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12 Avr 2021

Le vaccin Pfizer/BioNTech serait moins efficace contre le variant sud-africain . Sénégal : comment assurer la continuité des soins de santé mentale en temps de Covid-19 ?

Le variant sud-africain du coronavirus est davantage capable de « franchir » les défenses du vaccin Pfizer/BioNTech que les autres formes du virus, ont déclaré dimanche 11 avril à l’AFP des chercheurs ayant réalisé une étude en Israël.

Cette étude menée par l’université de Tel-Aviv et Clalit, principale caisse maladie du pays, a comparé 400 personnes non vaccinées ayant contracté le Covid-19 à 400 autres personnes partiellement ou totalement vaccinées et l’ayant également contracté.

L’Etat hébreu immunise sa population avec le vaccin du duo américano-germanique. Selon cette étude publiée samedi mais non encore évaluée par des pairs, moins de 1 % des contaminations en Israël sont dues au variant sud-africain. Mais parmi les 150 personnes ayant reçu les deux doses nécessaires du vaccin, « le taux de prévalence (du variant sud-africain) était huit fois plus élevé que chez les personnes non vaccinées », indique l’étude.

« Cela veut dire que le vaccin Pfizer/BioNtech, bien qu’extrêmement protecteur, n’offre probablement pas le même niveau de protection contre le variant sud-africain du coronavirus 

que contre les autres formes du virus. »

« Statistiquement insignifiant »

« Le variant sud-africain est capable, dans une certaine mesure, de franchir la protection du vaccin », a indiqué à l’AFP Adi Stern, professeure à l’université de Tel-Aviv et co-auteure de l’étude.

Mais vu le « très petit nombre de personnes vaccinées infectées » par le variant sud-africain (huit), c’est « statistiquement insignifiant », a-t-elle estimé.

Deux études publiées en février dans la revue « New England Journal of Medicine », menées par les laboratoires Pfizer/BioNTech et Moderna, ont montré une présence d’anticorps après vaccination inférieure chez les personnes infectées par le variant sud-africain, indiquant une protection réduite. L’étude israélienne est la première à évaluer la capacité du variant sud-africain à contourner le vaccin.

Combiner vaccin et port du masque

Selon Ran Balicer, directeur des innovations chez Clalit et l’un des auteurs de l’étude, ces résultats pourraient aider les Etats sur la meilleure façon d’assouplir les restrictions.

Combiner vaccins, port du masque ainsi que d’autres mesures « empêche très probablement les variants du virus, y compris le Sud-Africain, de se propager » même si ce dernier a apparemment la capacité de déjouer le vaccin Pfizer/BioNtech.

Israël, qui a recensé 835 900 malades dont 6 296 décès, observe depuis plusieurs semaines un recul de l’épidémie grâce notamment à une vaste campagne de vaccination débutée le 19 décembre.

Plus de la moitié (53 %) des 9,2 millions d’habitants ont reçu les deux doses du vaccin. Une étude portant sur 1,2 million de personnes en Israël a montré qu’il était efficace à 94 %.(source Nouvelobs /AfP )

Sénégal : comment assurer la continuité des soins de santé mentale en temps de Covid-19 ?

Tentes d’attente dans l’enceinte du centre pour éviter le rassemblement des patients et leurs accompagnants dans la salle d’attente. Ibra DiagneAuthor provided

Le risque de contamination par la Covid-19 a contraint les acteurs des services psychiatriques à adapter le parcours thérapeutique afin d’assurer la continuité des soins durant cette période, alors que le secteur de la santé mentale est ordinairement sous tension. L’offre en santé mentale est en effet réduite dans nombre de pays africains – absence de politique en santé mentale (Kastler 2011), faiblesse des investissements (Saxena et al. 2007) (Charlson et al. 2017) – alors que l’impact morbide de ces pathologies est significatif (Vigo, Thornicroft, et Atun 2016), et qu’elles affectent le développement (Patel et al. 2018). Le Sénégal n’échappant pas à cette situation (Tine 2019), la pandémie constituait un risque de voir des patients renoncer à leur traitement ou se diriger vers la médecine traditionnelle.

Le cas du Centre de santé mentale Dalal Xel à Thiès permet d’illustrer la manière dont les acteurs de ce secteur se sont mobilisés durant la première vague, en mars-septembre 2020. Depuis 2002, cette structure privée catholique spécialisée dans la prise en charge des troubles psychiques est homologuée par le ministère de la Santé et de l’Action sociale (MSAS), qui y affecte des psychiatres et des internes. Le personnel se compose d’une trentaine de personnes dont douze soignants : un psychiatre, appuyé par des internes et trois infirmiers spécialisés.

Dalal Xel développe des actions visant à rapprocher les communautés des soins psychiatriques grâce à une stratégie mobile de consultations psychiatriques, en gardant un contact téléphonique avec les patients, en effectuant des visites de médiation à domicile, des séances de sensibilisation et en garantissant l’accès aux soins aux personnes démunies. Les malades pris en charge effectuent parfois des centaines de kilomètres pour consulter (Petit 2019).

Repenser les soins face à la pandémie

Le comité de gestion de crise a repensé l’organisation de la prise en charge médicosociale face au risque de voir le centre se transformer en cluster. Pour cela, de nouvelles pratiques ont été établies. ****

L’objectif principal a été de protéger l’ensemble des acteurs de la chaîne de soins. La question de la sécurité du personnel médical, paramédical et de soutien a constitué un enjeu essentiel compte tenu du déficit de personnel qualifié en santé mentale. Un nombre de contaminations trop élevé parmi les soignants aurait rendu impossible la continuité de soins de qualité. Plusieurs dispositions ont été adoptées : diminution de l’effectif du personnel soignant, prise régulière de la température à chaque prise de service, port systématique d’un masque chirurgical durant toute la durée du travail pour l’ensemble du personnel en s’appuyant sur les directives nationales et les recommandations de l’OMS.

Des mesures de distanciation physique ont été imposées dans les salles de consultation et d’attente. Le nombre d’accompagnants par patient est limité à une personne. L’effectif des visiteurs dans la salle d’attente est limité avec une distanciation physique des sièges, et la consommation d’aliments est prohibée dans les unités de consultation et d’hospitalisation. Les mesures d’hygiène sont systématisées : mise à disposition de gel hydroalcoolique, port d’une sur-blouse, lavage des mains avant et après chaque contact avec un patient, désinfection des surfaces après chaque journée de consultation. Une attention particulière est portée aux conditions d’entrée et d’attente des patients, ceux-ci sont filtrés à la réception, une grande tente est installée comme nouveau lieu d’attente afin d’éviter des concentrations dans les espaces habituels, des personnels de soutien sont formés afin d’assurer la prise de la température, veiller au respect systématique du port de masque et repérer des signes d’alerte.

Le parcours des patients est réorganisé. Seuls les patients résidant dans le département de Thiès sont autorisés à accéder aux consultations de routine, les autres sont suivis en téléconsultation. Cette restructuration est rendue possible grâce à la qualité des liens tissés entre le centre, ses patients et leurs familles via les actions de santé mentale primaire. Seules les consultations qui nécessitent la présence du patient sont maintenues en fonction du degré d’urgence évalué par les psychiatres – aussi les hospitalisations sont drastiquement réduites. Les psychiatres effectuent des opérations de triage (Lachenal, Lefève, et Nguyen 2014) inhabituelles dans une structure attachée à l’accueil des malades.

Afin de détecter rapidement les cas de Covid-19, les visiteurs sont interrogés à l’accueil quant à la présence de symptômes afin d’être pris en charge dans le circuit spécifique national. En cas de symptômes, le patient est isolé et le médecin responsable des soins avertit le Groupe multisectoriel de coordination opérationnelle et de suivi régional. Si le test PCR s’avère positif, le patient, s’il est stabilisé, est conduit dans un Centre de traitement de l’épidémie (CTE) ; si son état de santé requiert des soins psychiatriques, il est conduit à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye. Dalal Xel n’a cependant pas eu à gérer cette situation.

Résilience chronique ou conjoncturelle ?

Face à l’urgence de la crise sanitaire, Dalal Xel, à l’instar des autres structures de santé, a réagi avec célérité. Le centre a mobilisé ses ressources propres afin de faire face à la situation sans attendre l’aide de l’État. Celle-ci est arrivée ensuite, alors que ces structures endurent chroniquement un déficit d’investissements et doivent quotidiennement s’adapter aux problèmes de recrutement de personnel spécialisé, aux ruptures de médicaments, à l’absence de prise de charge des traitements par la CMU, et au manque de reconnaissance institutionnelle.

L’accès aux soins a pu être préservé autant qu’il était possible. Cette continuité des soins est essentielle dans le cas de malades présentant fréquemment des maladies chroniques. Connaissant les difficultés que rencontrent les personnes affectées par un trouble psychique (Petit 2020), on pouvait redouter l’effet des restrictions sanitaires sur le suivi des patients. Après la levée des restrictions de circulation entre régions, les malades sont d’abord revenus au compte-gouttes à Dalal Xel. Puis, dès octobre, un afflux de patients est observé : des patients suivis jusqu’alors régulièrement, d’autres qui étaient en rupture de suivi, et surtout un nombre important de nouveaux patients dont certains vivaient difficilement le contexte épidémique.

Cette expérience laissera peut-être un souvenir amer aux acteurs de la santé mentale. Alors qu’il n’a jamais été autant question, dans les discours politiques et scientifiques, de « résilience » de « suivi psycho-social » des situations de crise, de « deuxième vague épidémique », la question de la santé mentale ne semble pas bénéficier de davantage de reconnaissance alors que les défis auxquels elle est confrontée n’ont pas disparu et semblent même augmenter. Il est à craindre qu’elle soit encore oubliée et que les plaidoyers appelant à « sortir la santé mentale de l’ombre » (Mnookin 2016) ou affirmant « No health without mental health » (Collins et al. 2011) restent des vœux pieux.


Cet article a été co-écrit avec Abdoulaye Danfa (psychiatre, Centre de santé mentale Dalal Xel de Thiès) et Étienne M. Sène (directeur du Centre de santé mentale Dalal Xel de Thiès

publié dans par Dominique Manga   (source The Conversation )

                   Auteurs

    1. Ibra Diagne  Chef d’unité psychiatrie / Établissement Public de Santé de Mbour, Faculté de Médecine, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

  1. Jean Augustin Diégane Tine Psychiatre épidémiologiste, maitre de conférences titulaire en Santé publique, Institut de Santé et Développement (ISED) FMPO – UCAD, Université Cheikh Anta Diop de Dakar

  2. Véronique Petit  Professeure de démographie, Institut de recherche pour le développement (IRD)
11 Avr 2021

Le développement des entreprises privées africaines freiné par les faiblesses de gouvernance publique

Seulement 3 millions d’emplois sont créés chaque année sur le continent alors que 10 à 12 millions de jeunes entrent dans le même temps sur le marché du travail.  Zacharias  Abubeker/AFP

L’entrepreneuriat en Afrique est un enjeu majeur pour la création d’emploi sur le continent dont la croissance de la population en âge de travailler sera la plus élevée au cours des trente prochaines années.

Or, actuellement les économies africaines sont déjà dans l’incapacité de fournir des emplois en nombre suffisant. Seulement 3 millions d’emplois sont créés chaque année sur le continent alors que 10 à 12 millions de jeunes entrent dans le même temps sur le marché du travail.

La création d’emplois est non seulement essentielle pour permettre la réduction de la pauvreté, mais aussi cruciale pour éviter que les tensions socio-politiques s’accentuent (voire apparaissent dans les pays les plus stables).

