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27 Juil 2021

Jummai Nache : Une femme de 47 ans du( Minnesota) USA se fait amputer des jambes et des mains après de graves réactions indésirables au vaccin anti covid -19 à ARNm de Pfizer

MINNEAPOLIS — Une missionnaire chrétienne  de 47 ans et immigrante  nigériane  est maintenant handicapée  de façon permanente et reçoit des  soins   médicaux  dans  un établissement médical de Minneapolis .

Mme Jummai Nache a reçu sa deuxième injection du vaccin  d’ARNm pfizer le 1er février, selon un  article  de GoFundMe. Elle est retournée au travail et a immédiatement ressenti des douleurs thoraciques. L’inconfort et la douleur ont persisté jusqu’au 6 février, lorsque son mari, M. Philip Nache, l’a emmenée à l’urgence.

. Bien qu’ils soient « entièrement vaccinés », les médecins ont diagnostiqué la COVID-19 à Mme Nache. M. Nache a qualifié le diagnostic de « choquant » puisque sa femme ne présentait aucun symptôme avant de recevoir la deuxième injection expérimentale d’ARNm. L’hôpital a libéré  Mme Nache avec l’ordre de suivre les directives des CDC pour COVID-19.

Mme Nache est retournée aux urgences  le 13 février lorsque son état s’est aggravé. Elle a été transférée au centre médical de l’Université du Minnesota pour une observation plus approfondie. Les médecins l’ont placée sous respirateur après avoir découvert des niveaux d’oxygène et une pression artérielle mortellement bas. Son cœur « se détériorait » aussi.

Plus de diagnostics et d’amputations

Les médecins ont dit à M. Nache que sa femme pouvait mourir à tout moment. Elle luttait maintenant contre les caillots sanguins artériels, l’ischémie et la cardiomyopathie. Les médecins ont retiré le ventilateur en temps voulu. Mais Mme Nache a eu besoin d’une amputation transtibiale bilatérale – les deux jambes enlevées chirurgicalement sous les genoux.

Ses mains sont également gravement endommagées et doivent être partiellement ou complètement amputées une fois que les chirurgies de la jambe guérissent.

Malheureusement, ce n’est pas le premier cas que nous avons couvert d’amputations post-injection. M. David Mears a reçu l’injection expérimentale d’ADN du vecteur viral AstraZeneca. Il a été amputé de la jambe gauche sous le genou quelques semaines plus tard. Comme M. Mears, Mme Nache a probablement développé des caillots sanguins post-injection qui ont mené à une thrombose veineuse profonde ou à une ischémie critique des membres. Les médecins, délibérément ou non, n’ont rien dit au sujet de la thromboembolie veineuse (caillots sanguins) après la première visite en urgence  de Mme Nache.

Une étude de 2010 publiée dans les Annales de médecine thoracique a révélé que les médecins n’effectuaient souvent pas de dépistage systématique de la thromboembolie veineuse sur des patients asymptomatiques. Le problème dans ce cas, cependant, est qu’un électrocardiogramme a été effectué, mais dit n’avoir rien trouvé. Les médecins de l’Université du Minnesota veulent que les Nache croient que tout cela a été causé par « COVID-19 ».

Gymnastique médicale

M. Nache a déclaré que l’échantillon de sang original de sa femme existe toujours dans un laboratoire. Ils veulent des avis d’experts indépendants, . Les médecins ont déclaré que le cœur de Mme Nache est « guéri à 100% ». Mais c’est difficile à croire. Les Nache ne croient pas à la thèse de la contamination  par le  COVID-19. M. Nache a dit qu’il avait soumis les questions suivantes au CDC (auxquelles il est peu probable qu’une réponse  lui soit donnée ) »

1. Lorsque ses symptômes ont commencé, j’étais avec elle, je mangeais et dormais ensemble, mais j’ai été testé négatif et je n’avais aucun symptôme. Pourquoi ne suis-je pas positif?

2. Si elle a reçu le vaccin avant le virus ou l’a eu en même temps, le choc entre le covid-19 et le vaccin a-t-il causé de tels effets indésirables? Pourquoi le CDC ou Pfizer ne nous l’ont-ils pas fait savoir? Ou pourquoi ne demanderaient-ils pas à tout le monde de se faire tester d’abord pour la COVID-19, avant de prendre le vaccin?

3. Si le vaccin est destiné à vaincre le virus, soit en le détruisant, soit en affaiblissant son effet, pourquoi les dommages graves indésirables? Si le vaccin n’a pas fonctionné pour vaincre le virus, quel rôle le vaccin jouait-il dans le corps de Jummai?

Pronostic et foi en Dieu

Les médecins de l’Université du Minnesota ont déclaré qu’ils ne peuvent pas vérifier si l’injection de Pfizer a causé tout le traumatisme. La seule raison « concluante » qu’ils donnent est le syndrome inflammatoire multiple chez l’adulte (MIS-A) causé par COVID-19.

Mme Nache  doit subir d’autres interventions  chirurgicales  et aura besoin  de jambes avec  prothèses dans le futur . Sa page LinkedIn indique qu’elle était chef d’équipe de l’expérience étudiante au Collège technique Hennepin. Elle était également étudiante en études pour devenir infirmière auxiliaire autorisée. Mme Nache est également titulaire d’une maîtrise en éducation chrétienne.

Les Nache sont connus pour leur travail missionnaire parmi d’autres immigrants africains à Minneapolis. M. Nache assimile la nouvelle vie de sa femme à celle de Job dans la Bible. Malgré sa foi en Dieu, Job a été affligé de toutes sortes de malheurs, y compris la perte de tous ses biens et d’être affligé de maladie. La souffrance met à l’épreuve votre foi en Dieu ,la foi la seule source de consolation de ce jeune  couple  devant cette dure épreuve .  Publié dans par Dominique Manga

23 Juil 2021

Covid-19 : que sait-on de la propagation du SARS-CoV-2 en Afrique ?

Avec quelques 6,3 millions de contaminations et 160 000 décès enregistrés, le nombre de cas officiellement rapportés par le Centre africain pour le Contrôle et la Prévention des Maladies semble indiquer que le SARS-CoV-2 se propage peu en Afrique : ramenée à l’échelle du continent, la prévalence de l’infection par ce coronavirus serait en effet inférieure à 1 %.

Toutefois, l’histoire racontée par les premiers résultats des études de séroprévalence, qui permettent d’estimer la proportion de personnes entrées en contact avec le virus en détectant les anticorps présents dans leur organisme, est très différente. Les prélèvements et analyses effectués auprès de diverses populations (donneurs de sang, soignants, population générale, etc.) indiquent en effet une prévalence d’infection par le SARS-CoV-2 élevée, en moyenne aux alentours de 20 %, et pouvant aller jusqu’à 60 % selon les endroits.

La diffusion du SARS-CoV-2 en Afrique pourrait donc être beaucoup plus forte qu’annoncé. Comment s’explique cette apparente contradiction entre nombre de cas confirmés et résultats des études de sérologie ? Quelle est la dynamique réelle de l’épidémie en Afrique ?

Les tests sérologiques

Quand un virus pénètre dans notre organisme, notre système immunitaire détecte ses protéines (aussi appelées antigènes) et produit des anticorps. Ces derniers vont ensuite se fixer sur les protéines virales afin d’éliminer le virus. Chez le coronavirus SARS-CoV-2, ces antigènes sont au nombre de quatre : la protéine de nucléocapside (N), la protéine de spicule (S), la protéine de membrane (M) et la protéine d’enveloppe (E).

Présente en de nombreux exemplaires à la surface du coronavirus SARS-CoV-2, la protéine Spike (en rouge sur ce modèle imprimé en 3D du coronavirus) est l’un des antigènes détectés par le système immunitaire lors de l’infection. Elle permet au virus de pénétrer dans les cellules humaines. NIH

Les tests sérologiques fonctionnent sur le même principe. Un échantillon du sang du patient que l’on souhaite tester est mis en contact avec un réactif contenant des antigènes du virus à détecter. Si le patient a été précédemment infecté par ledit virus, son organisme aura fabriqué des anticorps dirigés contre lui, dont un certain nombre demeurent présents dans son sang. Ces anticorps sanguins se fixeront aux antigènes contenus dans le réactif, rendant le test positif. Un résultat négatif indique que la personne n’a jamais contracté le virus et qu’elle ne dispose donc pas d’anticorps.

Cependant, dans la réalité, il arrive que les résultats ne soient pas aussi clairs. Il existe en effet diverses méthodes d’analyses. Basées sur des techniques différentes, leur fiabilité peut varier. Par ailleurs, les méthodologies ou les interprétations peuvent également différer d’un centre de test à l’autre. Pour ces raisons, le paradoxe entre le nombre de cas reportés et les études de séroprévalence appelle à une évaluation minutieuse et une interprétation prudente des résultats.

Les biais liés aux tests sérologiques

Le premier facteur, primordial, à prendre en compte pour interpréter les résultats d’un test de diagnostic sérologique concerne ses propriétés intrinsèques, dont sa sensibilité et sa spécificité. Ces deux indicateurs déterminent, entre autres, la qualité du test.

La sensibilité désigne la capacité à détecter les anticorps dirigés contre le virus concerné. Elle traduit la probabilité d’avoir un test positif chez les malades. La spécificité mesure quant à elle la capacité du test à ne pas classifier comme « malade » une personne saine.

Idéalement, sensibilité et spécificité doivent être les plus élevées possibles pour que le test soit jugé efficace. Mais ces valeurs ne sont pas figées dans le marbre, et l’efficacité d’un test sérologique peut varier en fonction du contexte. Un test très performant dans certaines conditions (par exemple dans un environnement géographique donné) peut s’avérer médiocre dans un autre.

C’est notamment un problème lorsque les tests ont été développés dans un contexte différent de celui où ils sont utilisés, car ils peuvent alors donner des résultats incorrects par rapport à la réalité. A minima, un test sérologique utilisé en Afrique doit avoir été préalablement validé sur des échantillons de personnes vivant en Afrique. Or, certains tests sérologiques utilisés en Afrique n’ont pas été validés sur des prélèvements sanguins de personnes vivant sur le continent.

Bien interpréter les tests sérologiques

Un autre facteur important pour interpréter correctement des résultats de tests sérologiques concerne le type de test utilisé.

