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06 Mar 2021

Les paris du Pape François en Irak

Malgré la montée, depuis deux semaines, des tensions entre l’Iran et les États-Unis – un conflit dont l’Irak reste un terrain majeur – et malgré l’escalade des violences intérieures, notamment dans la province de Dhi Qar, où le pouvoir réprime la contestation, le voyage pastoral et diplomatique du pape François entre les 5 et 8 mars 2021 a été maintenu.

L’intensité des préparatifs, entamés de longue date par le Saint-Siège et les autorités locales, dont le très actif cardinal et Patriarche des Chaldéens Louis Raphaël Sako, finit par intriguer. Que vient faire le pape dans ce pays meurtri et sous influence ? Quelles sont ses intentions et peuvent-elles être couronnées de succès ?

L’enjeu de la présence chrétienne en Irak

La première raison de ce voyage est bien sûr de conforter les chrétiens d’Irak. Une occasion exceptionnelle leur est offerte de sensibiliser le monde à leur tragédie, dans l’accumulation des tragédies irakiennes.

L’enjeu, pour les responsables chrétiens du pays, est de retrouver leurs ressources humaines et financières en prévision d’un retour de leur communauté éparse, à la faveur de la paix, ce qui semble à courte vue irréaliste. Regroupant désormais moins de 1 % des 38,4 millions d’Irakiens, les chrétiens de l’ancienne Mésopotamie sont en cours de transplantation migratoire.

Ayant connu de grandes tribulations aux XIXe et XXe siècles, on estime qu’ils étaient encore 6 % avant 2003, dont près de 800 000 à Bagdad. Aujourd’hui, leur nombre dans la capitale a chuté à 75 000. L’intervention américaine a transformé leur singularité en dernier stigmate. À Bagdad, les lieux de culte ont été attaqués dès les premiers attentats de 2004 : la cathédrale syriaque Sayidat al-Najat – où le pape va se rendre – a subi une explosion à la voiture piégée dans une attaque simultanée contre plusieurs églises, commanditée par le chef terroriste Zarqaoui. Cette même cathédrale a essuyé une autre attaque d’Al-Qaeda, pendant l’office de la Toussaint 2010, faisant une soixantaine de victimes dont le prêtre en chaire, le père Thar.

L’hémorragie des chrétiens d’Irak a précédé la fuite par millions des Irakiens à partir de 2004. Leur exode s’est accéléré avec l’installation de Daech dans les terres sunnites. À Mossoul – autre lieu de passage de François –, surnommée jadis la Jérusalem de Mésopotamie, les chrétiens assyriens et syriaques étaient près de 50 000 avant la première guerre du Golfe. Leur nombre est passé à 5 000 en 2014.

Le kidnapping de l’archevêque syriaque Basil George Casmoussa en 2005, une série d’attentats et d’enlèvements ciblés en 2007, l’assassinat après torture de l’évêque assyro-chaldéen Paulo Faraj Rahho en 2008, l’attentat contre un bus d’étudiants venus de Qaraqosh en 2010 : tous ces évènements ont précipité leur fuite, avant même l’arrivée de l’État islamique.

70 familles seulement vivraient encore à Mossoul. Les 150 000 chrétiens de la plaine de Ninive, dont 50 000 syriaques de Qaraqosh – autre ville que visitera François – ont tout quitté pour échapper au nettoyage ethnoreligieux qui a également frappé les yézidis, les Shabaks et les Turkmènes chiites. Ils se sont réfugiés dans l’antique terre d’Erbil (Arbèle) devenue kurde – où le pape se rendra aussi – et dans les camps de réfugiés, au Liban, en Jordanie et en Turquie. Depuis, 55 000 d’entre eux ont réussi à quitter le Moyen-Orient. 25 000 sont revenus à Qaraqosh. Les autres sont restés à Erbil. La petite Église arménienne, issue de la diaspora marchande et des réfugiés du génocide ottoman, s’est vidée de ses fidèles depuis 2003. À Bassorah, sur les 4 500 familles assyriennes présentes avant 2003, il n’en reste plus que 200.

Tout cela est éminemment tragique et douloureux. Mais pour le dire crûment, beaucoup d’Irakiens ont énormément souffert, et l’exode des chrétiens d’Irak ne les émeut pas outre mesure, d’autant que les chrétiens n’ont jamais été présents partout dans le pays.

L’enjeu de l’unité œcuménique

Qu’en est-il pour les chrétiens qui ne sont pas partis ? De grands efforts matériels ont été déployés pour réparer les édifices emblématiques, comme le couvent dominicain et le clocher de Notre-Dame de l’Heure à Mossoul qui a servi de centre de torture sous Daech. Idem pour l’église chaldéenne Al-Tahira que le pape visitera. De même, l’église syriaque orthodoxe de Mar-Touma est en train d’être reconstruite, grâce au financement de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit (ALIPH), qui a par ailleurs soutenu la réhabilitation du mausolée-monastère de Mar Benham, dynamité par Daech en 2015.

Des jeunes déploient une affiche accueillant le pape François au-dessus des décombres d’une maison détruite à côté des ruines de l’église catholique syriaque de l’Immaculée Conception (al-Tahira) dans la vieille ville de Mossoul, au nord de l’Irak (autrefois ravagée par les militants du groupe d’État islamique), le 2 mars 2021, avant la visite du pontife plus tard dans la semaine. Zaid Al-Obeidi/AFP

Mais l’autre véritable enjeu – outre la sécurisation des personnes, l’effort éducatif et médical et les opportunités de travail, à l’instar des besoins de tous les Irakiens – est de finaliser, en le rendant tangible avec cette visite, l’effort de communion entrepris depuis le concile catholique de Vatican II entre les différentes Églises chrétiennes d’Orient que le Pape va rencontrer. Ces dernières, par leurs strates et leur diversité, récapitulent des siècles de morcellements ou d’empiètement entre territoires canoniques, justifiés par des divergences théologiques qui échappent aujourd’hui à l’entendement.

Ainsi les Assyriens descendent-ils de l’Église d’Orient, dite aussi Église de Mésopotamie ou Église perse, entièrement autocéphale sous l’Empire sassanide. Elle a aujourd’hui deux branches : l’Église « historique », siégeant à Erbil, et l’Église chaldéenne, qui est son pendant catholique à Bagdad. À côté des Assyriens, une autre Église des origines un peu plus « tardive », l’Église syriaque, s’est formée avec les descendants des chrétiens syriens et arabes de l’Église d’Antioche, qui ont fui la répression de l’Empire byzantin au VIe siècle. L’Église syriaque a deux branches, comme l’assyrienne.

Un tel émiettement, auquel s’ajoute la présence de chrétiens convertis, soit anciennement, soit plus récemment au protestantisme évangélique – par ailleurs mal vu pour son prosélytisme et ses origines américaines – affaiblit la voix et les intérêts communs des chrétiens d’Irak, si on enlève leur avantage démultiplicateur comme réseau d’émigration. Le regroupement œcuménique des Églises en un lien opérationnel et protecteur, dont Rome serait le garant et qui rattacherait les diasporas entre elles en les « universalisant », pourrait fabriquer une cohérence à double détente. Il permettrait des actions concertées, de répartition et de coordination entre les acteurs de terrain ; surtout, il mettrait en évidence le cercle vertueux de la bonne entente qui servirait d’exemple à suivre pour le dialogue interreligieux.

L’enjeu de l’unité irakienne ?

C’est ici que se situe l’enjeu le plus audacieux mais peut-être aussi le plus problématique de la visite de François, si l’on tentait de le conjecturer.

Il s’agirait de fabriquer, à partir de l’établissement pérenne de relations interconfessionnelles entre l’ensemble des acteurs religieux d’Irak, un chemin exemplaire de réconciliation nationale et, très paradoxalement, de dépolarisation religieuse.

La démarche est celle de la diplomatie interreligieuse, comme antidote à la toxicité confessionnelle qui a contaminé toute la société irakienne depuis l’embargo qui a suivi la première guerre du Golfe, avec la « campagne pour la foi » de Saddam Hussein. Durant ces années déterminantes où le tissu social a commencé à se déliter, alors que les bombardements de cette première guerre avaient détruit toutes les infrastructures et affaibli l’État, le ressentiment communautaire s’est développé, ressentiment que la brutale politique de dé-baassisation, parallèle au processus de démocratisation, a renforcé après 2003, quand les États-Unis ont semblé favoriser les chiites. C’est ainsi que sont apparues les milices sunnites, les groupes islamistes terroristes et les contre-milices chiites…

Certes, la jeunesse irakienne d’aujourd’hui, très nombreuse mais sans travail et sans ressources, est épuisée par le discours sectaire. Elle manifeste ardemment, depuis deux ans, sunnites et chiites confondus, une aspiration vitale pour la liberté, la démocratie, la fin de la corruption et la fin de la mainmise iranienne sur le pays. Elle a même obtenu la démission d’un premier ministre.

Certes, le cardinal chaldéen Louis Raphaël Sako a réussi à organiser une rencontre historique entre le pape et le Grand ayatollah Ali-Al-Sistani dans la ville de Najaf, décrite par Pierre-Jean Luizard comme le Vatican chiite. Al-Sistani est devenu « la conscience irakienne », défenseur d’un Irak indépendant des influences étrangères, c’est-à-dire de l’Iran, dont la présence par milices et partis politiques (Coalition Sairoun et Coalition Al-Fatha) interposés est absolument prégnante.

Une affiche annonce la tenue prochaine de la rencontre entre le pape et l’ayataollah Al-Sistani. Bagdad, le 3 mars 2021. Sabah Arar/AFP

Al-Sistani est connu pour refuser l’interprétation iranienne du velayat-e-faqhi (littéralement la tutelle des jurisconsultes) et pour défendre une citoyenneté nationale commune transcendant les clivages religieux et ethniques du pays. Mais, même si Al-Sistani ne peut être comparé en rien à Moqtada Al-Sadr, leader chiite des quartiers pauvres et ancien chef de l’Armée du Madhi, les milices chiites qui se sont formées à son appel contre l’État islamique en 2014 poursuivent leur mainmise dans les territoires sunnites, à côté de l’armée irakienne, et en opposition aux autres milices chiites pro-iraniennes également bien présentes, malgré l’assassinat du général iranien Ghassem Soleimani à Bagdad en janvier 2020.

Ces milices entretiennent la peur et la rancœur par leurs méthodes. Elles restent dominantes au cœur du pouvoir irakien où les institutions chiites nationales n’ont jamais eu autant d’influence. Le pouvoir religieux chiite, anti-ou pro-iranien, n’est pas un truchement de la réconciliation en Irak.

