témoigner un dernier signe d’attachement par un soin ultime, l’interception et le détournement du corps mort des mains des services publics témoignent de l’appel ardent au rite, qui selon Louis-Vincent Thomas, dans son livre consacré aux Rites de mort pour la paix des vivants, apparaît comme une assurance qu’on s’invente pour maîtriser l’épisodique et l’aléatoire (Lamoureux, 2002).

Ainsi, pour les proches d’une femme âgée décédée à l’hôpital des suites des complications liées au coronavirus, l’angoisse est à son acmé. Leur tentative de soustraire le corps de leur défunte, qui a provoqué le chaos au cœur de l’unité Covid-19, va de pair avec l’obligeance au cadavre qui appelle aux rites. De cette prééminence représentative de la corporalité et de sa sacralité émane l’exigence, religieuse à l’origine, de récupérer le mort afin de lui octroyer les soins qu’il mérite.

Tunisie – Covid-19 : les restrictions sanitaires empêchent les familles d’effectuer les cérémonies habituelles pour leurs défunts. TV5 Monde.

Les services publics : examen de la chair et confiscation du rituel autour du corps

L’aléatoire propre aux temps de pandémie est exaspéré en Tunisie par des pics de contagion et de décès qui mettent à mal la structure sanitaire du pays. Depuis quelques semaines, des chiffres sans précédent sont atteints, avec une contamination quotidienne de 7 900 nouveaux cas reportés et un total de 20 931 décès liés au coronavirus recensés depuis le début de l’épidémie.

Débordées, les morgues mêlent désormais l’horreur de la mort à celles des images des corps empilés et dont l’immense majorité sont glissés, fautes de place et de moyens, dans des sacs noirs qui ne laissent rien entrevoir hormis un nom et prénom écrit au stylo indélébile.

Indélébiles demeureront ainsi ces images d’effroi où les corps sont exposés à l’oubli, souvent laissés dans les couloirs au milieu des malades et ne faisant l’objet d’aucun traitement (absence de toilette funéraire, de veillée à la demeure familiale et de prière d’avant inhumation). Plus tard, les enterrements se feront dans le silence, la solitude, souvent la nuit afin de restreindre les regroupements autour du mort. Ils se feront malencontreusement dans une optique d’élimination et non d’inscription. La déposition traitera ainsi d’un reste à évacuer, d’un objet-chair (Laufer, 2009), sur lequel le voile est jeté et dont le regard est exclu. Du fait de cette « exubérance » des corps, les limites spatiales se confondent et les envahissements mettent à rude épreuve le personnel de soins et les services municipaux chargés d’inhumation.

Un infirmier passe devant des chariots portant les corps de patients décédés du Covid-19 à l’hôpital Farhat Hached dans la ville côtière de Sousse, à environ 140 kilomètres au sud de la capitale, le 21 juillet 2021. Bechir Taieb/AFP

Antigone et Caïn : la sépulture entre droit et devoir

La présente tragédie convoque la légende d’Antigone et de sa bravade contre l’autorité de Créon pour offrir une sépulture à son frère Polynice. Certes, le contexte est tout autre. Toutefois, nous voilà remis au cœur de la discorde autour de l’exigence du droit rituel, du devoir de sépulture qu’Antigone cherchait à accomplir par l’ensevelissement de son frère, et de l’obligation du devoir citoyen auquel Ismène, sœur d’Antigone et de Polynice, accepta de se plier par obéissance aux ordres du roi : « que souffre la mort quiconque voudrait l’enterrer. » Cette singularité grecque s’explique, comme nous le rappelle Reine-Marie Bérard dans La politique du cadavre, par des impératifs religieux qui interdisent la privation de sépulture – sacrilège tant à l’égard des morts qu’à la face des dieux – des impératifs correspondant à l’imaginaire méditerranéen, a fortiori tunisien, baigné dans le récit coranique autour du fratricide des deux fils d’Adam.

Les personnes endeuillées demeurent étroitement liées à cette invocation en continu : « Honorez le mort, enterrez-le ! » Par ailleurs, si le récit de la Genèse coïncide dans le Coran avec celui de l’irruption du Mal et de son effective concrétisation au sein de la Création, comme nous le rappelle Ida Zilio-Grandi dans La figure de Caïn, l’accent mis sur le rite d’inhumation hausse l’opposition entre le caractère privé de la mort et la dimension collective de sa gestion. Cette dernière n’est alors plus seulement une obéissance à la loi de la cité mais un impératif divin : le rite devance la loi.

Antigone donnant la sépulture à Polynice. Norblin de la Gourdaine (1796-1884)

Entre la gestion de la mortalité militaire en Grèce antique et le traitement funéraire des morts à la guerre qui s’avère lié à l’émergence et à la constitution des poleis grecques, et le ton martial de la politique de gestion de la pandémie qui s’estompe face à l’impératif privé de la déposition, l’épreuve de la réalité freudienne quant à la gestion du deuil prend ici étrangement la forme d’une résistance à la loi. Autrement dit, à l’examen de cette exigence de la déposition – et c’est peut-être tout le sens coranique d’un seul corbeau, fossoyeur – le rite ne vient pas accomplir une reconnaissance de la mort, ou offrir une forme distincte au deuil, mais il va plus loin, en haussant la question d’honorer la mort vers un seul lieu de déposition de la mémoire collective.

Entre le devoir d’Antigone et le droit de Polynice, la vie psychique d’un citoyen du XXIe siècle dure sans forme. Il y aurait donc urgence à regarder de plus près la concordance des sens qui se dégage à la fois de ce rituel du patrios nomos, en temps de guerre antique, et cette forme de désobéissance civile pour offrir une sépulture à un mort du Covid, car la mort ne s’accomplit que par un corps et un rite, et comme nous le rappelle Laurie Laufer : face à l’épreuve de la réalité, le disparu se distille dans un espace qui ne résiste à aucun « examen de réalité ».

Dans un prochain article, nous évoquerons quelques pistes que l’État et, aussi, les organisations de la société civile pourraient suivre à l’avenir pour tenter de remédier à ces situations tragiques. Publié dans par Dominique Manga(source The Conversation)

                 Auteur

  1. Frida Benattia Doctorante en études psychanalytiques, Chercheuse en psychanalyse et Psychopathologie, Université de Paris

06 Août 2021

Les vraies vertus de l’huile d’olive

Vantée depuis l’Antiquité pour ses vertus médicinales, ingrédient star du régime méditerranéen, l’huile d’olive s’invite régulièrement dans la rubrique santé des médias grand public.