L’Afrique est le continent dans lequel le poids du secteur informel est le plus important. Bureau international du travail, 2016

Le développement du secteur privé est un enjeu majeur pour la création d’emplois en Afrique. Le secteur informel représente plus de 80 % des emplois totaux selon les estimations du Bureau international du Travail. Si les entreprises informelles permettent de fournir des emplois en nombre, ces derniers sont le plus souvent peu rémunérateurs et peu stables.

Le développement du secteur productif passe donc par le développement des entreprises formelles. Le tissu de ces entreprises en Afrique est fragile. Ces dernières sont peu nombreuses et peinent à croître et à améliorer leur productivité. Le développement de ce tissu productif pâtit notamment d’un environnement des affaires parmi les moins favorables de la planète.

Un climat peu propice au développement

Les entreprises privées en Afrique souffrent d’un environnement des affaires peu propice à leur croissance. Les États sont en charge de fixer les règles du jeu économiques. Or, en Afrique, le jeu est parfois biaisé au profit de certains. Les réglementations sont nombreuses et coûteuses. Ainsi, le coût pour enregistrer une entreprise est dix fois plus important en Afrique que dans les pays de l’OCDE.

En outre, les règles sont parfois davantage construites pour favoriser des intérêts privés que pour le bien-être collectif. Par exemple, en Tunisie, sous la présidence de Ben Ali, le cadre réglementaire était construit pour favoriser les intérêts des entreprises appartenant au clan Trabelsi, belle-famille du président. Enfin quand bien même les règles sont justes et équitables, la mise en œuvre des règles est souvent compliquée faute de moyens suffisants donnés aux administrations publiques.

L’ancien président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, favorisait les intérêts des entreprises appartenant à sa belle-famille lorsqu’il était au pouvoir. Fethi Belaid/AFP

Face à un cadre réglementaire manquant de lisibilité, difficile à appliquer, voire détourné de l’intérêt général par certains acteurs, les entreprises peinent à se développer. À court terme, la mise en conformité avec les règles existantes engendre des coûts additionnels pour les entreprises.

Ce surcoût concerne aussi les entreprises qui adoptent des « stratégies d’évitement » comme le fait de recourir à des canaux non officiels pour obtenir les documents nécessaires à leur activité. Par exemple, au Soudan, 90 % des entreprises déclarent pouvoir obtenir un permis de construire en moins de deux semaines alors que le délai « officiel » est de 250 jours.

Cette situation reflète l’existence d’un système de corruption répandue qui est inéquitable (toutes les entreprises n’ayant pas le même accès à ces canaux de substitution) et mine l’autorité de l’État. À plus long terme, un environnement des affaires défavorable, en raison de la corruption ou de l’inadéquation du cadre réglementaire, décourage les entreprises à investir.

Ainsi, il peut apparaître rationnel pour une entreprise de demeurer à une taille inférieure à son niveau optimal, ou dans l’économie informelle, afin d’éviter certains coûts additionnels générés par un cadre réglementaire inadapté ou de devenir un peu trop visible aux yeux des autorités.

Les limites des actions actuelles

Pour favoriser le développement du secteur privé, de nombreux pays africains (souvent sous la pression des institutions internationales) ont mis en place des réformes visant à améliorer leur environnement des affaires. Ainsi, de nombreux pays ont cherché à faciliter l’enregistrement des entreprises en réduisant le nombre de démarches administratives nécessaires.

Cependant, les analyses ex post de ces politiques montrent des effets faibles, voire nuls de ces réformes. En effet, ces dernières ont rarement bénéficié du soutien politique nécessaire. Les dirigeants ont pu accepter de faire des réformes en modifiant la loi mais sans donner les moyens aux administrations de les appliquer, les rendant de facto caduques.

En outre, ces réformes portent le plus souvent sur un seul aspect du problème, et leur efficacité est ainsi limitée par l’existence d’autres goulets d’étranglement dans la procédure. Suite à l’échec d’une politique de formalisation au Sri Lanka, des chercheurs en ont analysé les raisons. Il ressort que les entrepreneurs ne pouvaient accéder à un titre de propriété qui était pourtant indispensable pour s’enregistrer. Il est probable que des situations similaires existent en Afrique.

À cause d’un manque de soutien politique, les réformes telle que la réduction des démarches administratives ont un faible effet. Shutterstock

Cet exemple souligne la nécessité, pour améliorer l’environnement des affaires, d’apporter une réponse globale à un problème systémique. À court terme, il convient de combiner cette stratégie avec des actions complémentaires au niveau des entreprises. Les entreprises qui interviennent dans une filière dont l’environnement des affaires est défavorable sont confrontées à des mécanismes de corruption qu’elles peuvent contribuer à entretenir par absence d’alternatives ou par dessein.

Conscientes qu’elles sont parties prenantes de la situation, certaines entreprises mettent en place des codes de conduites (ou charte éthique) en interne et renforcent leur gouvernance privée en vue de limiter l’impact de cette corruption sur leur activité (afin d’améliorer leur réputation et minimiser les risques juridiques).

Cependant, les efforts d’une entreprise à lutter contre ces problématiques ne seront efficaces que s’ils parviennent à générer un effet d’entraînement auprès des autres acteurs clefs de sa filière. En effet, l’entreprise qui initie une démarche vertueuse supporte un coût additionnel, qui se matérialise par une perte de compétitivité.

Agir au niveau mésoéconomique

Face aux limites des actions au niveau macroéconomique et microéconomique, nous avançons l’idée de compléter le panel des actions en agissant à un niveau mésoéconomique. Cette approche nécessite de prendre appui sur les corps intermédiaires tels que les organisations patronales ou interprofessionnelles, les syndicats de producteurs ou les chambres de métiers ou de commerces et industrie.

Ces corps intermédiaires peuvent agir à la fois au niveau macroéconomique et microéconomique. D’une part, les organisations professionnelles peuvent faciliter le dialogue avec l’État. La qualité du « dialogue public-privé » est fondamentale pour que l’État ait une connaissance fine des contraintes du secteur privé et puisse ainsi améliorer l’environnement des affaires.

Les organisations professionnelles permettent également d’accompagner les réformes internes des entreprises en facilitant la coordination entre les acteurs au sein d’un secteur ou d’une chaîne de valeur et en supportant une partie des coûts du changement.

Des organisations professionnelles bien structurées sont essentielles pour améliorer l’environnement des affaires et ainsi permettre un développement des entreprises privées en Afrique. L’aide internationale sur cette thématique s’appuie en priorité sur les entreprises et les gouvernements.

Favoriser un rapprochement entre les bailleurs et les corps intermédiaires est sans doute un levier de réponse, complémentaire aux outils existants, qu’il convient d’approfondir. Les bailleurs pourraient par exemple aider à la structuration des organisations professionnelles par la mise à disposition de moyens financiers et humains.  Publié dans  par Dominique Manga

AUTEURS

Florian Léon Research officer à la Fondation pour les Etudes et Recherches sur le Développement International, AUF (Agence Universitaire de la Francophonie)

  1. Pierrick Baraton Chargé d’affaires au sein de la division des garanties, Agence française de développement (AFD)

    Sébastien  Fleury Directeur adjoint des opérations, Proparco, Agence française de développement (AFD)

10 Avr 2021

Cancers, maladies héréditaires, moustiques, cultures : l’édition du génome en quatre applications

En 2012, année de la publication de Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier qui allait leur valoir le prix Nobel de chimie huit ans plus tard, la base de données bibliographique Pubmed dénombrait 145 publications scientifiques comportant le terme « CRISPR ».

En avril 2021, on en compte 23 838. Cette explosion des recherches illustre l’extraordinaire engouement que cette technologie d’édition du génome a suscité chez les chercheurs étudiant les sciences du vivant. Pour comprendre les espoirs qu’elle fait naître, nous vous proposons d’en découvrir quatre applications concrètes.

1. Comme traitement du cancer

La plupart des cancers sont reconnus et attaqués par le système immunitaire, en particulier par certains globules blancs, les lymphocytes T infiltrés. La tumeur parvient néanmoins à progresser en raison de sa capacité à inhiber l’action du système immunitaire (elle induit une « immunosuppression ») et parce que les cellules qui la constituent possèdent des mécanismes d’évasion immunitaire qui leur permettent d’échapper aux défenses de l’organisme.

Il est cependant possible d’augmenter la réponse immunitaire antitumorale naturelle du patient, grâce à la thérapie cellulaire T adoptive (ou « adoptive cell therapy », ACT en anglais). Cette approche personnalisée consiste à prélever chez la personne malade des lymphocytes T, à les faire se multiplier in vitro, puis à les lui réadministrer par perfusion, souvent après les avoir modifiées pour améliorer leurs capacités à combattre les cellules tumorales.

Des résultats spectaculaires ont été obtenus grâce à cette technique, démontrant que le transfert adoptif de cellules T génétiquement modifiées peut induire des rémissions complètes et durables chez des patients atteints de divers cancers du sang (cancers hématologiques).

L’approche CAR (pour Chimeric Antigene Receptor) est l’une de ces thérapies cellulaires T adoptives. Elle consiste à introduire dans les cellules T prélevées chez le patient des gènes codant pour des récepteurs d’antigènes synthétiques. En immunologie, le terme antigène désigne tout élément étranger à l’organisme capable de déclencher une réponse immunitaire. En l’occurrence, les antigènes concernés sont des molécules présentes uniquement à la surface des cellules des tumeurs. Une fois réintroduites dans le corps du patient, les cellules T modifiées seront capables de reconnaître les cellules porteuses d’antigène et de s’y lier. Activées par cette liaison, elles détruisent alors ces cellules tumorales.

Les données cliniques recueillies depuis 2010 indiquent que les cellules CAR T ont le potentiel de guérir des patients atteints de leucémie avancée, chez les adultes et les enfants atteints de leucémie lymphoblastique aiguë (LLA) récidivante/réfractaire et de lymphome diffus à grandes cellules B (DLBCL). Plusieurs traitements les mettant en œuvre ont été autorisés depuis 2018 (Yescarta de Gilead et Kymriah de Novartis).

Les cellules CAR T commencent également à démontrer une activité antitumorale robuste chez les patients atteints de myélome multiple.

Une cellule cancéreuse (blanche) attaquée par deux cellules T (rouges). Nih Image Gallery/FlickrCC BY-NC

L’un des problèmes majeurs de cette approche est son coût, de l’ordre de 400 000€ par traitement. En outre, une limite de l’efficacité de la thérapie cellulaire T adoptive est l’épuisement des cellules T transférées, qui est source de rechute. De plus, si les cellules CAR T révolutionnent le traitement des cancers du sang, elles n’ont pas démontré d’efficacité clinique pour les tumeurs solides.

L’édition de précision du génome à l’aide de CRISPR/Cas9 pourrait permettre de surmonter ces obstacles. Cette technologie est en effet facilement « multiplexable », autrement dit on peut l’utiliser pour modifier simultanément de nombreuses régions de l’ADN d’une cellule.

Un travail récent a donné des résultats encourageants chez deux patients atteints de myélome et un patient atteint de sarcome métastatique, ces trois cancers s’étant avérés réfractaires aux traitements. CRISPR/Cas9 a permis l’élimination simultanée de deux molécules différentes dans les cellules T de ces malades : la molécule de surface naturelle permettant l’activation des cellules T (TCR) et de la molécule de contrôle immunitaire PD1. Ces cellules T ont aussi été modifiées pour produire un TCR synthétique spécifique des cellules cancéreuses, afin de leur permettre de reconnaître les cellules tumorales.