Enfin, du côté sunnite, aucune rencontre n’est prévue, alors même que François va rencontrer des représentants kurdes à Erbil et prier avec des Yézidis, mandéens et Kakaïs à Ur, ville de naissance d’Abraham selon la Bible. Comment comprendre un tel manque, dans cette manœuvre interreligieuse ? Est-ce parce qu’il n’y a aucun responsable sunnite qui soit suffisamment représentatif de la population ? Est-ce parce qu’il n’y a actuellement aucun contact entre dignitaires sunnites, chrétiens et chiites ? Est-ce parce que les personnes pressenties ont décliné la proposition ? Est-ce parce que personne ne veut se rapprocher des sunnites considérés comme infréquentables après le soutien d’une partie d’entre eux à l’État islamique ? En tout cas, cette absence a été critiquée par le député sunnite de la province de Salâh ad-Dîn, Muthanna al-Samarrai, critique reprise par les médias arabes. Elle risque de réduire à néant les chances de mise en place d’une « coalition » interreligieuse qui plaiderait pour un Irak uni et indépendant.   Publié dans par Dominique Manga

           Auteur

                   Blandine Chelini-Pont

Professeur des Universités en histoire contemporaine, Aix-Marseille Université (AMU)

06 Mar 2021

La Guinée face à la résurgence de l’épidémie d’Ebola

Le 14 février dernier, les autorités sanitaires de la Guinée ont déclaré le pays « en situation d’épidémie » après la confirmation de sept cas d’infection au virus Ebola, dont trois morts. C’est toute l’Afrique de l’Ouest qui se retrouve dans une situation délicate, avec un risque réel de résurgence de l’épidémie d’Ebola cinq ans après une première vague meurtrière qui avait fait plus de 11 000 morts.

Entre mars 2014 et décembre 2015, une épidémie nationale due au virus Ebola s’était déclarée en Guinée (une résurgence a été enregistrée en 2016 dans la préfecture de Nzérékoré, mais elle a été rapidement circonscrite). La maladie s’est alors très vite répandue dans les pays voisins, notamment le Liberia et la Sierra Leone, avec respectivement 10 066 et 12 666 cas. Face à la propagation rapide du virus, des restrictions de mouvement avaient été imposées, les frontières fermées et les liaisons aériennes suspendues.

Les dangers pour la région et au-delà

Cette année, le virus est apparu dans la sous-préfecture de Gouécké, une localité à forte mobilité vers le chef-lieu de région, Nzérékoré. Étant une zone de production agroforestière, la circulation des personnes et des produits y représente un facteur de risque important de propagation de la maladie. Déjà, un contact du patient zéro a été identifié à Conakry : il aurait auparavant parcouru une distance d’environ mille kilomètres. Cela signifie que le risque de propagation du virus vers d’autres préfectures ou d’autres pays est réel. C’est cette crainte qui motive la fermeture des frontières et le ralentissement des flux commerciaux et touristiques.

À la fin de l’épidémie de 2014, la Guinée avait procédé à une analyse des risques d’épidémies et de catastrophes auxquels les populations pourraient faire face. Cette analyse avait mis en exergue le risque non négligeable de résurgence de certaines maladies, notamment celle due au virus Ebola. Au total, ce sont neuf maladies zoonotiques prioritaires (rage, anthrax, Ebola, dengue, brucellose, grippe aviaire, fièvre jaune, fièvre Lassa, fièvre de la vallée du Rift) qui ont été identifiées et mises sous surveillance dans le cadre de l’approche intégrée une seule santé. Il n’est donc pas surprenant que le virus Ebola refasse aujourd’hui surface en Guinée.

Une capacité de riposte améliorée

Au sortir de l’épidémie en 2016, le gouvernement guinéen a mis en place l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), l’institution nationale en charge de la gestion des épidémies, urgences et catastrophes sanitaires. L’agence a été dotée de 38 centres de traitement des épidémies pour la prise en charge des cas de maladies à potentiel épidémique, conformément à la subdivision administrative du pays. Pour la gestion des cas d’épidémie dans les communautés, 17 centres de santé améliorés ont été construits.

La capacité nationale en termes de laboratoires et de logistique a été améliorée. Le pays compte désormais un réseau de cinq laboratoires certifiés à Conakry, capables de détecter les principales maladies à potentiel épidémiques. Deux laboratoires de proximité ont été installés dans les préfectures de Guéckédou et de Kindia. Les moyens de déplacement (motos et voitures) ont été renforcés pour assurer une meilleure mobilité des équipes d’intervention.

Pour les interventions d’urgence dans la riposte contre les épidémies, la gestion de l’agence a été déconcentrée. En plus de la direction nationale, des équipes d’alerte et de riposte aux épidémies ont été installées au niveau des régions (équipes régionales d’alerte et de riposte aux épidémies (ERARE)) et des préfectures (équipes préfectorales d’alerte et de riposte aux épidémies (EPARE)). La capacité des équipes de vaccination a été renforcée en vue de la mise en œuvre des activités de dépistage.

Un membre du personnel de l’hôpital de N’Zerekore – où les premiers cas d’Ebola sont traités – soulève sa manche pour se vacciner contre le virus Ebola le 24 février 2021. Carole Valade/AFP

Quelques leçons tirées des précédentes épidémies et appliquées aujourd’hui ?

Les expériences de la riposte contre l’épidémie de 2014 et la participation des équipes guinéennes à la riposte contre Ebola en RDC ont renforcé les capacités nationales en matière de gestion des épidémies.

Le principe de réactivité dans les interventions est l’une des leçons tirées de la gestion des épidémies antérieures. Les épidémies se propagent vite, avec les lots de rumeurs qui les soutiennent. L’ANSS a déjà acquis les vaccins pour prévenir la propagation du virus. Les centres de traitement des épidémies sont en alerte. Avec l’expérience issue de la gestion de la Covid-19, un système de visioconférence est mis en place pour la coordination des interventions dans les différentes préfectures. Des mesures ont également été mises en œuvre pour mobiliser et impliquer les ressortissants communautaires dans la gestion de la crise au côté de l’ANSS.

Les médias sont aussi mis à contribution pour contrecarrer les rumeurs sur l’existence de la maladie, sur les comportements préventifs ou encore celles liées à l’implication des autorités politiques. Pour ce faire, des informations sur l’épidémie sont régulièrement partagées avec eux à travers les réseaux sociaux de l’agence auxquels ils sont membres.

L’épidémie de 2014 a été marquée par la persistance des réticences communautaires. Celles-ci se matérialisent par le refus d’identification des personnes-contacts ; le fait de cacher et/ou de soigner les malades au sein de la communauté ; de procéder au transport et à la toilette des corps de personnes mortes d’Ebola ; l’exposition pour raison d’oraisons funèbres de corps suspects ou avérés ; les enterrements communautaires non sécurisés ; le refus de laisser les agents de la Croix-Rouge désinfecter les lieux supposés être infectés, etc. ; et des violences verbales et physiques à l’endroit des acteurs qui ne partagent pas ces convictions. Ces réticences, quelles que soient leur forme et leur nature, ont pour cause l’ignorance de la maladie, les idées reçues et les erreurs d’intervention des acteurs. Les conséquences sont notables sur la propagation du virus et l’aggravation de l’épidémie.

Il est souvent arrivé que ce ne sont pas les messages qui posaient problème, mais les personnes qui les véhiculaient. Les gens ont souvent tendance à ne pas faire confiance aux personnes n’appartenant pas à leur propre communauté. De même, le recrutement hâtif de jeunes inexpérimentés au sein des communautés n’est pas sans conséquence. Il a été observé durant l’épidémie de 2014 que les protocoles de désignation des membres des équipes communautaires (comités de veille villageois/quartier) n’étaient pas respectés. Les nouvelles recrues manquaient de légitimité, de motivation et de disponibilité. Les actions qu’elles ont menées ne reposaient sur aucun indicateur de résultat. La dimension genre a été souvent ignorée dans la constitution des équipes communautaires.

Il a été observé que des personnes-contacts quittent leurs habitations dès lors que (a) les agents de suivi ne sont pas dignes de confiance et sont considérés comme des étrangers dans la localité ; (b) la maladie jugée mortelle est associée à leur localité ; (c) le contact est victime de commérage ou de stigmatisation. Souvent, les personnes qui fuient leur localité auront déjà développé trois types de peurs qui les inciteront à partir : la peur de subir le même sort que le défunt, la peur d’aller au Centre de traitement d’Ebola (CTE) considéré comme un mouroir, la peur de la stigmatisation. Les chauffeurs de taxi sont les premiers complices des personnes qui quittent leurs localités en cachette.

Le dispositif de gestion des morts d’Ebola perturbe les pratiques funéraires. De ce fait, des cas de décès communautaires ne sont pas signalés pour permettre une prise en charge digne et sécurisée (EDS) par les spécialistes. Les populations accusaient les agents en charge de l’EDS de ne pas être assez réactifs. Cela pose le problème de la conservation des corps. Aussi, les familles se réservent le devoir « sacré » de faire la première toilette du corps avant les rituels communautaires.

Enfin, le déploiement massif d’agents et de véhicules pour la riposte en un même endroit à la fois provoque un sentiment d’envahissement chez les populations. Cet esprit de compétition entre les partenaires de la riposte est préjudiciable à l’esprit d’équipe et de partage.  Publié dans par Dominique Manga (The Conversation)

          Auteur

 Saikou Oumar Sagnane  Assistant d’enseignement en Sociologie et anthropologie, Université Général Lansana Conté de Sofonia-Conakry

06 Mar 2021

Un an de Covid : ce que nous avons appris du coronavirus SARS-CoV-2, ce qu’il reste à découvrir

L’émergence du SARS-CoV-2 et sa propagation sur la planète constituent pour les virologues une occasion sans précédent d’assister « en direct » à l’évolution d’un nouveau coronavirus. Dotés d’outils plus performants que jamais pour en analyser les causes et les conséquences, qu’ont-ils appris depuis un an ? Anne Goffard, spécialiste des coronavirus, résume l’état actuel des connaissances.


The Conversation : Le SARS-CoV-2 a conquis la planète début 2020, engendrant la pandémie de Covid-19. Comment ont progressé les connaissances sur ce virus ?

Anne Goffard : Avant que l’épidémie ne démarre, il n’existait pas de test sérologique pour les coronavirus. On ne disposait d’aucun vaccin, d’aucun traitement, et on savait peu de choses sur la façon de prendre en charge les patients. En un an, des outils de diagnostic RT-PCR spécifiques du SARS-CoV-2 ont été développés, des tests sérologiques ont été mis au point, et on dispose aujourd’hui de plusieurs vaccins. Ces avancées, qui devraient permettre de maîtriser la pandémie, ont été obtenues rapidement, même si cette durée d’un an peut sembler longue.

Certes, il n’existe pas encore de traitement spécifique pour le SARS-CoV-2, mais on a énormément appris, et vite, sur les aspects cliniques. La prise en charge des patients a énormément évoluée par rapport à ce qu’elle était il y a un an, quand on connaissait moins bien la maladie. On sait désormais quand utiliser les corticoïdes comme la dexaméthasone, comment traiter les formes graves en recourant à des prises en charge moins agressives que dans les premiers temps, etc. Les décès ont diminué en conséquence.