Schématiquement, les tests sérologiques détectent deux familles d’anticorps, les immunoglobulines G (IgG) – qui représentent plus de 75 % des immunoglobulines du sérum – et les immunoglobulines M (IgM) – qui représentent environ 10 % des immunoglobulines du sérum. Les IgM sont les premières à apparaître lors de la réponse à l’infection. Elles sont utiles pour identifier les infections récentes, de moins de 3 semaines. Les IgG apparaissent un peu plus tardivement, généralement dans les 15 jours, et persistent plus longtemps, protégeant le corps d’une nouvelle infection.

Certains tests sérologiques sont capables de détecter les IgM, d’autres les IgG. Il existe aussi des tests sérologiques capables de détecter les « anticorps totaux », IgG et IgM. Ces derniers sont plus sensibles que les autres tests, mais leur spécificité peut en revanche avoir des défauts.

Modélisation de la protéine spike du coronavirus SARS-CoV-2. National Institute of Environmental Health Sciences / Mario Borgnia

Le dernier élément important d’un test à prendre en compte dans la sérologie du SARS-CoV-2 est l’antigène détecté par le test. La plupart des tests ne détectent qu’un antigène, soit la protéine S soit la protéine N. Or, les anticorps dirigés contre ces deux antigènes apparaissent et disparaissent à des moments différents de l’infection et perdurent plus ou moins longtemps. En outre, ces protéines présentent des ressemblances plus ou moins importantes avec les protéines d’autres coronavirus, notamment saisonniers, ce qui peut fausser les tests.

Prendre en compte le contexte épidémiologique

Les enjeux liés à la spécificité des tests sont particulièrement prégnants dans le contexte africain, lorsqu’il s’agit d’établir la séroprévalence de l’infection. Toutefois, au-delà de ce facteur, il est important de mettre également en perspective le taux de séroprévalence avec les différents contextes épidémiologiques nationaux.

Il est faut notamment prendre en compte les dates auxquelles les prélèvements ont été effectués : selon que les échantillons ont été prélevés durant la première, la deuxième ou la troisième vague, la diffusion du virus ne sera pas la même et la séroprévalence différera.

Le déploiement de la vaccination doit également être pris en compte lorsque l’on souhaite déterminer comment se fait la diffusion naturelle du virus. Les populations vaccinées présenteront certains types d’anticorps dont il faudra tenir compte pour éviter de fausser les analyses.

Rappelons toutefois que si la vaccination progresse sur le continent africain, elle reste très faible. En effet, sur plus de 3,7 milliards de doses administrées dans le monde, seules 61 millions ont été injectées en Afrique et environ 1,5 % de la population africaine est entièrement vaccinée. Dans le même temps, près de 75 % des doses se sont retrouvées monopolisées par dix pays industrialisés. Outre les problèmes d’approvisionnement internationaux, plusieurs autres raisons expliquent ce faible taux de vaccination, comme l’hésitation vaccinale, les stratégies nationales de vaccination ou les mises à disposition locales.

Une prévalence réelle plus élevée que ne l’indiquent les chiffres officiels

Ces différents facteurs expliquent pourquoi les études de séroprévalence indiquent une incidence de l’infection par le SARS-CoV-2 variant de 2,1 % à 60 % sur le continent.

Pour pallier les biais potentiels et fournir des estimations plus précises de l’incidence, l’unité mixte de recherche, TransVIHMI (IRD/INSERM/Université de Montpellier), a développé un test détectant simultanément les anticorps dirigés contre les deux antigènes principaux du SARS-CoV-2 (N et S), avec un critère de positivité strict.

Avec ces conditions stringentes, ces travaux révèlent qu’après la première vague, la séroprévalence dans certaines capitales d’Afrique de l’Ouest et du Centre se situait probablement bien au-delà de celle indiquée par les nombres de cas officiellement rapportés : elle aurait été proche de 20 %.

C’est par exemple le cas à Kinshasa en République Démocratique du Congo, où la prévalence des anticorps anti-SARS-CoV-2 en population générale était de 17 % après la première vague.

Ces 20 % constituent le pourcentage minimum que l’on peut affirmer avec certitude, mais la proportion réelle pourrait être plus élevée. En outre, ce pourcentage, valable pour la population générale, ne rend pas forcément compte des disparités régionales et locales. On sait que la dynamique épidémique dépend d’un grand nombre de facteurs médicaux, environnementaux, sociaux et économiques (comme l’ont notamment documenté les recherches en sciences humaines et sociales). Certaines études ont ainsi révélé que la séroprévalence varie fortement selon les zones géographiques et le niveau socioéconomique des habitants.

Comment expliquer la disparité entre cas rapportés et séroprévalence ?

Trois explications sont généralement avancées pour expliquer la dynamique épidémique sur le continent africain.

La première est la démographie. Sur le continent africain, 60 % de la population à moins de 25 ans, les plus de 65 ans ne représentant que 3,5 % de la population.

Des élèves masqués jouent dans une cour d’école à Kinshasa.
Des élèves jouent dans la cour de l’Institut technique et commercial (ITC), à Kinshasa. Arsène Mpiana / AFP

Or, on sait que l’âge est un facteur déterminant de la gravité de la Covid-19 et du risque de mortalité. Cette situation pourrait expliquer pourquoi la population africaine n’a pas été frappée par une surmortalité aussi forte que celle qui a touché l’Europe de l’Ouest, où 20 % de la population est âgée de plus de 65 ans. La relative jeunesse des populations pourrait non seulement avoir limité le nombre de cas graves, mais elle pourrait aussi s’être traduite par un grand nombre de cas asymptomatiques, lequel pourrait expliquer en partie le faible nombre de cas rapportés officiellement.

La seconde explication du paradoxe apparent entre cas rapportés et résultats de séroprévalence pourrait résulter des faibles capacités de détection des cas sur le continent africain, qui ne permettent pas un dépistage systématique.

Enfin, troisième explication, on ne peut exclure l’existence d’une immunité croisée induite par d’autres coronavirus, voire d’autres pathogènes, circulant sur le continent. Celle-ci, en conférant aux personnes une immunité contre le SARS-CoV-2 un peu à la manière de celle conférée par la vaccination, pourrait limiter le nombre de cas graves. Certaines études actuellement en cours en Afrique subsaharienne permettront de répondre à cette question : des tests sérologiques intégrant les marqueurs d’autres coronavirus ont été développés pour identifier de telles réactions d’immunité croisée si elles existent.

Quelles implications pour les politiques de santé publique ?

L’observation de cette discordance entre nombre de cas rapportés et résultats des études de séroprévalence appelle donc à précaution. Trois conclusions devraient orienter les politiques santé publique sur le court et le long terme.

Le premier point d’attention porte sur la sensibilité et la spécificité des tests sérologiques. Il est important de repenser leur développement, au vu des différences significatives de séroprévalence pour les tests existants. Afin de refléter le niveau réel de contagion, la performance des tests devra être évaluée sur le territoire africain, en prenant en compte les spécificités locales.

Il faut donc renforcer les capacités locales de détection et développer des outils diagnostiques appropriés aux contextes africains. Cela permettrait non seulement d’obtenir des données de séroprévalence fiables, mais aussi de démultiplier les capacités de tests, et ainsi de refléter fidèlement la dynamique épidémique.

Nombre cumulé de décès confirmés liés à la COVID-19 En raison des capacités de tests limitées et les difficultés d’attribution des causes de décès, le nombre de décès confirmés indiqué sur cette carte peut différer du nombre de décès réels dus à la Covid-19.


Le second élément fondamental en matière de santé publique porte sur l’enrayement de la dynamique épidémique. Bien que les chiffres de séroprévalence suggèrent une forte propagation du virus (et donc une immunité naturelle potentiellement non négligeable), il est essentiel de mettre en place rapidement de larges campagnes de vaccination pour endiguer la vague épidémique qui touche actuellement le continent, et freiner l’augmentation importante de mortalité qui en découle.

Cela ne pourra pas se faire sans un soutien globalisé, via un renforcement du dispositif COVAX (dont le but est d’assurer un accès équitable à la vaccination contre la Covid-19), du don de doses, des licences volontaires… Une aide soutenue sera nécessaire pour renforcer les capacités vaccinales dans les années à venir, avec l’objectif de développer les capacités d’élaboration, de production et de distribution des vaccins dans les pays africains. En outre, tant que l’épidémie progresse et que la vaccination stagne, l’accent doit être mis sur le respect des gestes barrières.

Enfin, il apparaît essentiel de continuer à œuvrer afin de mieux comprendre la dynamique épidémique en Afrique, notamment dans un contexte de troisième vague et de propagation des variants Delta et Delta Plus. Malgré d’importants progrès, le séquençage des génomes et le suivi des variants restent particulièrement complexes sur le continent (seul 1 % des génomes transmis jusqu’à présent au mécanisme international de surveillance GISAID proviennent d’Afrique). Les programmes de surveillance et le renforcement des capacités locales doivent se poursuivre, tout comme les recherches sur l’existence de potentielles immunités croisées et les travaux de sciences humaines et sociales visant à mieux comprendre la dynamique de diffusion.  Publié dans Par Dominique Manga

                    Auteurs

    1. Nicolas Pulik Assistant de recherche – Sciences humaines et sociales, Inserm

      Ahidjo Ayouba Directeur de Recherches, virologue, Institut de recherche pour le développement (IRD)

    1. Eric Delaporte Professeur de maladies infectieuses, Inserm, université de Montpellier, Institut de recherche pour le développement (IRD)

  1. Eric D’ Ortenzio Médecin, Epidémiologiste, Responsable du département Statégie & Partenariats, ANRS I Maladies infectieuses émergentes, Inserm

23 Juil 2021

Vaccin AstraZeneca. « Je veux juste que ça se sache » : un retraité du Pas-de-Calais porte plainte après le décès de sa femme

10 jours seulement après sa première injection d’AstraZeneca, Bernadette, 61 ans, décède brutalement d’une thrombose. Depuis, son mari Dominique se bat pour obtenir des réponses et pour que justice soit faite.
Bernadette a perdu la vie 10 jours après avoir reçu sa première dose d'AstraZeneca.
Bernadette a perdu la vie 10 jours après avoir reçu sa première dose d’AstraZeneca. • © Loïc Venance / AFP

Un simple vaccin pour échapper au Covid-19 s’est transformé en drame. Dominique, 64 ans, habitant à Coulogne (Pas-de-Calais), a perdu sa femme, Bernadette, 61 ans, quelques jours après sa première injection d’AstraZeneca. Sa voix est brisée, quelques silences ponctuent notre entretien téléphonique, le temps de maîtriser ses émotions, car la douleur est vive.