L’idée derrière ces manipulations était d’améliorer les capacités antitumorales des cellules T et d’augmenter leur persistance dans l’organisme des malades. Les résultats sont encourageants : les cellules T ainsi modifiées étaient toujours vivantes et actives 9 mois après les traitements, chez les 3 participants à l’essai clinique. Aucune toxicité clinique n’a été observée, et une forte régression du myélome a été constatée.

2. Comme traitement des hémoglobinopathies héréditaires

Les maladies héréditaires de l’hémoglobine – la protéine qui fixe l’oxygène au sein de nos globules rouges – sont de graves maladies du sang qui réduisent l’espérance de vie de millions de personnes dans le monde. Au nombre de ces hémoglobinopathies figurent notamment la drépanocytose et les β-thalassémies.

Les patients atteints de drépanocytose présentent une mutation unique dans le gène qui code pour la protéine β-globine, la composante principale de l’hémoglobine adulte. Cette mutation entraîne la production d’une hémoglobine qui se polymérise lorsqu’elle est désoxygénée. Les globules rouges prennent une forme en croissant, ou faucille. Ils forment des microthromboses (occlusion de petits vaisseaux sanguins), ce qui provoque de fortes douleurs, endommage de nombreux organes, et entraîne une anémie par destruction des globules rouges, d’où l’autre nom de cette maladie, « anémie falciforme ».

Les patients atteints de β-thalassémies présentent quant à eux également des mutations dans le gène de la β-globine ou dans ses régions régulatrices. Ces modifications entraînent une production déficiente de β-globine ce qui provoque une anémie exigeant des transfusions sanguines. Une solution aux formes graves des deux maladies est la transplantation de cellules souches productrices du sang à partir de la moelle osseuse, mais peu de patients disposent de donneurs compatibles.

Depuis plus de vingt ans, différentes stratégies de thérapies géniques ciblent les cellules souches productrices du sang. Sans succès, car l’exercice est particulièrement difficile : il faut modifier un grand nombre de cellules, en ciblant uniquement les précurseurs des globules rouges, en obtenant un fort niveau d’expression de β-globine, le tout sans risquer que ces manipulations ne déclenchent le développement de tumeurs à long terme.

La drépanocytose qu’est-ce que c’est ? (Inserm/Youtube, 2018).

La nouvelle génération de thérapies géniques a tiré parti d’une observation : la persistance héréditaire de l’hémoglobine foetale. Durant la gestation, l’hémoglobine produite par le fœtus diffère de celle qui sera utilisée une fois que l’enfant sera venu au monde. La production de cette hémoglobine fœtale diminue généralement peu de temps après la naissance, et l’hémoglobine « adulte » devient majoritaire. Cependant, chez certaines personnes, cette bascule ne se fait pas et les gènes servant à produire l’hémoglobine fœtale demeurent actifs. On a constaté que la persistance de ces gènes diminue les manifestations cliniques de la β-thalassémie et de la drépanocytose.

On connaît l’« interrupteur » impliqué dans l’extinction des gènes de l’hémoglobine fœtale et l’allumage des gènes de la β-globine : il s’agit d’une protéine appelée BCL11A. Des chercheurs se sont donc naturellement demandé s’il était possible, en supprimant BCL11A, de rétablir la production d’hémoglobine fœtale. Un essai clinique récent a exploré cette piste sur une patiente atteinte de drépanocytose et sur une autre atteinte de ß-thalassémie. Les chercheurs ont cherché à inactiver BCL11A grâce à CRISPR-Cas9, dans les cellules souches productrices du sang.

L’article rapporte une efficacité de 69 à 85 % au niveau du site cible. La conséquence a été une production importante d’hémoglobine fœtale, ce qui a permis aux patientes de ne plus avoir besoin des transfusions sanguines, a résolu leurs problèmes d’anémie et a fait disparaître les crises vaso-occlusives. Ces patientes font partie d’un essai plus large, avec des résultats encourageants chez un total de neuf patients.

Avant le début de l’essai clinique, les chercheurs ont également fait un effort majeur pour identifier des effets génomiques hors cible de CRISPR. En effet, il arrive que cette technique, si précise soit-elle, ne coupe pas uniquement la séquence d’ADN visée. Ils ont utilisé plusieurs méthodes de prédictions de cassure, effectué des séquençages précis de ces sites et n’ont pas observé d’édition hors cible. Il reste toutefois à vérifier à long terme la stabilité des résultats bénéfiques et l’absence d’effet délétère.

3. Pour lutter contre les maladies transmises par certains insectes

Un autre domaine dans lequel les applications potentielles de la technologie CRISPR soulèvent des espoirs thérapeutiques est l’éradication d’espèces animales nuisibles à l’homme par l’approche dite du « forçage génétique » (Gene drive en anglais).

Il est estimé que chaque année les maladies vectorielles sont responsables de la mort de 700 000 personnes dans le monde et surtout dans les pays aux économies les plus fragiles. Les maladies concernées sont principalement la dengue, le chikungunya, la fièvre jaune, les maladies à virus Zika, le paludisme, lui-même responsable de la mort de près de 400 000 personnes dont la très grande majorité concerne des enfants de moins de 5 ans.

Inspirée par les versions naturelles existantes du forçage génétique, l’édition du génome est ici utilisée pour propager des modifications génétiques pérennes. Celles-ci aboutiront soit à une infertilité des espèces à éradiquer, soit à la production de protéines par l’animal même le rendant incapable d’héberger le virus pathogène.

Plusieurs laboratoires de recherche développent cette approche, qui permettrait d’obtenir des résultats plus rapides, plus efficaces et moins coûteux que celles plus classiques, déjà utilisées au Brésilaux États-Unis ou au Burkina Faso.

Burkina Faso : polémique autour de moustiques OGM contre le paludisme (TV5Monde/Youtube, 2019).

Actuellement, plusieurs études en laboratoire ont démontré les potentialités du forçage génétique, mais de nombreuses limites à l’application en situation réelle subsistent. Il s’agit notamment de la crainte de la perte de contrôle des animaux génétiquement modifiés et les impacts écologiques non encore mesurés de la disparition d’espèces jouant un rôle souvent essentiel au sein d’écosystèmes fragiles. De nombreuses organisations internationales et des représentants de la société civile ont pris rapidement position pour une régulation de ces techniques.

De même, l’Association internationale pour une recherche et une innovation responsables de l’édition du génome (Arrige) a notamment rappelé que le déploiement de ces techniques doit se faire en toute transparence et en concertation avec les communautés vivant dans les zones les plus exposées.

Ces communautés particulièrement vulnérables pourraient en effet pâtir d’une mauvaise utilisation ou d’une mauvaise mise en œuvre de cette nouvelle technologie, même si celle-ci l’est dans leur propre intérêt.

4. Pour la sélection végétale

Depuis le Néolithique, les communautés humaines n’ont cessé de sélectionner les plantes ou de croiser différentes espèces pour obtenir celles qui seraient les mieux adaptées à leurs besoins. Cette sélection végétale a permis d’améliorer avec succès les cultures qui sont à la base de la production alimentaire mondiale.

L’utilisation de l’édition du génome pour la sélection végétale a été l’une des plus rapides à se développer. Elle ne soulève pas en effet le même type de questionnement éthique que son utilisation chez les animaux, et tout particulièrement chez les êtres humains.

En outre, cette approche a rapidement démontré son fort potentiel pour améliorer, faciliter et accélérer la sélection végétale. Les enjeux sont ici considérables : cette technique est appelée notamment à améliorer les rendements, procurer une meilleure résistance des plantes aux maladies, aux nuisibles et au « stress abiotique » (conditions de croissance sous-optimales causées, par exemple, par la sécheresse, l’excès d’eau, les températures extrêmes, le stress salin, les carences en minéraux et le ralentissement de la croissance ou les dommages à la suite d’une pulvérisation de produits), en réduisant l’utilisation d’intrants toxiques pour l’environnement.

Très vite de grands groupes industriels, tels Bayer-Monsanto, Pioneer, ainsi que la biotech française Cellectis, ont négocié des brevets pour produire des plantes modifiées qu’il est désormais possible de trouver sur le marché nord-américain non régulé.

Cela va des champignons qui ne brunissent plus en vieillissant, à l’huile de soja modifiée pour une meilleure stabilité et l’absence d’acides gras insaturés, jusqu’aux plants de maïs présentant un meilleur rendement.

Une modification génétique pour améliorer la résistance des plantes à la chaleur. (Salk Institute/Youtube, 2019).

Les États-Unis ont en effet reconnu que, contrairement aux organismes génétiquement modifiés (OGM), les plantes obtenues après édition du génome ne contiennent pas un gène étranger inséré de manière aléatoire, mais reproduisent un trait déjà observé dans le gène de certaines variées de la plante. Ils sont en cela suivis par de nombreux autres pays, Australie, Japon, Canada, Inde…

Par contraste, suite à une saisine d’un collectif associatif français, la Cour de Justice de l’Union européenne a statué en juillet 2018 que les produits issus de méthodes de mutagenèse ciblée, dont l’édition du génome, doivent être réglementés par les dispositions complètes de la directive européenne encadrant la dissémination volontaire d’OGM.

Un grand nombre de scientifiques considèrent cette décision inappropriée et demandent instamment une révision du cadre juridique qui tienne compte des avantages et des risques réels de cette technologie. Ainsi, la Fédération européenne des académies des sciences et des humanités (Allea) – qui représente plus de 50 académies de plus de 40 pays de l’Union européenne et de pays tiers – considère que le maintien des restrictions pourrait entraver la sélection de cultures plus productives, plus diversifiées, plus résistantes au changement climatique et ayant une empreinte environnementale réduite.

Seule une décision du Conseil de l’Union européenne précisant la place de l’édition du génome dans la modification des plantes, permettra ou non à l’Europe de garder son autonomie en matière de développement de semences améliorées par ingénierie des génomes.  Publié dans par Dominique Manga (source The Conversation)

Auteurs 

Hervé Chneiweiss Directeur de recherche du laboratoire Neurosciences, Président du comité d’éthique de l’Inserm, Inserm

  1. François Hirsh  , Membre du comité d’éthique de l’Inserm, Inserm

 

08 Avr 2021

CBEAO Rufisque -Mbao : Nouvelle Arnaque avec le GAB (distributeur de billets)

Ce jour vendredi 2/04/ 2021 Madame Tine cliente SGBS se rend entre 13 heures et 14 heures au distributeur de billets de la nouvelle agence  CBEAO flambant neuf  sise entre Rufisque et Zac MBao .: elle tente  une opération de retrait de cent cinquante mille (150000 cfa) mais sans succès  la Banque lui signifie qu’il  y a un problème de réseau et que la panne serait réglée le plus rapidement  après la prière du vendredi , mais à sa grande surprise, elle a été interpellée  par une dame  qui  l’avait précédée et avait aussi  tentée  une opération de retrait et  qui se plaignait d’avoir été débité de son compte n’ayant pas encore reçu son argent , en consultant aussi son compte en ligne  Madame Tine se rend compte aussi que  son compte a été débité aussi de 150000  cfa alors que le GAB était en panne mais l’opération a été enregistré et débité à la SGBS Roume  . Après réclamation au niveau de la CBEAO sans suite  c’est une autre procédure à entamer entre Banque sans délai et garantie  de remboursement  et sans excuse de la CBEAO , ce qui est vraiment déplorable pour le client . J’interpelle au nom  des  clients victimes  de ce vol  l’ état sénégalais à être plus vigilant avec  cette nouvelle forme d’arnaque au préjudice  du citoyen et consommateur . Nous sentons vraiment un vide juridique et interpellons l’état sénégalais à y remédier juridiquement  avec cette forme de cybercriminalité en instituant des lois sévères pour protéger les payements en ligne et que des dommages et intérêts soient  payés aux clients quand la banque est fautive car c’est à elle d’assurer la maintenance et la sécurité de ses services informatiques  . le citoyen  sénégalais vit aussi cette frustration avec Orange et la Sonatel qui ne respectent pas le service après vente souvent les valeurs ou débits octroyés ne correspondent pas à l’abonnement pris par le client ce qui entraîne des décrochements du signal internet  , j’ai eu à subir ce préjudice avec internet et TV orange , ils m’ont envoyé une vingtaine de techniciens de Mutelec (société de sous traitance ) qui n’ont jamais pu résoudre le problème que j’ai pu résoudre personnellement grâce à  mon expérience  en informatique au détriment de certaines prestations pourtant incluses dans l’abonnement .Attention à cette nouvelle forme d’enrichissement illicite . Aux dernières nouvelles la SGBS demande à Madame Tine d’éviter les GAB des autres banques , mais en attendant celui de SGBS  Rufisque a été saccagé lors des dernières manifestations pour la libération de Sonko ..A ce jour la procédure suit son cours avec la SGBS après  réclamation  . Nous exigeons de la direction de la CBEAO des excuses et le remboursement de l’argent  dans le compte de Madame Tine dans les plus brefs délais sous peine de poursuite judiciaire avec plainte et dommages et intérêts pour cette faute , le désagrément et le préjudice subi par  l’ employé de Madame Tine  qui devait recevoir son salaire depuis le 2/04/21

.