TC : En revanche, on a moins progressé sur la connaissance du virus lui-même et sa façon d’interagir avec le système immunitaire…

AG : Effectivement. Les réponses arriveront progressivement, dans un an, deux ans… Ce sont des recherches qui demandent énormément de temps, car il s’agit de virologie fondamentale.

Il faut d’abord être capable de reproduire en laboratoire la multiplication du SARS-CoV-2, sur des cellules en culture. Les outils existaient, mais il a fallu les adapter à ce nouveau coronavirus, ce qui a pris du temps. Une fois ces méthodes mises au point, les différents spécialistes peuvent commencer à mener leurs recherches : les immunologistes vont chercher à identifier les voies de l’immunité que le virus active ou inactive, les virologistes fondamentaux font faire produire des protéines virales modifiées afin d’étudier comment elles interagissent avec différents composés cellulaires tels que le récepteur ACE2, la « serrure » utilisée par le SARS-CoV-2 pour ouvrir un passage lui permettant d’entrer dans les cellules…

Une fois les premières données obtenues, il faut les valider, les confronter aux données des autres groupes de recherche… Certains travaux ont déjà généré des résultats. La glycoprotéine Spike a par exemple été caractérisée très rapidement (cette protéine présente en de nombreux exemplaires à la surface du virus interagit avec le récepteur cellulaire ACE2 et permet au SARS-CoV-2 d’entrer dans les cellules). Pourquoi ? Parce que l’on savait, d’après notre expérience avec les autres virus, que c’est la protéine qui produit les plus fortes réactions du système immunitaire. Elle est donc importante pour la mise au point de vaccins. Pour pouvoir lancer les recherches sur ce sujet, il était indispensable de connaître un certain nombre des caractéristiques de cette protéine.

TC : Quelles sont les prochaines étapes ?

AG : Les résultats qui vont être les plus intéressants sont les résultats sur la caractérisation des enzymes virales, qui vont être la polymérase et les protéases du virus. La première lui permet de recopier son matériel génétique, une étape indispensable à sa multiplication dans les cellules infectées. Les secondes sont des sortes de « ciseaux » qui lui servent à retailler les protéines qu’il fait produire à ces cellules, comme celles qui constituent sa capside virale (la coque qui protège le matériel génétique du virus). Cette étape est indispensable pour les rendre utilisables.

Polymérase et protéase sont des cibles très importantes pour les médicaments antiviraux. Les traitements anti-VIH contiennent des anti-protéases et des anti-transcriptase inverse (le nom de la polymérase du VIH). Pour mettre au point des antiviraux efficaces, il est important de bien connaître ces enzymes. Il faut d’abord être capable d’en comprendre la structure en trois dimensions, pour que les chimistes qui font du design de médicament puissent créer des molécules qui vont venir se « coller » sur les parties importantes de ces enzymes, les empêchant de fonctionner.

Ce n’est pas simple, car il faut, pour pouvoir les étudier, produire de grandes quantités de ces enzymes, avec un degré de pureté très élevé (afin de ne pas perturber les analyses très précises qui seront menées ensuite).

Un autre résultat attendu sont ceux des recherches sur les « vaccins universels ». L’idée serait de réussir à mettre au point des vaccins déclenchant la production d’anticorps neutralisants à large spectre (broadly neutralizing antibodies, ou bNAb). Ces anticorps cibleraient des motifs protéiques conservés à la surface de virus apparentés, ce qui les rendraient efficaces contre les différents variants en circulation. Des travaux sont menés depuis plusieurs années sur le VIH notamment.

Enfin, les gens qui étudient l’épidémiologie virale s’attendent à voir des variants plus adaptés à l’être humain émerger. En effet, on sait que quand un virus infecte un nouvel hôte, il met un certain temps à s’y adapter, mais finit généralement par le faire. Il perd alors en virulence. On connaît bien ces mécanismes pour le virus de la grippe : au bout d’un an ou deux, les virus responsables de pandémies de grippe s’atténuent et deviennent des virus de grippes épidémiques, revenant tous les hivers.

Pour l’instant, aucune atténuation de ce type n’a encore été observée pour le coronavirus. Ce n’est pas forcément surprenant, car contrairement au virus de la grippe, les coronavirus possèdent un mécanisme de correction des erreurs qui peuvent survenir lorsqu’ils recopient leur matériel génétique. Ils évoluent donc moins vite : l’émergence de variants a notamment été plus longue que dans le cas de la grippe. Dans leur cas, c’est la première fois que l’on assiste à ce processus, on ne sait donc pas combien de temps il prend.

TC : Les origines du virus restent également à élucider ?

AG : Oui. Si l’on est certain que le virus trouve son origine chez la chauve-souris, on ne sait toujours pas quel a été l’hôte intermédiaire (ou les hôtes intermédiaires) qui lui ont permis de passer de cet animal à l’être humain. On a pensé à un moment qu’il s’agissait du pangolin, mais cela s’est finalement avéré peu probable.

L’identification des hôtes intermédiaires est importante, car elle permet de comprendre les mécanismes qui ont menés à l’émergence du virus chez l’être humain, et donc à proposer des mesures pour éviter de nouvelles émergences. Il s’agit d’investigations très longues, qui nécessitent de mobiliser des naturalistes capables d’identifier les espèces asiatiques qui pourraient avoir été impliquées, de collecter des échantillons dans la faune sauvage, de les analyser, etc. Cela aussi demande beaucoup de temps.  Publié dans par Dominique Manga (source The Conversation)

AUTEUR

 Anne Goffard  , Médecin, Professeure des Universités – Praticienne Hospitalière, Université de Lille

06 Mar 2021

Le Sénégal sombre dans la violence après l’arrestation d’un opposant

Les affrontements entre forces de l’ordre et partisans de l’opposant Ousmane Sonko ont fait au moins  Quatre morts  depuis mercredi.

Un officier de police sénégalais à Dakar, le 3 mars 2021, lors de manifestations de partisans d’Ousmane Sonko (JOHN WESSELS / AFP)
Un officier de police sénégalais à Dakar, le 3 mars 2021, lors de manifestations de partisans d’Ousmane Sonko (JOHN WESSELS / AFP
  • Le représentant de l’ONU en Afrique de l’Ouest a lancé ce vendredi 5 mars un appel au « calme et à la retenue » au Sénégal, pays traversé par une vague de violences depuis l’arrestation mercredi de l’opposant Ousmane Sonko, des troubles qui ont fait au moins un mort.
L’arrestation d’Ousmane Sonko, troisième de la présidentielle de 2019 et pressenti comme un des principaux concurrents de celle de 2024, a déclenché des affrontements entre jeunes et forces de police, des saccages et des pillages de magasins, en particulier sous enseigne française, dans la capitale et différentes villes du Sénégal, pourtant réputé comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest.

Cette arrestation a non seulement provoqué la colère de ses partisans, mais aussi, disent de nombreux Sénégalais, porté à son comble l’exaspération accumulée dans ce pays pauvre face à la dureté de la vie depuis au moins un an et la pandémie de Covid-19.

Placé en garde de à vue

Ousmane Sonko, est retourné placé en garde à vue, vendredi 5 mars, après sa présentation à un juge. Commencée mercredi, cette garde à vue doit s’achever dimanche. Ousmane Sonko va   être présenté à nouveau au juge lundi, ont dit ses avocats.

Ousmane Sonko a été arrêté officiellement pour trouble à l’ordre public, alors qu’il se rendait en cortège au tribunal où il était convoqué pour répondre à des accusations de viol.

Il est donc visé par au moins deux procédures. Il a été présenté au juge vendredi dans celle pour viols présumés et est ressorti sans être inculpé, mais avec un nouveau rendez-vous lundi. Il a été replacé en garde à vue dans la procédure pour trouble à l’ordre public, ont précisé ses avocats.

Agé de 46 ans, Ousmane Sonko est visé depuis début février par une plainte pour viols et menaces de mort déposée contre lui par une employée d’un salon de beauté dans lequel il allait se faire masser pour, dit-il, soulager ses maux de dos. Mais selon Me Abdoulaye Tall, Ousmane Sonko fait l’objet d’une « tentative de liquidation aux fins d’élimination d’un adversaire politique ».

Un député antisystème

Le leader de l'opposition sénégalaise Ousmane Sonko salue ses supporters, le 3 mars à Dakar, peu avant son arrestation le jour-même.

Ousmane Sonko, apparu sur la scène politique en créant en 2014 son propre parti, Pastef-Les Patriotes, s’est fait connaître deux ans plus tard en étant radié de son poste d’inspecteur des impôts après avoir dénoncé l’opacité de certains contrats publics et les privilèges indus selon lui de la classe politique.

Elu député en 2017, il se montre à l’aise à la télévision et souriant lors de ses rencontres avec les militants. Avec des phrases souvent percutantes, il s’inscrit en faux contre le récit officiel d’un Sénégal « sur la voie de l’émergence », mantra du président Macky Sall.

Il fait souvent mouche en dénonçant l’endettement de l’Etat, la pauvreté, l’insécurité alimentaire ou encore les systèmes sanitaire et éducatif en ruines.

« Sans complexe vis-à-vis des Français ou des Américains », Ousmane Sonko veut renégocier les contrats avec les multinationales et prône une sortie « responsable et intelligente » du franc CFA, perçu comme un symbole post-colonial.

« Il faut protéger notre tissu national, il faut renforcer nos industriels. Les faveurs fiscales qu’on fait aux étrangers, c’est à nos nationaux qu’il faut les faire », dit-il.

– Troisième à la présidentielle –

Ousmane Sonko a véritablement acquis une stature nationale lors de la présidentielle de 2019. Trublion « anti-système » face à des candidats plus âgés, il a terminé troisième avec 15% des voix, loin tout de même derrière Macky Sall, réélu avec 58% des suffrages.

S’il se retrouve pratiquement sans concurrence au sein de l’opposition et bien placé pour la présidentielle de 2024, c’est aussi parce que Macky Sall a fait rentrer dans sa majorité son dauphin à la présidentielle, l’ancien Premier ministre Idrissa Seck.

Et parce que Karim Wade, fils et ancien ministre de l’ex-président Abdoulaye Wade, et Khalifa Sall, maire déchu de Dakar, tous deux frappés par des condamnations pour des malversations financières, restent en retrait de la politique.

Ousmane Sonko, qui porte avec la même élégance le boubou traditionnel ou le costume occidental, est discret sur sa vie privé. Musulman, il s’affiche régulièrement avec son guide religieux mouride, une des plus influentes confréries du pays. On sait qu’il a deux épouses et plusieurs enfants.

Il a été accusé par le passé d’une trop grande proximité avec les salafistes, une manière selon lui de tenter de le salir. Les accusations actuelles sont de la même veine et proviennent du président Macky Sall lui-même, désireux de l’écarter des prochains scrutins, estime-t-il, malgré les dénégations du chef de l’Etat

Personnalité au profil antisystème et au discours impétueux, le député dénonce un complot ourdi par le président Macky Sall pour l’écarter de la prochaine présidentielle.