Tout commence par un courrier de la MSA, la sécurité sociale agricole, reçu en mars, dans lequel on l’informe qu’il peut se faire vacciner. « Je suis parti voir à la pharmacie et la pharmacienne m’a dit que mon épouse était aussi éligible. Elle était auxiliaire de vie, c’était une façon de protéger les petits vieux« , lance Dominique au bout du fil. Le couple décide de se faire vacciner vendredi 26 mars. C’est leur première dose, aucun des deux n’avait contracté le Covid-19 auparavant.

Lorsque Dominique et Bernadette se font vacciner fin mars, l’AstraZeneca fait déjà l’objet d’une polémique. Au début du mois, la France à l’instar de beaucoup d’autres pays a suspendu quelques jours les injections de ce vaccin. En effet, des risques de thrombose avaient été relevés chez des personnes ayant reçu des doses dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Alertée, l’Agence européenne du médicament (EMA) a rapidement fait réaliser des études pour revoir les risques liés à l’injection d’AstraZeneca. Et les rapports confirment à la fois l’efficacité du vaccin contre le coronavirus, et les risques de thrombose pouvant découler de son injection.

Les experts précisent que la survenue de cette complication peut être reléguée au rang des effets secondaires rares du vaccin. Cela s’explique notamment par sa faible fréquence, les chercheurs n’ont découvert qu’une dizaine de cas sur plusieurs millions de personnes vaccinées en Europe.

Pour le couple de Coulogne, les jours qui suivent leur vaccination s’écoulent sans problème, aucun effet secondaire. « Ça a commencé vendredi suivant, le 2 avril, soit huit jours après. Elle était prise de diarrhées, de vomissements et de douleurs au ventre, détaille-t-il. Il était 18h30, j’ai appelé la pharmacienne qui nous a dit de venir faire un test antigénique qu’on a fait tout de suite. » Le test est négatif. La pharmacienne rappelle le lendemain pour avoir des nouvelles. L’état de Bernadette est bien meilleur que la veille.

Ça a commencé vendredi suivant, le 2 avril, soit huit jours après. Elle était prise de diarrhées, de vomissements et de douleurs au ventre.

Dominique

Une douleur paralysante

Mais c’est la nuit du dimanche 4 au lundi 5 avril que la situation à se détériore. « Elle a passé une mauvaise nuit, et pour la première fois, elle n’est pas partie au travail un lundi matin« , se rappelle l’époux. Les symptômes apparaissent de nouveau vers 16 heures. La douleur est paralysante. « J’appelle le 112 vers 17 heures et ils l’ont emmené vers l’hôpital de Calais. Quelques temps après, ils m’annoncent qu’elle va être héliportée à Lille. Ils avaient vu une thrombose, et son état était bien pire que ce qu’ils pensaient« .

Il appelle le CHU de Lille à 23h30. « Elle était à l’hôpital Roger-Salengro. J’ai eu le médecin responsable qui m’a dit que le pronostic vital était engagée« . A mesure que le récit avance, Dominique a besoin de prendre des pauses. Il a l’impression de revivre cette nuit-là où sa vie a basculé.

Mardi 6, « vers 1 heure du matin, le médecin me rappelle et me dit qu’elle ne passera pas la nuit. Quand j’ai voulu y aller, je lui ai dit que mes enfants n’habitaient pas par ici. Il m’a interdit d’aller seul à l’hôpital et ils m’ont envoyé une ambulance depuis Lille car il n’y en avait aucune de disponible à Calais, pour que je puisse aller à son chevet. »

Dominique arrive à l’hôpital lillois 30 minutes avant son décès. « Elle était inconsciente alors qu’à Calais, on va dire qu’elle était consciente ». Avant qu’elle ne décède, il lui essuie une larme. Il est 4h40 quand tout se termine. « Je suis resté un peu avec elle puis l’ambulance m’a reconduit jusqu’à chez moi. »

Vers 1 heure du matin, le médecin me rappelle et me dit qu’elle ne passera pas la nuit

Dominique

Un lien entre le décès et la vaccination « confirmé à 99%« 

Vers 11h30, le médecin urgentiste l’appelle pour lui expliquer que le décès de sa femme est liée « à de multiples thromboses et lui demande l’autorisation d’effectuer une autopsie. » Il lui faut attendre 12 semaines pour avoir les résultats « après m’être bagarré des dizaines de fois et avoir été baladé d’un service à l’autre« . Le lien entre le décès et la vaccination à l’AstraZeneca lui a été « confirmé à 99%« .

Après réception et étude des documents médicaux, son avocat lui confirme le lien de cause à effet : « pour lui, il ne fait aucun douteIl me l’a écrit dans ce sens, il l’a écrit dans ce sens au procureur de la république de Boulogne« , qui se charge du dossier. Dominique décide de porter plainte et de se constituer partie civile.

Je ne cherche ni l’argent, ni la vengeance, je veux juste que ça se sache et qu’il n’y ait plus de cas similaires.

Dominique

Il y a également une grande probabilité, selon Dominique, que « le dossier soit traité par le parquet de Paris« . Mais la procédure s’annonce longue et sinueuse. « Ils vont sûrement attendre que des cas similaires soient traités pour faire un procès global. » Pas question cependant pour l’époux de baisser les bras. « Au départ, on m’a proposé simplement de bénéficier d’un fonds de garantie, au quel cas il n’y aurait pas de procès. Mais je ne cherche ni l’argent, ni la vengeance, je veux juste que ça se sache et qu’il n’y ait plus de cas similaires. »

Contrairement à ceux des laboratoires Pfizer ou Moderna, l’AstraZeneca n’est pas un vaccin ARN messager mais utilise la technologie du vecteur viral. Il faisait partie de la campagne vaccinale en France depuis début février. Mais avec 30 cas de thrombose recensés au 7 mai dernier, les autorités optent pour des mesures drastiques. Le vaccin AstraZeneca sera désormais uniquement recommandé pour les personnes âgées de plus de 55 ans.

En Hauts-de-France, au 20 juillet 2021, 342.939 personnes ont été totalement vaccinées avec l’AstraZeneca, deuxième vaccin le plus utilisé après le Pfizer, qui lui a été injecté 1.948.135 fois. Derrière, on retrouve le Moderna, qui en comptabilise 201.652 et très loin, le Janssen avec… 92 injections !

Depuis le début de la vaccination avec l’AstraZeneca, l’Agence nationale de la sécurité du médicament recense « 22.070 cas d’effets indésirables« . La grande majorité de ces cas concernant des syndromes pseudo-grippaux, « souvent de forte intensité« . Au 8 juillet 2021, 7.210.000 injections ont été réalisées. Mais désormais, toutes les doses de ce vaccin anglo-suédois achetées par la France sont destinées au programme Covax. Une annonce du ministère de la Santé ce mardi 20 juillet. Cinq millions seront ainsi envoyées « aux pays en développement » d’ici la fin du mois d’août.   Publié dans par Dominique Manga (source F3 Aquitaine)

21 Juil 2021

Derrière Pegasus ou le mode d’emploi d’un logiciel espion

Un consortium de médias, dont Le Monde et la cellule investigation de Radio France, coordonné par l’organisation Forbidden Stories, a eu accès à plus de 50 000 numéros de téléphone potentiellement ciblés et espionnés par une dizaine d’états, via le logiciel israélien Pegasus.

L’affaire fait grand bruit car on y retrouve, pêle-mêle, des journalistes, des chefs d’entreprise, des opposants politiques et autres figures de la vie publique.

Retour sur la technique derrière ce logiciel. Quand est né Pegasus ? Comment l’utilise-t-on ? Pourquoi a-t-il pris une telle ampleur ?

Comment fonctionne Pegasus

Le logiciel Pegasus est développé par l’entreprise israélienne NSO Group. C’est un logiciel espion (spyware) visant les smartphones dont l’objectif est de siphonner l’ensemble de ses données : coordonnées GPS, contenus des messages, écoute des appels, bref tout ce qui passe par votre téléphone est vu, lu et entendu par le logiciel et transmis à son utilisateur (l’attaquant). Ce logiciel espion évolue depuis plusieurs années et s’adapte aux évolutions de niveaux de sécurité des téléphones.

Dans ses précédentes versions, l’attaquant envoyait un message contenant un lien, qui, lorsque l’utilisateur cliquait dessus, déclenchait l’installation de Pegasus. Cette technique, un peu grossière, peut fonctionner avec des personnes peu habituées ou non formées à la cybersécurité. Mais qui, avec des cibles de haut niveau (publiques ou privées) est beaucoup plus hasardeuse. Ainsi NSO a développé une nouvelle version qui est capable d’installer le « mouchard » sans clic, ce que l’on appelle une attaque « zero click ».

Comment installer un logiciel à l’insu du propriétaire du téléphone ? La méthode la plus efficace, version film d’espionnage, est tout simplement de se saisir du téléphone, lors d’un moment d’inattention et de l’intégrer dans la machine.

Il existe également une méthode plus subtile, et plus technologique : utiliser une faille de sécurité de l’appareil pour prendre le contrôle du téléphone pendant un court laps de temps pour y installer le spyware à distance.

L’exploitation des failles de sécurité

Pour prendre le contrôle d’un smartphone à distance, il est indispensable d’exploiter une faille de sécurité. Cette dernière peut provenir du matériel (hardware), par exemple une puce électronique, ou logiciel (software) en passant par les systèmes d’exploitation iOS ou Android. Les clients de NSO, en général des états, n’ont pas à chercher les failles eux-mêmes, ils n’ont besoin que du numéro de téléphone de la cible et Pegasus s’occupe du piratage et de l’exfiltration des données. Pour chaque cible visée, le client paye une licence à NSO de quelques dizaines de milliers d’euros.