Cependant, si un certain consensus semble régner quant à ses bienfaits, l’huile d’olive est loin d’avoir révélé tous ses secrets. Ce qui explique qu’elle a aussi élu domicile dans les colonnes des journaux scientifiques les plus pointus. En effet, aujourd’hui encore, les chercheurs bataillent pour décortiquer, à l’échelle moléculaire, les mécanismes d’action qui permettraient de valider ses vertus.

En ce début d’été, faisons le point sur ce que sait la science des qualités de l’huile d’olive vierge extra.

Une masse grasse importante

Contrairement aux huiles raffinées, dont l’extraction fait appel à des solvants, l’huile d’olive vierge extra est obtenue à partir d’olives fraîches, en ayant uniquement recours à des procédés mécaniques : pressage, décantation, filtration… En ce sens, c’est un pur jus de fruits. Que contient-elle exactement ?

En tout premier lieu, on y trouve des triglycérides. Constitués d’une molécule de glycérol associée à trois molécules d’acides gras, ces constituants sont une composante majeure de toutes les matières grasses alimentaires, huiles comme graisses. Il s’agit d’une réserve d’énergie très importante pour l’organisme. Dans l’huile d’olive, les triglycérides sont accompagnés de quelques diglycérides, monoglycérides, acides gras libres et phospholipides (constituants importants des parois des cellules animales et végétales).

L’huile d’olive vierge extra est extraite uniquement par des moyens mécaniques (ici à Mola di Bari, dans les Pouilles, en Italie). Shutterstock

L’huile d’olive vierge extra est notamment riche en acides gras monoinsaturés (l’acide oléique en tête, représentant entre 55 et 80 % des acides gras totaux) et, dans une moindre mesure, en acides gras polyinsaturés (acide linoléique principalement) et acides gras saturés (acide palmitique, acide stéarique…).

Cette masse grasse est très largement majoritaire dans l’huile d’olive. Celle-ci contient cependant également d’autres molécules qui, bien que présentes en proportion réduite, n’en ont pas moins un effet majeur sur ses propriétés.

Goût, couleur, stabilité, vertus : de nombreux responsables

Parmi les composés minoritaires mais essentiels aux qualités de l’huile d’olive vierge extra figurent notamment des phénols simples et leurs dérivés polyphénoliques (des assemblages de phénols) aux noms et aux structures chimiques compliqués, comme l’oleuropéine, le ligstroside, ou le 3,4-DHPEA-EA, ainsi que de nombreux autres composés aux désignations tout aussi exotiques) : pinorésinol, acide férulique, acide syringique, lutéoline… L’huile d’olive contient également des stérols, des triterpènes, des pigments tels que carotènes et chlorophylles, des tocophérols (vitamine E), et divers composés aromatiques dont les propriétés restent à décrypter.

Plusieurs facteurs influent sur la teneur de ces molécules dans l’huile d’olive vierge extra : variété des oliviers, nature du sol, type de climat, année de production, mode de culture, maturité à la récolte, conditions de stockage, etc.

Pris ensemble, ces composés ne représentent qu’1 à 2 % de la masse totale de l’huile d’olive, mais celle-ci leur doit beaucoup. D’eux dépendent en effet son goût (amertume), son arôme (fruité vert, mûr, noir), les sensations trigéminales (véhiculées par le nerf trijumeau) qu’elle provoque (astringence, ardence), sa couleur, et sa stabilité face à l’oxydation… En outre, ces molécules sont aussi responsables de ses vertus en termes de santé !

De nombreux facteurs influent sur les teneurs des différentes molécules présentes dans les olives. Pxhere

On comprend pourquoi les constituants de l’huile d’olive suscitent un grand intérêt, et font l’objet de diverses études ambitionnant de décrypter les mécanismes à l’origine de leur potentiel préventif vis-à-vis de diverses maladies chroniques. Ce dernier ne fait en effet plus de doute : il a été mis en évidence par de multiples travaux.

Des effets bénéfiques sur la santé validés scientifiquement

De nombreuses études épidémiologiques concordent quant aux effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire d’une consommation régulière d’huile d’olive vierge extra, avec une réduction mesurable du risque de mortalité. Cet effet est d’autant plus marqué que l’huile est de bonne qualité.

Des conséquences bénéfiques en termes de cholestérol sont également souvent rapportés, ainsi que des effets anti-inflammatoires. Ce n’est pas surprenant, puis que stérols et triterpènes sont connus pour être impliqués dans la bonne gestion du cholestérol sanguin, tandis que carotènes et tocophérols sont des antioxydants réputés.

Les polyphénols présents dans l’huile d’olive vierge extra protègent aussi les lipides sanguins contre le stress oxydatif. Celui-ci résulte d’une agression des composants cellulaires de l’organisme par des « espèces réactives de l’oxygène », les fameux « radicaux libres ». De nombreux tests in vitro, ainsi que des essais cliniques, ont montré que l’huile d’olive piège les radicaux libres. Cette propriété a amené l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) à reconnaître la validité de l’allégation santé « les polyphénols de l’huile d’olive contribuent à la protection des lipides sanguins du stress oxydatif ».

Néanmoins, contrairement aux déclarations un peu trop enthousiastes des adeptes de superlatifs, l’huile d’olive vierge extra n’est pas un élixir de jouvence ou un remède miracle contre le cancer. Ses effets protecteurs contre le vieillissement ou le cancer doivent encore être clairement établis. En attendant, on aura néanmoins tout intérêt à intégrer cette huile dans une alimentation variée.

Mais pour bénéficier au mieux des bienfaits de l’huile d’olive vierge extra, encore faut-il savoir comment bien la choisir, la conserver et l’utiliser !

Comment bien choisir, conserver et utiliser l’huile d’olive vierge ?

Une fois que vous aurez trouvé l’huile d’olive vierge extra qui correspond à votre nez et à votre palais, assurez-vous de bénéficier de la dernière récolte. Et surtout, conservez soigneusement votre huile au frais et à l’abri de la lumière. De cette façon, elle n’en sera que plus riche en composés bénéfiques. La placer sur le plan de travail, à côté des plaques de cuisson, comme on le voit trop souvent est la pire des idées !

Oui à la cuisson à l’huile d’olive, non à son stockage à proximité du piano de cuisine… Shutterstock

Vous voici armé pour agrémenter vos plats de cet or liquide ; et ce ne sont pas les opportunités qui manquent ! On pense bien sûr immédiatement à l’assaisonnement des crudités ou des cuidités, cependant l’huile d’olive vierge se prête aussi très bien à de nombreux modes de cuisson, grâce à son point de fumée élevé (température à partir de laquelle on détecte de la fumée lorsque l’on chauffe une matière grasse, soit 210 °C pour l’huile d’olive).

Il a ainsi été démontré que lors de la cuisson de tomates dans l’huile d’olive vierge extra, cette dernière se chargeait en caroténoïdes contenus dans le légume-fruit. Encore mieux : in fine la biodisponibilité des caroténoïdes, c’est-à-dire leur capacité à être utilisée par l’organisme, est augmentée, ce qui améliore le pouvoir antioxydant de la préparation.