Le président a démenti fin février, mais gardé le silence depuis sur l’affaire, alors que les incidents se sont poursuivis dans la nuit en banlieue de Dakar et ailleurs, et reprenaient vendredi. Un collectif a appelé à manifester à travers le pays en faveur d’Ousmane Sonko.

Un important dispositif de police a été mis en place autour du palais de justice dans le quartier du Plateau, centre névralgique du pouvoir. A quelques centaines de mètres, les abords de la présidence ont été bouclés par des barrières derrière lesquels ont été positionnés des blindés.

Au moins quatre morts , des médias pris pour cible

Les manifestations ont fait au moins quatre  morts

Des véhicules incendiés devant la façade de Radio Futures Media (RFM) à Dakar, vendredi 5 mars

Des véhicules incendiés devant la façade de Radio Futures Media (RFM) à Dakar, vendredi 5 mars

Jeudi soir, des manifestants ont attaqué les locaux du quotidien gouvernemental le Soleil et de la radio RFM, appartenant au groupe de presse privé du chanteur et ancien ministre Youssou Ndour, jugés proches du pouvoir.

Les locaux de plusieurs enseignes françaises, dont Auchan, ont été attaqués depuis mercredi. Les écoles françaises dans le pays ont fermé. L’agence d’Air France dans le centre avait tiré le rideau.

Deux télévisions privées de signal

Le gouvernement a prévenu qu’il prendrait « toutes les dispositions nécessaires au maintien de l’ordre public ». Dès jeudi soir, les autorités ont annoncé suspendre le signal de deux télévisions privées coupables selon elles d’avoir diffusé « en boucle » des images de violence.

Les réseaux sociaux ont rapporté des perturbations sur internet, à l’instar de celles observées dans un certain nombre de pays à l’initiative des gouvernants dans les périodes de crise. Netblocks, observatoire qui surveille de telles coupures, a confirmé des restrictions sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie, affectant le partage de photos et de vidéos sur Facebook, YouTube, WhatsApp et Telegram selon lui.

Les autorités ont interdit la circulation des deux-roues à moteur jusqu’à samedi soir.

Les défenseurs des droits s’émeuvent de la réponse des autorités. Le hashtag #FreeSenegal est devenu viral. « Les autorités sénégalaises doivent immédiatement cesser les arrestations arbitraires d’opposants et d’activistes, respecter la liberté de réunion pacifique et la liberté d’expression, et faire la lumière sur la présence d’hommes armés de gourdins aux côtés des forces de sécurité », a déclaré Amnesty International. Publié dans par Dominique Manga (source AFP )

28 Fév 2021

Les évêques du Nigeria redoutent un effondrement de la nation

Les dortoirs vides des jeunes filles suprises dans la nuit de jeudi à vendredi par des hommes armés
Les dortoirs vides des jeunes filles suprises dans la nuit de jeudi à vendredi par des hommes armés  (AFP or licensors)

Le Pape condamne l’enlèvement de 317 jeunes Nigérianes

Au terme de l’Angélus, ce dimanche 28 février 2021, le Saint-Père a évoqué l’enlèvement par des bandits de plusieurs centaines de jeunes filles alors qu’elles se trouvaient dans leur internat, dans le nord-ouest du Nigeria.

«Je joins ma voix à celle des évêques du Nigeria pour condamner le lâche enlèvement de 317 filles, enlevées de leur école à Jangebe, dans le nord-ouest du pays. Prions pour ces filles, afin qu’elles puissent bientôt rentrer chez elles. Je suis proche de leurs familles et proche d’elles. Prions ensemble. Prions Notre-Dame pour qu’elle les protège», a déclaré le Pape avant d’inviter les fidèles rassemblés sur la place saint Pierre à réciter avec lui un Ave Maria.

C’est dans la nuit de jeudi à vendredi que des hommes armés ont fait irruption dans les dortoirs des jeunes filles avant de les y arracher et de les emmener dans un endroit inconnu. Leurs parents et familles sont toujours sans nouvelles d’elles.

Les enlèvements de masse d’enfants et de jeunes sont devenus monnaie courante dans le pays; auparavant pratiqués par des groupes islamistes- tel celui des lycéennes de Chibok par Boko Haram en 2014- ils le sont dorénavant par des bandits, apparemment motivés par l’appât du gain, puisque d’importantes rançons sont à chaque fois demandées, même si les autorités font officiellement savoir qu’elle ne les paieront pas.

Il s’agit du troisième enlèvement depuis le mois de décembre; la semaine dernière, 42 personnes, dont 27 élèves, ont été enlevées dans l’État du Niger, dans le centre-ouest du pays, avant d’être libérées ce samedi. Début décembre, ce sont plus de 300 garçons qui avaient également été kidnappés à Kankara, dans l’État de Katsina. Ils avaient aussi été libérés après une semaine de captivité.

Les évêques du Nigeria redoutent un effondrement de la nation

Dans un message aux accents graves, l’épiscopat nigérian brosse le tableau d’un pays à la dérive, entre chaos sécuritaire et velléités sécessionnistes. La situation invite à un sursaut de toute la société autour d’un objectif commun, suggèrent les évêques qui rappellent également l’État central à ses devoirs.

«Nous sommes au bord d’un effondrement imminent», «la survie même de la nation est en jeu»: les évêques nigérians ne cachent pas leur appréhension et la mise en garde est solennelle. La «grave insécurité» dont le Nigeria est le théâtre «a donné la triste et dangereuse impression que ceux qui ont assumé le devoir et l’autorité de sécuriser la nation sont incapables – ou pire encore, peu désireux – d’assumer les responsabilités de leur fonction», écrivent-ils sans ambage avant d’énumérer les principaux périls qui menacent la stabilité du pays.

Menaces sécessionnistes

Il ne faudrait en effet pas ignorer ou «prendre à la légère» les revendications autonomistes voire sécessionnistes sur base ethnique portées par certains milieux qui songent «à se retirer carrément d’une nation dans laquelle ils ont perdu toute confiance et tout sentiment d’appartenance»: de fait, «beaucoup ont renoncé à la viabilité et même à l’opportunité du projet du Nigeria en tant que pays uni», constatent les évêques qui ne s’étonnent pas que, dans ce contexte, des «acteurs non-étatiques comblent le vide créé par un échec palpable du gouvernement». L’équipe dirigeante est donc appelé «gouverner la nation non pas en fonction de préjugés ethniques et religieux, mais selon des principes objectifs et positifs de justice, d’équité et, surtout, d’impartialité».

Les évêques, issus de toutes les régions du pays africain, affirment leur «foi dans la viabilité et l’opportunité du Projet Nigeria, en tant que nation prospère sous Dieu». Or la construction de cette nation exige des sacrifices et une volonté de «rechercher un objectif commun avec sincérité», de gérer au mieux les différences et d’en tirer une force qui soit positive et non négative, plaide encore l’épiscopat.

Dialogue et volonté politique

Avant de pouvoir agir, il importe d’admettre «les nombreuses choses qui ne vont pas dans notre nation», arguent les pasteurs de l’Église catholique au Nigeria, qui pointent les atteintes à l’État de droit et l’impunité généralisée qui en a découlé. Le problème vient aussi des lois que le pays s’est fixé: «il n’est donc pas étonnant que l’on réclame sans cesse une révision de la constitution, une restructuration, une décentralisation des agences de sécurité et que l’on réclame de nombreux changements dans de nombreux domaines que nous tenons pour acquis». Les exemples, à cet égard, sont légion, qu’il s’agisse des «questions relatives au recensement national, à la délimitation des circonscriptions électorales, aux États et à la question lancinante de l’autonomie des collectivités locales, la violence et le manque de démocratie interne au sein des partis politiques, une Assemblée nationale faible et compromise, la modification de la loi électorale, etc.» Ce ne sont pas tant les bonnes idées qui manquent que la volonté de les mettre en application, observe l’épiscopat.

Les évêques évoquent l’enlèvement des 317 jeunes filles par des hommes armés à Zamfara, dans l’État du Niger, et insistent sur l’urgence d’établir «une stratégie claire entre les agences de sécurité fédérales et les gouvernements des États pour mettre fin à la tragédie à laquelle nous sommes confrontés».

En conclusion de leur communiqué et avant de confier leur pays à Dieu, les évêques rappellent à leurs compatriotes les valeurs et principes essentiels à la pérennité du projet national : «le respect mutuel et l’acceptation de nos diversités, un sens profond de la justice pour chaque personne, l’équité, la solidarité et l’intégration». Ils exhortent en outre à davantage de dialogue entre les autorités et le peuple, et entre citoyens eux-mêmes, au-delà des diversités et identités ethniques.

publié dansPar Dominique Manga (source Vatican news)

27 Fév 2021

Pourquoi une alimentation saine et sa production locale devraient faire partie de la réponse à la Covid-19

Lorsqu’une pandémie survient, parmi les questions qu’on se pose dès le départ il y a l’impact qu’elle aura sur la santé publique, l’économie et la société. D’autres questions clés touchent les priorités de réponse des gouvernements et des ménages.

L’alimentation est au cœur de ces deux séries de questions. D’une part, l’accès à une alimentation suffisante et nutritive est menacé. D’autre part, se concentrer sur la nourriture offre des options prometteuses de réponse à la pandémie.

Les rapports de divers pays soulignent les préoccupations concernant l’impact de la Covid-19 et des mesures de riposte à la pandémie sur les approvisionnements alimentaires, que ce soit en raison de pénuries, de hausse des prix ou d’un manque de fonds. Même dans les pays riches, l’inquiétude face à d’éventuelles pénuries a conduit à une accumulation de stocks, tandis que les pertes d’emplois à grande échelle laissent de nombreuses personnes inquiètes quant à leur capacité à se nourrir.

Dans certains pays en développement, le spectre de la faim se profile. En juillet 2020, Oxfam a rapporté que la Covid-19 aggravait la faim dans les zones à risque actuelles, tout en créant de nouveaux « hotspots ». Le rapport a également suggéré que la pandémie pourrait porter le « coup de grâce » à beaucoup de gens. Ceux engagés dans l’économie informelle sont parmi les plus touchés, en particulier les personnes vivant dans les zones urbaines qui consacrent la majeure partie de leur revenu quotidien à l’achat de nourriture.

 

Un rapport récent du Programme alimentaire mondial (PAM) a suggéré que la Covid-19 aggrave l’insécurité alimentaire mondiale, car l’impact économique de la pandémie s’ajoute aux problèmes de sécurité alimentaire préexistants. Selon les estimations, 272 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire en raison des effets aggravants de la pandémie. Dans un entretien ultérieur, le directeur du PAM a fait part de ses craintes que des millions de personnes « marchent vers la famine » citant la pandémie comme une cause clé.