On va généralement cibler des failles « zero day » (jour 0), on les appelle comme cela car elles n’ont jamais été publiées ni exploitées. La plupart des logiciels vendus dans le commerce peuvent avoir des failles. D’ailleurs, leurs éditeurs organisent régulièrement des concours ouverts aux hackers pour les débusquer. Si une personne découvre une faille, elle peut la vendre sur des « marchés zero day ». Cela ressemble à une bourse internationale dans laquelle les produits sont des failles. En général, elles sont achetées par les éditeurs eux-mêmes qui ont intérêt à les corriger le plus rapidement possible. Une faille sur un système d’exploitation iOS peut se négocier à plusieurs millions de dollars. Ces marchés sont légaux. Le but est d’éviter qu’un hacker, ayant trouvé une faille aille la vendre à un groupe cybercriminel.

Schéma de l’attaque du téléphone du journaliste Tamer Almisshal par Pegasus. Traduit du rapport « The Great iPwn »CC BY

Un exemple concret a été reporté par The Citizen Lab (le laboratoire d’Amnesty International et de l’université de Toronto qui a travaillé sur le récent scandale) fin 2020. Le journaliste d’investigation travaillant pour Al Jazeera, Tamer Almisshal suspectait que son téléphone ait été piraté. Pour le prouver, le laboratoire a enregistré toutes ses métadonnées pour suivre à quoi il se connectait. Ils ont en effet trouvé des connexions très suspectes : son téléphone a visité plusieurs fois un site connu comme étant un mode d’installation de Pegasus.

Cette visite aurait été provoquée par les pirates en exploitant une faille du système de messagerie de l’iPhone (faille depuis corrigée), le journaliste n’a cliqué sur aucun lien suspect, c’est une attaque « zero click ». Il a aussi été démontré que des données ont été exfiltrées. La société NSO a nié toute participation.

Un tunnel d’exfiltration de données

Une fois que Pegasus est installé, il doit renvoyer les données vers le commanditaire. Comment s’y prend-il ? il va créer un tunnel. Si le « pirate » est physiquement proche de sa cible, il lui est possible de récupérer les données via des techniques « radiofréquence ». Le téléphone va émettre des informations, par exemple via wifi qui seront captées à l’aide d’une antenne.

Les failles de sécurité touchant les cartes SIM peuvent être exploitées par un attaquant pour prendre le contrôle du téléphone ou pour installer un logiciel espion. Par exemple, la faille SIMjacker concerne plus d’un milliard de téléphones. Elle permet à partir d’un simple SMS de prendre le contrôle total d’un smartphone et de collecter des données. Concrètement, l’attaquant envoie un SMS contenant un code spécifique qui ordonne à la carte SIM de prendre les commandes du téléphone et d’exécuter certaines commandes provoquant l’exfiltration de données.

Il est également possible d’utiliser les liaisons classiques 3G ou 4G. Même si le téléphone se trouve dans des zones où le débit est limité, la bande passante sera plus lente, et donc le transfert plus long, mais il sera quand même possible d’exfiltrer des données.

On pourrait se dire que des transferts massifs de données pourraient être détectés par l’utilisateur, en observant ses flux de données. C’est là où Pegasus est très performant, car il peut agir sans être détecté. Les données qu’il envoie à partir du téléphone sont chiffrées, on ne peut donc pas savoir ce qui a été envoyé. De plus il va mélanger ces envois au milieu de vos propres transferts de données, par exemple, vous effectuez un paiement en ligne, vous allez envoyer des données chiffrées à votre banque ou à votre vendeur, et à ce moment-là le logiciel en profite pour envoyer des informations à l’attaquant.

Il est donc très difficile de savoir, réellement, ce qui a été envoyé, une fois que l’on a été victime de l’attaque. D’autant plus qu’une fois que la mission a été remplie Pegasus peut s’autodétruire et ne laisser aucune trace, selon son éditeur.

Cette dernière information est contredite par Amnesty International qui dit avoir détecté des traces du logiciel sur plusieurs téléphones analysés dans les journaux d’évènements qui enregistrent une partie de l’activité du système.

D’une manière générale, la rétro-analyse du fonctionnement d’un tel logiciel espion demeure toujours très complexe à réaliser. De la même façon, l’analyse fine de l’attaque demande d’importants moyens techniques, analytiques incluant de l’expertise humaine de très haut niveau et du temps.

Il convient de rester prudent sur les déclarations des uns et des autres attribuant l’origine d’une attaque ou affirmant qu’un téléphone a été compromis en particulier par un logiciel par nature furtif.   Publié dans Par Dominique Manga ( source The Conversation)

               Auteur

  1. Thierry Berthier Maitre de conférences en mathématiques, cybersécurité et cyberdéfense, chaire de cyberdéfense Saint-Cyr, Université de Limoges

18 Juil 2021

Prévisions, climat, gestion des risques… Les crues mortelles d’Allemagne et de Belgique en 7 questions

Selon un dernier bilan provisoire, établi ce dimanche 18 juillet, plus de 175 personnes ont péri dans les violentes intempéries qui ont touché une partie de l’Europe centrale en ce début juillet. L’Allemagne paie le plus lourd tribut avec plus de 150 morts ; suivie par la Belgique, où l’on compte des dizaines de décès. Les recherches pour retrouver les disparus sont toujours en cours, laissant présager un bilan plus lourd.

Comment une catastrophe naturelle peut-elle faire autant de victimes quand elle a été prévue avec autant d’anticipation ? Quel est le rôle du dérèglement climatique dans cette situation ? Comment anticiper au mieux ce type d’événements ? Autant de questions auxquelles nous allons tenter d’apporter des réponses.

1. Comment expliquer ces crues subites en Allemagne, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas ?

Elles s’expliquent par les très fortes pluies qui se sont produites les 13 et 14 juillet sur ces régions. À titre d’exemple, le Deutsche Wetterdienst (DWD, le service météorologique allemand) a enregistré 154 mm de pluie à Cologne le 14 juillet, ce qui correspond à 154 litres d’eau tombée par mètre carré ! Un véritable déluge qui, en raison de sa forte intensité, ne peut s’infiltrer, alimentant directement les cours d’eau par ruissellement.

Pour aggraver le tout, cette pluie succédait à une journée du 13 juillet particulièrement pluvieuse, avec des sols déjà humidifiés donc par les pluies des derniers jours.

Quant à la situation météorologique qui a permis de telles pluies, elle est relativement classique pour l’Europe centrale, même si sa durée est exceptionnelle.

Il s’agit d’une poche d’air froid isolée – les météorologues l’appellent « goutte froide » – qui a une tendance naturelle à se bloquer au-dessus d’une large zone. Ce blocage favorise des cumuls pluviométriques très importants sur un espace restreint. Autour de la dépression froide, l’air chaud (avec un fort contenu en vapeur d’eau) vient se condenser et occasionne des chutes d’eau importantes.

Près de 130 morts et de nombreux disparus dans des crues dévastatrices en Allemagne et en Belgique (France 24/Youtube, 17 juillet 2021).

2. Comment expliquer de telles inondations en été ?

Pour un Français, ce qui frappe dans ces inondations – au-delà du lourd bilan humain – c’est avant tout la saison : nous associons en effet plutôt les inondations à l’hiver (rappelons que la grande crue de 1910 dans le Nord de la France a eu lieu en janvier), éventuellement à l’automne en zone méditerranéenne.

Mais avant de s’exclamer qu’il n’y a plus de saisons, il faut accepter de regarder au-delà de nos frontières pour voir que les grandes crues d’Europe centrale se produisent bien généralement en été : on peut citer récemment la grande crue de l’Elbe de juin 2013, les grandes crues du Danube de juin 1965 et de juin 2013, la grande crue de l’Oder de juillet 1997. Dans la vallée de la rivière Ahr, particulièrement touchée par les inondations de ces derniers jours, les grandes crues de référence datent de juillet 1804, juin 1910 et juin 2016.

L’hydrologue français Maurice Pardé avait créé pour ces événements une classe spéciale – « les crues de type Europe centrale » – qu’il expliquait déjà par un phénomène de « goutte froide » semblable à celui observé ces derniers jours.

3. Le changement climatique joue-t-il un rôle dans cette situation ?

Le phénomène qui s’est produit ces derniers jours peut être dit « classique », aussi bien du point de vue météorologique qu’hydrologique. À première vue, pas besoin d’invoquer le rôle du changement climatique pour l’expliquer.

En revanche, ce qui peut et doit retenir notre attention, c’est que les intensités de pluies relevées (et les cumuls) sont à proprement parler « extra-ordinaires ».

Cette évolution correspond à ce que les météorologues prévoient comme conséquence de l’élévation des températures, en vertu de la loi de Clausius Clapeyron qui relie la quantité maximale de vapeur d’eau que peut contenir l’atmosphère et la température de cette dernière ; et qui laisse prévoir une augmentation de 7 % de la quantité totale de vapeur d’eau dans l’atmosphère par degré Celsius supplémentaire : c’est cette augmentation que l’on peut redouter pour les fortes pluies.

D’autres travaux récents sur les crues peuvent également nous éclairer : dans un article publié en juillet 2020 dans la revue Nature, le professeur Günther Blöschl (Université technique de Vienne) a ainsi montré que si la période actuelle n’est pas unique dans l’histoire de l’Europe par l’abondance des phénomènes de crues et d’inondations, elle est unique par sa température.

En effet, si d’autres périodes relativement « riches » en crues ont existé en Europe dans le passé (1560–1580, 1760–1800 et 1840–1870), elles étaient toutes plus froides que la moyenne, alors que la période récente se démarque par une température nettement en hausse par rapport aux moyennes de long terme.

4. Cet événement extrême avait-il été prévu ?

Ce qui frappera sans doute le plus les spécialistes dans cet événement de juillet 2021, c’est que le caractère exceptionnel des pluies qui se sont abattues sur l’Ouest de l’Allemagne et la Belgique avait été prévu dès le 12 juillet : le Centre européen de prévision du temps à moyenne échéance (ECMWF) avait en effet annoncé la très forte probabilité de pluies exceptionnelles et émis une alerte transmise au service météorologique allemand (DWD).

Ces prévisions paraissaient d’autre part particulièrement fiables, ce qui est assez inhabituel.

Voici ce qui nous permet de l’affirmer : en raison de la grande difficulté de la modélisation atmosphérique, les prévisions du temps s’appuient sur des « ensembles » (on dit que la prévision est probabiliste). On obtient ces ensembles en perturbant légèrement les conditions initiales du calcul et en générant simultanément plusieurs dizaines de prévisions, ce qui permet d’en évaluer le degré de certitude.