Par ailleurs, l’huile d’olive vierge extra fournit des antioxydants non seulement lors de sa consommation directe, mais aussi lorsqu’elle est utilisée en cuisson. Lors d’une friture, une partie de ses antioxydants « migrent » en effet dans les aliments ! On aurait donc tort de se priver de l’utiliser (même s’il est préférable de ne pas dépasser 190 °C pour les huiles vierges extra).

Une question pourrait laisser perplexe le marmiton en herbe : quelle huile d’olive vierge extra choisir, pour quel plat ? La réponse est simple : celle que votre palais vous commandera ! En effet, s’il existe des applications pour assister les choix, celles-ci relèvent plus du marketing que de la science exacte. Comme toujours en matière de cuisine, c’est votre palais qui restera le plus sûr des juges !

Passons en cuisine

Pour conclure ce bref voyage au pays de l’huile d’olive, voici quelques conseils de préparation originaux extraits de l’ouvrage Extra vierge. L’Huile d’olive, Histoire d’Hommes & Recettes de Grands Chefs, publié aux éditions Dunod.

Extra vierge. L’Huile d’olive, Histoire d’Hommes & Recettes de Grands Chefs. Author provided

« […] Bien que l’huile d’olive soit le plus souvent pensée comme assaisonnement ou auxiliaire de cuisson, il peut être intéressant de chercher à la valoriser dans des préparations un peu plus élaborées, dans lesquelles elle pourra éventuellement constituer l’élément mis en avant, passant ainsi d’une cuisine “ à ” l’huile d’olive à une cuisine “ de ” l’huile d’olive. Les sources d’inspiration ne manquent pas, qu’elles viennent de recettes dans lesquelles on substitue simplement le corps gras traditionnellement employé par de l’huile d’olive, ou que l’on aille chercher du côté de la cuisine moléculaire et de sa quête de nouvelles textures en cuisine.

Concernant le type d’huile, on préférera généralement les huiles de début de saison, plus vertes, pour les assaisonnements, et celles de fin de saison, plus douces et sans amertume, pour les cuissons. Ces usages restant cependant subjectifs, nous nous garderons bien ici de toute directive systématique et donnons seulement quelques pistes “ générales ” d’utilisation de l’huile d’olive en cuisine ; laissons à la charge du cuisinier le choix, selon le cas, de l’huile qui lui convient, et, surtout, l’expérimentation au gré de sa fantaisie !

L’huile en poudre, c’est possible : pour un sable craquant et glacé, verser l’huile dans de l’azote liquide, attendre quelques secondes puis passer le tout à travers un chinois et servir sans attendre. Pour un sable plus fondant et tempéré, fouetter l’huile avec un peu de maltodextrine, tamiser et servir.

Pour de l’huile crémeuse, monter tout simplement, à la façon d’une mayonnaise, une émulsion avec un jaune ou un blanc d’œuf. Pour une crème légèrement gélifiée, on pourra aussi monter l’émulsion avec de la gélatine dissoute dans un peu d’eau.

Capuccino de potimarron, mousse d’huile d’olive froide. Lorenzo Taidelli pour Olio Nuovo DaysAuthor provided (no reuse)

Et pour une huile mousseuse ? Ce ne sont pas les solutions qui manquent. Pour une écume, faire chauffer un mélange d’huile et de liquide aqueux (bouillon, jus de fruit ou légume), ajouter de la lécithine de soja (environ 1 %), faire mousser à l’aide d’un mixeur plongeant, récupérer l’écume en surface et servir sans attendre. Pour une mousse plus dense, procéder comme pour une chantilly : fouetter à froid (ou siphonner) de la crème liquide entière additionnée d’huile. Pour une mousse dense et chaude, mélanger 2/5 de blanc d’œuf à 2/5 de crème et 1/5 d’huile d’olive, verser dans un siphon, charger une cartouche, secouer, placer au bain-marie à 65-70 °C pendant au moins 30 minutes et servir.

Enfin, en dessert, outre la fameuse pompe à huile provençale, le pâtissier ne manquera pas de tester ses recettes favorites (gâteaux, glaces, soufflés, nougats, etc.) avec de l’huile d’olive comme matière grasse principale. »  Publié dans par   Dominique Manga

                Auteur

  1. Christophe Lavelle Chercheur en biophysique moléculaire, épigénétique et alimentation, CNRS UMR 7196, Inserm U1154, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

03 Août 2021

Vacciné contre la Covid-19, faudra-t-il se faire re-vacciner?

La prévalence croissante des nouveaux variants du coronavirus soulève de plus en plus de questions sur le niveau de protection même après vaccination : ces évolutions du virus SARS-CoV-2 ne vont-elles pas échapper à l’immunité obtenue ? Le microbiologiste et spécialiste des maladies infectieuses William Petri, de l’université de Virginie, répond en 6 points aux interrogations les plus fréquentes sur les vaccins et leur rappel.


1. Qu’est-ce qu’un rappel de vaccin ?

Le rappel d’un vaccin est l’injection d’une dose supplémentaire, destinée à maintenir la protection immunitaire face à un pathogène donné. Le procédé est courant, car notre immunité peut s’affaiblir dans le temps de façon tout à fait naturelle. Par exemple, le vaccin contre la grippe doit être refait tous les ans, ceux contre la diphtérie et le tétanos tous les dix ans.

Particules virales de la grippe
Certains virus (ici la grippe) évoluant très vite exigent des vaccins remis à jour tous les ans. Centers for Disease Control/CDC Influenza LaboratoryCC BY

Le vaccin injecté lors du rappel est souvent identique au premier. Mais pas obligatoirement : lorsque le virus ciblé est connu pour évoluer rapidement, son vaccin doit être modifié régulièrement afin s’y adapter : c’est par exemple le cas pour la grippe saisonnière, dont le vaccin doit être réajusté tous les ans sous peine d’obsolescence.

2. A-t-on déjà besoin d’un rappel pour la Covid ?

Début juillet aux États-Unis, après une intense campagne de vaccination de plusieurs mois, aucune autorité sanitaire (Centers for Disease Control and Prevention, the Food and Drug Administration and the Advisory Committee on Immunization Practices) n’en voit encore l’intérêt. (Ndlr : en Israël, les autorités incitent les plus de 60 ans à prendre une troisième dose. En France, la réflexion est en cours en ce qui concerne les publics les plus vulnérables et qui ont été vacciné les premiers.)

3. Pourquoi les rappels ne sont-ils pas encore recommandés ?

Même si le bénéfice d’un vaccin n’est pas éternel, le moment où il va s’estomper dans le cas de la Covid-19 n’est pas encore établi.