, Publié dans par Dominique Manga

07 Avr 2021

AstraZeneca : 19 morts sur 79 signalements de caillots sanguins au Royaume-Uni

Le comité scientifique supervisant la campagne de vaccination recommande de limiter l’usage du vaccin AstraZeneca aux plus de 30 ans.

Les autorités sanitaires britanniques ont constaté ce mercredi 7 avril 19 décès de personnes ayant reçu le vaccin anti-Covid Oxford/AstraZeneca, sur un total de 79 cas de caillots sanguins identifiés, assurant que les bénéfices restaient supérieurs aux risques pour « la grande majorité » de la population.

Ces cas concernent 51 femmes et 28 hommes âgés de 18 à 79 ans, a précisé June Raine, directrice de l’agence britannique du médicament, la MHRA.

Limiter aux plus de 30 ans

Le comité scientifique supervisant la campagne de vaccination anti-Covid au Royaume-Uni a ainsi recommandé de limiter l’usage du vaccin AstraZeneca aux plus de 30 ans quand c’est possible. En France, le seuil est fixé à 55 ans.

« Les adultes âgés de 18 à 29 ans, qui n’ont pas de comorbidité leur faisant encourir un risque plus élevé d’une forme grave de la maladie Covid-19, devraient se voir proposer un autre vaccin Covid-19 plutôt que le vaccin AstraZeneca, quand une telle alternative est disponible », a déclaré le professeur Wei Shen Lim, soulignant que le comité ne recommandait l’arrêt de la vaccination dans aucun groupe d’âge.

Des effets secondaires « très rares »

Le même jour, l’Agence européenne des Médicaments (EMA) a affirmé que les caillots sanguins devraient être répertoriés comme effet secondaire « très rare » du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19.

Si « un lien possible avec de très rares cas de caillots sanguins inhabituels avec des plaquettes sanguines basses » a été établi, aucun facteur de risque spécifique n’a toutefois été identifié, a déclaré la directrice exécutive de l’EMA, Emer Cooke, lors d’une visioconférence. La balance bénéfice/risque reste « positive », a estimé également l’agence.  Publié dans Par Dominique Manga

07 Avr 2021

La demande énergétique mondiale est sous-estimée, et c’est un vrai problème pour le climat

La crédibilité des scénarios climatiques mondiaux est sujette à caution, en particulier pour ceux qui font l’hypothèse d’un découplage absolu entre activité économique et consommation d’énergie

Remplacer les combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz) par des énergies bas carbone (les renouvelables et le nucléaire) est indispensable pour limiter le dérèglement du climat. Mais comme les énergies fossiles ne vont pas disparaître de sitôt, il est aussi impératif d’augmenter l’efficacité avec laquelle on les utilise, c’est-à-dire produire plus avec autant (voire moins) d’énergie.

Dans le scénario « développement durable » de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’efficacité énergétique est d’ailleurs considérée comme le premier levier pour réduire les émissions de CO2. Améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et de toutes les machines qui nous entourent contribuerait à 37 % de l’effort nécessaire pour décarboner l’économie mondiale d’ici 2050.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) considère lui aussi que l’efficacité énergétique est un élément clé de la transition écologique. Il en va d’ailleurs ainsi pour tous les gouvernements engagés dans l’Accord de Paris.

Mais il se pourrait que cette stratégie ne fonctionne pas, car elle omet un phénomène qui œuvre depuis longtemps pour contrer les bénéfices de l’efficacité énergétique : l’« effet rebond ».

Origines des réductions d’émissions de CO₂ liées à l’énergie dans le scénario « développement durable » de l’AIE, vis-à-vis d’un scénario intégrant toutes les politiques publiques déclarées. Victor Court (adapté du rapport World Energy Outlook 2019)CC BY-NC-ND

L’éléphant au milieu de la pièce

Parfois appelé « paradoxe de Jevons », du nom du premier économiste à l’avoir étudié au milieu du XIXe siècle, l’effet rebond correspond à l’ensemble des mécanismes économiques et comportementaux qui annulent une partie, ou la totalité, des économies d’énergie résultant des gains d’efficacité.

Par exemple, si les ingénieurs parviennent à diminuer de moitié la consommation d’essence nécessaire pour parcourir un kilomètre en voiture, les automobilistes peuvent dépenser deux fois moins d’argent pour parcourir la même distance, mais ils peuvent aussi parcourir deux fois plus de kilomètres avec le même budget ! L’histoire nous montre que c’est la seconde option qui a été suivie, en augmentant au passage le poids, le confort, la vitesse maximale et la puissance des voitures.

Ainsi, en abaissant le coût d’un service donné – s’éclairer, se déplacer, se chauffer, se nourrir, se divertir –, l’efficacité énergétique engendre un surcroît d’utilisation de ce service : on s’éclaire plus, on se déplace plus, on se chauffe, on se nourrit et on se divertit davantage grâce aux gains d’efficacité énergétique.

Mais disposer d’un éclairage ou d’une voiture plus économe peut aussi pousser les consommateurs à utiliser une partie de leurs revenus pour acheter autre chose que de l’électricité ou de l’essence : par exemple, un billet d’avion ou bien un nouveau smartphone. Il en va d’ailleurs de même pour les entreprises, qui peuvent allouer à de nouvelles activités les revenus épargnés grâce à l’efficacité énergétique.

À terme, ces changements de comportement peuvent modifier les prix et les incitations à investir dans telle ou telle infrastructure (le système routier plutôt que le système ferroviaire par exemple), et ainsi modifier encore un peu plus la consommation d’énergie.

L’ampleur des effets rebonds est difficile à quantifier, mais une tendance se dégage dans les connaissances que nous avons de ce phénomène. Dans une étude récente, nous avons montré avec mes collègues que les preuves d’effets rebonds très significatifs étaient de plus en plus nombreuses : plus de la moitié des économies d’énergie résultant d’une amélioration de l’efficacité énergétique semble ne jamais se concrétiser dans la réalité…

Pas d’énergie, pas de PIB

Dans le même temps, l’efficacité énergétique tend à améliorer la qualité de vie, stimuler la productivité et accroître la compétitivité : autant d’éléments qui contribuent à la croissance de l’économie et à l’augmentation de la demande d’énergie, et donc aux émissions de gaz à effet de serre.

C’est ce qui explique que le produit intérieur brut (PIB) et la consommation d’énergie ont toujours été étroitement liés. On sait en effet que la croissance de l’activité économique est systématiquement allée de pair avec une augmentation de la consommation d’énergie, tandis qu’un accès restreint à l’énergie a toujours limité la croissance économique.

Néanmoins, le PIB et la consommation d’énergie n’évoluent pas strictement à la même vitesse. Entre 1971 et 2018, le PIB mondial a augmenté en moyenne de 3,1 % par an, tandis que la consommation mondiale d’énergie finale (c’est-à-dire la quantité totale d’énergie consommée par les utilisateurs finaux) s’est accrue de 1,8 % chaque année. C’est ce qu’on appelle un « découplage relatif » : les deux variables augmentent, mais le PIB augmente plus vite que la consommation d’énergie.

Faire plus avec moins ?

En raison de changements dans la structure des économies, à savoir plus de services, moins d’industries et des gains d’efficacité énergétique très élevés, les organisations telles que le GIEC et l’AIE prévoient une croissance faible ou nulle de la consommation mondiale d’énergie au cours des prochaines décennies, tout en maintenant une croissance économique relativement élevée.

Ces groupes d’experts font donc l’hypothèse d’un découplage relatif entre PIB et consommation d’énergie, mais à des niveaux bien supérieurs à ceux du passé. Plusieurs de leurs scénarios postulent même qu’un « découplage absolu » est possible : ils prévoient que le PIB pourrait continuer d’augmenter tandis que la consommation d’énergie diminuerait ; et ce, malgré la nécessité d’investir à grande échelle dans les infrastructures à forte intensité énergétique et dans l’industrie lourde des pays en développement.

Le problème, c’est qu’il n’existe aucun précédent historique de découplage absolu au niveau mondial. Seuls quelques pays riches ont pu connaître certaines années un découplage absolu entre leur PIB et leur consommation d’énergie, mais cela était dû à une raison bien précise : ils avaient au préalable délocalisé une grande partie de leur industrie.

La figure ci-dessous permet de comprendre l’ampleur de la déconnexion qui existe entre données historiques et scénarios futurs.

Tendances historiques et scénarios futurs pour la consommation d’énergie finale et le PIB au niveau mondial. On ne présente ici que deux des cinq « shared socio-economic pathways » (SSP, c’est-à-dire les « trajectoires socio-économiques partagées »), utilisés par les modélisateurs pour examiner comment les tendances démographiques, économiques et techniques pourraient évoluer au cours du prochain siècle. Le scénario SSP2 est le scénario moyen qui poursuit les tendances historiques, tandis que le scénario SSP1 fait l’hypothèse d’une trajectoire plus équitable et plus soutenable sur le plan écologique. Victor Court (adapté de Brockway et coll., 2021)CC BY-NC-ND

On a représenté sur ce graphique la trajectoire de l’économie mondiale en matière de consommation d’énergie finale (en ordonnées) et de production économique (en abscisses), soit avec les données de la période 1971-2018 (rond noir), soit dans le cadre de quelques scénarios du GIEC permettant de stabiliser le changement climatique à 1,5 °C ou 2 °C (respectivement en bleu et en orange).

La courbe en pointillé rouge montre que la relation empirique entre PIB et énergie a été quasiment linéaire sur les cinquante dernières années : le PIB mondial a crû à peine plus vite que la consommation d’énergie, c’est le découplage relatif que nous avons évoqué un peu plus haut.

On observe que les scénarios visant une stabilisation du dérèglement climatique à 2 °C (en orange) correspondent à un découplage relatif bien plus important que par le passé, tandis qu’une stabilisation de la dérive climatique à 1,5 °C implique de réaliser un découplage absolu entre PIB et consommation d’énergie.