Au cours de ces dernières années, nous avons mené des recherches dans les pays du sud sur la sécurité alimentaire, l’agriculture, la santé publique et l’environnement. Cette expérience nous amène à croire que se concentrer sur l’alimentation permettrait de réduire les risques encourus par les ménages et les pays, même dans une situation de pandémie où l’accès à la nourriture est clairement menacé.

Changement alimentaire comme option de réponse

Les changements alimentaires pourraient offrir des possibilités d’améliorer la capacité des gens à faire face à la Covid-19, car le potentiel de la nutrition à renforcer la résistance immunitaire aux virus est bien établi. Une revue d’essais cliniques a souligné le potentiel de la nutrition pour prévenir ou gérer les infections virales et a conseillé de l’utiliser pour limiter l’impact de la Covid-19. Un autre nouvel article de synthèse a fait écho à cet appel.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a cherché à exploiter ce potentiel en publiant des directives diététiques pour la pandémie de Covid-19. Celles-ci soulignent l’importance de manger certains aliments, tels que fruits et légumes frais, céréales complètes, haricots, poissons et graisses insaturées. Elles recommandent également de réduire la consommation d’autres aliments, tels que les aliments transformés, le sel, le sucre, et les graisses saturées comme celles que l’on trouve dans les viandes grasses ou le beurre.

Il y a deux ans, la Commission Lancet– un groupe d’experts de haut niveau venant de 16 pays – a recommandé un régime similaire qu’elle a appelé le « régime sain de référence ».

Ce régime a été conçu sur la base d’une analyse rigoureuse des preuves disponibles et comme moyen de résoudre les problèmes actuels de mauvaise nutrition et de production agricole non durable. Cette analyse a suggéré que des changements dans le régime alimentaire et la production pourraient créer des résultats « gagnant-gagnant » pour la santé humaine et planétaire.

Les changements alimentaires suggérés par l’OMS et la Commission Lancet exigeraient des changements majeurs dans les habitudes alimentaires dans la plupart des pays, soulevant la question de l’accessibilité de leurs aliments cibles. Fait inquiétant, une étude sur cette question suggère qu’un tel régime pourrait être inabordable pour une grande partie de la population pauvre du monde. Une solution potentielle serait d’améliorer l’accès à une alimentation saine en favorisant la production locale des aliments cibles.

Repenser les systèmes agricoles

Covid-19 crée une occasion de repenser les systèmes agricoles pour fournir à la fois une gamme d’aliments sains et une production résiliente et durable. La pandémie laisse place à de tels changements, entre les dépenses d’urgence qu’elle nécessite et la reconnaissance qu’elle apporte au besoin de changement.

Les changements susceptibles de contribuer à la fois à la santé et à la durabilité comprennent des systèmes agricoles diversifiés et intégrés aussi bien qu’ une utilisation réduite des produits agrochimiques. Les gouvernements pourraient encourager un tel changement à travers des subventions intelligentes pour orienter la production vers des pratiques durables et des aliments sains. Cela pourrait également aider à garantir que ces aliments soient disponibles et abordables.

Une approche prometteuse est la tendance croissante de production alimentaire dans les zones urbaines et semi-urbaines en tant que stratégie d’adaptation. Cela s’est avéré avoir d’énormes avantages potentiels en tant que source de nourriture pour les communautés touchées par la pandémie, tout en apportant également d’autres avantages importants tels que la création d’emplois pour les pauvres et la réduction des kilomètres alimentaires.

La politique peut créer un environnement propice à la diffusion de telles pratiques.

Certaines questions pertinentes sur la manière dont les aliments sont produits ne sont pas abordées dans les conseils de l’OMS ou de la Commission Lancet. Celles-ci incluent :

(a) Les aliments produits à l’aide de technologies telles que les organismes génétiquement modifiés et les hormones de croissance présentent-ils des risques pour la santé ?

(b) Les aliments biologiques offrent-ils des alternatives plus saines ?

(&#99) Des pratiques de production plus naturelles promettent-elles plus de durabilité et une plus grande résilience au changement climatique ?

Ces questions méritent une plus grande attention, surtout à la lumière des preuves croissantes des effets néfastes de l’agriculture conventionnelle intensive, par exemple sur les populations d’insectes.

La nourriture et la résilience aux pandémies

L’autorisation formelle de plusieurs vaccins a fait naître l’espoir que la pandémie de Covid-19 puisse être arrêtée. Pourtant, le processus de vaccination prendra du temps. Notamment, le chef de l’agence humanitaire des Nations unies a prédit que divers pays pauvres ne feraient pas de progrès majeurs en matière de vaccination avant l’an 2022. Parallèlement, l’émergence récente de variants mutants soulève des questions difficiles, notamment de savoir si l’efficacité des vaccins pourrait être compromise.

Compte tenu de cette réalité, un bon fonctionnement du système immunitaire est essentiel. Les politiques favorisant une alimentation saine sont donc une priorité. Pour l’instant, cependant, l’insécurité alimentaire reste tragiquement un problème pour beaucoup, et l’accès à des aliments sains est un problème particulier. Des programmes visant à favoriser la production locale d’aliments nutritifs sont donc également nécessaires. Toute initiative sur l’alimentation ou la production locale pourrait avoir une pertinence au-delà de la pandémie de Covid-19 en renforçant la santé et la résilience des communautés.

De telles mesures seraient particulièrement pertinentes pour l’Afrique subsaharienne, où l’insécurité alimentaire reste une menace majeure, les cas de Covid-19 continuent d’augmenter et l’accès aux soins de santé est limité.

L’amélioration de l’alimentation et la production locale représentent des options de réponses prometteuses à la pandémie de Covid-19. Les données disponibles suggèrent que ces mesures pourraient améliorer la santé et le bien-être des populations tout en renforçant leur résilience aux pandémies. Ces mesures, qui méritent plus d’attention, pourraient donc compléter les mesures de santé publique telles que la distanciation sociale et les mesures médicales comme la vaccination.

publié dans par   Dominique Manga (The Conversation)

         

                Auteurs      

 jules Siedenburg Research fellow, School of International Development, University of East Anglia

 John Paul Cauchi   PhD Candidate in Public Health, Queensland University of Technology


Amandes, noix et autres fruits à coque : que sait-on de leurs effets sur la santé ?

On les appelle fruits oléagineux : nonobstant leur richesse en matières grasses, en raison de leurs nombreux atouts pour la santé, les amandes, noisettes et autres noix figurent aujourd’hui parmi les aliments dont la consommation est encouragée, au Canada comme aux États-Unis, en Europe, ou en France – à raison d’une petite poignée chaque jour.

D’un point de vue nutritionnel, ces fruits à coque se caractérisent notamment par des taux élevés (50 à 75 %) d’acides gras insaturés (qui ont la réputation d’être de « bonnes graisses »), des teneurs non négligeables de protéines (10 à 25 %), ou encore la présence de minéraux (cuivre, magnésium, potassium), vitamines (B3, B9, B6, E), fibres alimentaires, antioxydants et stérols végétaux. Un faisceau d’indices suggère qu’ils pourraient nous aider à bien vieillir, en nous protégeant de diverses pathologies chroniques.

Un taux de « mauvais » cholestérol réduit

S’il est un domaine dans lequel les oléagineux ont fait leurs preuves, c’est celui de la maîtrise du cholestérol. La réduction des apports en graisses d’origine animale ou la consommation de fibres solubles ont certes prouvé leur intérêt s’agissant de réduire les taux de LDL-cholestérol (LDL-C), c’est-à-dire de « mauvais cholestérol ». Mais de nombreux travaux ont également mis en évidence l’impact favorable d’une poignée quotidienne d’amandes. Ceci semble être vrai pour l’ensemble des fruits oléagineux.

Ainsi, en 2010, l’étude des données recueillies au cours de 25 essais cliniques, menés auprès d’hommes et femmes souffrant d’hypercholestérolémie, a démontré qu’en consommant tous les jours et pendant trois à huit semaines 67 grammes de fruits à coque, on pouvait réduire son taux de LDL-C de 7,4 % – avec des effets d’autant plus importants que ce taux est élevé au départ.

Une autre revue systématique des données scientifiques a confirmé ces résultats, bien que dans des proportions plus modestes. Conduite en 2018, elle a analysé les résultats de 26 essais cliniques : ses auteurs notent cette fois une réduction de 3,7 % des taux de LDL-C à la suite d’un régime alimentaire enrichi en fruits oléagineux (de 15 à 108 g/jour) mené durant un à douze mois. Or on sait qu’une baisse du taux de LDL-C est associée à un moindre risque de mortalité totale et cardiovasculaire, surtout si ledit taux est au départ élevé. Si aucune étude clinique n’a pour l’heure démontré que la consommation de fruits à coque peut diminuer le risque d’accidents cardiovasculaires, les arguments à l’appui d’une telle hypothèse ne manquent pas.

Un moindre risque de maladies cardiovasculaires

On peut d’abord citer les résultats d’une méta-analyse publiée en 2019. S’appuyant sur les critères d’inclusion de Cochrane, ses auteurs ont sélectionné 19 études et mis à jour qu’un apport de 28 g/jour d’oléagineux est associé à une réduction du risque cardiovasculaire de 13 % et à une baisse de la mortalité par maladie cardiovasculaire de 29 %.

On peut aussi évoquer une vaste étude multicentrique, randomisée et contrôlée sur l’intérêt d’un régime méditerranéen enrichi en oléagineux dans la prévention du risque cardiovasculaire. Ses participants, âgés de 55 à 80 ans et présentant un risque cardiovasculaire important, ont été suivis, en moyenne pendant près de 5 ans, en étant assignés à trois types de régimes alimentaires : un régime pauvre en graisses, un régime méditerranéen enrichi en huile d’olive, et un autre complété par des fruits à coque. Au bout du compte, il s’est avéré que les événements cardio-vasculaires étaient moins fréquents dans les deux groupes ayant suivi un régime méditerranéen.

Du gras qui ne fait pas prendre de poids

Côté énergie, 30 g d’amandes, de cacahuètes, pistaches ou noix de cajou nous apportent 180 kcal, et il faut compter 220 à 230 kcal avec des noix, noix de pécans, noix du brésil. C’est à peu près l’équivalent de 30 à 40 g de chocolat au lait. Or les calories étant essentiellement le fait des graisses, on peut être porté à croire qu’il faut se méfier des oléagineux si l’on veut surveiller sa ligne. À tort…

En effet, une récente étude a passé au crible de l’analyse six études de cohorte prospectives et 62 essais d’alimentation randomisés. Or d’après ses conclusions, la consommation régulière de fruits à coque pendant un laps de temps plus ou moins long (entre 3 et 336 semaines) s’accompagne en moyenne d’une très légère perte de poids (200 g en moyenne), et d’un tour de taille qui tend à diminuer (environ – 0,5 cm).