Dès lundi 12 juillet, plus de la moitié des scénarios indiquaient la possibilité de pluies extrêmes, ce qui est rare et a certainement attiré l’attention des prévisionnistes allemands. On peut ainsi se demander si le message d’alerte (et surtout, le caractère exceptionnel des précipitations à venir) est bien arrivé à l’échelon local. D’autant plus qu’il ne suffit pas d’alerter, il faut que la population puisse se mettre à l’abri et que les autorités locales déclenchent les actions de protection et secours. Or s’assurer de la bonne communication des alertes et de l’organisation des services de secours reste une prérogative locale.

Le 16 juillet 2021, à Pepinster en Belgique. Bruno Fahy/Belga/AFP

5. Et du côté français, doit-on s’inquiéter ?

Les crues en cours dans l’Est de la France sont d’une amplitude bien moins importante qu’en Allemagne même si, près de la Belgique, on a parfois atteint des niveaux historiques. Ces crues ont en général été bien prévues par les Services de prévision des crues (SPC) qui en ont la responsabilité.

Sur le site vigicrues.gouv.fr, les crues ont été anticipées plusieurs jours à l’avance, même si les niveaux extrêmes des pointes de crue n’ont pu être évalués que 24 heures à l’avance sur les petits bassins ; les cumuls mesurés se sont en effet révélés être les plus élevés parmi ceux qu’indiquaient les prévisions d’ensemble.

6. Peut-on empêcher les crues exceptionnelles ?

Il n’existe aucun moyen de retenir les pluies diluviennes, et dès lors que ces pluies sont tombées, stocker l’eau pour écrêter les crues devient un problème technique et économique.

Il n’est clairement pas possible d’imaginer construire des barrages ou des digues pour écrêter les crues sur toutes les petites rivières, et il faut donc se résoudre à n’y avoir que des systèmes d’alerte, et à mettre en place des mesures de prévention – ne construire que hors des zones inondables, travailler à diminuer la vulnérabilité des constructions déjà présentes en zone inondable, mieux informer les populations sur la conduite à tenir en cas de crue…

Sur des rivières plus importantes, à l’amont de plus grandes agglomérations, il est possible de limiter les débordements grâce à des barrages-réservoirs et des digues. Ces solutions ont un coût, elles consomment de l’espace, et il faut donc raisonner leur construction en comparant coûts et bénéfices.

L’aménagement du territoire, notamment lorsqu’il s’agit d’interdire la construction en zone inondable, est la solution « de bon sens »… qui se heurte cependant aux intérêts particuliers.

Quant aux solutions dites « d’hydraulique douce », prônées par les défenseurs de la nature (plantation de haies, bandes enherbées, etc.), elles n’ont aucun effet sur des crues de grande ampleur causées par les pluies exceptionnelles, comme celles que l’Allemagne a connues ces derniers jours.

7. Comment faire face à ce type d’événements ?

Comme on l’a vu, parvenir à prévoir (même plusieurs jours à l’avance) des crues exceptionnelles ne suffit pas : étant donné l’incertitude qui accompagnera toujours les prévisions hydrologiques et météorologiques, le défi principal est celui de mettre en place une véritable culture du risque, afin de garantir une réaction rapide à des phénomènes auxquels la population n’a jamais été confrontée.

Garder une population mobilisée et prête à réagir est possible si le risque est fréquent (c’est le cas pour les tremblements de terre au Japon par exemple). Cela semble plus difficile à organiser pour des événements réellement exceptionnels de crue.

Il semble donc essentiel de poursuivre les efforts dans plusieurs directions : amélioration des systèmes de prévision, amélioration de l’usage de ces prévisions, de la communication de crise. Et en dehors des crises, il reste essentiel de poursuivre les efforts sur le bâti en zone inondable.  Publié danspar Dominique Manga (source The Conversation)

17 Juil 2021

Soigner la population ou son chiffre d’affaires ? Un dilemme pour les marketeurs de l’industrie pharmaceutique

De nombreux scandales frappent régulièrement l’industrie pharmaceutique. L’Oxycodon, par exemple, a été massivement distribué aux États-Unis bien qu’étant un antalgique opiacé au fort pouvoir d’addiction. Quelque 200 000 morts par overdose peuvent lui être imputés outre-Atlantique depuis 1999.

Plus proche de nous, le Mediator des laboratoires Servier a mis plus de 15 ans à se voir retirer de la commercialisation alors que sa prescription comme coupe-faim, en dehors de son indication thérapeutique initiale, a causé de nombreuses victimes dont 2 000 morts répertoriées. Le dénouement du procès en mars 2021, tout comme pour celui du Lévothyrox de Merck, pointe, au-delà de la responsabilité des médecins, celle des laboratoires produisant ces médicaments.

Ces différents scandales ne sont que la manifestation visible d’une tension permanente inhérente à ce secteur entre la recherche de profit et la mission santé qui le caractérise. Les professionnels du marketing qui ont la charge de promouvoir les médicaments auprès des patients et des médecins semblent particulièrement concernés par ce conflit éthique qui parfois apparaît : soigner ou vendre ?

Au cours de nos recherches nous nous sommes demandé comment les marketeurs du secteur pharmaceutique ressentent cette tension et comment ils y font face.

Intérêt économique, mission santé

Les conflits éthiques rencontrés peuvent conduire les marketeurs à des situations dites de « dissonance morale ». Cela renvoie à des moments durant lesquels les comportements ou décisions d’un individu entrent en conflit avec ses valeurs morales. La dissonance morale, parce qu’elle met en jeu des éléments centraux dans l’identité de l’individu comme ses valeurs, peut générer un important inconfort psychologique, donner naissance à de la culpabilité et atteindre l’estime de soi.

L’individu va alors s’engager dans des stratégies visant à réduire cet état de dissonance qui reposent principalement sur le recours à des mécanismes d’autojustification mais peuvent aussi consister à changer de comportement ou rechercher du soutien social.

Pour comprendre les attitudes des professionnels du marketing dans le secteur pharmaceutique, nous avons mené des entretiens approfondis avec 18 d’entre eux.

Ils traduisent, chez ces individus, des conflits éthiques plus ou moins graves. Ceux-ci ont trait, en majorité, à des décisions qui présentent un intérêt économique alors qu’elles induisent un manquement par rapport à la mission santé. Il peut s’agir d’un préjudice potentiel aux patients, d’une infraction à la réglementation ou encore d’un manquement à un principe de déontologie professionnelle. Les conflits semblent vécus avec d’autant plus d’intensité que le choix a des conséquences importantes sur la santé des patients.

Le tournant de l’affaire Servier

Pour résoudre ce conflit, trois stratégies ressortent de notre série d’entretiens. La première d’entre elles consiste à minimiser le caractère sensible au regard de l’éthique. C’est adopter une politique de l’autruche, ignorer le conflit ou l’évacuer le plus vite possible.

Un enquêté nous explique par exemple :

« Je ne dirais pas non plus que l’industrie pharmaceutique est blanche comme neige. Il y a eu des cas comme Servier, de gens qui ont été malhonnêtes. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des gens qui travaillent dans le secteur. Ils sont contents de travailler dans une industrie qui a apporté du bien à la société ».

Selon ces professionnels, les missions santé et économique ne rentrent pas en compétition : faire du profit est un moyen de financer la recherche médicale. Les laboratoires pharmaceutiques apparaissent ainsi comme « les principaux investisseurs dans la santé ».

En outre, ils soulignent que leurs pratiques sont extrêmement encadrées par la loi. Plusieurs répondants rappellent que le Mediator a fait date :

« Il n’y a plus de problème car tout a été réglementé. Les problèmes de conflit d’intérêt type Servier, c’est fini, ça ne peut plus se produire. Il y a eu vraiment un avant et un après Mediator, ça a vraiment changé ».

Ne pouvant pas ignorer les attaques portées par la presse à l’encontre de l’industrie pharmaceutique, ils s’en défendent en dénonçant en retour le rôle des médias qui les attisent, des titres qui recherchent à « faire du buzz » et des « journalistes qui n’ont que ça à se mettre sous la dent ».

Comme des héros

D’autres répondants, au contraire, ont bien conscience des risques que présente le produit commercialisé pour les patients. Toutefois, ils affirment précisément prendre ces risques au nom du bien du patient. Voici par exemple comment se justifie la décision de doubler les doses recommandées par la réglementation pour des enfants atteints de pathologies graves :

« Même si c’est un produit qui est dangereux, potentiellement dangereux, et sur lequel tu n’as pas trop de recul, tu te dis que tu peux décider avec le responsable scientifique de soutenir les médecins doublant les doses parce qu’il y avait un intérêt thérapeutique. »

La mise en avant du bien du patient est troublante car elle conduit les marketeurs à occulter la dimension économique de leur activité et à la présenter comme secondaire. Pourtant un doublement des doses permet bel et bien de développer les ventes du produit.

Se référer au bien-être du patient peut ainsi paradoxalement servir à cautionner des actes non éthiques.

Le tout en se présentant même parfois comme des héros qui accomplissent de véritables miracles pour leurs patients. L’un d’entre eux se justifie :

« Notre produit était très bénéfique aux patients, tout le monde nous en était reconnaissant… On avait à la fois des professionnels de santé qui nous disaient “nos patients sont ravis, les taux de cholestérol sont super bas, c’est génial” et des patients qui témoignaient “mon médecin me force à prendre des hypocholestémiants depuis trois ans et j’avais toujours mal partout… ça fait deux mois que je prends vos produits et non seulement mon taux de cholestérol est bas mais surtout je n’ai plus mal nulle part” ».

Leur façon de présenter leur métier finit même parfois par se confondre avec celle des soignants.

Dernière stratégie, certains répondants constatent que la logique de rentabilité prime sur la mission santé, et développent une défiance face aux discours développés par les autres commerciaux :

« De nos jours, l’argent prend une ampleur tellement importante et j’ai l’impression qu’il y a très peu d’éthique dans les organismes et chez les personnes qui commercialisent les produits. »

La désillusion de ces marketeurs est telle que, contrairement aux cas évoqués précédemment, ils n’arrivent plus à trouver d’arguments pour justifier leurs actions marketing et réduire leur mal-être.