Ceci notamment parce que tous les vaccins actuellement autorisés contre la Covid-19 induisent une bonne immunité. Ils permettent bien aux lymphocytes B à « mémoire » de notre système immunitaire d’enregistrer les propriétés des pathogènes auxquels nous sommes confrontés, et donc de lancer la production des anticorps adéquats en cas de nouvelle exposition. De haut niveau de lymphocytes B à mémoire ont en effet été détecté chez des personnes vaccinées (Pfizer) au moins 12 semaines après injection.

D’autres études suggèrent également que ces vaccins, même s’ils n’empêchent forcément pas la contamination, offrent une certaine protection y compris contre les souches émergentes de coronavirus. Pour Johnson & Johnson, 73 % et 82 % d’efficacité contre les formes graves du variant Beta ont été constatée respectivement 14 et 28 jours après injection. Pour Pfizer, des résultats préliminaires laissent présager une efficacité de 88 % contre le variant Delta.

L’immunité sur le long terme est également assurée par les plasmoblastes. Ces cellules, autres intervenants dans la production d’anticorps, n’ont pas besoin de rappel et ont été détectées onze mois après injection chez des personnes vaccinées : ce qui laisse bien supposer la mise en place d’une mémoire immunitaire efficace.

Un lymphocyteB, acteur majeur de la production d’anticorps
Plusieurs cellules de notre système immunitaire participe à la production des anticorps (ici, lymphocyte B) et à leur mémorisation en cas de nouvelle rencontre. NIAID

4. Comment savoir si un rappel va devenir nécessaire ?

Un signe du besoin d’un rappel serait la montée en puissance de l’épidémie chez les personnes vaccinées. Pour l’heure, les vaccins restent largement efficaces… Mais le niveau exact d’immunité individuelle qu’ils procurent est toujours en cours d’évaluation.

Pour évaluer cette immunité, les chercheurs se penchent notamment sur certains anticorps induits par les vaccins : ceux qui reconnaissent la protéine Spike, permettant au coronavirus d’entrer dans les cellules, et qui auraient une importance majeure.

À l’appui de cette idée, une étude montrant que les vaccins à ARNm (Pfizer et Moderna), qui semblent les plus efficaces, génèrent un plus haut niveau d’anticorps dans le sang que les vaccins à adenovirus (Johnson & Johnson et AstraZeneca). Une étude préliminaire suggère également que le niveau d’anticorps anti-Spike serait plus bas chez les anciens malades de la Covid-19 y compris après injection du vaccin d’AstraZeneca.

Bien sûr, le personnel médical aimerait pouvoir déjà proposer à leurs patients des tests sanguins capables de mesurer, de façon fiable, leur niveau de protection contre la Covid-19… Ce qui indiquerait, clairement, si quelqu’un a besoin d’un rappel.

Mais jusqu’à ce que les chercheurs sachent, de façon certaine, comment mesurer l’immunité induite par la vaccination, le signe à suivre quant à la nécessité d’un rappel sera, comme noté précédemment, l’évolution du nombre de contamination chez les personnes vaccinées… notamment passé un certain âge : en effet, après 80 ans la vaccination entraîne une production moindre d’anticorps et donc une immunité qui pourrait possiblement décliner plus rapidement qu’au sein de la population globale. Les personnes âgées pourraient également être plus sensibles aux nouveaux variants.

5. Être immunodéprimé augmente-t-il le besoin d’un rappel ?

L’immunodépression pourrait effectivement rendre nécessaire un rappel. Une étude a montré que, chez 39 greffés du rein sur 40 et un tiers des patients sous dialyse considérés, la vaccination n’avait pas entraîné une production d’anticorps décelable. Même constat dans une autre étude, menée cette fois chez 20 patients atteints de maladies musculo-squelettiques et sous traitement immunosuppresseur. Dans les deux cas, tous les patients étaient pourtant complètement vaccinés.

Ce qui ne veut pas dire que la vaccination est sans intérêt pour les personnes immunodéprimées. Au moins une étude montre qu’un rappel peut avoir un effet positif : chez un tiers de patients transplantés vaccinés avec Pfizer ou Moderna, si les deux premières doses n’avaient pas permis de déceler d’anticorps, une réponse immunitaire est apparue avec la troisième. (Ndlr : En France, La Direction générale de la Santé recommande déjà cette troisième dose dans certains cas.)

Fiole de vaccin à ARNm
Chez les personnes immunodéprimées, une troisième dose des vaccins ARNm (Pfizer et Moderna) a permis de générer une protection suffisante contre la Covid. CROCOTHERY/Shutterstock

Comment savoir, alors, si l’on est immunodéprimé et vacciné, si notre système immunitaire a besoin de cette stimulation complémentaire ? Des résultats préliminaires laissent penser qu’un test ciblant spécifiquement les anticorps anti-Spike induits par un vaccin pourrait aider à s’assurer si ce dernier a marché. Mais pour l’heure, aux États-Unis, ce genre de protocole n’est pas encore recommandé par la FDA.

6. Faut-il le même vaccin lors du rappel que lors des premières injections ?

C’est très peu probable. Il a été démontré que les vaccins à ARNm (comme ceux de Pfizer et Moderna) pouvaient même être couplé avec les vaccins à adénovirus (comme AstraZeneca) sans perte d’efficacité. Publié dans  par Dominique Manga(source The Conversation)

Déclaration d’intérêts

William Petri a reçu des financements de la NIH, de la Bill & Melinda Gates Foundation et de Regeneron, Inc.

27 Juil 2021

Jummai Nache : Une femme de 47 ans du( Minnesota) USA se fait amputer des jambes et des mains après de graves réactions indésirables au vaccin anti covid -19 à ARNm de Pfizer

MINNEAPOLIS — Une missionnaire chrétienne  de 47 ans et immigrante  nigériane  est maintenant handicapée  de façon permanente et reçoit des  soins   médicaux  dans  un établissement médical de Minneapolis .

Mme Jummai Nache a reçu sa deuxième injection du vaccin  d’ARNm pfizer le 1er février, selon un  article  de GoFundMe. Elle est retournée au travail et a immédiatement ressenti des douleurs thoraciques. L’inconfort et la douleur ont persisté jusqu’au 6 février, lorsque son mari, M. Philip Nache, l’a emmenée à l’urgence.

. Bien qu’ils soient « entièrement vaccinés », les médecins ont diagnostiqué la COVID-19 à Mme Nache. M. Nache a qualifié le diagnostic de « choquant » puisque sa femme ne présentait aucun symptôme avant de recevoir la deuxième injection expérimentale d’ARNm. L’hôpital a libéré  Mme Nache avec l’ordre de suivre les directives des CDC pour COVID-19.