Si les raisons de ces observations contre-intuitives ne sont pas parfaitement expliquées, plusieurs hypothèses sont proposées. D’une part, la matrice qui englobe les graisses du fruit à coque limite partiellement leur absorption au niveau intestinal : en clair, une partie des matières grasses est éliminée dans les selles plutôt que d’être assimilée. D’autre part, grâce à leur effet sur la satiété, les amandes et autres noix réduisent la prise alimentaire lors des repas, si bien que l’apport calorique total n’est pas augmenté, et peut même diminuer.

Les noix ont-elles des vertus anticancer ?

D’autres bénéfices sont attribués aux oléagineux. Notamment s’agissant de la prévention des cancers, bien que le niveau de preuves soit faible – les études concernées reposant sur des observations et comportant différents biais d’interprétation.

Ainsi, d’après l’analyse de quelque 33 études publiées avant juin 2019, une consommation élevée de noix serait associée de manière significative à une diminution du risque de cancer de 10 %. Et cet effet protecteur serait plus marqué pour les cancers digestifs, avec une baisse du risque de 17 %.

Les forts taux d’antioxydants des fruits à coque pourraient être impliqués. Mais avant de creuser cette hypothèse, encore faudrait-il confirmer ces données observationnelles par de véritables essais cliniques contrôlés et randomisés : pour l’heure, rien ne permet d’affirmer que manger des noix nous protège du cancer.

Moins de maladies neurodégénératives ?

Les graisses sont essentielles pour le cerveau. Après le tissu adipeux, c’est en effet l’organe du corps le plus riche en lipides – lesquels se trouvent dans les membranes de neurones et de leurs cellules de soutien, mais aussi dans la myéline grâce à laquelle l’influx nerveux se propage rapidement. Aussi, plusieurs équipes scientifiques ont-elles cherché à évaluer les bénéfices des fruits à coques pour le système nerveux central. Que nous apprennent-elles ?

On y découvre notamment qu’après 8 semaines d’un régime alimentaire plus ou moins enrichi en noix, les performances psychomotrices de rats de 19 mois sont modifiées : une alimentation à 2 % de noix améliore la marche sur tige, à 6 % la marche sur planche, et à ces deux taux la mémoire de travail est meilleure. Ces résultats ont été confirmés sur une plus courte durée (28 jours), avec une amélioration significative de l’apprentissage et la mémoire des rongeurs.

Quant à l’être humain, l’essai d’intervention diététique PREDIMED a montré qu’un régime méditerranéen enrichi en noix améliore la mémoire de travail. Il a aussi été mis en évidence, sur le plan biologique, un risque diminué de faible taux plasmatique de BDNF – une protéine qui encourage la croissance et la différenciation de nouveaux neurones. Les noix semblent donc pouvoir se révéler bénéfiques dans la prévention du déclin cognitif lié à l’âge. Mais on manque toutefois de preuves directes pour affirmer qu’en manger régulièrement réduit le risque de maladies neurodégénératives.

Au bilan, les fruits à coque présentent à première vue tous les attributs permettant de les considérer comme des alliés de notre santé. S’ils sont riches en calories et en matières grasses, 30 g par jour semblent en effet réduire le taux de « mauvais cholestérol » et nous protéger des maladies cardiovasculaires, sans avoir d’effet sur le poids. Les arguments ne manquent pas qui suggèrent un impact positif tant sur d’autres pathologies que sur le déclin cognitif lié à l’âge.

De bonnes raisons pour recommander à chacun d’inclure chaque jour dans son régime une poignée quotidienne d’amandes, noisettes ou autres noix – évidemment sans sucre ou sel ajouté !

                     Auteurs   

     

Boris Hansel Médecin, Professeur des universités- Praticien hospitalier, Inserm U1148, Faculté de Santé, Université de Paris

  1. Diana Kadouch Praticien Hospitalier, Hôpital Bichat, Service de Diabétologie-Nutrition, AP-HP, Chargée de cours au sein du DU de nutrition, Université de Paris

  2. Jérémy Puyraimond-Zemmour Assistant spécialiste, Service de Diabétologie-Nutrition, Hôpital Bichat, AP-HP, Chargé de cours au sein du DU de nu

26 Fév 2021

317 adolescentes kidnappées au Nigeria : inadmissible!

Des hommes armés ont attaqué un pensionnat et ont enlevé les jeunes filles dans la nuit de jeudi à vendredi. Une opération de secours formée de forces de sécurité « lourdement armée » a été lancée.

Une salle de classe vide après l’enlèvement d’élèves à Kankara, le 15 décembre 2020. Photo d’illustration. (KOLA SULAIMON / AFP)
Une salle de classe vide après l’enlèvement d’élèves à Kankara, le 15 décembre 2020. Photo d’illustration. (KOLA SULAIMON / AFP
  • Trois cent dix-sept adolescentes ont été enlevées après l’attaque de leur pensionnat dans la nuit de jeudi à vendredi par des hommes armés dans le nord-ouest du Nigeria, a annoncé la police locale ce vendredi 26 février, qui précise qu’une opération de secours a été lancée.
« La police de l’Etat de Zamfara et l’armée ont lancé une opération commune pour porter secours aux 317 élèves enlevées par des bandits armés dans le pensionnat de filles de Jangebe », a déclaré le porte-parole de la police locale Mohammed Shehu, cité dans un communiqué.

A 1 heure du matin, des hommes armés sont arrivés en voiture dans ce collège-lycée de l’Etat de Zamfara, et ont envahi les dortoirs. Ils sont repartis avec des centaines de jeunes filles à pied, selon les autorités locales.

Une équipe de forces de sécurité « lourdement armée a été envoyée à Jangebe pour appuyer l’opération de sauvetage en cours sur les lieux où les écolières auraient été emmenées », a ajouté le porte-parole de la police.

Multiplication des enlèvements dans la région

Ce rapt est le dernier d’une série d’enlèvement d’adolescents perpétrés dans le centre et le nord-ouest du Nigeria par des groupes criminels, appelés localement des « bandits », qui terrorisent les populations, volent du bétail et pillent les villages.

La semaine dernière, 42 enfants ont été enlevés dans l’Etat du Niger, dans le centre-ouest du Nigeria, et plus de 300 garçons avaient également été enlevés début décembre à Kankara dans l’Etat de Katsina.

Ces bandes criminelles se cachent souvent dans des camps dans la forêt de Rugu, qui s’étend sur quatre Etats du nord et du centre du Nigeria : ceux de Katsina, de Zamfara, de Kaduna, et du Niger. Elles sont motivées par l’appât du gain, mais certaines ont tissé des liens forts avec les groupes jihadistes présents dans le nord-est.

Ces violences criminelles ont fait plus de 8 000 morts depuis 2011, et forcé plus de 200 000 personnes à fuir leur domicile, selon un rapport du groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) publié en mai 2020.

publié dans par Dominique Manga

25 Fév 2021

Le vaccin de Johnson & Johnson est très efficace contre les formes graves de Covid-19

Des fioles et une seringue.

La pharmaceutique Johnson & Johnson a mis au point un vaccin unidose qui peut être conservé jusqu’à trois mois au réfrigérateur.

PHOTO : REUTERS / DADO RUVIC

C’est une bonne nouvelle sur le front de la lutte contre le Covid-19. L’Agence américaine des Médicaments (FDA) a confirmé ce mercredi 24 février l’efficacité du vaccin unidose de Johnson & Johnson, dans des documents rendus publics deux jours avant une réunion de son comité consultatif pour examiner son autorisation en urgence aux Etats-Unis.

L’efficacité du vaccin était de 85,9 % contre les formes graves de la maladie aux Etats-Unis, et il était également efficace contre ces formes graves à 81,7 % en Afrique du Sud et 87,6 % au Brésil. Toutes régions de l’essai clinique confondues, l’efficacité du vaccin 28 jours après la vaccination était de 85,4 % contre les formes sévères de la maladie. Elle était de 66,1 % contre les formes modérées du Covid-19.

Ces données confirment celles précédemment communiquées par l’entreprise pharmaceutique.

Un vaccin très attendu

La FDA a étudié indépendamment les résultats d’essais cliniques conduits sur quelque 40 000 personnes dans plusieurs pays. « Les analyses soutiennent un profil de sécurité favorable sans inquiétudes spécifiques de sécurité identifiées qui pourraient empêcher l’émission d’une autorisation d’utilisation en urgence », a-t-elle écrit. Cette autorisation pourrait intervenir dès la fin de la semaine dans le pays.

Johnson & Johnson s’est engagé à acheminer 100 millions de doses aux Etats-Unis avant la fin du mois de juin. Ce vaccin est particulièrement attendu car il présente deux avantages non négligeables en matière de logistique : il ne s’administre qu’en une seule dose, et il peut être stocké à des températures de réfrigérateur, ce qui facilitera considérablement sa distribution.

  • 94 % d’efficacité pour le vaccin de Pfizer selon une étude israélienne

Le vaccin de Pfizer est efficace à 94 % contre les cas symptomatiques de Covid-19, selon une étude de très grande ampleur réalisée en Israël et publiée mercredi, confirmant les données des essais cliniques et le rôle crucial des campagnes de vaccination pour mettre un terme à la pandémie.

« Il s’agit de la première preuve validée par les pairs de l’efficacité d’un vaccin dans les conditions du monde réel », a déclaré Ben Reis, l’un des coauteurs de cette étude publiée mercredi dans le prestigieux New England Journal of Medicine.

Jusqu’ici, l’efficacité du vaccin a été prouvée par des essais cliniques réalisés sur des milliers de personnes, mais pas en conditions réelles, qui impliquent une plus grande variété de personnes et de comportements ou encore des défis logistiques comme le maintien de la chaîne du froid.

L’étude a été menée à partir des données de quelque 1,2 million de personnes soignées par l’un des plus gros organismes de santé d’Israël (Clalit Health Services), entre le 20 décembre 2020 et le 1er février 2021. A ce moment, le variant britannique circulait largement dans le pays, rendant ces résultats d’autant plus intéressants.

  • Moderna lance les essais de son vaccin modifié contre le variant sud-africain

La société américaine de biotechnologie Moderna a annoncé, mercredi, qu’une version modifiée de son vaccin, développée spécifiquement contre le variant sud-africain, était prête à être testée sur des humains dans le cadre d’essais cliniques.

L’Agence américaine des médicaments a indiqué lundi que les fabricants n’auront pas à passer à nouveau le long processus d’autorisation pour les vaccins déjà approuvés, en cas de modification de ces derniers pour lutter contre l’apparition de nouveaux variants du coronavirus, ce qui devrait grandement raccourcir le processus.

Moderna a par ailleurs annoncé avoir relevé ses prévisions de production de doses pour 2021 de 600 millions à 700 millions. La société a également dit avoir investi pour être en mesure de produire 1,4 milliard de doses en 2022.