« Je n’étais pas très tranquille car j’avais l’impression de vendre quelque chose qui pouvait peut-être faire du mal aux gens ou même être fatal pour certaines personnes. Je culpabilisais un peu en fait… Je me disais que j’aurais bien aimé commercialiser des vêtements, en tout cas des produits clairs. »

La seule issue à leur dissonance semble ainsi d’éviter les pratiques posant problème en changeant de fonction, d’entreprise, voire même en quittant définitivement le secteur pharmaceutique.

Affaires de formation et de réglementation

Que faire alors ? Il semble difficile d’adresser des recommandations aux laboratoires car se pose la question de la réelle volonté des directions générales à prévenir les comportements non éthiques des salariés lorsque ces comportements sont adoptés dans leur intérêt économique.

Toutefois, la mise en avant de l’existence de la dissonance morale et de la souffrance psychologique qu’elle engendre chez les travailleurs devrait les préoccuper. Des études montrent en effet que celles-ci impliquent des conséquences négatives, telles que la perte d’implication au travail ou l’augmentation du turnover.

Cela prévaut d’autant plus dans l’industrie pharmaceutique qui touche à une noble cause, la santé, à laquelle les répondants demeurent généralement très attachés.

Au niveau externe, il conviendrait d’intégrer une dimension éthique de manière plus systématique dans les formations au marketing, tout particulièrement dans les cursus spécialisés en marketing de la santé.

Par ailleurs, si la loi s’est renforcée, notamment après l’affaire du Mediator, notons que cela n’a pas empêché de nouveaux scandales, en particulier sur de nouveaux marchés comme les implants. L’État, pour protéger le citoyen, devrait ainsi notamment s’intéresser aux produits para-médicaux qui font aujourd’hui l’objet d’une réglementation moins contraignante.  Publié dans par Dominique Manga

                     Auteurs

    1. Loréa Baiada  Hirèche Maître de conférences en management des ressources humaines, Institut Mines-Télécom Business School

    1. Anne Sachet Milliat Enseignant-chercheur en éthique des affaires, ISC Paris Business School

  1. Bénédicte Bourcier Béquaert Enseignant-chercheur en marketing, ISC Paris Business

15 Juil 2021

Fortes inondations en Allemagne et en Belgique, au moins 175 morts et de nombreux disparus

L’ouest de l’Allemagne est frappé par des pluies diluviennes, qui ont fait gonfler les rivières, ont arraché des arbres, inondé les routes et les maisons. Au moins six personnes ont également été retrouvées mortes dans l’est de la Belgique.

A Kordel (Rhénanie-Palatinat), en Allemagne, le 15 juillet.

Pluies diluviennes et inondations ont frappé, jeudi 15 juillet, plusieurs pays européens, dont l’Allemagne qui déplore au moins 150 morts. Les intempéries ont fait au moins 20 morts dans l’est de la Belgique, selon les médias belges, dont quatre dans le seul arrondissement de Verviers, dans l’est du pays. Le Luxembourg et les Pays-Bas ont aussi subi d’importants dégâts.

  • Très lourd bilan en Allemagne

C’est dans l’ouest de l’Allemagne que la situation était la plus préoccupante jeudi. Les pluies diluviennes ont fait gonfler les rivières, arraché des arbres, inondé routes et maisons, dont certaines se sont effondrées. Les secours tentent d’évacuer les sinistrés, dont beaucoup se sont réfugiés sur le toit des maisons. Mais de nombreux accès sont bloqués, compliquant les opérations. Les autorités ont appelé les habitants à rester chez eux si possible et à « se réfugier dans les étages supérieurs si nécessaire ». L’armée allemande va déployer 300 soldats dans les deux Länder les plus touchés pour participer aux opérations de sauvetage.

Le bilan pourrait encore s’alourdir. Ainsi, dans la commune de Schuld, au sud de Bonn, où six maisons en bord de rivière se sont effondrées, la police dénombre entre 50 et 60 disparus. Quatre personnes sont mortes dans cette localité où d’autres maisons menacent de s’écrouler, selon la police de Coblence (Rhénanie-Palatinat).

« C’est une catastrophe, une tragédie », a réagi Angela Merkel depuis Washington, où elle a commencé, jeudi, une visite officielle. La chancelière a promis que l’Etat « ferait tout » pour venir en aide aux sinistrés. « Nous n’avons jamais vu une telle catastrophe, c’est vraiment dévastateur », a déploré de son côté la ministre-présidente de Rhénanie-Palatinat, Malu Dreyer.

Armin Laschet, dirigeant de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et favori pour succéder à l’automne à la chancelière Angela Merkel, a annulé à la hâte une réunion de son parti en Bavière, dans le sud du pays, pour suivre la situation dans son Etat, le plus peuplé d’Allemagne. « La situation est alarmante », a déclaré au quotidien Bild M. Laschet, qui a visité, chaussé de bottes en caoutchouc, des localités inondées. La chef de file des Verts au Bundestag, Katrin Göring-Eckardt, a dit voir dans ce drame « les effets de la catastrophe climatique ». Ces intempéries sont un « appel au réalisme » : « C’est déjà là, c’est déjà là avec nous », a-t-elle regretté, appelant à un « changement urgent ».

  • Au moins vingt morts en Belgique, Liège en partie évacuée

Dans l’est de la Belgique, quatre corps ont été retrouvés jeudi par les secours venus en aide aux victimes des inondations dans l’arrondissement de Verviers, selon le procureur de cette ville, ce qui porte à au moins six morts le bilan des inondations liées aux pluies diluviennes qui ont frappé ces derniers jours, en particulier la Wallonie, dans le sud et l’est francophone.

Jeudi après-midi, les autorités de Liège (200 000 habitants) ont demandé aux riverains de la Meuse d’évacuer leurs habitations. Les villes de Theux, Pepinster ou encore Spa, situées près de Verviers, ont également été affectées.

Inondations en bord de Meuse, à Liège, le 15 juillet 2021.

Le réseau ferroviaire du pays, Infrabel, a annoncé qu’il suspendait jeudi le trafic dans la moitié sud du pays, compte tenu des risques pour les déplacements. Aucun train Thalys ne circulera entre Bruxelles et l’Allemagne jeudi, a par ailleurs rapporté sur son site la société gestionnaire de ces liaisons internationales.

  • Plan « intempéries » déclenché au Luxembourg

De son côté, le Luxembourg a déclenché le plan « intempéries ». De nombreuses maisons sont inondées partout dans le pays, et leurs habitants ont été évacués, selon les autorités.

Aux Pays-Bas, la province du Limbourg, bordée par l’Allemagne et la Belgique, a également déploré d’importants dégâts. La montée des eaux menace d’isoler la petite ville de Valkenburg, à l’ouest de Maastricht. Plusieurs axes, dont une autoroute très fréquentée, ont été fermés face au risque de crues de fleuves et rivières.  Publié dans par Dominique Manga (source AFP)

14 Juil 2021

Le vaccin Johnson & Johnson présente un « risque accru » de développer le syndrome de Guillain-Barré

L’Agence américaine du médicament a mis en garde lundi contre un « risque accru » de développer le syndrome de Guillain-Barré, une rare atteinte neurologique, associé avec le vaccin contre le Covid-19 de Johnson & Johnson. Les autorités sanitaires américaines ont identifié 100 cas rapportés de personnes ayant développé le syndrome de Guillain-Barré, sur près de 12,5 millions de doses administrées de ce vaccin. Sur ces 100 cas, 95 étaient graves et ont requis une hospitalisation. Une personne est morte. « Les chances que cela se produise sont très basses et le taux de cas rapportés ne dépasse le taux de base dans la population générale que d’une faible marge », a néanmoins affirmé lundi soir l’entreprise pharmaceutique Johnson & Johnson dans un communiqué.

Le syndrome de Guillain-Barré est une atteinte des nerfs périphériques caractérisée par une faiblesse voire une paralysie progressive, débutant le plus souvent au niveau des jambes et remontant parfois jusqu’à atteindre les muscles de la respiration puis les nerfs de la tête et du cou. Cette maladie affecte entre 3.000 et 6.000 personnes chaque année aux Etats-Unis

Dans son avertissement, l’Agence américaine du médicament (FDA) indique que chez la plupart des individus, les symptômes débutent dans les 42 jours suivant l’administration du vaccin. Les personnes ayant reçu ce sérum doivent consulter d’urgence un médecin en cas de difficultés à marcher, avaler ou mâcher ainsi qu’en cas de problèmes d’élocution, vision double, incapacité à bouger les yeux notamment. La FDA a toutefois assuré qu’elle « continuait à trouver que les bénéfices (du vaccin) l’emportaient clairement sur les risques potentiels ».

Nouveau revers

Cette annonce est un nouveau coup porté au sérum de Johnson & Johnson (J&J), approuvé en urgence aux Etats-Unis en février dernier, qui a fait l’objet d’une suspension de dix jours en avril après le signalement de femmes ayant développé des cas graves de caillots sanguins en association avec des bas niveaux de plaquettes, à la suite de leur vaccination. Les autorités sanitaires avaient dans ce cas-là aussi finalement jugé que les bénéfices du vaccin l’emportaient sur les risques encourus.

Le vaccin de J&J a également connu un problème en juin dans une de ses usines de production à Baltimore qui a dû être fermée pour trois mois. Plusieurs millions de doses avaient dû être jetées, des tests ayant révélé que des composants du vaccin britannique AstraZeneca, fabriqué dans la même usine, avaient été mélangés par erreur à la formule de Johnson & Johnson.

Ce nouveau revers pour Johnson & Johnson intervient par ailleurs alors que les Etats-Unis connaissent une baisse de la demande de vaccination, avec seulement 430.000 doses administrées par jour, quand la moyenne sur sept jours était de 3,5 millions en avril. Le pays connaît une augmentation des cas de contaminations au virus dans les Etats du sud et du Midwest où la population est moins vaccinée que dans d’autres régions, le très contagieux variant Delta étant désormais la souche dominante sur le territoire..  Publié dans par Dominique Manga
12 Juil 2021

Covid-19 : que sait-on du variant Delta (et des autres) ?

Comme tous les êtres vivants, le virus SARS-CoV-2 évolue. Au cours de chaque infection sont produits des milliards de nouvelles particules virales. Parmi ces nouveaux virus, certains sont porteurs de mutations.