Mme Nache est retournée aux urgences  le 13 février lorsque son état s’est aggravé. Elle a été transférée au centre médical de l’Université du Minnesota pour une observation plus approfondie. Les médecins l’ont placée sous respirateur après avoir découvert des niveaux d’oxygène et une pression artérielle mortellement bas. Son cœur « se détériorait » aussi.

Plus de diagnostics et d’amputations

Les médecins ont dit à M. Nache que sa femme pouvait mourir à tout moment. Elle luttait maintenant contre les caillots sanguins artériels, l’ischémie et la cardiomyopathie. Les médecins ont retiré le ventilateur en temps voulu. Mais Mme Nache a eu besoin d’une amputation transtibiale bilatérale – les deux jambes enlevées chirurgicalement sous les genoux.

Ses mains sont également gravement endommagées et doivent être partiellement ou complètement amputées une fois que les chirurgies de la jambe guérissent.

Malheureusement, ce n’est pas le premier cas que nous avons couvert d’amputations post-injection. M. David Mears a reçu l’injection expérimentale d’ADN du vecteur viral AstraZeneca. Il a été amputé de la jambe gauche sous le genou quelques semaines plus tard. Comme M. Mears, Mme Nache a probablement développé des caillots sanguins post-injection qui ont mené à une thrombose veineuse profonde ou à une ischémie critique des membres. Les médecins, délibérément ou non, n’ont rien dit au sujet de la thromboembolie veineuse (caillots sanguins) après la première visite en urgence  de Mme Nache.

Une étude de 2010 publiée dans les Annales de médecine thoracique a révélé que les médecins n’effectuaient souvent pas de dépistage systématique de la thromboembolie veineuse sur des patients asymptomatiques. Le problème dans ce cas, cependant, est qu’un électrocardiogramme a été effectué, mais dit n’avoir rien trouvé. Les médecins de l’Université du Minnesota veulent que les Nache croient que tout cela a été causé par « COVID-19 ».

Gymnastique médicale

M. Nache a déclaré que l’échantillon de sang original de sa femme existe toujours dans un laboratoire. Ils veulent des avis d’experts indépendants, . Les médecins ont déclaré que le cœur de Mme Nache est « guéri à 100% ». Mais c’est difficile à croire. Les Nache ne croient pas à la thèse de la contamination  par le  COVID-19. M. Nache a dit qu’il avait soumis les questions suivantes au CDC (auxquelles il est peu probable qu’une réponse  lui soit donnée ) »

1. Lorsque ses symptômes ont commencé, j’étais avec elle, je mangeais et dormais ensemble, mais j’ai été testé négatif et je n’avais aucun symptôme. Pourquoi ne suis-je pas positif?

2. Si elle a reçu le vaccin avant le virus ou l’a eu en même temps, le choc entre le covid-19 et le vaccin a-t-il causé de tels effets indésirables? Pourquoi le CDC ou Pfizer ne nous l’ont-ils pas fait savoir? Ou pourquoi ne demanderaient-ils pas à tout le monde de se faire tester d’abord pour la COVID-19, avant de prendre le vaccin?

3. Si le vaccin est destiné à vaincre le virus, soit en le détruisant, soit en affaiblissant son effet, pourquoi les dommages graves indésirables? Si le vaccin n’a pas fonctionné pour vaincre le virus, quel rôle le vaccin jouait-il dans le corps de Jummai?

Pronostic et foi en Dieu

Les médecins de l’Université du Minnesota ont déclaré qu’ils ne peuvent pas vérifier si l’injection de Pfizer a causé tout le traumatisme. La seule raison « concluante » qu’ils donnent est le syndrome inflammatoire multiple chez l’adulte (MIS-A) causé par COVID-19.

Mme Nache  doit subir d’autres interventions  chirurgicales  et aura besoin  de jambes avec  prothèses dans le futur . Sa page LinkedIn indique qu’elle était chef d’équipe de l’expérience étudiante au Collège technique Hennepin. Elle était également étudiante en études pour devenir infirmière auxiliaire autorisée. Mme Nache est également titulaire d’une maîtrise en éducation chrétienne.

Les Nache sont connus pour leur travail missionnaire parmi d’autres immigrants africains à Minneapolis. M. Nache assimile la nouvelle vie de sa femme à celle de Job dans la Bible. Malgré sa foi en Dieu, Job a été affligé de toutes sortes de malheurs, y compris la perte de tous ses biens et d’être affligé de maladie. La souffrance met à l’épreuve votre foi en Dieu ,la foi la seule source de consolation de ce jeune  couple  devant cette dure épreuve .  Publié dans par Dominique Manga

23 Juil 2021

Covid-19 : que sait-on de la propagation du SARS-CoV-2 en Afrique ?

Avec quelques 6,3 millions de contaminations et 160 000 décès enregistrés, le nombre de cas officiellement rapportés par le Centre africain pour le Contrôle et la Prévention des Maladies semble indiquer que le SARS-CoV-2 se propage peu en Afrique : ramenée à l’échelle du continent, la prévalence de l’infection par ce coronavirus serait en effet inférieure à 1 %.

Toutefois, l’histoire racontée par les premiers résultats des études de séroprévalence, qui permettent d’estimer la proportion de personnes entrées en contact avec le virus en détectant les anticorps présents dans leur organisme, est très différente. Les prélèvements et analyses effectués auprès de diverses populations (donneurs de sang, soignants, population générale, etc.) indiquent en effet une prévalence d’infection par le SARS-CoV-2 élevée, en moyenne aux alentours de 20 %, et pouvant aller jusqu’à 60 % selon les endroits.

La diffusion du SARS-CoV-2 en Afrique pourrait donc être beaucoup plus forte qu’annoncé. Comment s’explique cette apparente contradiction entre nombre de cas confirmés et résultats des études de sérologie ? Quelle est la dynamique réelle de l’épidémie en Afrique ?

Les tests sérologiques

Quand un virus pénètre dans notre organisme, notre système immunitaire détecte ses protéines (aussi appelées antigènes) et produit des anticorps. Ces derniers vont ensuite se fixer sur les protéines virales afin d’éliminer le virus. Chez le coronavirus SARS-CoV-2, ces antigènes sont au nombre de quatre : la protéine de nucléocapside (N), la protéine de spicule (S), la protéine de membrane (M) et la protéine d’enveloppe (E).