  • Les campagnes de vaccination contre le Covid-19 se poursuivent dans le monde : la Hongrie utilise désormais le vaccin chinois et le Ghana a reçu mercredi 24 février sa première livraison de vaccins.

    • La Hongrie, premier pays de l’UE à utiliser Sinopharm

    Après le vaccin russe Spoutnik V, la Hongrie commence, mercredi 24 janvier, à utiliser le vaccin du laboratoire chinois Sinopharm. Il s’agit du premier pays de l’Union européenne à l’inoculer.

    La Hongrie a commandé 5 millions de doses, ce qui permettra de vacciner un quart des 9,8 millions d’habitants (à raison de deux injections par personne). Les 550 000 premières doses sont arrivées de Chine à la mi-février et le Centre national de la santé publique hongrois a donné dans la foulée son approbation finale. M. Orban, qui avait dit à la fin de janvier sa préférence personnelle pour Sinopharm, a dit espérer pouvoir se faire vacciner la semaine prochaine.

    Si la campagne progresse, elle ne permet cependant pas d’assouplir les restrictions, a prévenu le dirigeant, alors qu’une « troisième vague menace la Hongrie », qui enregistre chaque jour une centaine de morts liées au Covid-19, portant le bilan à plus de 14 550 morts depuis l’émergence de la pandémie, tandis que le nombre de nouvelles contaminations et d’hospitalisations a fortement augmenté en février.

    La Hongrie avait déjà approuvé le vaccin russe Spoutnik V en janvier, sans attendre le feu vert de l’Agence européenne des médicaments et a commencé à l’administrer le 12 février. A cette occasion, M. Orban avait une nouvelle fois critiqué le processus de validation et d’achat des vaccins par l’UE, jugé trop lent. Alors que l’UE est confrontée à de nouvelles difficultés de production de la part du groupe pharmaceutique AstraZeneca, elle a, pour l’instant, approuvé trois vaccins contre le Covid-19 : ceux de Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca-Oxford.

  • Le Ghana reçoit la première livraison de Covax

Le Ghana a reçu, mercredi, la première livraison mondiale de vaccins financés par le dispositif Covax qui vise à fournir aux pays à faible revenu leurs premières doses de vaccins. Un avion transportant 600 000 doses du vaccin AstraZeneca-Oxford du fabricant Serum Institute of India a atterri en début de matinée à l’aéroport d’Accra, où une délégation du gouvernement ghanéen les a réceptionnées.

Ces doses, expédiées par l’Unicef depuis Bombay, « font partie de la première vague de vaccins Covid à destination de plusieurs pays à revenu faible et intermédiaire »précise un communiqué commun de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Unicef. « Cette livraison représente le début de ce qui devrait être la plus grande fourniture et distribution de vaccins de l’histoire », selon ce communiqué. publié dans par Dominique Manga(source AFP)

24 Fév 2021

Pourquoi les variants du SARS-CoV-2 émergent-ils maintenant ?

Ces derniers mois, trois variants principaux du coronavirus SARS-CoV-2 ont été détectés : le VOC 202012/01 en Grande-Bretagne au mois de septembre, le 501 Y.V2 en Afrique du Sud au mois d’octobre, et le P.1 au Brésil ainsi qu’au Japon, au mois de janvier 2021.

Si l’émergence de variants viraux est un processus parfaitement normal durant une épidémie, nous ne savons pas exactement pourquoi ces variants sont apparus de façon concomitante dans différentes régions du monde. Faisons le point sur les hypothèses actuellement formulées.

L’émergence des variants, un mécanisme naturel

Comme tous les virus, le coronavirus SARS-CoV-2 mute en permanence : en se multipliant, il recopie son matériel génétique et, ce faisant, commet parfois des erreurs, ou mutations. Son génome est donc sans cesse modifié, ce qui peut avoir trois sortes de conséquences.

Certaines de ces mutations, qui surviennent spontanément, sont délétères. Les virus qui les portent subissent un préjudice par rapport aux autres (ils se transmettent moins bien par exemple). Ils sont alors « contre-sélectionnés » : les virus qui ne les portent pas, se transmettent mieux et envahissent donc la population.

D’autres mutations n’ont pas de conséquences « observables » : elles ne modifient pas les capacités du virus, qui continue à se transmettre de la même façon, à infecter les mêmes classes d’âges, à provoquer des symptômes de gravité similaire à ceux qu’engendrent les virus non mutés, etc. Ces mutations « neutres » se transmettent de façon aléatoire, puisqu’elles n’offrent pas d’avantage particulier au virus qui les porte.

Enfin, à l’inverse, les mutations spontanées peuvent parfois s’avérer « bénéfiques » pour le virus, en lui permettant par exemple de se transmettre plus facilement. Ce nouveau virus – que l’on peut appeler « variant » – infectera plus rapidement un plus grand nombre de personnes et deviendra donc le virus dominant dans la population. On dit alors que ces mutations bénéfiques sont « sélectionnées ».

De fait, ces variants sont pratiquement des nouveaux virus puisqu’ils ont un comportement différent de celui du virus dont ils sont issus. Ils peuvent ainsi se transmettre de façon différente, en termes de contagiosité ou d’âge des personnes infectées, voire, dans le pire des cas, provoquer une maladie plus grave.

Actuellement, le variant qui a évolué en Angleterre semble plus transmissible que les virus qui circulaient avant son émergence. Quant aux variants initialement détectés en Afrique du Sud ou au Brésil, ils pourraient être capables de réinfecter des personnes ayant déjà contracté une infection par des virus SARS-CoV-2 qui circulaient avant leur émergence. Autrement dit, une large proportion d’individus ayant déjà contracté le virus pourrait ne pas être totalement protégée contre ces variants.

Pourquoi des variants apparaissent-ils maintenant ?

Première hypothèse, les capacités de détection de ces nouveaux variants ont grandement augmenté durant les derniers mois, rendant ainsi leur identification plus facile. Le premier variant identifié l’a été en Grande-Bretagne, où les capacités de séquençage des virus sont sans commune mesure avec le reste du monde.

Deuxième hypothèse, l’augmentation des pressions de sélection sur le virus. Le variant brésilien est apparu dans la ville de Manaus, où une étude a suggéré que l’immunité de masse aurait pu avoir été atteinte, ce qui implique que plus de 66 % de la population auraient été infectés. Or les mutations spontanées deviennent bénéfiques dans un environnement particulier. Autrement dit, si certaines mutations changent suffisamment le phénotype du virus qui les portent (c’est-à-dire ses caractéristiques « observables » : son apparence ou ses capacités) pour qu’il ne soit pas reconnu par les anticorps produits lors de la première vague épidémique, ledit virus se transmettra beaucoup plus efficacement que le variant historique, et deviendra ainsi dominant.

Enfin, troisième hypothèse, celle de l’implication de ce que l’on appelle des « CoVID-longs ». Certains patients infectés par la Covid-19, notamment ceux dont le système immunitaire est déficient, développent des formes relativement longues de la maladie. Cela signifie qu’ils gardent le virus pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois dans leur organisme. Or si le virus évolue quand il se transmet, il évolue aussi au sein des organismes qu’il infecte. Étant donné que les CoVID-longs ont pu faire leur apparition à peu près en même temps un peu partout dans le monde, cette évolution intra-individus pourrait expliquer l’émergence apparemment simultanée des différents variants.

Il est important de noter que les trois hypothèses ne sont pas forcément indépendantes, chacun des mécanismes ayant pu contribuer de façon plus ou moins importante à l’émergence de chacun des variants.

Quelles implications pour la pandémie en cours ? Et pour le futur ?

On pouvait s’attendre à l’émergence de ces variants, puisqu’il s’agit d’un processus normal. D’autres pourraient apparaître dans les prochaines semaines ou dans les prochains mois. Ces émergences doivent être étroitement surveillées, car elles peuvent radicalement changer l’épidémiologie du SARS-CoV-2. Il semble d’ailleurs que les principaux nouveaux variants se transmettent de façon beaucoup plus efficace que le variant historique.

Alors que le nombre de reproduction de base (le fameux R0, qui correspond au nombre de personnes qu’un individu infecté contamine en l’absence de mesures de contrôle de la transmission) du SARS-CoV-2 était d’environ 3 au début de l’épidémie, ceux des variants britannique et sud-africain se situeraient plutôt entre 4 et 5.

Si ces estimations se vérifiaient – elles sont à considérer avec beaucoup de prudence pour l’instant, les données étant en cours d’acquisition – la vitesse de propagation du virus s’en trouverait grandement changée. Après 10 chaînes de transmission sans distanciation sociale, le variant sud-africain pourrait ainsi infecter jusqu’à 10 millions de personnes, là où le variant historique n’en infecterait « que » 60 000 !

On suspecte aussi une augmentation de la mortalité due au variant Britannique, mais ce point reste discuté dans le sérail scientifique pour le moment. Encore une fois, l’avenir dira ce qu’il en est réellement.

Un des paramètres dont on surveille particulièrement l’évolution est celui que l’on nomme l’« échappement immunitaire ». Il correspond à la capacité des nouveaux variants à ne pas être reconnus par le système immunitaire des individus infectés par le virus historique. Si le chiffre de l’échappement immunitaire venait à augmenter, le nombre de réinfections au SARS-CoV-2 augmenterait lui aussi. Ce phénomène était, jusqu’à maintenant, très rare, mais commence à être observé en Afrique du Sud et au Brésil. Il est bien difficile de déterminer pour l’instant si cette proportion d’individus pouvant être réinfectés est importante ou non.

Plus préoccupant encore serait un échappement immunitaire rendant les vaccins actuellement déployé(s) moins efficace(s). Heureusement, pour l’instant l’efficacité contre les variants du SARS-CoV-2 des vaccins actuels semblent préservée. L’Afrique du Sud avait cependant mis en pause la vaccination avec le vaccin d’Oxford-AstraZeneca après qu’une étude a pointé son efficacité « limitée » contre le variant en circulation dans le pays. Des données complémentaires sur cette question devraient être disponibles dans les semaines à venir.

Le manque de données sur ces variants est un réel problème, d’autant que d’autres risquent d’émerger dans les prochains mois. À chaque fois qu’un nouveau variant apparaît, il est donc primordial de retester rapidement l’efficacité vaccinale.

Un problème sans fin ?

Au vu de l’apparition de nouvelles mutations qui pourraient conférer d’autres propriétés encore aux variants qui ont émergé très récemment, la surveillance de ces derniers s’annonce essentielle.

Cette évolution continuelle des virus est néanmoins bien connue, et des solutions ont déjà été mises en place contre d’autres virus, dont celui de la grippe. Des variants de ce dernier émergent en effet à peu près tous les 10 ans, ce qui pousse les laboratoires à mettre constamment à jour le vaccin contre ce virus.