Plongée dans les modèles énergétiques et climatiques

Une question clé est de savoir si les effets rebonds sont correctement pris en compte dans les modèles énergétiques et climatiques mondiaux.

Dans notre étude, nous avons examiné quatre des « modèles d’évaluation intégrés » utilisés par le GIEC, ainsi que les modèles développés par BPShell, l’AIE et l’US Energy Information Administration (EIA).

Nous avons constaté que la plupart de ces modèles étaient incapables de saisir un grand nombre des mécanismes contribuant à l’effet rebond. Deux de ces modèles comprenaient une modélisation plus détaillée de l’économie, mais en omettant tout de même des mécanismes importants tels que ceux faisant évoluer la taille relative des différents secteurs de l’économie.

Par ailleurs, plutôt que d’estimer l’impact de l’efficacité énergétique sur la consommation réelle, certains modèles fonctionnent en sens inverse : ils définissent d’abord la consommation d’énergie désirée, et ils déduisent ensuite les gains d’efficacité nécessaires pour atteindre cet objectif. Une telle approche empêche, par définition, la prise en compte des effets rebonds.

Cette analyse suggère que les modèles surévaluent les économies d’énergie effectivement réalisables. En d’autres termes, la demande énergétique mondiale semble significativement sous-estimée dans les scénarios qui orientent la prise de décision politique.

Implications pour l’action climatique

Installer de nouvelles ampoules LED, doter les voitures de moteurs derniers cris et perfectionner les processus industriels ne suffira pas pour diminuer la consommation d’énergie fossile et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Affirmer cela ne veut pas dire que l’efficacité énergétique est une mauvaise chose en soi : en plus d’économies d’énergie bien réelles, elle peut apporter différents avantages économiques.

Toutefois, il semble que les scénarios et les modèles climatiques manquent d’un certain réalisme face à la complexité de l’effet rebond. Puisqu’environ 50 % des économies d’énergie semblent compensées par ce phénomène, il est urgent que la communauté des modélisateurs le prenne plus au sérieux et parvienne à mieux l’intégrer dans leurs équations.

Sans cela, la crédibilité des scénarios climatiques mondiaux est sujette à caution, en particulier pour ceux qui font l’hypothèse d’un découplage absolu entre activité économique et consommation d’énergie.

Par ailleurs, il est clair qu’il sera difficile d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris si les décideurs politiques ne tiennent pas compte de l’effet rebond dans leurs réponses à l’urgence climatique.

Si les économies d’énergie fondées sur les gains d’efficacité sont moins importantes que prévu, il faudra compter sur d’autres moyens pour lutter contre le changement climatique : les énergies renouvelables et nucléaires, la capture et le stockage du carbone, ou encore la tarification du carbone.

Ces solutions possèdent néanmoins un certain nombre de limites (physiques et financières) qui laissent penser qu’un plan sérieux de transition bas carbone devrait inclure des solutions pour capter les économies financières liées à l’efficacité énergétique et les rediriger vers des investissements à faible impact écologique.

Surtout, il serait temps que la question de la sobriété des besoins, c’est-à-dire la décroissance de la production matérielle, soit enfin prise au sérieux par les dirigeants politiques, n’en déplaise aux apologistes du « progrès » technique.

Publié danspar Dominique Manga

               Auteur

 Victor Court Enseignant-chercheur en économie, IFP Énergies nouvelles

06 Avr 2021

Côte d’Ivoire : Facebook comme outil de contestation des mesures anti-Covid-19 dans un contexte électoral tendu

Une étude netnographique a été réalisée auprès des communautés Facebook, de février à décembre 2020, à partir d’une veille des publications et posts liés à la Covid-19, couplée à des entretiens avec des cyberactivistes. L’objectif était d’identifier les infox et polémiques relatives à l’épidémie circulant sur Facebook.

Cette étude a été réalisée dans le cadre du projet APHRO-CoV, financé par l’AFD, et dont l’objectif est de renforcer les systèmes de santé de cinq pays d’Afrique afin d’assurer un diagnostic précoce et une prise en charge adéquate et rapide des cas de Covid-19.

Une contestation systématique des mesures de riposte à la Covid-19

Facebook a été le théâtre d’une contestation systématique des mesures initiées par le gouvernement. De nombreux internautes ont affirmé que la gestion de la crise sanitaire a été népotiste et partisane, favorisant les intérêts de l’élite politico-économique, notamment à des fins électorales.

Parmi plusieurs polémiques, l’« affaire de l’INJS », survenue au début de l’épidémie, a particulièrement cristallisé la dénonciation d’une gestion népotiste de la crise. Certaines personnalités proches du pouvoir, de retour de France, qui auraient dû effectuer une quarantaine dans un centre dédié situé sur le campus de l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS), ont été exemptées de cette obligation à l’initiative personnelle du premier ministre. Ce type de polémiques se nourrit des inégalités sociales encore fortes et persistantes en Côte d’Ivoire, où près de la moitié de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté et où une classe moyenne qui peine à se développer et à se stabiliser, ainsi que de la perception latente que la politique d’Alassane Ouattara profiterait essentiellement aux plus riches.

L’organisation des funérailles du premier ministre Amadou Gon Coulibaly, candidat initialement désigné à l’élection présidentielle par le parti au pouvoir, a donné lieu à des critiques dénonçant le caractère partisan de la gestion de la crise sanitaire. En effet, cinq jours après son décès survenu le 8 juillet, le gouvernement a annoncé la levée de l’isolement du « Grand Abidjan », alors que la Côte d’Ivoire était confrontée à un regain de l’épidémie, avec entre 200 à 300 cas par jour environ. Cette synchronicité a été immédiatement interprétée par de nombreux Facebookers comme un moyen d’organiser les funérailles du premier ministre à Korhogo, sa ville natale, et non comme une mesure fondée sur des données de santé publique.

Ces Facebookers, pour la plupart des opposants au pouvoir, ont également dénoncé la violation de l’interdiction de rassemblements de plus de 50 personnes en vigueur dans le Grand Abidjan, constatée lors de l’hommage à Amadou Gon Coulibaly organisé au Parc des sports de Treichville le 15 juillet.

À partir de cette date, il a été observé un désintérêt significatif des internautes vis-à-vis de la maladie sur les communautés Facebook. La quantité de débats consacrés à la Covid-19 a nettement baissé, et la réalité même de la pandémie a pu être contestée, les violations des mesures par le pouvoir en place étant perçues comme la preuve palpable de l’inexistence de la maladie.

Capture d’écran d’un post Facebook sur les cérémonies d’hommage à Amadou Gon Coulibaly. Author provided (No reuse)

Ce type de rapprochement entre mesures de riposte et intérêts du parti au pouvoir n’est pas isolé. La levée du couvre-feu survenue le 15 mai, soit une semaine avant la célébration de la fin du ramadan, a été interprétée comme une mesure favorisant directement les musulmans – la religion majoritaire du Rassemblement des Républicains (RDR) dont est issu le Président de la République –, tout comme la réouverture des bars et des boîtes de nuit survenue quelques jours avant la fête de la Tabaski (31 juillet) ; en revanche, les festivités de Pâques, qui occasionnent chaque année des flux massifs des populations urbaines vers les campagnes, ont été interdites en avril 2020, au moment où les politiques étaient particulièrement restrictives, ce qui a été perçu comme une sanction directe envers les chrétiens, religion majoritaire de l’opposition.

D’autres mesures ont été appréhendées comme favorisant les intérêts politiques et électoraux du parti au pouvoir. Par exemple, le 19 août, une semaine après de vives protestations contre la candidature d’Alassane Ouattara pour un troisième mandat qui ont fait plusieurs morts, le gouvernement a suspendu les manifestations sur la voie publique, ce qui a été justifié par le contexte d’état d’urgence instauré dans le cadre de la lutte contre la Covid-19. Cette mesure a alimenté un peu plus le sentiment de « deux poids, deux mesures » selon l’appartenance politique des citoyens, les opposants au président y voyant une stratégie d’étouffement de la contestation populaire. D’autant que le 22 août, soit trois jours près cette interdiction, Alassane Ouattara a tenu son meeting d’investiture dans un stade Houphouët-Boigny bondé, auprès de dizaines de milliers de partisans souvent non masqués venus le soutenir, suscitant là encore de nombreux commentaires irrités.

Facebook : un espace d’expression démocratique sous tension

Les débats relatifs à la Covid-19 sont rares dans les groupes Facebook et sur les pages publiques de divertissement (musique, sport, humour), qui réunissent essentiellement des jeunes. Ce sont les groupes et pages personnelles à thématique médicale et surtout politique, composés de membres aux profils socio-démographiques plus âgés et instruits, qui ont concentré les débats les plus intenses sur la Covid-19. Dans les groupes politiques qui s’affichent comme neutres, tels qu’Observatoire démocratique en Côte d’Ivoire, les débats autour de la maladie sont systématiquement transformés en sujets politiques, façonnés par les clivages partisans. Les débats sont cependant moins clivants sur les pages Facebook de cyberactivistes dont les membres partagent généralement la même obédience politique que leur créateur.

Cette cyberviolence se transforme parfois en violence physique. Ainsi, un cyberactiviste pro-Gbagbo, connu sous le nom de Serge Koffi Le Drône, a lancé un appel qui a été suivi le 5 avril 2020, invitant les habitants de Yopougon (une commune d’Abidjan historiquement acquise à l’ex-président et adversaire historique de Ouattara, Laurent Gbagbo) à détruire le centre de dépistage Covid-19 qui y était alors en construction.

Compte Facebook de Serge Koffi Le Drone

Ce cyberactiviste a présenté ce centre comme un site de mise en quarantaine des malades, dont l’objectif réel aurait été de contaminer et de causer la mort des habitants de cette commune. Ce passage de la cyberviolence à la violence physique témoigne du pouvoir d’action du cyberespace.

Une communication des autorités nationales jugée ambivalente

La communication des autorités nationales relative à la Covid-19 est perçue comme ambivalente. D’une part, le Ministère de la Santé réagit très peu aux posts qui le critiquent directement et qui sont postés sur sa page officielle, ce qui ne permet pas de contrer certaines rumeurs et polémiques. D’autre part, les déclarations publiques du chef de l’État et ses attitudes concernant la maladie sont jugées contradictoires.

Tandis que le 23 mars 2020, dans son message à la nation, Alassane Ouattara appelait à l’adoption des mesures barrières, le 22 août 2020, lors de son investiture à l’élection présidentielle, il enlaçait la Grande Chancelière (sans masque) et prononçait « On s’en fout de la corona ! On s’en fout de corona ! ».

Toutefois, un mois après sa réélection à la présidence de la République, émaillée de violences, le 1er décembre 2020, sa page affichait « Attention coronavirus ». Ce message de sensibilisation a vite été décrié sur Facebook. Pour les opposants, ce post dévoile l’expression d’une mise en scène et un mépris de la classe dirigeante envers la population, tandis que le camp Ouattara s’est félicité de ce message de santé publique. Depuis, à chaque message de sensibilisation, des Facebookers reprennent avec dérision les propos du président de la République « On s’en fout de Corona » sur sa page personnelle ou d’autres pages d’État pour désavouer les mesures de santé publique.

Commentaires moqueurs d’un message posté sur la page Facebook officielle du président Ouattara. Author provided (No reuse)

Une défiance systématique envers les mesures mises en place, voire un déni de la Covid-19

Ces différentes polémiques soulignent une surpolitisation de la Covid-19 dans les communautés Facebook en Côte d’Ivoire. La Covid-19 n’est plus appréhendée et discutée comme un enjeu de santé publique, mais est devenue le prétexte et un enjeu symbolique d’affrontements sociaux et politiques qui la dépassent largement.