Présente en de nombreux exemplaires à la surface du coronavirus SARS-CoV-2, la protéine Spike (en rouge sur ce modèle imprimé en 3D du coronavirus) est l’un des antigènes détectés par le système immunitaire lors de l’infection. Elle permet au virus de pénétrer dans les cellules humaines. NIH

Les tests sérologiques fonctionnent sur le même principe. Un échantillon du sang du patient que l’on souhaite tester est mis en contact avec un réactif contenant des antigènes du virus à détecter. Si le patient a été précédemment infecté par ledit virus, son organisme aura fabriqué des anticorps dirigés contre lui, dont un certain nombre demeurent présents dans son sang. Ces anticorps sanguins se fixeront aux antigènes contenus dans le réactif, rendant le test positif. Un résultat négatif indique que la personne n’a jamais contracté le virus et qu’elle ne dispose donc pas d’anticorps.

Cependant, dans la réalité, il arrive que les résultats ne soient pas aussi clairs. Il existe en effet diverses méthodes d’analyses. Basées sur des techniques différentes, leur fiabilité peut varier. Par ailleurs, les méthodologies ou les interprétations peuvent également différer d’un centre de test à l’autre. Pour ces raisons, le paradoxe entre le nombre de cas reportés et les études de séroprévalence appelle à une évaluation minutieuse et une interprétation prudente des résultats.

Les biais liés aux tests sérologiques

Le premier facteur, primordial, à prendre en compte pour interpréter les résultats d’un test de diagnostic sérologique concerne ses propriétés intrinsèques, dont sa sensibilité et sa spécificité. Ces deux indicateurs déterminent, entre autres, la qualité du test.

La sensibilité désigne la capacité à détecter les anticorps dirigés contre le virus concerné. Elle traduit la probabilité d’avoir un test positif chez les malades. La spécificité mesure quant à elle la capacité du test à ne pas classifier comme « malade » une personne saine.

Idéalement, sensibilité et spécificité doivent être les plus élevées possibles pour que le test soit jugé efficace. Mais ces valeurs ne sont pas figées dans le marbre, et l’efficacité d’un test sérologique peut varier en fonction du contexte. Un test très performant dans certaines conditions (par exemple dans un environnement géographique donné) peut s’avérer médiocre dans un autre.

C’est notamment un problème lorsque les tests ont été développés dans un contexte différent de celui où ils sont utilisés, car ils peuvent alors donner des résultats incorrects par rapport à la réalité. A minima, un test sérologique utilisé en Afrique doit avoir été préalablement validé sur des échantillons de personnes vivant en Afrique. Or, certains tests sérologiques utilisés en Afrique n’ont pas été validés sur des prélèvements sanguins de personnes vivant sur le continent.

Bien interpréter les tests sérologiques

Un autre facteur important pour interpréter correctement des résultats de tests sérologiques concerne le type de test utilisé.

Schématiquement, les tests sérologiques détectent deux familles d’anticorps, les immunoglobulines G (IgG) – qui représentent plus de 75 % des immunoglobulines du sérum – et les immunoglobulines M (IgM) – qui représentent environ 10 % des immunoglobulines du sérum. Les IgM sont les premières à apparaître lors de la réponse à l’infection. Elles sont utiles pour identifier les infections récentes, de moins de 3 semaines. Les IgG apparaissent un peu plus tardivement, généralement dans les 15 jours, et persistent plus longtemps, protégeant le corps d’une nouvelle infection.

Certains tests sérologiques sont capables de détecter les IgM, d’autres les IgG. Il existe aussi des tests sérologiques capables de détecter les « anticorps totaux », IgG et IgM. Ces derniers sont plus sensibles que les autres tests, mais leur spécificité peut en revanche avoir des défauts.

Modélisation de la protéine spike du coronavirus SARS-CoV-2. National Institute of Environmental Health Sciences / Mario Borgnia

Le dernier élément important d’un test à prendre en compte dans la sérologie du SARS-CoV-2 est l’antigène détecté par le test. La plupart des tests ne détectent qu’un antigène, soit la protéine S soit la protéine N. Or, les anticorps dirigés contre ces deux antigènes apparaissent et disparaissent à des moments différents de l’infection et perdurent plus ou moins longtemps. En outre, ces protéines présentent des ressemblances plus ou moins importantes avec les protéines d’autres coronavirus, notamment saisonniers, ce qui peut fausser les tests.

Prendre en compte le contexte épidémiologique

Les enjeux liés à la spécificité des tests sont particulièrement prégnants dans le contexte africain, lorsqu’il s’agit d’établir la séroprévalence de l’infection. Toutefois, au-delà de ce facteur, il est important de mettre également en perspective le taux de séroprévalence avec les différents contextes épidémiologiques nationaux.

Il est faut notamment prendre en compte les dates auxquelles les prélèvements ont été effectués : selon que les échantillons ont été prélevés durant la première, la deuxième ou la troisième vague, la diffusion du virus ne sera pas la même et la séroprévalence différera.

Le déploiement de la vaccination doit également être pris en compte lorsque l’on souhaite déterminer comment se fait la diffusion naturelle du virus. Les populations vaccinées présenteront certains types d’anticorps dont il faudra tenir compte pour éviter de fausser les analyses.

Rappelons toutefois que si la vaccination progresse sur le continent africain, elle reste très faible. En effet, sur plus de 3,7 milliards de doses administrées dans le monde, seules 61 millions ont été injectées en Afrique et environ 1,5 % de la population africaine est entièrement vaccinée. Dans le même temps, près de 75 % des doses se sont retrouvées monopolisées par dix pays industrialisés. Outre les problèmes d’approvisionnement internationaux, plusieurs autres raisons expliquent ce faible taux de vaccination, comme l’hésitation vaccinale, les stratégies nationales de vaccination ou les mises à disposition locales.

Une prévalence réelle plus élevée que ne l’indiquent les chiffres officiels

Ces différents facteurs expliquent pourquoi les études de séroprévalence indiquent une incidence de l’infection par le SARS-CoV-2 variant de 2,1 % à 60 % sur le continent.

Pour pallier les biais potentiels et fournir des estimations plus précises de l’incidence, l’unité mixte de recherche, TransVIHMI (IRD/INSERM/Université de Montpellier), a développé un test détectant simultanément les anticorps dirigés contre les deux antigènes principaux du SARS-CoV-2 (N et S), avec un critère de positivité strict.

Avec ces conditions stringentes, ces travaux révèlent qu’après la première vague, la séroprévalence dans certaines capitales d’Afrique de l’Ouest et du Centre se situait probablement bien au-delà de celle indiquée par les nombres de cas officiellement rapportés : elle aurait été proche de 20 %.

C’est par exemple le cas à Kinshasa en République Démocratique du Congo, où la prévalence des anticorps anti-SARS-CoV-2 en population générale était de 17 % après la première vague.