Pour les y aider, un réseau de surveillance mondial a été déployé, afin de suivre les mutations du virus de la grippe. Étant donné qu’il s’agit d’un virus saisonnier, c’est-à-dire qui se répand davantage pendant les périodes hivernales, un groupe mondial d’experts est chargé d’analyser les mutations qui circulent dans l’hémisphère Sud pendant l’hiver austral afin de prédire celles qui pourraient circuler pendant l’hiver dans l’hémisphère Nord. Le même processus est, bien sûr, appliqué pour surveiller les mutations circulant pendant l’hiver dans l’hémisphère Nord.

Se basant sur ces données, l’Organisation mondiale de la santé publie deux fois par an une liste des variants à inclure dans les vaccins à destination des hémisphères nord et sud. Le SARS-CoV-2 n’en est qu’au début de son histoire évolutive. Si des variants continuent d’émerger à un rythme soutenu, il faudra commencer à envisager de telles méthodes, seule solution pour maintenir une protection efficace pour les personnes les plus vulnérables. publié dans par   Dominique Manga (The Conversation)

           Auteur

  Benjamin Roche ,  Directeur de Recherche, Institut de recherche pour le développement (IRD)

23 Fév 2021

Retour d’Ebola en Afrique de l’Ouest : les leçons à retenir du passé, en six questions clés

 Photo : Chaque professionnel de santé vérifie le bon état des combinaisons de protection de ses collègues. Sumy Sadurni / AFP via Getty Images

En Guinée, Ebola frappe à nouveau. La dernière flambée en Afrique de l’Ouest s’était produite entre 2014 et 2015 et avait touché le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée. Cette épidémie d’Ebola, la plus meurtrière au monde, avait justement débuté en Guinée. Elle avait fait plus de 11 300 morts, dont plus de 500 professionnels de santé.

Mais sept ans plus tard, la situation des pays d’Afrique de l’Ouest est très différente.

Indication claire que la volonté politique de stopper l’épidémie est bel et bien là, le Liberia et la Sierra Leone ont déjà mobilisé et activé leurs plans nationaux de réponse.

Les pays de la région bénéficient non seulement de l’expérience du passé, mais aussi de nouveaux outils pour lutter contre le virus Ebola. Ils disposent d’une main-d’œuvre expérimentée, de réseaux de laboratoire plus développés. Les organisations régionales, telles que l’Union du fleuve Mano, un organisme régional chargé des questions économiques et de sécurité, ou la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), sont également plus proactives.

En 2018, par exemple, une réunion de planification s’est tenue à Freetown, en Sierra Leone, afin de préparer la transmission transfrontalière. Une plate-forme whatsapp a été développée pour permettre un suivi en temps réel des épidémies. Elle est maintenant opérationnelle et est utilisée pour transmettre les mises à jour de la Guinée aux équipes de surveillance et d’intervention des pays membres.

Cependant, comme me l’a fait remarquer Pierre Formenty, le chef de l’équipe de l’Organisation mondiale de la santé chargée des virus et des fièvres hémorragiques : la pire erreur que l’on puisse faire à propos du virus Ebola est de le sous-estimer ou de croire que l’on sait tout sur lui.

Expert en maladies infectieuses, j’ai dirigé plusieurs équipes nationales de réponse sanitaire lors de précédentes épidémies d’Ebola. Une leçon fondamentale que m’ont apprise ces expériences est que le succès d’une stratégie de lutte ne dépend pas des informations les plus évidentes à disposition, mais plutôt sur certaines questions plus subtiles qui demeurent sans réponse. Cela, je l’ai appris à la dure.

Un incident particulier m’est resté en mémoire. Au début du mois d’août 2014, j’ai rencontré le représentant de l’OMS au Liberia qui m’a demandé comment se portait West Point, le plus grand bidonville du Liberia, situé à Monrovia, la capitale du pays. Je lui ai répondu, sûr de moi, que la situation y était très calme et qu’il n’y avait pas de transmission d’Ebola en cours. En réalité, au moment précis où je lui parlais, le virus Ebola se transmettait activement dans la zone, et des enterrements secrets avaient lieu au petit matin. Résultat : à West Point, le nombre de cas a explosé.

Il est donc crucial de ne jamais cesser les investigations, et de continuer à interroger les gens.

À cet effet, j’ai compilé une série de questions clés essentielles pour définir les stratégies de préparation à l’épidémie. Des questions auxquelles chacun des pays de la région devrait s’attacher à répondre.

Questions biologiques clés

Les personnes chargées de la surveillance et du traçage des contacts doivent répondre à certaines questions biologiques essentielles.

1) La première question à se poser est la suivante : durant combien de temps le premier cas identifié a-t-il été malade avant de décéder ?

Connaître la réponse à cette question est crucial pour que les pays voisins puissent déterminer les fenêtres de temps durant lesquelles une personne infectée, ou un de ses contacts, aurait pu passer leurs frontières. Durant l’épidémie de 2014-2015, de nombreux cas d’infection ont résulté de la dissémination de la maladie par des gens se déplaçant pour échapper au virus ou pour chercher de l’aide.

Le virus Ebola ne tue pas en 24 h : sa période d’incubation est comprise entre deux et 21 jours. À mesure que le virus se multiplie dans leur corps, la maladie des personnes infectées s’aggrave. Certaines études sur l’épidémie précédente en Guinée ont mis en évidence que la durée moyenne entre l’apparition des symptômes et le décès était de huit jours.

Disposer d’une frise chronologique est donc crucial pour pouvoir déterminer à qui les personnes infectées ont pu transmettre le virus.

2) Seconde question majeure : quelle est la source de l’infection ? Comment les victimes ont-elles été infectées ?

Le savoir aide les équipes de surveillance à déterminer si une personne infectée était le cas index, c’est-à-dire le premier cas, et à identifier ses contacts. Dans le cas où la source n’est pas connue, cela signifie qu’il pourrait y avoir d’autres cas non identifiés aux alentours.

Une fois que le virus a infecté une première personne, premier cas est infecté, nous savons qu’il se propage d’un être humain à l’autre par contact direct avec une personne infectée, ou par contact avec des liquides corporels, des cadavres ou des matériaux contaminés.

3) La dernière – et plus importante – question est la suivante : à quelle souche d’Ebola avons-nous affaire ?

Des vaccins sont disponibles pour la souche Ebola Zaïre, mais pas pour les autres.

Les rapports que j’ai reçus jusqu’ici indiquent que l’épidémie en cours en Guinée est due à la souche Zaïre.

Questions épidémiologiques clés

Plusieurs questions épidémiologiques cruciales nécessitent aussi de recevoir une réponse rapide :

1) Combien de contacts a eu le malade identifié ? Autrement dit, combien de personnes cet individu infecté a-t-il rencontrées jusqu’à présent ?

Il est crucial d’identifier 100 % de ses contacts, car en manquer un seul peut faire courir le risque d’une épidémie. Il faut pour cela retracer les déplacements des malades, interroger les familles, les amis et les lieux où ils auraient pu se faire soigner. La recherche des contacts nécessite un complexe travail de détective.

Dans le cas de la récente épidémie en Guinée, les personnes infectées avaient assisté à l’enterrement d’une infirmière. Avoir connaissance de cet événement est crucial, car cela permet à l’équipe de commencer à cartographier la propagation potentielle de la maladie. Le fait que l’événement ait été un enterrement, qui plus est celui d’une infirmière, indique qu’il s’agit d’une situation super-propagatrice. En effet, les proches qui assistent aux funérailles ont souvent parcouru de longues distances pour s’y rendre, et peuvent même venir d’autres pays.

Sachant cela, des mesures peuvent être prises, notamment en alertant les pays voisins. En 2016, les contrôles aux frontières ont fonctionné : des personnes infectées, qui avaient fui la Guinée pour se réfugier chez des parents au Liberia, ont pu être identifiées.

Dans le cas présent, le fait que la victime ait été une infirmière suggère qu’une épidémie plus importante, non détectée, pourrait être en cours.

2) Que sait-on des caractéristiques démographiques la démographie du malade à l’origine de l’alerte (âge, origine ethnique, profession et activités économiques) ?

Connaître ces éléments permet de déterminer avec qui la personne a pu entrer en contact. Par exemple, en 2014, un individu infecté en Guinée est passé en Sierra Leone pour se faire soigner par un guérisseur traditionnel de son groupe ethnique. Cela a ouvert la voie à la plus grande épidémie de Sierra Leone, qui s’est ensuite propagée au Liberia.

3) Quels ont été les déplacements de la personne infectée, et combien d’endroits a-t-elle visités une fois tombée malade ?

Une carte de transmission doit être établie, répertoriant tous les mouvements du malade et lieux où la transmission a pu être possible, y compris les hôpitaux, les cliniques et les endroits où exercent les guérisseurs traditionnels. Si le cas index s’est déplacé en utilisant les transports publics, les journaux de bord des véhicules et les déplacements des autres passagers doivent être consultés.

Au Liberia, nous avons travaillé avec les syndicats des transports, visité les hôpitaux et examiné les dossiers des patients. Nous avons travaillé avec des motards assurant des prestations commerciales afin d’établir des cartes de transmission complexes permettant de déterminer le nombre total de contacts, les lieux où ils se sont produits et le statut des personnes concernées.

La raison pour laquelle cette approche est essentielle est que le contrôle du virus Ebola repose sur un principe de « tout ou rien » : il est nécessaire d’identifier 100 % des contacts et de les tracer afin de s’assurer qu’aucun n’a échappé à la surveillance, tombant malade et mourant au sein de sa communauté, ce qui pourrait initier une nouvelle chaîne de transmission.

Tant que chacune de ces questions restera sans réponse, les pays voisins de celui où s’est déclarée l’épidémie doivent agir comme si elle concernait leur propre territoire : au Liberia, un cas suspect provenant de Guinée a déjà été signalé.

Les prochaines étapes

Les gouvernements de ces pays doivent maintenir les niveaux élevés de vigilance et de préparation qu’ils ont mis en place. Tout doit être fait pour éviter que le virus Ebola ne pénètre dans les zones les plus densément peuplées.

La surveillance doit être particulièrement renforcée dans les villes frontalières. Les équipes de surveillance doivent être attentives aux symptômes suivants : fièvre, maux de tête, douleurs articulaires et rougeur des yeux. Les activités de surveillance doivent également s’attacher à identifier les groupes ethniques auxquels appartiennent les malades. Il est préférable de détecter tous les cas potentiels, plutôt que de risquer d’en manquer un.

Lorsqu’ils sont disponibles, les médicaments et vaccins capables de traiter la maladie doivent pouvoir être déployés rapidement.

Les épidémies dues au virus Ebola commencent et se terminent au sein de la communauté. Pour cette raison, il est essentiel d’en impliquer les membres, de les informer, et de leur donner les moyens de s’exprimer, pour qu’elles puissent signaler toute anomalie

publié dans par Dominique Manga (source The Conversation)

                   Auteur

    Mosoka Fallah Part-time lecturer at the Global Health & Social Medicine, Harvard Medical School, and Lecturer at the School of Public Health, College of Health Sciences . University of Liberia