Facebook est une plate-forme qui contribue à alimenter ces clivages, et ce de manière exacerbée dans le contexte électoral. Les mesures sont systématiquement ré-interprétées sous le prisme des intérêts de l’élite socio-économique ou des clivages partisans. Cette défiance profonde est révélatrice d’une crise de légitimité du pouvoir et des inégalités sociales que perçoit la population ivoirienne, avec un sentiment systématique de « deux poids, deux mesures ».

Au final, cette surpolitisation de la maladie est un obstacle majeur à la diffusion de messages de santé publique et à l’adhésion des populations aux mesures gouvernementales, pouvant conduire jusqu’au déni de la Covid-19. Ces résultats appellent à une redéfinition de la communication en période d’épidémie de la part des autorités gouvernementales, dont le ministère de la Santé, notamment avec le lancement récent de la campagne de vaccination de la Covid-19 dans le pays qui suscite, comme dans la sous-région, de fortes réticences. Publié dans par Dominique Manga ( source The Conversation)

                                     Auteurs

    1.  Doctorant en sociologie, Université Félix Houphouët-Boigny. Cocody, Côte-d’Ivoire

  1. Chercheuse, Institut de recherche pour le développement (IR

01 Avr 2021

Pfizer annonce l’efficacité de son vaccin contre le variant sud-africain . Un trouble rare de la coagulation peut obscurcir les espoirs mondiaux pour le vaccin COVID-19 d’AstraZeneca

Dans le déploiement tumultueux du vaccin COVID-19 d’AstraZeneca, tous les regards étaient tournés cette semaine vers les États-Unis, où l’entreprise a connu une rupture de communication très publique sur l’efficacité du vaccin avec un groupe d’experts supervisant une vaste étude dans les Amériques. Mais de l’autre côté de l’océan Atlantique, le vaccin fait face à de nouvelles préoccupations au sujet de l’innocuité, car une explication gagne du terrain pour les accidents vasculaires cérébraux inhabituels et les troubles de la coagulation enregistrés chez au moins 30 receveurs.

De nombreux pays européens ont suspendu l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca plus tôt ce mois-ci à la suite de premiers rapports sur les symptômes, qui ont entraîné au moins 15 décès. La plupart ont repris les vaccinations après que l’Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé de le faire le 18 mars, affirmant que les avantages du vaccin l’emportaient sur tous les risques. L’EMA poursuit son enquête et convoquera un vaste comité d’experts le 29 mars.

Aujourd’hui, un groupe de chercheurs dirigé par andreas Greinacher, spécialiste allemand de la coagulation à l’Université de Greifswald, affirme que la combinaison très inhabituelle de symptômes — des caillots sanguins répandus et un faible nombre de plaquettes, parfois avec des saignements — ressemble à un effet secondaire rare de l’héparine anticoagulante appelée thrombocytopénie induite par l’héparine (HIT).

Les scientifiques, qui ont décrit leurs résultats pour la première fois lors d’une conférence de presse le 19 mars, recommandent un moyen de tester et de traiter le trouble et de dire que cela peut aider à apaiser les inquiétudes au sujet du vaccin. « Nous savons quoi faire : comment le diagnostiquer et comment le traiter », dit Greinacher, qui appelle la thrombocytopénie immunitaire prothrombotique induite par le syndrome (VIPIT). Greinacher a publié un manuscrit sur le serveur de préimpression Research Square.

Même si le mécanisme de Greinacher n’est pas toute l’histoire, plusieurs chercheurs ont dit à Science qu’ils étaient convaincus que le vaccin causait l’ensemble rare de symptômes. Si cela s’avère vrai, cela pourrait avoir des conséquences majeures pour le vaccin, qui est l’une des pierres angulaires de la pression de l’Organisation mondiale de la Santé pour immuniser le monde. AstraZeneca travaille avec des partenaires du monde entier pour fabriquer et distribuer des milliards de doses dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, ce qui pourrait avoir plus de difficulté à identifier et à traiter les effets secondaires rares.

L’Europe compte également beaucoup sur le vaccin; l’Union européenne a acheté 400 millions de doses. L’incapacité de l’entreprise à livrer à temps a retardé le déploiement des vaccins sur le continent, et maintenant la confiance bosselé aggrave les retards. Et même si le risque est très faible, il peut être logique d’utiliser le vaccin uniquement chez ceux qui ont également le plus à gagner de celui-ci: les personnes âgées à haut risque de mourir de COVID-19. Plusieurs pays européens ont commencé à le faire. La situation a des scientifiques marchant sur une corde raide: Ils veulent sensibiliser la profession médicale à leurs préoccupations sans semer la panique.

Mais l’hypothèse de Greinacher est prise au sérieux. Deux sociétés médicales allemandes ont sorti des communiqués de presse le louant pour avoir résolu le problème. Aux Pays-Bas, la Société néerlandaise de médecine interne a exhorté les internistes à être conscients des symptômes et de la ligne de conduite recommandée. Le Royaume-Uni n’a officiellement signalé que cinq cas , malgré l’administration de 11 millions de doses du vaccin AstraZeneca , mais la British Society for Haematology a exhorté ses membres à être conscients d’un « domaine important et émergent de la pratique de l’hémostase et de la thrombose » et à signaler tout cas possible. L’Australian Technical Advisory Group on Immunisation a recommandé de ne pas donner de vaccin COVID-19 aux personnes ayant des antécédents de HIT.

Il n’est pas encore clair comment le vaccin pourrait déclencher VIPIT, et tout le monde ne pense pas que l’affaire est close. « C’est fascinant, mais je ne suis pas entièrement convaincu », dit Robert Brodsky, hématologue à l’Université Johns Hopkins. AstraZeneca, quant à elle, n’a pas répondu directement aux rapports de la constellation rare de symptômes, sauf pour dire qu’ils n’apparaissent dans aucun des essais cliniques de la société.

« Les gens travaillent absolument comme des fous dans les coulisses pour fournir plus de clarté », dit Saskia Middeldorp, un interniste vasculaire au Centre médical de l’Université Radboud, qui n’était pas d’accord avec l’arrêt temporaire du vaccin parce qu’elle dit que les avantages l’emportent clairement sur les risques.

Un trouble « très frappant »

L’histoire du VIPIT a commencé le 27 février, lorsque Sabine Eichinger, hématologue à l’Université médicale de Vienne, a été confrontée à un patient inhabituel. Une infirmière de 49 ans avait demandé de l’aide dans un hôpital local la veille, souffrant de nausées et d’inconfort à l’estomac, et avait été transférée à l’hôpital d’Eichinger. Elle a eu un compte bas de plaquette et les balayages calculés de tomographie ont trouvé des thromboses -caillots sanguins-dans les veines dans son abdomen et plus tard dans des artères aussi bien. « Nous ne pouvions pas faire grand-chose à ce stade », dit Eichinger. Le patient est mort le lendemain.

La combinaison du nombre bas de plaquettes, ou thrombocytopénie, et des caillots a laissé  Eichinger prudente , cependant. « C’est très frappant », dit-elle. Les plaquettes, également connues sous le nom de thrombocytes, aident à former des caillots sanguins, de sorte que les faibles niveaux conduisent habituellement à des saignements, et non à la coagulation. « On pourrait penser que les plaquettes basses et thromboses sont vraiment opposés. » Une condition où ils se produisent ensemble est appelée coagulation intravasculaire disséminée, lorsque l’infection devient grave  les blessures ou le cancer déclenchent la coagulation si répandue qu’elle utilise toutes les plaquettes, « mais il n’en est  rien de tout cela, dit Eichinger.

La combinaison inhabituelle apparaît également dans HIT, qui peut se produire chez les patients ayant reçu de l’héparine comme médicament. L’héparine se lie à une protéine appelée facteur plaquette 4 (PF4), formant un complexe. Pour des raisons qui ne sont pas comprises, certaines personnes produisent des anticorps contre le complexe, ce qui a donné lieu à une réaction de coagulation hors de contrôle. La patiente d’Eichinger n’avait pas reçu d’héparine, mais elle avait reçu une dose du vaccin AstraZeneca 5 jours avant le début de ses symptômes. « J’ai pensé qu’il s’agit peut-être d’une sorte de réaction immunitaire », dit Eichinger.

Elle a tendu la main à Greinacher, qui avait étudié HIT pendant des décennies. « Puis les choses ont commencé à se produire rapidement », dit-elle, alors que plusieurs pays réagissaient aux rapports faisant état de coagulation en suspendant l’utilisation du vaccin AstraZeneca.

M. Greinacher dit avoir communiqué avec d’autres collègues qui l’ avaient étudié au Canada et en Allemagne et a demandé à l’Institut Paul Ehrlich (Î.-P.-É.), qui supervise l’innocuité des vaccins en Allemagne, s’ils avaient vu des cas. . L’Île-du-Prince-Édouard a également recommandé à l’Allemagne de suspendre l’utilisation du vaccin et a demandé à Greinacher de l’aider à enquêter. Il a rapidement reçu des échantillons de sang de huit patients supplémentaires. Tous avaient à la fois des plaquettes basses et une coagulation inhabituelle, dit-il. Dans quatre échantillons, les chercheurs ont également trouvé des preuves d’anticorps contre pf4, une caractéristique de HIT. Lui et ses collègues vérifient maintenant si d’autres receveurs de vaccins et d’anciens patients atteints de COVID-19 ont des anticorps similaires.

Les gens travaillent absolument comme des fous dans les coulisses pour fournir plus de clarté.

Saskia Middeldorp, Centre médical de l’Université Radboud

Brodsky dit qu’il n’est pas clair si VIPIT explique tous les cas. Il convient que les anticorps PF4 et la coagulation observée chez les patients lui ressemblent , mais le lien n’a pas été prouvé, dit-il: « Je suis convaincu que ces patients ont plaquette facteur 4 anticorps, au moins quatre d’entre eux. Mais je ne suis pas convaincu que ces … les anticorps expliquent la thrombocytopénie ou la coagulation.

Condition traitable

Greinacher est d’accord sur la nécessité d’obtenir plus de données. Mais il dit qu’il est crucial d’alerter les médecins sur la complication potentielle. Lorsqu’il est reconnu à temps, hit peut être traité avec des immunoglobulines — anticorps non spécifiques des donneurs de sang — qui aident à freiner l’activation des plaquettes. Les anticoagulants non héparine peuvent aider à dissoudre les caillots. VIPIT devrait être traité de la même manière, dit-il. Dans au moins un cas, dit Greinacher, un médecin a demandé l’avis du groupe et le patient s’est rétabli. La Société allemande pour l’étude de la thrombose et de l’hémostase, dont Greinacher est membre, a publié une série de recommandations pour diagnostiquer et traiter vipit. M. Greinacher affirme qu’il a également été en contact avec des représentants de la sécurité d’AstraZeneca.

Nigel Key, hématologue à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, est d’accord sur la nécessité d’alerter les médecins. « C’est peut-être trop s’attendre à ce stade qu’il y ait un mécanisme moléculaire très détaillé », dit-il, mais les conseils aux médecins qui peuvent rencontrer des patients sont cruciaux.