Ces 20 % constituent le pourcentage minimum que l’on peut affirmer avec certitude, mais la proportion réelle pourrait être plus élevée. En outre, ce pourcentage, valable pour la population générale, ne rend pas forcément compte des disparités régionales et locales. On sait que la dynamique épidémique dépend d’un grand nombre de facteurs médicaux, environnementaux, sociaux et économiques (comme l’ont notamment documenté les recherches en sciences humaines et sociales). Certaines études ont ainsi révélé que la séroprévalence varie fortement selon les zones géographiques et le niveau socioéconomique des habitants.

Comment expliquer la disparité entre cas rapportés et séroprévalence ?

Trois explications sont généralement avancées pour expliquer la dynamique épidémique sur le continent africain.

La première est la démographie. Sur le continent africain, 60 % de la population à moins de 25 ans, les plus de 65 ans ne représentant que 3,5 % de la population.

Des élèves masqués jouent dans une cour d’école à Kinshasa.
Des élèves jouent dans la cour de l’Institut technique et commercial (ITC), à Kinshasa. Arsène Mpiana / AFP

Or, on sait que l’âge est un facteur déterminant de la gravité de la Covid-19 et du risque de mortalité. Cette situation pourrait expliquer pourquoi la population africaine n’a pas été frappée par une surmortalité aussi forte que celle qui a touché l’Europe de l’Ouest, où 20 % de la population est âgée de plus de 65 ans. La relative jeunesse des populations pourrait non seulement avoir limité le nombre de cas graves, mais elle pourrait aussi s’être traduite par un grand nombre de cas asymptomatiques, lequel pourrait expliquer en partie le faible nombre de cas rapportés officiellement.

La seconde explication du paradoxe apparent entre cas rapportés et résultats de séroprévalence pourrait résulter des faibles capacités de détection des cas sur le continent africain, qui ne permettent pas un dépistage systématique.

Enfin, troisième explication, on ne peut exclure l’existence d’une immunité croisée induite par d’autres coronavirus, voire d’autres pathogènes, circulant sur le continent. Celle-ci, en conférant aux personnes une immunité contre le SARS-CoV-2 un peu à la manière de celle conférée par la vaccination, pourrait limiter le nombre de cas graves. Certaines études actuellement en cours en Afrique subsaharienne permettront de répondre à cette question : des tests sérologiques intégrant les marqueurs d’autres coronavirus ont été développés pour identifier de telles réactions d’immunité croisée si elles existent.

Quelles implications pour les politiques de santé publique ?

L’observation de cette discordance entre nombre de cas rapportés et résultats des études de séroprévalence appelle donc à précaution. Trois conclusions devraient orienter les politiques santé publique sur le court et le long terme.

Le premier point d’attention porte sur la sensibilité et la spécificité des tests sérologiques. Il est important de repenser leur développement, au vu des différences significatives de séroprévalence pour les tests existants. Afin de refléter le niveau réel de contagion, la performance des tests devra être évaluée sur le territoire africain, en prenant en compte les spécificités locales.

Il faut donc renforcer les capacités locales de détection et développer des outils diagnostiques appropriés aux contextes africains. Cela permettrait non seulement d’obtenir des données de séroprévalence fiables, mais aussi de démultiplier les capacités de tests, et ainsi de refléter fidèlement la dynamique épidémique.

Nombre cumulé de décès confirmés liés à la COVID-19 En raison des capacités de tests limitées et les difficultés d’attribution des causes de décès, le nombre de décès confirmés indiqué sur cette carte peut différer du nombre de décès réels dus à la Covid-19.


Le second élément fondamental en matière de santé publique porte sur l’enrayement de la dynamique épidémique. Bien que les chiffres de séroprévalence suggèrent une forte propagation du virus (et donc une immunité naturelle potentiellement non négligeable), il est essentiel de mettre en place rapidement de larges campagnes de vaccination pour endiguer la vague épidémique qui touche actuellement le continent, et freiner l’augmentation importante de mortalité qui en découle.

Cela ne pourra pas se faire sans un soutien globalisé, via un renforcement du dispositif COVAX (dont le but est d’assurer un accès équitable à la vaccination contre la Covid-19), du don de doses, des licences volontaires… Une aide soutenue sera nécessaire pour renforcer les capacités vaccinales dans les années à venir, avec l’objectif de développer les capacités d’élaboration, de production et de distribution des vaccins dans les pays africains. En outre, tant que l’épidémie progresse et que la vaccination stagne, l’accent doit être mis sur le respect des gestes barrières.

Enfin, il apparaît essentiel de continuer à œuvrer afin de mieux comprendre la dynamique épidémique en Afrique, notamment dans un contexte de troisième vague et de propagation des variants Delta et Delta Plus. Malgré d’importants progrès, le séquençage des génomes et le suivi des variants restent particulièrement complexes sur le continent (seul 1 % des génomes transmis jusqu’à présent au mécanisme international de surveillance GISAID proviennent d’Afrique). Les programmes de surveillance et le renforcement des capacités locales doivent se poursuivre, tout comme les recherches sur l’existence de potentielles immunités croisées et les travaux de sciences humaines et sociales visant à mieux comprendre la dynamique de diffusion.  Publié dans Par Dominique Manga

                    Auteurs

    1. Nicolas Pulik Assistant de recherche – Sciences humaines et sociales, Inserm

      Ahidjo Ayouba Directeur de Recherches, virologue, Institut de recherche pour le développement (IRD)

    1. Eric Delaporte Professeur de maladies infectieuses, Inserm, université de Montpellier, Institut de recherche pour le développement (IRD)

  1. Eric D’ Ortenzio Médecin, Epidémiologiste, Responsable du département Statégie & Partenariats, ANRS I Maladies infectieuses émergentes, Inserm

23 Juil 2021

Vaccin AstraZeneca. « Je veux juste que ça se sache » : un retraité du Pas-de-Calais porte plainte après le décès de sa femme

10 jours seulement après sa première injection d’AstraZeneca, Bernadette, 61 ans, décède brutalement d’une thrombose. Depuis, son mari Dominique se bat pour obtenir des réponses et pour que justice soit faite.
Bernadette a perdu la vie 10 jours après avoir reçu sa première dose d'AstraZeneca.
Bernadette a perdu la vie 10 jours après avoir reçu sa première dose d’AstraZeneca. • © Loïc Venance / AFP

Un simple vaccin pour échapper au Covid-19 s’est transformé en drame. Dominique, 64 ans, habitant à Coulogne (Pas-de-Calais), a perdu sa femme, Bernadette, 61 ans, quelques jours après sa première injection d’AstraZeneca. Sa voix est brisée, quelques silences ponctuent notre entretien téléphonique, le temps de maîtriser ses émotions, car la douleur est vive.