Ce processus d’évolution et cette génération de mutants ont été étudiés en détail. On sait aujourd’hui que dans la majorité des cas, ces virus SARS-CoV-2 mutants sont soit non transmis à de nouveaux hôtes, soit « neutres », c’est-à-dire que les infections qu’ils causent sont semblables à celles causées par les virus non mutants (aussi appelé « sauvages » ou « historiques »).

Mais parfois certains de ces mutants se propagent et prennent le pas sur les virus existants. Les exemples les plus récents ont pour noms variants alpha, bêta, gamma, et maintenant delta. Ils ont émergé pour la première fois respectivement au Royaume-Uni, en Afrique du Sud, au Brésil ou en Inde. Pourquoi ? Que sait-on de leurs propriétés ? Que sait-on de leurs capacités à échapper à la vaccination ?

Qu’est-ce qu’un variant ?

Les variants qui font parler d’eux depuis plusieurs mois diffèrent sur le plan clinique et/ou épidémiologique de la majorité des mutants du coronavirus SARS-CoV-2. Concrètement, un variant se distingue par au moins une des quatre propriétés suivantes :

  • Sa contagiosité, autrement dit sa capacité à infecter plus d’hôtes ;
  • Sa virulence, qui se traduit par la sévérité des symptômes développés par les personnes infectées ;
  • Son échappement immunitaire, qui fait que les personnes déjà immunisées sont moins bien protégées (avec, dans le cas du SARS-CoV-2, une protection pour le moment plus robuste de l’immunité vaccinale que de l’immunité naturelle) ;
  • Sa résistance aux traitements.

Dans le cas de la Covid-19, ce dernier point est pour le moment peu problématique, car il existe peu de traitements disponibles. Qui plus est, ces traitements portent sur les phases sévères de l’infection, durant lesquelles la transmission est limitée.

Un premier variant identifié dès le printemps 2020

Le tout premier exemple de variant de SARS-CoV-2, même s’il est rarement présenté comme tel, a émergé dès le printemps 2020. Des virus porteurs de la mutation ponctuelle D614G, affectant le gène produisant la protéine de spicule (S) (qui sert de « clé » au virus pour pénétrer dans les cellules qu’il infecte) ont émergé et se sont propagés. Le processus sous-jacent a été délicat à mettre en évidence, car la forme mutée (porteuse de la mutation G614) a une plus faible affinité pour le récepteur ACE2 que la forme sauvage (autrement dit, elle s’y lie moins facilement), mais ladite forme mutée semble en revanche être dégradée moins rapidement, ce qui au final augmente l’infectivité virale.

Ce qui est notable, c’est que cet événement de mutation « par substitution » (remplacement d’un acide aminé – les « briques » constituant les protéines – de la protéine S par un autre) s’est produit indépendamment dans plusieurs lignées. C’est un exemple typique d’évolution parallèle. Le coronavirus SARS-CoV-2 provient des chauves-souris. Son passage à un nouvel hôte est important, car, du point de vue du virus, il nécessite de s’adapter à des environnements cellulaires différents.

Le phénomène de sélection naturelle intervient ici : des travaux menés au début du XXe siècle ont révélé que plus une population est loin de son optimum évolutif, plus le gradient de sélection est élevé, et donc plus il est possible que l’on observe des mutations conférant une forte adaptation. À l’inverse, plus la population est proche d’un optimum évolutif plus ces mutations à grand effet sont rares. Autrement dit, observer une forte évolution parallèle en début d’épidémie alors que le coronavirus se retrouvait dans une nouvelle espèce d’hôte n’est pas si surprenant.

Trois variants préoccupants et six variants d’intérêt

Au-delà de ce premier exemple, c’est surtout fin 2020 qu’ont été détectés trois variants préoccupants, appelés aujourd’hui alpha (identifié au Royaume-Uni), bêta (en Afrique du Sud) et gamma (au Brésil). Tous ont été associés à des vagues épidémiques majeures. La surprise a été de constater que ces virus portaient plus de mutations dans leur génome que la moyenne.

En France, on a estimé que le variant alpha était environ 40 % plus contagieux que les lignées qui circulaient auparavant. Des données britanniques portant sur des dizaines de milliers de patients indiquent aussi ce que variant aurait une virulence 50 % plus élevée.

Du côté des variants gamma et a fortiori bêta, des données immunologiques indiquent qu’ils sont moins sensibles à l’immunité induite par une infection naturelle, ce qui expliquerait leur croissance en France en avril 2021.

En plus de ces trois variants préoccupants, il existe au moins 6 variants d’intérêt recensés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ils sont sous surveillance, car leurs génomes contiennent des mutations retrouvées chez certains variants préoccupants et parce qu’ils sont associés à des épisodes de propagation rapide.

Évaluer la dangerosité des variants n’est pas une mince affaire

Il est extrêmement difficile de juger de la dangerosité d’un variant uniquement via la séquence de son génome de son génome. Par exemple, les variants alpha portant une mutation supplémentaire (E484K) ont initialement suscité une certaine inquiétude. En particulier, des études de mutagenèse ont montré que des mutations en position 484 (ainsi que dans d’autres positions de la protéine S) permettaient vraisemblablement au virus d’échapper à la réponse immunitaire. Mais il a finalement été par la suite observé que cette mutation n’est pas aussi problématique que lorsqu’elle est présente dans d’autres fonds génétiques (par exemple chez les variants bêta et gamma).

Ce phénomène bien connu des généticiens s’appelle l’épistasie : même si deux mutations A et B sont bénéfiques pour le virus quand elles sont isolées, la présence des deux dans un génome peut s’avérer délétère. Plus généralement, l’expression d’un gène peut être fortement modulée par l’expression d’autres gènes, auquel cas le fait de savoir qu’il existe une mutation ponctuelle est insuffisant pour en déduire son effet biologique.

Le variant delta a fourni un second exemple illustrant la difficulté à anticiper les conséquences épidémiologiques des mutations.

Le cas du variant delta

Ce variant a initialement été détecté en Inde, où d’autres lignées virales proches étaient surveillées, car elles portaient une mutation en position E484.

Si, comme pour les autres variants, il est difficile de retracer l’origine exacte du variant delta, on soupçonne en revanche que son émergence pourrait avoir été favorisée par le rassemblement de millions de personnes dans le cadre d’un festival religieux. Rappelons en effet que, plus il y a d’infections, plus le nombre de mutants produits est élevé, et plus la probabilité qu’un mutant se propage dans la population est élevée.

Bien que les données en provenance d’Inde soient limitées, le suivi épidémiologique extrêmement détaillé et transparent du Royaume-Uni, notamment ses rapports sur les variants, nous permet d’en savoir plus sur les caractéristiques du variant delta.

Il est maintenant quasi établi que ce variant est plus transmissible. En effet, au sein des foyers de personnes infectées par le variant delta, on dénote une plus grande proportion de membres infectés. Par ailleurs, des données préliminaires provenant d’Écosse (issues des mêmes rapports) indiquent que les infections par le variant delta pourraient conduire à plus d’hospitalisations. Enfin, la question de l’échappement immunitaire reste ouverte.

Concernant l’immunité vaccinale, on ne détecte pour le moment aucun effet en matière d’hospitalisations (la protection reste de l’ordre de 95 %) et l’effet est limité quand on regarde la réinfection (moins 10 % de protection à deux doses par rapport à une infection par le variant alpha). L’immunité naturelle est quant à elle de plus en plus difficile à quantifier, la couverture vaccinale progressant.

En résumé, le variant delta semble donc plus contagieux que les autres variants connus, mais sa propension à échapper à l’immunité semble moindre que celle des variants bêta et gamma. Ce cas illustre le rôle majeur de l’épistasie et les limites du suivi des mutations une à une.

Variant delta en France : une détection compliquée

En France, la détection fine du variant delta a été difficile, comme elle l’avait déjà été pour le variant alpha, car seul un faible nombre des échantillons répondant positif à un test de détection Covid-19 sont séquencés. En revanche, le criblage de mutations particulières parmi la quasi-totalité des tests positifs a permis de compenser ce manque de précision et d’obtenir des résultats rapidement.

Les analyses des tests de criblages réalisées jusqu’au 8 juin indiquaient que ce variant représentait déjà près de 10 % des cas en Île-de-France à la mi-juin, et qu’il semblait avoir un avantage de transmission assez prononcé par rapport aux autres virus circulants.

Les analyses plus fines réalisées avec des données courant jusqu’au 21 juin ont montré que le variant delta avait en France un avantage de transmission de l’ordre de 70 % sur le variant alpha dans plusieurs régions.

La bonne nouvelle est que la vaccination protège bien contre l’infection par le variant alpha (selon les données britanniques, diminution de 30 % du risque avec une dose et de 80 % avec deux doses) et protège extrêmement bien contre les formes sévères (diminution du risque de 80 % avec une dose et de 95 % avec deux doses). Ceci explique que la propagation de ce variant s’observe majoritairement au sein des populations plus jeunes, moins vaccinées.

Quelles mesures prendre ?

Aujourd’hui, nous avons toutes les cartes en main pour éviter que les services hospitaliers soient de nouveau sous tension dans un avenir proche. La vaccination est cruciale, car elle protège extrêmement efficacement contre les formes sévères. Mais elle ne peut suffire, pour plusieurs raisons.

D’une part, car pour relâcher entièrement les mesures de protection et revenir à des mesures sanitaires d’avant 2020 dans les centres urbains, il faudra que plus de 80 % de la population française soit vaccinée (rappelons que si 95 % des adultes sont vaccinés en France cela correspond à 75 % de la population totale). D’autre part, même si les plus vulnérables seront vraisemblablement protégés à l’automne, laisser circuler massivement ce virus chez les plus jeunes pourrait avoir un impact sanitaire difficile à estimer, compte tenu de la virulence élevée du variant alpha et des inconnues liées aux Covid longs.

Par ailleurs, bien que ce virus tue peu chez les plus jeunes, les chiffres actuels indiquent selon les sources de 1 à 6 décès pour 100.000 infections chez les 15-19 ans. Enfin, tant que le SARS-CoV-2 se propagera largement de nouveaux variants continueront à émerger et, sans surprise pour les biologistes de l’évolution, ce virus n’est pas devenu bénin. Au contraire, les variants les plus contagieux semblent aussi les plus virulents.