Brodsky et Key disent que les cas sont assez frappants qu’ils représentent probablement un effet secondaire réel. « Je pense que le vaccin est surtout sans danger. Je pense que les avantages l’emportent probablement sur le risque pour une population générale », dit Brodsky. « Mais ces cas soulèvent des préoccupations quant au fait que ce vaccin est potentiellement mortel chez un petit sous-ensemble de patients. »

Les scientifiques se bousculent maintenant pour comprendre la taille de ce sous-ensemble et qui est dedans. Jusqu’à présent, la plupart des cas ont été observés chez des femmes de moins de 65 ans. Mais cela pourrait être à cause de la population vaccinée : de nombreux pays n’utilisaient initialement AstraZeneca que chez les personnes de moins de 65 ans parce que les premiers essais cliniques comprenaient peu de receveurs plus âgés. Cela signifie que le vaccin a été utilisé dans des groupes prioritaires tels que les travailleurs de la santé et les enseignants, dont la majorité sont des femmes. En Norvège, par exemple, 78 % des doses d’AstraZeneca sont allées aux femmes, explique Sara Viksmoen Watle, médecin en chef à l’Institut norvégien de santé publique. Le Royaume-Uni, cependant, a utilisé le vaccin en premier chez les personnes âgées, ce qui peut expliquer pourquoi moins d’événements inhabituels de coagulation y ont été repérés.

Les données de la Norvège, dont les registres de santé approfondis facilitent ce type de recherche, suggèrent que l’infection antérieure au COVID-19 ne prédispose pas les vaccins à une réaction grave, selon M. Watle. Selon M. Key, l’alerte des cliniciens permettra de s’assurer que moins de cas ne sont pas à l’étude. Une base de données mondiale des cas peut également être utile.

De nombreux pays acceptent, pour l’instant, le risque que le vaccin AstraZeneca puisse porter, mais plusieurs ont limité son utilisation aux personnes les plus à risque de mourir du COVID-19 : les 55 ans et plus en France, 65 ans ou plus en Suède et en Finlande, et 70 ans ou plus en Islande. Cette approche est logique, explique Sandra Ciesek, virologue à l’Université Goethe de Francfort. « L’argument que je continue d’entendre est que le rapport risque-bénéfice est toujours positif. Mais nous n’avons pas qu’un seul vaccin, nous en avons plusieurs. Donc, limiter le vaccin AstraZeneca aux personnes âgées est logique pour moi, et il ne gaspille aucune dose.

Le Danemark et la Norvège attendent plus de données. La Norvège, qui a administré le vaccin AstraZeneca à 130 000 personnes de moins de 65 ans, a signalé cinq patients qui avaient de faibles plaquettes, hémorragie et thromboses généralisées, dont trois sont décédés. Il s’agit d’environ un cas sur 25 000 vaccins, « un nombre élevé avec un résultat très critique chez les jeunes personnes auparavant en bonne santé », dit Watle. Le pays espère prendre une décision sur le vaccin dans les 3 semaines. Il peut se permettre de tenir le coup : les cas covid-19 sont relativement faibles et AstraZeneca fournit si peu de doses que la pause prolongée ne fera pas une grande différence à court terme.

Mme Middeldorp dit s’attendre à plus de clarté après la réunion de lundi du groupe d’experts de l’EMA, qui comprend des experts en coagulation, des neurologues, des virologues, des immunologistes et des épidémiologistes. L’agence indique qu’elle publiera une mise à jour sur le vaccin lors de la prochaine réunion de son comité de sécurité, qui se tiendra du 6 au 9 avril. Idéalement, cette réunion aidera à clarifier la fréquence de la maladie et si le risque varie selon l’âge ou le sexe, selon Middeldorp . Le monde a besoin du vaccin d’AstraZeneca, dit-elle, mais cela signifie qu’il est crucial de bien comprendre ses avantages et ses risques.

Publié dans par Dominique Manga   (source Science )

Auteurs

Kai  Kupfershmidt  est correspondant collaborateur du magazine Science basé à Berlin, en Allemagne.

Gretchen Vogel est correspondante du magazine Science basé à Berlin, en Allemagne.

Pfizer annonce l’efficacité de son vaccin contre le variant sud-africain

Une personne reçoit une dose du vaccin Pfizer Covid-19, à Belgrade, en Serbie, le mardi 23 mars 2021.

Pfizer/BioNTech a affirmé, jeudi, que l’efficacité de son vaccin contre le Covid-19 n’est pas menacée par le variant sud-africain. Les deux laboratoires s’appuient sur une étude clinique menée en Afrique du Sud, où aucune personne inoculée n’a été contaminée par le variant dans les six mois suivant la deuxième injection.

« Un facteur essentiel pour atteindre l’immunité collective ». L’alliance Pfizer/BioNTech a affirmé, jeudi 1er avril, que son vaccin conservait une efficacité très élevée contre le variant sud-africain du coronavirus.

Aucun cas de Covid-19 n’a été observé en Afrique du Sud sur les personnes vaccinées au cours de l’essai de phase 3 qui a permis de suivre les participants jusqu’à six mois après leur deuxième injection, selon un communiqué.

Dans ce pays, « 800 participants ont été recrutés, neuf cas de Covid-19 ont été observés, tous dans le groupe placebo, ce qui indique une efficacité du vaccin de 100 % », explique l’alliance Pfizer/BioNTech.

Des résultats encourageant pour l’immunité de groupe

Il s’agit « des premiers résultats cliniques montrant qu’un vaccin peut protéger efficacement contre les variants actuellement en circulation, un facteur essentiel pour atteindre l’immunité de groupe et mettre fin à cette pandémie pour la population mondiale », explique Ugur Sahin, PDG et cofondateur de BioNTech, dans le communiqué.

Pfizer et BioNTech avaient estimé en janvier, à partir de tests réalisés in vitro, que même si elle était « inférieure » à la réponse observée contre la souche commune du virus, « l’efficacité élevée » contre le variant sud-africain ne semblait pas affectée. Les données des essais cliniques corroborent ces résultats, souligne le communiqué de jeudi.

Sur l’ensemble des 46 307 participants aux essais de phase 3 dans plusieurs pays, le vaccin a démontré une efficacité de 91,3 %, selon la même source. Sur les 927 cas symptomatiques de Covid-19 dans l’étude, 850 cas concernaient des patients du groupe placebo et 77 cas se trouvaient dans le groupe vacciné.

Le laboratoires Pfizer et BioNTech comptent fabriquer en 2021 jusqu’à 2,5 milliards de doses de leur vaccin, l’un des trois approuvés dans l’UE.

31 Mar 2021

Après l’Ever Given : les implications du blocage du canal de Suez pour le commerce mondial

Des dragueurs, des excavateurs et des remorqueurs ont travaillé frénétiquement pour libérer le navire, qui a fini par être remis à flot le 29 mars. Environ 10 % du commerce maritime mondial passe par le canal, qui permet aux navires de raccourcir de plusieurs milliers de kilomètres le trajet entre l’Europe ou la côte est américaine d’une part et l’Asie d’autre part, ce qui représente un gain de près d’une semaine du temps de trajet.

En temps normal, environ 50 navires passent chaque jour par le canal, répartis à parts presque égales entre les vraquiers, les porte-conteneurs (comme l’Ever Given) et les pétroliers. Durant le blocage, certaines compagnies maritimes ont envisagé de détourner leurs navires vers l’Afrique plutôt que d’attendre que le canal soit dégagé.

Cet événement, qui est venu s’ajouter à la pandémie de Covid-19, a mis en évidence la fragilité des chaînes d’approvisionnement internationales et est susceptible d’accélérer les changements déjà en cours dans l’économie mondiale.

Une bonne nouvelle pour les pétroliers

Le blocage a eu un effet notable sur l’acheminement de pétrole.

Environ 600 000 barils de pétrole brut sont expédiés du Moyen-Orient vers l’Europe et les États-Unis via le canal de Suez chaque jour, tandis qu’environ 850 000 barils par jour sont expédiés du bassin atlantique vers l’Asie, également via le canal de Suez. Si l’oléoduc SUMED, qui est parallèle au canal de Suez, a permis à une partie du brut de continuer à circuler entre la Méditerranée et la mer Rouge, cet épisode est de nature à inciter certains raffineurs européens et nord-américains à remplacer le pétrole du Moyen-Orient par du pétrole provenant d’autres sources, depuis lesquelles l’acheminement ne passe généralement pas par le canal. De même, les raffineurs asiatiques seront tentés de remplacer le pétrole brut de la mer du Nord.

L’Ever Given a complètement bloqué le canal de Suez. Cnes2021/Distribution Airbus DS

Le transport de pétrole brut autour du cap de Bonne-Espérance, qui allonge de sept à dix jours le temps de transport du Moyen-Orient vers l’Europe et l’Amérique du Nord, suscite un intérêt croissant – ce qui accroît la demande de très gros cargos pétroliers.

Si le réacheminement du pétrole brut ne devrait guère avoir d’effet sur les prix du pétrole en général, les niveaux de stocks étant actuellement élevés, ce blocage arrive à point nommé pour les propriétaires de pétroliers, car les taux d’affrètement de ces navires sont au plus bas en raison de la dépression de la demande mondiale de pétrole et des séquelles des pandémies. Les propriétaires de pétroliers transportant du pétrole raffiné ou du GNL peuvent s’attendre à une augmentation similaire de la demande de leurs navires et donc des taux d’affrètement.

Un rappel de la fragilité de la chaîne d’approvisionnement

Pour les produits de base tels que le pétrole, le gaz naturel liquéfié, le charbon et le minerai de fer, il existe une demande mondiale et une offre mondiale qui doivent s’équilibrer. Toutefois, une source peut souvent être remplacée par une autre. Cela signifie que le blocage du canal de Suez aura une incidence sur le prix au comptant des produits de base au niveau local et sur les taux d’affrètement des navires qui les transportent, mais le commerce se poursuivra.

Il en va différemment pour les produits transportés par des porte-conteneurs tels que l’Ever Given. Ces produits ont tendance à être très différenciés et plus difficiles à remplacer. Le blocage du canal de Suez provoquera sans aucun doute des pénuries de produits spécifiques dans le monde entier, soit parce qu’ils n’arriveront pas à destination à temps, soit parce que les fabricants manqueront d’intrants ou de composants clés.

Les pénuries rappelleront aux fabricants la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales ; ils pourraient, dès lors, chercher à réduire leur dépendance à l’égard de certaines sources, en particulier celles qui sont éloignées et dépendent du transport par conteneurs.

Les chaînes d’approvisionnement mondiales se réduisent déjà

Les progrès technologiques associés à la numérisation et à l’automatisation rendent les fabricants moins dépendants d’une importante main-d’œuvre qualifiée que l’on ne trouve que dans certaines parties du monde. La production devient plus mobile et peut donc se rapprocher des marchés desservis.

Cette production plus mobile, ainsi que la miniaturisation continue de certains produits (par exemple, les téléviseurs à écran plat qui deviennent de plus en plus plats) et la numérisation progressive d’objets tels que les livres et les manuels, rétrécissent progressivement les chaînes d’approvisionnement mondiales et réduisent les kilomètres de fret, mesurés en termes de valeur ou de volume. Des perturbations majeures telles que la pandémie de Covid-19 et le blocage du canal de Suez ne peuvent qu’accélérer cette évolution.

Cette tendance est antérieure à la pandémie et au récent blocage. Elle se traduit par un chiffre appelé le multiplicateur du commerce maritime mondial par rapport au PIB, qui mesure la part de l’activité économique mondiale qui dépend du transport maritime.

Après la crise financière mondiale de 2008-09, ce chiffre est tombé en dessous de 1 % en moyenne. Cela signifie qu’une augmentation de 1 % du PIB mondial entraîne désormais une augmentation de moins de 1 % du commerce maritime mondial.

Qui paiera ?