Tout commence par un courrier de la MSA, la sécurité sociale agricole, reçu en mars, dans lequel on l’informe qu’il peut se faire vacciner. « Je suis parti voir à la pharmacie et la pharmacienne m’a dit que mon épouse était aussi éligible. Elle était auxiliaire de vie, c’était une façon de protéger les petits vieux« , lance Dominique au bout du fil. Le couple décide de se faire vacciner vendredi 26 mars. C’est leur première dose, aucun des deux n’avait contracté le Covid-19 auparavant.

Lorsque Dominique et Bernadette se font vacciner fin mars, l’AstraZeneca fait déjà l’objet d’une polémique. Au début du mois, la France à l’instar de beaucoup d’autres pays a suspendu quelques jours les injections de ce vaccin. En effet, des risques de thrombose avaient été relevés chez des personnes ayant reçu des doses dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Alertée, l’Agence européenne du médicament (EMA) a rapidement fait réaliser des études pour revoir les risques liés à l’injection d’AstraZeneca. Et les rapports confirment à la fois l’efficacité du vaccin contre le coronavirus, et les risques de thrombose pouvant découler de son injection.

Les experts précisent que la survenue de cette complication peut être reléguée au rang des effets secondaires rares du vaccin. Cela s’explique notamment par sa faible fréquence, les chercheurs n’ont découvert qu’une dizaine de cas sur plusieurs millions de personnes vaccinées en Europe.

Pour le couple de Coulogne, les jours qui suivent leur vaccination s’écoulent sans problème, aucun effet secondaire. « Ça a commencé vendredi suivant, le 2 avril, soit huit jours après. Elle était prise de diarrhées, de vomissements et de douleurs au ventre, détaille-t-il. Il était 18h30, j’ai appelé la pharmacienne qui nous a dit de venir faire un test antigénique qu’on a fait tout de suite. » Le test est négatif. La pharmacienne rappelle le lendemain pour avoir des nouvelles. L’état de Bernadette est bien meilleur que la veille.

Ça a commencé vendredi suivant, le 2 avril, soit huit jours après. Elle était prise de diarrhées, de vomissements et de douleurs au ventre.

Dominique

Une douleur paralysante

Mais c’est la nuit du dimanche 4 au lundi 5 avril que la situation à se détériore. « Elle a passé une mauvaise nuit, et pour la première fois, elle n’est pas partie au travail un lundi matin« , se rappelle l’époux. Les symptômes apparaissent de nouveau vers 16 heures. La douleur est paralysante. « J’appelle le 112 vers 17 heures et ils l’ont emmené vers l’hôpital de Calais. Quelques temps après, ils m’annoncent qu’elle va être héliportée à Lille. Ils avaient vu une thrombose, et son état était bien pire que ce qu’ils pensaient« .

Il appelle le CHU de Lille à 23h30. « Elle était à l’hôpital Roger-Salengro. J’ai eu le médecin responsable qui m’a dit que le pronostic vital était engagée« . A mesure que le récit avance, Dominique a besoin de prendre des pauses. Il a l’impression de revivre cette nuit-là où sa vie a basculé.

Mardi 6, « vers 1 heure du matin, le médecin me rappelle et me dit qu’elle ne passera pas la nuit. Quand j’ai voulu y aller, je lui ai dit que mes enfants n’habitaient pas par ici. Il m’a interdit d’aller seul à l’hôpital et ils m’ont envoyé une ambulance depuis Lille car il n’y en avait aucune de disponible à Calais, pour que je puisse aller à son chevet. »

Dominique arrive à l’hôpital lillois 30 minutes avant son décès. « Elle était inconsciente alors qu’à Calais, on va dire qu’elle était consciente ». Avant qu’elle ne décède, il lui essuie une larme. Il est 4h40 quand tout se termine. « Je suis resté un peu avec elle puis l’ambulance m’a reconduit jusqu’à chez moi. »

Vers 1 heure du matin, le médecin me rappelle et me dit qu’elle ne passera pas la nuit

Dominique

Un lien entre le décès et la vaccination « confirmé à 99%« 

Vers 11h30, le médecin urgentiste l’appelle pour lui expliquer que le décès de sa femme est liée « à de multiples thromboses et lui demande l’autorisation d’effectuer une autopsie. » Il lui faut attendre 12 semaines pour avoir les résultats « après m’être bagarré des dizaines de fois et avoir été baladé d’un service à l’autre« . Le lien entre le décès et la vaccination à l’AstraZeneca lui a été « confirmé à 99%« .

Après réception et étude des documents médicaux, son avocat lui confirme le lien de cause à effet : « pour lui, il ne fait aucun douteIl me l’a écrit dans ce sens, il l’a écrit dans ce sens au procureur de la république de Boulogne« , qui se charge du dossier. Dominique décide de porter plainte et de se constituer partie civile.

Je ne cherche ni l’argent, ni la vengeance, je veux juste que ça se sache et qu’il n’y ait plus de cas similaires.

Dominique

Il y a également une grande probabilité, selon Dominique, que « le dossier soit traité par le parquet de Paris« . Mais la procédure s’annonce longue et sinueuse. « Ils vont sûrement attendre que des cas similaires soient traités pour faire un procès global. » Pas question cependant pour l’époux de baisser les bras. « Au départ, on m’a proposé simplement de bénéficier d’un fonds de garantie, au quel cas il n’y aurait pas de procès. Mais je ne cherche ni l’argent, ni la vengeance, je veux juste que ça se sache et qu’il n’y ait plus de cas similaires. »

Contrairement à ceux des laboratoires Pfizer ou Moderna, l’AstraZeneca n’est pas un vaccin ARN messager mais utilise la technologie du vecteur viral. Il faisait partie de la campagne vaccinale en France depuis début février. Mais avec 30 cas de thrombose recensés au 7 mai dernier, les autorités optent pour des mesures drastiques. Le vaccin AstraZeneca sera désormais uniquement recommandé pour les personnes âgées de plus de 55 ans.

En Hauts-de-France, au 20 juillet 2021, 342.939 personnes ont été totalement vaccinées avec l’AstraZeneca, deuxième vaccin le plus utilisé après le Pfizer, qui lui a été injecté 1.948.135 fois. Derrière, on retrouve le Moderna, qui en comptabilise 201.652 et très loin, le Janssen avec… 92 injections !

Depuis le début de la vaccination avec l’AstraZeneca, l’Agence nationale de la sécurité du médicament recense « 22.070 cas d’effets indésirables« . La grande majorité de ces cas concernant des syndromes pseudo-grippaux, « souvent de forte intensité« . Au 8 juillet 2021, 7.210.000 injections ont été réalisées. Mais désormais, toutes les doses de ce vaccin anglo-suédois achetées par la France sont destinées au programme Covax. Une annonce du ministère de la Santé ce mardi 20 juillet. Cinq millions seront ainsi envoyées « aux pays en développement » d’ici la fin du mois d’août.   Publié dans par Dominique Manga (source F3 Aquitaine)