Il faut donc éviter de répéter les erreurs de l’été 2020, et profiter de la faible incidence (moins de 3 000 nouvelles contaminations par jour au 1ᵉʳ juillet selon nos estimations) pour enfin débloquer des moyens permettant de réellement mettre en place une politique de tester, tracer (ou rétrotracer) et isoler sur le terrain. Il faut aussi s’appuyer sur les arguments scientifiques soutenant le rôle déterminant de la transmission par aérosol afin d’équiper d’ici la rentrée les lieux clos (notamment les structures scolaires) de dispositifs permettant de diminuer les risques de propagation (aération, ventilation, jauges réduites).

Comparativement à l’année dernière, nous en savons aujourd’hui énormément plus sur les modes de propagation du SARS-CoV-2, et nous disposons désormais d’une palette de vaccins sûrs et efficaces. Ces connaissances et ces outils doivent nous permettre d’éviter de revivre une situation aussi dégradée que celle que nous avons subie durant l’automne et l’hiver derniers

Publié dans Par   Dominique Manga

                     Auteurs

    1. Samuel Alizon  Directeur de Recherche au CNRS, Institut de recherche pour le développement (IRD)

  1. Mircea T SOFONEA Maître de conférences en épidémiologie et évolution des maladies infectieuses, laboratoire MIVEGEC, Université de Montpellier

10 Juil 2021

La merveilleuse histoire de l’ARN messager et de son pouvoir vaccinal

L’ARN messager (ARNm) est à la une de tous les médias depuis l’élaboration de vaccins anti-Covid d’une très grande efficacité en des temps records.

Mais pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut rebrousser chemin et revenir à la genèse de cette découverte fascinante qui est longtemps restée à l’écart.

Dans les années 1980-90 des chercheurs ont ainsi eu l’intuition que l’administration locale d’un ARNm pouvait être d’une grande utilité en cancérologie et en immunologie en induisant de façon ponctuelle la production d’une protéine active ou immunogène, et donc une réponse immunitaire, le principe de base de la vaccination.

Il est possible de faire rentrer ce type de molécule dans nos cellules, tout comme les séquences d’ADN (acide désoxyribonucléique) mais à l’inverse de ce dernier l’ARNm ne peut pas rentrer dans le noyau où réside le matériel génétique. De plus, l’ARNm est détruit rapidement dans la cellule – ce qui par ailleurs est une garantie pour un vaccin.

De nombreuses tentatives avaient été faites, mais la réponse inflammatoire était beaucoup trop forte.

De nombreux laboratoires, y compris parmi les plus prestigieux, n’ont donc plus porté beaucoup d’attention à l’utilisation de l’ARNm, molécule très fragile, préférant développer les techniques fondées sur l’emploi de séquences d’ADN.

Katalin Kariko, la pionnière de l’ARNm

Des chercheurs isolés, sans beaucoup de moyens, se sont pourtant attelés à la tâche. C’est le cas de Katalin Kariko qui a débuté ses recherches sur l’ARNm en Hongrie jusqu’en 1985, puis a émigré aux États-Unis à l’âge de 30 ans. Elle a continué ses recherches à l’Université de Pennsylvanie, mais ses travaux intéressaient peu de monde et elle a eu beaucoup de difficultés pour trouver des financements. Par contre, elle avait une totale confiance en elle-même, en ses projets.

Pour simplifier, ceux-ci tiennent en une idée. Puisque l’ARNm est trop immunogène, alors pourquoi ne pas le modifier chimiquement afin de diminuer son impact inflammatoire tout en préservant une bonne traduction en protéines. Katalin Kariko a sélectionné un certain nombre de modifications chimiques en privilégiant celles qui touchent les bases nucléotidiques (les briques essentielles de l’ARN) et en respectant leur appariement par liaisons hydrogène.

Ces liaisons intermoléculaires sont en effet essentielles à la traduction de l’ARNm en protéines, ainsi d’ailleurs qu’à la transcription de l’ADN en ARN. Un des collègues de Katalin Kariko, l’Américain Drew Weissman, élève d’Antony Fauci (l’actuel conseiller Covid de la Maison Blanche) l’a beaucoup encouragé et aidé dans cette voie. Après de nombreuses années de persévérance, ils ont découvert que le remplacement de l’uridine phosphate, l’un des nucléotides de l’ARNm, par une pseudouridine, (un atome d’azote est remplacé par un atome de carbone et vice-versa) donnait des résultats extraordinaires en termes de stabilité et de capacité de traduction de l’ARNm en protéines.

Un brevet a été déposé en 2005 par l’Université de Pennsylvanie en ce sens. L’avantage de la pseudouridine vient du fait qu’elle est moins fragile que le nucléoside « naturel ». C’est le cas aussi de la pseudothymidine. Dans tous ces cas, les liaisons hydrogène avec l’adénosine sont préservées, permettant de comprendre à l’échelle moléculaire l’exaltation du pouvoir vaccinal de l’ARNm.

Dans les années qui ont suivi cette découverte fondatrice, nombreux ont été les chercheurs à suivre les travaux de Kariko et Weissman, qui ouvraient de vraies perspectives médicales. Le brevet de l’université de Pennsylvanie a d’ailleurs été racheté par une Biotech américaine, aujourd’hui Cellscript, privant Kariko et Weissman de tous droits.

La licence du brevet a ensuite été achetée en 2010 par la start-up Moderna dont le PDG est aujourd’hui le Français Stéphane Bancel. Pour la petite histoire MODeRNA signifie Modified RNA, ce qui montre à la fois l’objectif de la start-up et le rôle essentiel de la modification chimique de la molécule d’ARN (RNA en anglais). Katalin Kariko a, quant à elle, collaboré avec les médecins Ugur Sahin et Ozlem Tureci, d’origine turque, créateurs de la start-up BioNTech en Allemagne. Vice-Présidente de cette start-up, elle participe notamment aux travaux sur l’efficacité de vaccins à base d’ARNm sur des animaux au sujet des virus Zika, grippe ou Sida.

Lorsque le virus de la Covid-19 a été connu, Moderna et BioNtech étaient tout à fait bien préparés, sûrs d’eux-mêmes, pour lancer leurs études, dès le mois de janvier 2020.

BioNTech s’est alors allié à Pfizer pour augmenter sa capacité de production industrielle.

Comment sont réalisés les vaccins à ARNm

On sait que la protéine Spike (protéine S) composée de 1273 acides aminés et ancrée dans l’enveloppe externe du SARS-CoV-2 contient des motifs impliqués dans l’interaction avec le récepteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (ACE2) présent à la surface des cellules cibles, permettant la fusion du virus avec la cellule-hôte, puis sa réplication, provoquant la Covid-19. La protéine S s’avère donc le choix de prédilection pour combattre le SARS-CoV-2.

La séquence nucléotidique du génome de SARS-CoV-2 (virus à ARN) ayant été précocement établie (fin 2019) et compte tenu des connaissances antérieures acquises sur les coronavirus, il a été aisé d’identifier la partie du gène codant pour la protéine S puis d’en isoler une réplique ADN, pour servir de matrice à la production à grande échelle d’ARNm.

Ainsi à partir de cet ADN, on a pu produire par transcription in vitro l’ARN en remplaçant dans le milieu réactionnel l’uridine triphosphate par la pseudouridine triphosphate, l’enchaînement nucléotidique se faisant grâce à une enzyme, l’ARN polymérase. Cette transcription en dehors de la cellule est facilitée et permet d’éviter tout risque de contamination par un éventuel agent infectieux intracellulaire. Une coiffe et une queue (polyadénosine) complètent la séquence de l’ARNm codant la protéine S car ces structures permettent l’accès de l’ARNm aux ribosomes, c’est-à-dire à la machinerie cellulaire de production des protéines.

Cet ARNm est finalement encapsulé dans des nanoparticules lipidiques chargées positivement afin de renforcer sa stabilité, et de faciliter sa pénétration à travers la membrane (chargée négativement) des cellules du muscle où on l’injecte à très faible dose. Une fois dans le cytoplasme au niveau des ribosomes, l’ARNm code la synthèse des protéines virales S. Celles-ci migrent à la surface cellulaire et sont reconnues par des lymphocytes B qui produisent des anticorps anti-Covid. D’autres fragments de Spike sont digérés par des cellules dendritiques (dites présentatrices d’antigènes). Ces cellules présentent ces fragments de Spike aux lymphocytes T, garants de la mémoire immunitaire.

Des exemples à suivre

La modification chimique de l’ARNm est l’une des clés qui a ouvert la porte aux vaccins. Ce sera probablement aussi l’une des clés pour lutter contre certains cancers.

Il existe donc de merveilleuses histoires de découvertes scientifiques majeures, qui ont changé la face du monde. Une autre m’avait ébloui il y a quelques années en voyant le film de Luc Jacquet, la Glace et le Ciel à propos de l’épopée de Claude Lorius (premier français à recevoir le prix Planète bleue). Celui-ci est à l’origine de la découverte majeure suivante : le taux de CO2 a été relativement stable pendant 800 000 ans puis a connu une hausse spectaculaire depuis la fin du XIXe siècle, reliée à la température.

On le pressentait depuis 1896 lorsque Arrhénius, prix Nobel de chimie, l’avait prévu par le calcul. Mais la démonstration expérimentale a définitivement changé, au plus haut niveau, notre vision du monde. La portée mondiale de la COP21 de Paris en 2015 en est une illustration récente. Les rapports du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) sont lus chaque année avec attention par tous les décideurs politiques et de nombreuses ONG.

Si j’ai relié ces deux belles histoires de Claude Lorius et de Katalin Kariko, c’est qu’elles apportent toutes les deux une avancée scientifique majeure pour l’humanité et qu’elles concernent des chercheurs rigoureux, humbles, soucieux de vraies avancées scientifiques, ne se précipitant pas forcément dans les sentiers battus. Ce sont des exemples pour les jeunes, les étudiants, les doctorants et les chercheurs. Tous, sans qu’ils en soient bien conscients, peuvent être amenés, avec un peu de chance, de par leur persévérance et leur esprit scientifique, à faire des découvertes d’une portée considérable.  Publié  dansPar  Dominique Manga (source The Conversation)

                Auteur

  1. Jacques Augé  Professeur des universités en chimie, CY Cergy Paris Université