Le coût des perturbations causées par le blocage du canal de Suez pèsera lourdement sur les assureurs de l’Ever Given. Le navire appartient à la société japonaise Shoei Kisen Kaisha et est affrété par la compagnie taïwanaise Evergreen. La coque et les machines sont assurées sur le marché japonais de l’assurance maritime, mais pour le moment, les dommages subis par le navire semblent minimes.

Les principaux coûts sont le manque à gagner pour l’autorité du canal de Suez pendant que le canal est fermé au trafic, et les pertes encourues par les propriétaires des cargaisons des nombreux navires bloqués par le blocage. En fonction de la durée du blocage, ces coûts peuvent donner lieu à d’énormes demandes d’indemnisation. Les demandes d’indemnisation des tiers sont couvertes par le London P&I Club, qui est réassuré par l’International Group of P&I Clubs.

À long terme, cependant, le blocage peut être une bonne chose. S’il offre un nouveau coup de pouce pour raccourcir les chaînes d’approvisionnement, les avantages pour l’économie mondiale et l’environnement seront certainement plus importants que le coût pour les assureurs. Publié danspar Dominique  Manga

                 Auteur 

 Michael Bell Professor of Ports and Maritime Logistics, University of Sydney

30 Mar 2021

Face au changement climatique, les agricultures africaines au défi de la sécurité alimentaire . La pollution plastique, une injustice environnementale pour les communautés vulnérables (ONU)

Le 5 avril 2020, un agriculteur porte un masque facial tout en couvrant le sorgho dans son champ pour le protéger des oiseaux dans la banlieue de Gaborone, au Botswana. Monirul Bhuiyan / AFP

Face à cette pression, le développement agricole fait déjà face à d’immenses défis, et l’on craint que les changements climatiques ne les aggravent dans les zones vulnérables. Une majorité de la population d’Afrique subsaharienne vit en effet dans des régions rurales, où les revenus et l’emploi dépendent presque entièrement de l’agriculture pluviale.

Le secteur agricole emploie entre 65 et 70 % de la main-d’œuvre africaine et représente généralement 30 à 40 % du produit intérieur brut.

De multiples facteurs biophysiques, politiques et socio-économiques se conjuguent pour accroître la vulnérabilité de cette région et risquent d’entraver sa capacité d’adaptation.

Précipitations, sécheresses et désertification

Le climat africain est déterminé par trois phénomènes climatiques critiques qui sont liés entre eux de manière complexe et qui ne sont pas encore entièrement compris. Il s’agit du mouvement de la zone de convergence intertropicale, de l’oscillation australe El Niño et de l’alternance annuelle des moussons. Chacun de ces phénomènes interagit avec l’autre, déterminant les régimes régionaux de température et de précipitations.

À cela s’ajoutent les changements climatiques en cours, qui ont des répercussions sur les précipitations et l’élévation du niveau de la mer, et entraînent une augmentation modérée à extrême de la température mondiale.

Au-delà des hausses de température, les changements climatiques en Afrique subsaharienne devraient entraîner des transformations dans l’intensité des précipitations, une incidence accrue des événements extrêmes tels que les sécheresses et les inondations, le renforcement de la désertification et l’altération de certains vecteurs de maladies entraînant des transformations dans la transmission spatiale et temporelle des maladies infectieuses.

Un quart de la population sous-nourrie

L’un des plus grands défis auxquels nos sociétés sont actuellement confrontées est de fournir en permanence à tous les citoyens des aliments nutritifs tout en préservant l’environnement. Ce problème se pose avec une acuité particulière en Afrique subsaharienne, où l’on estime qu’une personne sur quatre ne dispose toujours pas d’une alimentation suffisante pour mener une vie saine et active.

Le terme « sécurité alimentaire » est défini comme l’accès physique, social et économique de tous et à tout moment à une nourriture à même de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active.

Elle repose sur quatre piliers : la disponibilité alimentaire, l’accès à la nourriture, l’utilisation de la nourriture et la stabilité de la disponibilité alimentaire et de l’accès aux aliments. L’insécurité alimentaire quant à elle correspond à un manque d’accès à une nourriture suffisante.

Les légumineuses, une source d’azote plus durable pour la culture du maïs bit.ly/2I3vVj1
 
 

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En dépit d’une incertitude sur les données climatiques, la littérature publiée permet de tirer plusieurs points saillants : partout en Afrique, l’agriculture risque d’être affectée négativement par les changements climatiques ; et dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, le rendement des cultures pourrait diminuer de 10 à 20 % d’ici à 2050 en raison du réchauffement.

Dans le cas du blé, ce rendement moyen pourrait baisser d’ici au milieu du siècle de 17 %, celui du maïs de 5 %, celui du sorgho de 15 % et celui du millet de 10 %.

Même sans les changements climatiques, les agricultures africaines suscitent déjà de graves inquiétudes en raison de la variabilité de l’approvisionnement en eau, de la dégradation des sols et des sécheresses récurrentes. Il ne fait aucun doute que l’agriculture devra changer radicalement pour répondre aux demandes futures.

D’autant plus si l’on tient compte des taux de croissance démographique – les plus élevés au monde – et des modifications des habitudes alimentaires liées à l’urbanisation et à l’essor de la classe moyenne africaine.

Régimes moins carnés et agroécologie

Le défi consiste non seulement à augmenter la production alimentaire, mais aussi à le faire de manière durable, en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre et en préservant la biodiversité.

En effet, la quantité de nourriture disponible pour la consommation humaine est affectée par l’attribution des cultures à d’autres utilisations non alimentaires, telles que l’alimentation animale, la bioénergie et les utilisations industrielles. Au niveau mondial, seulement 67 % de la récolte produite (en masse) ou 55 % des calories produites sont disponibles pour la consommation humaine directe.

Le reste de la récolte a été allouée à l’alimentation animale (24 % en masse) et à d’autres utilisations industrielles, y compris la bioénergie (9 % en masse).

Éthiopie : la permaculture, clé de la prospérité en milieu rural (France 24/Youtube, le 26 avril 2019).

Dans les pays riches, de nombreuses personnes consomment davantage de produits d’origine animale que ce qui est recommandé sur le plan nutritionnel : c’est le cas du modèle alimentaire très carné nord-américain ou argentin.

Or nous avons besoin de toute urgence de nouvelles alternatives pour relever les défis actuels et futurs auxquels sont confrontés nos systèmes alimentaires. Des réformes seront donc nécessaires, notamment l’évolution vers des régimes moins carnés, ce qui pourrait augmenter la productivité alimentaire des terres cultivées et nourrir plus de personnes par hectare de terre cultivée.

Il est impératif de concevoir des systèmes agricoles résistants face à des chocs de plus en plus fréquents et capables de s’adapter aux nouvelles conditions imposées par ces changements.

Dans ce contexte, l’agroécologie – qui vise à concevoir des systèmes alimentaires impliquant moins de pressions sur l’environnement et un usage plus modéré des ressources naturelles – sera indispensable pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition ; en rétablissant et en maintenant les écosystèmes, en offrant des moyens de subsistance durables aux petits exploitants et en renforçant la résilience pour s’adapter aux changements climatiques.  (source The Conversation)

          Auteur

Sougueh Cheik  , Docteur en sciences de l’environnement, Institut de recherche pour le développement (IRD)

 

La pollution plastique, une injustice environnementale pour les communautés vulnérables (ONU)

 
UNICEF/Frank Dejongh
Une femme trie des sacs plastiques en Côte d’Ivoire.
 

La pollution par les plastiques touche de manière disproportionnée les communautés marginalisées et celles vivant à proximité des sites de production et de traitement des déchets plastiques, ce qui constitue une injustice environnementale, selon un nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et de l’ONG Azul publié mardi.

« La justice environnementale implique de sensibiliser les personnes en première ligne de la pollution par les plastiques aux risque encourus, les inclure dans les décisions concernant sa production, son utilisation et son élimination, et leur garantir l’accès à un système judiciaire crédible », a déclaré la Directrice exécutive du PNUE, Inger Andersen.

Le rapport, intitulé Neglected : Environmental Justice Impacts of Plastic Pollution, exhorte à identifier les communautés touchées par les déchets plastiques et les inclure dans le processus décisionnel local.

Le document détaille des cas d’injustice environnementale, allant de la déforestation et du déplacement des peuples autochtones pour faire place à l’extraction du pétrole ; à la contamination de l’eau potable par les fluides de fracturation hydraulique et les eaux usées aux États-Unis et au Soudan ; en passant par des problèmes de santé parmi des communautés africaine-américaines vivant à proximité de raffineries de pétrole dans le golfe du Mexique aux États-Unis, ou encore des risques professionnels encourus par environ deux millions de récupérateurs de déchets en Inde.

De multiples menaces

Les déchets plastiques ne menacent pas seulement les moyens de subsistance des personnes qui dépendent des ressources marines pour leur travail, mais peuvent entraîner une série de problèmes de santé pour les consommateurs de poissons et fruits de mer infestés de micro-plastiques et de nano-plastiques toxiques.

Le défi constitué par les déchets plastiques, exacerbé par la pandémie de Covid-19, est partie intégrante de la crise mondiale de la pollution qui, aux côtés de la perte de biodiversité et des changements climatiques, représentent une triple urgence planétaire qui doit être traitée par des changements massifs dans la façon dont l’humanité utilise les ressources de la Terre.

« Les conséquences des déchets plastiques sur les populations vulnérables va bien au-delà des systèmes de gestion inefficace et parfois inexistante des déchets », explique Juliano Calil, auteur principal du rapport et directeur de recherche au Center for the Blue Economy.

« Cela commence par les problèmes liés à l’extraction du pétrole, en passant par les environnements toxiques et les émissions de gaz à effet de serre, et cela a même des effets sur les politiques de distribution de l’eau », a-t-il ajouté.

Photo Saeed Rashid
La pollution par le plastique menace la vie marine dans les océans.

Une question de justice sociale

Les auteurs du rapport recommandent aux gouvernements d’étendre leur surveillance des déchets plastiques, d’étudier leurs effets sur la santé et d’investir pour assurer leur gestion.

Les gouvernements sont également encouragés à adopter et renforcer l’application de l’interdiction des plastiques à usage unique et faciliter la réduction, le recyclage et la réutilisation du plastique.

En outre, ils devraient organiser des campagnes de sensibilisation auprès des communautés concernées et les aider à agir en leur garantissant l’accès à un système judiciaire efficace qui respecte les principes de justice environnementale, tels que le consentement préalable libre et éclairé (CPLA) et le droit d’accès à l’information.

« La pollution par les plastiques est une question de justice sociale », a affirmé la co-autrice du rapport, Fondatrice et Directrice générale d’Azul, Marce Gutiérrez-Graudiņš, soulignant que « les efforts actuels de gestion et de réduction de la pollution par les plastiques sont insuffisants pour résoudre l’ensemble des problèmes qu’elle entraîne ».

La fondatrice d’Azul estime que « les répercussions disparates sur les collectivités touchées par le plastique, à chaque étape de la production jusqu’aux déchets, devraient inciter à considérer la justice environnementale comme une évidence dans le domaine de la conservation marine ».

Le rapport fait suite à la résolution 2/11 de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement, demandant au PNUE d’étudier de manière plus approfondie les impacts environnementaux, sanitaires et sociaux du plastique.

Il démontre la manière dont les déchets plastiques compromettent la réalisation des objectifs de développement durable (ODD), notamment l’ODD1 sur l’élimination de la pauvreté, l’ODD2 sur la faim zéro, l’ODD14 sur la protection des écosystèmes marins et l’ODD16 sur l’accès à la justice pour tous et la mise en place d’institutions efficaces, responsables et inclusives à tous les niveaux. Publié   dans par Dominique Manga (source ONU info)